0:00 Comment des millions d'individus peuvent-ils obéir à une seule personne ? Pire même, servir volontairement alors que ce tyran n'use même pas de la force. Cette question, c'est l'interrogation fondamentale et quand même assez audacieuse qui fut posée par Étienne de la Boessie, un jeune homme de seulement 18 ans au 16e siècle. Dans cette vidéo, on va s'intéresser à son texte le plus célèbre qui est toujours aussi pertinent, le discours de la servitude volontaire. Et pour bien le comprendre, voici ce qu'on va voir. Dans un premier temps, on va étudier le concept central qui est avancé par la Boessie. Qu'est-ce que ça signifie réellement que cette servitude volontaire et pourquoi elle est si paradoxale ? Ensuite, on verra les raisons profondes qui, selon la Boie, expliquent pourquoi les peuples acceptent cette soumission. En fait, quels sont les piliers qui soutiennent la tyrannie. Et puis enfin, on terminera
0:46 par la solution que propose Étienne de la Boessie pour reconquérir la liberté. Alors, si vous êtes prêts, c'est parti. Donc pour commencer, on va s'intéresser à l'étonnement initial d'Étienne de la Boesséie qui est le point de départ de toute sa réflexion parce que il faut imaginer des milliers voire des millions de personnes dans une ville ou un pays qui obéissent aux ordres d'un seul homme. Cet homme, le tyran, il a souvent pas vraiment une force physique extraordinaire. Il a pas plus de bras ou plus d'eux que les autres. C'est pas un dieu. Alors, comment est-ce que c'est possible que tous lui obéissent ? Et bien là-bas ici, ça ça le rend vraiment perplexe. Comment est-ce que ça se fait qu'une multitude supporte un tyran qui en réalité n'a pas plus de pouvoir que celui qu'on lui donne ? Vous voyez le plus souvent, il ne s'agit pas d'une soumission qui serait obtenue par une force militaire où vraiment il écraserait le peuple. En fait, c'est
1:32 quelque chose de plus étrange, de plus déconcertant. Ce qu'il observe, c'est que ce n'est pas que les gens sont contraints, mais qu'ils semblent plutôt d'une certaine manière choisir de servir. Et là, vous l'aurez compris, c'est ici qu'intervient le concept central et paradoxal de servitude volontaire. Mais quand la Boïie parle de servitude volontaire, ce qu'il veut dire ce n'est pas que les gens aiment être esclaves ou qu'il recherchent directement le malheur. Ça évidemment ce serait absurde. Ce qu'il soulligne en fait c'est que cette servitude découle d'un consentement, d'une sorte de résignation active. Le peuple pourrait refuser, il pourrait choisir la liberté mais il semble préférer l'obéissance. Et vraiment la bois utilise des mots assez forts. Il dit que c'est le peuple lui-même qui s'asservit, qui se coupe la gorge. Vous voyez, c'est comme si les gens livrait leur propre liberté au tyran directement. Donc le pouvoir du
2:19 tyran, il ne vient pas de lui-même, mais de cette délégation, de cette permission collective. Et si tous les habitants d'un pays décidaient simplement de ne plus obéir, de ne plus consentir, et bien le tyran se retrouverait comme nu, sans force et sans moyens, incapable de se faire respecter. Et en plus, pour la Boie, cette situation est d'autant plus incompréhensible qu'elle va à l'encontre de la nature même. Parce que lorsqu'il observe le monde animal, il observe que même les bêtes les plus humbles luttent avec acharnement pour leur liberté. Elle résiste à la capture. Elle ne s'habitue pas à la servitude sans protester. Alors, pourquoi est-ce que l'être humain qui est un être doué de raison est lui aussi naturellement porté vers la liberté ? Pourquoi est-ce qu'il est le seul à l'abandonner si facilement cette liberté ? Parce que la servitude, c'est une sorte de maladie, un accident qui vient dénaturer l'homme. Mais le revers de ça, ça veut aussi dire que ce n'est
3:05 pas une fatalité qui est inscrite dans nos gènes. Au contraire, même c'est plutôt un vis, une mauvaise habitude collective qui s'est installée et qui nous détourne de notre inclination naturelle pour la liberté. Donc bien comprendre ce mécanisme, c'est la première étape pour envisager de s'en défaire. Et maintenant qu'on a saisi l'étonnement de la Boesséie face à cette servitude volontaire, on peut essayer de comprendre plus précisément les raisons qu'il donnent pour expliquer pourquoi les peuples en viennent à consentir à leur propre domination. Parce que même si c'est étonnant, ce n'est pas un mystère insoluble pour la bois et il identifie plusieurs mécanismes pour l'expliquer. La première raison qui est d'ailleurs peut-être la plus insidieuse, c'est la coutume, l'habitude. La boissie nous dit qu'on s'habitue à tout et surtout à ce qu'on a toujours connu. Donc ceux qui naissent sous le jou, qui voient leurs parents et leurs grands-parents vivre ainsi, ils
3:51 finissent par considérer la servitude comme leur état naturel. Vous voyez, ils n'ont jamais connu la liberté ou alors seulement à travers des récits lointains. Donc, comment pourrait-il la désirer ardemment s'ils n'en ont jamais eu aucune expérience directe ? Vous voyez, c'est vrai, on peut jamais regretter ce que l'on a jamais eu et la force de l'habitude est telle qu'elle peut faire passer la soumission pour une condition normale voire inévitable. Donc ça c'était la première chose. Ensuite, la Boie pointe du doigt ce qu'il appelle la lâcheté du peuple. Mais cette lâcheté, c'est surtout un abtissement qui est organisé par les tyrans eux-mêmes. Pour maintenir leur pouvoir, ils s'efforcent d'endormir l'esprit critique de leur sujet. Et comment ? Et bien, en leur fournissant des distractions, des jeux, des spectacles, des tavernes, des théâtres et d'autres plaisirs qui occupent l'esprit et détournent l'attention des affaires publiques et de la perte de la liberté.
4:37 Voyez ces appas de la servitude, comme les appelle la Boessie, ils rendent les peuples sauts et engourdis. En satisfaisant leurs désirs immédiats et superficiels, on les amolit. On les rend moins enclins à penser par eux-mêmes et surtout moins désireux de risquer leur confort pour reconquérir une liberté qu'ils ont oublié. Ça, c'est une stratégie qui est vieille comme le monde. On peut par exemple penser au pain et aux jeux de l'Empire romain. Et puis enfin, la Boessie décrit un mécanisme très important pour comprendre la solidité de la tyrannie. C'est la structure même du pouvoir qui repose sur une chaîne de dépendance et de profit. En fait, le tyran, il n'est jamais seul. Il a toujours autour de lui un petit cercle de proches, on va dire cinq ou six personnes qui sont ses principaux complices et les premiers bénéficiaires de son règne. Et ensuite, ces quelques individus, ils tiennent sous leur
5:22 dépendance des centaines d'autres qui à leur tour en contrôle des milliers. Et ça, au final, ça forme une pyramide où chacun prouve un intérêt personnel à maintenir le système en place. Vous voyez ces tyrannos comme les appellent là-bas, ils profitent de leur position pour s'enrichir et exercer leur propre petite part du pouvoir, souvent d'ailleurs avec plus de cruauté que le tir en lui-même pour s'assurer de ses faveurs. Et au final, c'est cette hiérarchie de gain et de complicité qui lie une grande partie de la société au maintien de la tyrannie parce que beaucoup en tirent ou espèrent en tirer des avantages. Donc maintenant qu'on a vu la nature de la servitude volontaire et ses causes, on peut analyser la solution que propose la bois pour s'en libérer. Le truc c'est qu'au cœur de sa pensée, il y a pas quelque chose comme un appel aux armes ou des choses violentes. En fait la boie avance une
6:08 idée bien plus subversive, c'est que la libération doit venir de la décision collective de ne plus servir. La formule est d'ailleurs restée célèbre. Soyez résolu de ne servir plus et vous voilà libre. Voyez, il soutient que le pouvoir du tyran, si écrasant puisse-t-il paraître, ne repose que sur l'obéissance et le consentement de ces sujets. Ça, on l'a bien vu. Donc, si ce soutien est retiré, si le peuple cesse d'obéir, de payer des tribus, de participer à sa propre oppression, et bien le tyran et la tyrannie qui sont privés de leur fondation s'effondrent. Comme un colosse dont on dérobe la base ou un feu qui meurt faute de bois, le pouvoir tyrannique ne peut survivre sans l'alimentation constante de la soumission. Ça veut donc dire qu'il ne s'agit pas tant de combattre le tyran, mais plutôt de cesser de le nourrir par notre obéissance. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette résolution de cesser de servir doit
6:54 aussi être animée par un désir de liberté. C'est très important que les individus se rappellent ou même découvrent la valeur de la liberté comme celle d'un bien naturel et essentiel. Parce que ce désir retrouver, ça devient alors le moteur du refus collectif. C'est la reconquête d'une aspiration naturelle qui était obscurcie par l'habitude et la manipulation. Et cette prise de conscience que la liberté est apportée de main, qu'elle dépend de notre volonté commune, c'est ça l'étincelle nécessaire au changement. Bon, après la boie, il est conscient que cette lucidité, elle ne sera pas universelle d'un seul coup. Il évoque par exemple le rôle des mynés. Pas ceux mieux nés par le sang, mais plutôt par l'esprit. C'est-à-dire ceux qui par leur instruction et leur amour de la liberté ont conservé une pensée claire. Et eux, ils ont une forme de responsabilité pour éclairer leur concitoyens. Et à côté de
7:41 ça, la Boie exalte aussi la véritable amitié, celle qui est fondée sur la vertu et le respect mutuel. Cette amitié, elle s'oppose au lien intéressé qui soude la tyrannie et elle constitue le socle d'une communauté prête pour la liberté. Donc un réseau de confiance que le tyran ne peut pas contrôler. En fin de compte, vous voyez le message de la boessie, il peut très bien se comprendre aujourd'hui. Ces réflexions sur la non coopération volontaire comme un levier de libération ont influencé beaucoup de penseurs et de mouvements de désobéissance civile. Ça nous interpelle sur la responsabilité collective mais aussi individuelle face au pouvoir. La simple décision de dire non, de ne plus consentir, c'est une force qui est détenue par le peuple. Et sur ce, on en a terminé avec cette petite vidéo sur le discours de la servitude volontaire d'Étienne de la Boessé. Pour résumer
8:26 très rapidement ce qu'on a vu dans un premier temps, on a analysé comment la Boesséie s'étonnait de cette obéissance volontaire à un tyran en définissant ce concept paradoxal de servitude volontaire comme un abandon presque contre nature de la liberté. Ensuite, on a vu les principales raisons qui expliquent selon lui pourquoi les peuples se maintiennent dans cet état, c'est-à-dire la force de l'habitude, l'abétissement par les plaisirs et les distractions et la structure pyramidale du pouvoir où beaucoup trouvent un intérêt à servir. Et enfin, on a découvert la solution simple mais pourtant très efficace qu'il avance qui est la résolution de ne plus servir. Donc un acte de non coopération collective qui prive le tirant de son pouvoir et aussi l'importance de l'amitié et du désir de liberté pour y parvenir. Donc merci beaucoup d'avoir suivi cette vidéo jusqu'au bout. Si ça vous a plu et aidé à mieux comprendre
9:13 cette œuvre, n'hésitez pas à laisser un pouce bleu et à partager vos réflexions en commentaire et bien sûr à vous abonner à la chaîne pour ne rien manquer. et je l'espère à bientôt dans une prochaine vidéo.