L'invention de la Mecque - Analyse de Patricia Crone

L'invention de la Mecque - Analyse de Patricia Crone

Bref Résumé

Cette vidéo propose une synthèse du livre "Meccan Trade and the Rise of Islam" de Patricia Crone, qui remet en question la vision traditionnelle de La Mecque comme centre commercial majeur à la naissance de l'Islam.

  • La tradition islamique décrit La Mecque comme un carrefour commercial important, mais Crone déconstruit cette image en analysant les marchandises, les routes commerciales et l'implication des Mecquois dans le commerce international.
  • Crone examine les produits que les Mecquois auraient pu vendre, tels que les épices, les produits exotiques, l'argent, l'or, le parfum, le cuir, les vêtements, les animaux et les esclaves, et conclut que la plupart de ces produits n'étaient pas viables pour soutenir une économie à grande échelle à La Mecque.
  • Elle analyse également les pays où les Mecquois étaient actifs, tels que la Syrie, l'Égypte, le Yémen, l'Éthiopie et l'Irak, et remet en question le contrôle des routes commerciales par les Mecquois.
  • Crone examine le rôle religieux de La Mecque et conclut que La Mecque n'était pas un lieu de pèlerinage majeur avant l'Islam et que les Quraysh n'étaient pas des gardiens religieux importants.

Introduction

La vidéo introduit le livre "Meccan Trade and the Rise of Islam" de Patricia Crone, qui remet en question la vision traditionnelle de La Mecque comme centre commercial majeur à la naissance de l'Islam. L'auteur souligne l'importance de ce livre dans l'étude historique de l'Islam et explique que la vidéo vise à fournir une synthèse complète de l'œuvre de Crone, qui n'a pas été suffisamment abordée sur YouTube. Il mentionne également qu'il travaille à la traduction française du livre pour le rendre accessible à un public plus large.

Les marchandises Mecquoises

La tradition islamique décrit La Mecque comme le plus grand lieu de commerce d'Arabie, avec les Quraysh pratiquant le commerce international. Crone conteste cette vision, soulignant que La Mecque n'était pas un carrefour naturel entre le sud de l'Arabie et la Syrie, car la route de l'encens contournait la ville. Elle se demande quelles marchandises permettaient aux Mecquois de prospérer dans un environnement aussi hostile.

Le problème des épices

Crone examine la thèse selon laquelle les Quraysh vendaient des épices, en particulier le franquin sens et la myrrhe, qui étaient exclusifs au sud de l'Arabie et à l'Afrique de l'Est. Elle recherche des traces de ces épices en dehors de leurs lieux de production pour établir un commerce possible avec La Mecque. Elle conclut que le commerce d'épices n'était pas aussi ancien qu'on le prétend et que les Mecquois n'ont pas pu en hériter.

Les produits exotiques

Crone remet en question l'hypothèse selon laquelle les Mecquois avaient des contacts de longue date avec les pays du pourtour de l'océan Indien et qu'ils avaient une sorte de monopole sur les produits exotiques. Elle souligne qu'il n'y a aucune trace historique d'un tel déplacement avant le 1er siècle et que, du 1er au 2e siècle, ce sont les Grecs et les Romains qui dominaient ce commerce. Au 6e siècle, l'Éthiopie avait le monopole du commerce oriental des Byzantins et de l'Inde, ce qui rend improbable que les Mecquois aient pu en vivre.

La méthodologie de Crone

Crone adopte une méthodologie spécifique pour analyser les produits que les Mecquois auraient pu commercialiser. Elle accepte la tradition islamique à condition qu'elle ne contredise pas les preuves externes et que l'ensemble des sources aille dans le même sens. Elle applique donc une critique minimale tout en laissant le bénéfice du doute à la tradition.

L’argent

Crone examine le commerce de l'argent à La Mecque en analysant un récit d'Ibn Ishaq sur une caravane mecquoise interceptée à Karada. Elle souligne qu'il n'y avait pas de mines d'argent près de La Mecque et que le récit est un copier-coller d'une autre histoire, ce qui suggère qu'il s'agit d'un doublé. Elle conclut que l'argent était probablement utilisé comme monnaie plutôt que comme produit d'exportation.

L’or

Crone examine le commerce de l'or à La Mecque en analysant un récit de Waqidi sur une caravane chargée d'argent et d'or. Elle souligne qu'aucune source ne dit que les Quraysh étaient impliqués dans l'extraction de l'or et qu'ils l'obtenaient grâce à leurs voisins. Elle conclut que l'or était probablement utilisé comme substitut à la monnaie plutôt que comme produit d'importation.

Le parfum

Crone examine le commerce du parfum à La Mecque en analysant des récits sur les Quraysh vendant du parfum yéménite. Elle souligne que l'Empire byzantin avait déjà sa propre industrie de parfum à Alexandrie et qu'il n'y a aucune trace d'importation de parfum manufacturé du côté gréco-romain. Elle conclut que les Mecquois ne vendaient probablement pas de parfum en Égypte et qu'ils ne pouvaient vendre leurs produits que sur les marchés du sud de la Syrie.

Le cuir

Crone examine le commerce du cuir à La Mecque en analysant la tradition d'Ibn Kalbi selon laquelle Hashim a fondé le commerce international mecquois en vendant du cuir et des vêtements en Syrie. Elle souligne que La Mecque n'avait pas de monopole du cuir et que les articles de cuir mecquois étaient probablement de bon marché. Elle se demande pourquoi les habitants syriens achèteraient du cuir à La Mecque alors qu'il était disponible chez eux.

Les vêtements

Crone examine le commerce des vêtements à La Mecque en soulignant que les vêtements, tout comme le cuir, étaient qualifiés de hijjazi et qu'ils étaient probablement de bon marché. Elle souligne que la Syrie et l'Égypte possédaient leurs propres usines textiles et que l'industrie textile d'Antioche était capable de fournir un tissu si bon marché qu'il était même adapté à l'usage des ascètes. Elle conclut qu'il est peu probable que les Mecquois aient pu vendre des vêtements en Syrie de manière rentable.

Les animaux

Crone examine le commerce des animaux à La Mecque en analysant des récits sur les Quraysh transportant des chameaux en Syrie et vendant des ânes aux tribus de Daus et de Murad. Elle souligne qu'il s'agit très probablement d'un embellissement et que, dans la majorité des récits sur les activités commerciales des Quraysh, ils sont présentés comme vendant des biens inanimés.

Les raisins et le vin

Crone examine le commerce du raisin et du vin à La Mecque en analysant un récit sur une caravane chargée de cuir, de raisin et de vin interceptée à Nakla. Elle souligne que la Syrie était très connue pour être un pays de vignoble et qu'il est beaucoup plus probable que la Syrie ait été importatrice que le Hijaz. Elle conclut que l'Arabie n'exportait pas de vin et que les Mecquois ne semblaient pas avoir joué un grand rôle dans ce commerce.

Les esclaves

Crone examine le commerce des esclaves à La Mecque en analysant un récit sur Abdallah bin Judan, qui aurait été marchand d'esclaves. Elle souligne que les Arabes semblaient avoir un sens de l'unité ethnique bien trop fort pour vendre leurs captifs à des étrangers et qu'il n'y a aucune source concernant l'exportation corchique d'esclaves. Elle conclut que le commerce des esclaves arabes n'avait pas de centre majeur.

Ce que commerçaient donc les Mecquois

Crone conclut que les Mecquois exportaient principalement du parfum yéménite et des marchandises hijazi, telles que le cuir, les vêtements et peut-être des chameaux et des ânes, ainsi qu'occasionnellement du beurre clarifié et du fromage. Elle souligne que, à l'exception du parfum yéménite, il s'agit de produits que l'on retrouvait partout dans l'Empire byzantin et perse et qui étaient tous de bon marché. Elle ajoute qu'il est possible que la plupart des informations sur lesquelles se fonde cette conclusion soient fictives.

Dans quels pays étaient actifs les Mecquois

Crone examine les pays où les Mecquois étaient actifs, en commençant par la tradition d'Ibn Kalbi, qui explique les origines du commerce mecquois. Elle souligne que les deux récits sur les origines du commerce mecquois sont complètement opposés et qu'il est difficile de déterminer lequel est le plus plausible. Elle examine ensuite les sources externes pour vérifier si les Quraysh étaient des commerçants.

La Syrie

Crone examine la présence des Quraysh en Syrie, soulignant que la tradition islamique contient de nombreux récits commerciaux se déroulant en Syrie. Elle souligne également que les sources externes confirment que Mahomet était un marchand et qu'il commerçait en Palestine et en Phénicie. Elle conclut qu'il est quasi sûr que les Quraysh ont commercé en Syrie.

L’Égypte

Crone examine la présence des Quraysh en Égypte, soulignant que les histoires qui font mention d'un commerce en Égypte sont l'histoire d'Amr, qui aurait vendu du parfum et du cuir à Alexandrie, et deux autres histoires avec Safwan bin Umayya et Mugira bin Shouba. Elle souligne que l'histoire d'Amr est un apocryphe et que tout ce que l'on sait, c'est que les Quraysh sont allés commercer en Égypte.

Le Yémen

Crone examine la présence des Quraysh au Yémen, soulignant que les exégètes ont interprété la sourate Quraysh comme parlant des voyages de La Mecque vers la Syrie et le Yémen. Elle souligne également qu'un bon nombre de personnes sont associées au commerce du Yémen. Elle remarque qu'à de nombreux moments, il y a des doublés de récit qui, au lieu de se passer à Sana, la capitale du Yémen, se passent à Najran, une région tout au sud de l'Arabie.

L'Éthiopie

Crone examine la présence des Quraysh en Éthiopie, soulignant que la tradition islamique contient une histoire qui explique que des commerçants quraysh sont revenus d'Éthiopie via le Yémen. Elle souligne que les sources préislamiques semblent ignorer totalement le nom des lieux éthiopiens et que l'Éthiopie est le pays avec le moins de preuves concrètes concernant son commerce. Elle conclut qu'il est peu probable que l'Éthiopie ait joué un rôle majeur dans l'économie mecquoise.

L'Irak

Crone examine la présence des Quraysh en Irak, soulignant que la tradition d'Ibn Kalbi affirme que les Mecquois commerçaient régulièrement en Irak. Elle souligne que, dans la tradition islamique, tous les récits se contredisent les uns les autres au sujet de l'Irak. Elle conclut qu'il est plus probable que les Mecquois n'aient pas commercé en Irak de manière régulière.

Où étaient actifs les Mecquois

Crone résume les pays où les Mecquois étaient actifs, soulignant que les échanges commerciaux se faisaient principalement en Syrie et avec leurs voisins égyptiens. Elle souligne que les relations commerciales avec le Yémen sont également attestées, mais que, par moment, il y a une confusion avec la zone située entre La Mecque et Najran. Elle souligne également que c'est depuis le Yémen qu'une partie de la diaspora quraysh allait en Éthiopie.

Le contrôle des routes commerciales

Crone souligne que le commerce mecquois n'était pas un commerce de transit et qu'il faut à présent envisager le commerce mecquois comme ayant été plutôt un échange de marchandises locales. Elle souligne également que le commerce mecquois n'attirait pas l'attention de l'Égypte et du Croissant fertile et qu'il ne supposait pas le contrôle d'une quelconque route d'Arabie.

La route entre la Mecque et la Syrie

Crone examine le contrôle des routes entre La Mecque et la Syrie, soulignant que la tradition islamique dit que cette route était contrôlée par les Ghassanides, une tribu chrétienne d'Arabes. Elle souligne que ce que montre le traité de paix entre l'Empire perse et l'Empire byzantin, c'est un contrôle entre le commerce ouest-est entre les Arabes du désert syrien et leurs voisins. Elle conclut que les Mecquois ne dominaient pas le commerce sud-nord et qu'ils n'avaient encore moins de soi-disant monopole.

La route entre la Mecque et le Yémen

Crone examine le contrôle des routes entre La Mecque et le Yémen, soulignant que la tradition islamique dit que les Mecquois avaient pris le contrôle du sud de la route de l'encens après les conquêtes éthiopiennes du Yémen. Elle souligne que le fait que les Yéménites aient cessé d'être gouvernés par eux-mêmes ne signifie pas du tout que les Arabes ont pris le relais.

La route entre la Mecque et l’Éthiopie

Crone examine le contrôle des routes entre La Mecque et l'Éthiopie, soulignant qu'il est fort probable que les Quraysh aient dominé le flux des marchandises éthiopiennes, mais que ces marchandises ne pouvaient être commercialisées que chez eux. Elle souligne que le commerce entre l'Éthiopie et l'Empire byzantin se faisait par voie maritime et que les Quraysh n'auraient tout simplement pas pu rivaliser.

La route entre la Mecque et l’Irak

Crone examine le contrôle des routes entre La Mecque et l'Irak, soulignant que des historiens disent que, pendant les guerres du Fijar, les Quraysh auraient repris le relais sur les Lakhmides. Elle souligne que les guerres du Fijar n'ont aucun rapport avec le commerce et que les Quraysh n'ont pas gagné la guerre. Elle conclut qu'il est peu plausible qu'ils aient dominé les routes et encore moins qu'ils aient eu de monopole.

Changement de méthodologie

Crone change de méthodologie et adopte une attitude plus sceptique avec la tradition, car le commerce tel que décrit n'a absolument rien de logique.

Le véritable problème du commerce Mecquois

Crone pose la question de savoir comment le commerce interrégional de La Mecque avait lieu avec des destinations aussi lointaines. Elle souligne que les Mecquois étaient si loin des endroits où ils commerçaient que le déplacement n'aurait pas été rentable et que les habitants du sud de la Syrie avaient déjà accès aux produits que vendaient les Quraysh. Elle propose deux hypothèses : soit on fait la distinction entre La Mecque et le commerce quraysh, soit on dit que les Quraysh avaient un centre de commerce plus proche de la Syrie que de La Mecque.

La Mecque, un lieu de culte

Crone examine l'idée reçue selon laquelle La Mecque était un lieu de culte. Elle souligne que la tradition islamique présente La Mecque comme un sanctuaire qui aurait été l'objet de pèlerinage annuel et qu'aucune effusion de sang n'y était autorisée.

La Mecque dans l’Antiquité

Crone examine les preuves qui viennent généralement soutenir l'affirmation selon laquelle La Mecque était plus ou moins importante dans l'Antiquité. Elle souligne que rien ne permet d'affirmer que la ville de Makoraba mentionnée dans l'œuvre de Ptolémée est La Mecque et que l'inscription du CLAS ne prouve pas que les Quraysh commerçaient dès l'Antiquité.

La Mecque était-elle un lieu de pèlerinage

Crone examine la question de savoir si La Mecque était un lieu de pèlerinage. Elle souligne que la tradition islamique est presque unanime : La Mecque n'était pas un lieu de pèlerinage avant l'Islam. Elle souligne également que les païens ne commerçaient pas à La Mecque, à Arafat et à Mina. Elle conclut que La Mecque n'était pas un lieu de pèlerinage à l'époque préislamique.

L'inviolabilité des Quraysh

Crone examine l'idée reçue selon laquelle les Quraysh avaient le privilège d'être invulnérables. Elle souligne que ce ne sont pas tous les Arabes qui ont reconnu le caractère sacré de La Mecque et qu'être inviolable signifiait également renoncer à l'usage de la force. Elle conclut que la tradition islamique confond l'inviolabilité temporaire qui avait lieu durant les mois sacrés et l'inviolabilité permanente.

La Mecque est d’origine islamique

Crone examine les fonctions religieuses que remplissaient les Quraysh à l'époque préislamique. Elle souligne que les Quraysh ne pouvaient pas être gardiens de La Mecque et commerçants en même temps et qu'ils ne remplissaient pas les fonctions typiques des gardiens de sanctuaire préislamique. Elle conclut que les Quraysh semblaient avoir été des gardiens laïcs de la Kaba et que leur position religieuse était ambiguë et principalement utilitaire.

Qu'est-ce que c'était donc la Mecque

Crone conclut que La Mecque n'était pas située sur la route de l'encens, qu'elle n'était pas un carrefour, qu'elle n'était ni l'objet de pèlerinage ni un sanctuaire et que les Quraysh n'étaient pas les gardiens des dieux. Elle souligne que le site était moyennement vivable et qu'il était mal équipé pour le commerce maritime et trop éloigné pour un commerce caravanier avec la Syrie. Elle pose la question de savoir si les Quraysh avaient un centre commercial à cet endroit et souligne que, pour répondre à cette question, il faut soit accepter le fait que les Quraysh étaient des commerçants et que le commerce a été mené en grande partie indépendamment de La Mecque, soit rejeter l'idée de La Mecque moderne.

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