NIETZSCHE - LA SOLITUDE EST NÉCESSAIRE À LA GRANDEUR

Bref Résumé

Ce podcast explore la dialectique de la solitude et du retour chez Nietzsche, en particulier à travers son œuvre "Ainsi parlait Zarathoustra". La solitude est présentée comme une condition nécessaire à la création de nouvelles valeurs, mais jamais comme une fin en soi. Nietzsche met en scène un personnage, Zarathoustra, qui oscille constamment entre l'isolement en montagne et le retour parmi les hommes, illustrant la tension entre le besoin de solitude pour créer et le désir de partager cette création.

  • La solitude est essentielle pour se distancer des valeurs dominantes et penser de manière originale.
  • Le créateur doit accepter de rompre avec l'approbation sociale et la morale du troupeau.
  • La solitude est temporaire et orientée vers un retour, un don aux autres.
  • Cette solitude, bien que nécessaire, reste douloureuse et source de souffrance pour le créateur.

Introduction : La dialectique de la solitude et du retour chez Nietzsche

Le podcast introduit l'œuvre de Friedrich Nietzsche, notamment "Ainsi parlait Zarathoustra", pour explorer la question de la grandeur et de la solitude. Nietzsche met en scène un personnage qui oscille entre la montagne et les hommes, l'isolement et le retour parmi la foule. Ce mouvement révèle une tension fondamentale dans la pensée de Nietzsche : la solitude est nécessaire à la création de nouvelles valeurs, mais elle n'est jamais une fin en soi. Zarathoustra descend de sa montagne pour offrir quelque chose aux hommes, puis y retourne pour se ressourcer, dessinant une conception particulière de l'isolement qui n'a rien à voir avec la misanthropie.

La solitude comme condition de la création

Pour Nietzsche, créer signifie inventer de nouvelles valeurs et de nouvelles façons de vivre, ce qui implique une rupture avec les valeurs existantes. La solitude devient indispensable pour celui qui veut penser autrement, en se plaçant à distance de la foule et du bruit ambiant. La solitude crée une distance épistémologique qui permet de voir ce que les autres ne voient plus. Zarathoustra passe 10 ans en montagne, un temps de silence et de maturation nécessaire à l'émergence d'une pensée nouvelle. Nietzsche insiste sur le fait que Zarathoustra jouit de cette solitude, y trouvant une forme de bonheur créatif, mais ce bonheur reste incomplet tant qu'il n'est pas partagé.

La solitude contre le "marché" et les "mouches du marché"

Nietzsche oppose la montagne au marché, le silence au bruit, la profondeur à la superficialité des échanges sociaux. Le marché représente l'espace public où tout se mesure à l'applaudissement, où la valeur d'une pensée se réduit à sa popularité. Dans cet espace, le penseur est constamment dérangé par les "mouches vénimeuses" qui piquent, critiquent et détournent l'attention. La solitude apparaît comme un antidote nécessaire contre cette contamination. Nietzsche utilise l'image de l'arbre, qui pousse lentement en silence, indifférent aux agitations superficielles du monde social, pour illustrer la disposition que le créateur doit cultiver.

La solitude et l'indépendance intellectuelle

Nietzsche analyse les conditions de la pensée authentique dans son ouvrage "Aurore". Il affirme que nous ne nous appartenons pas vraiment quand nous lisons ou écoutons les autres, car notre esprit devient alors un simple réceptacle pour des pensées étrangères. La véritable création exige que l'esprit produise ses propres pensées. La solitude nietzschéenne n'est pas contemplative au sens passif du terme, mais plutôt le cadre dans lequel une pensée active et originale peut émerger. Le créateur doit accepter de rompre avec l'approbation sociale, car la foule valorise ce qui rassure et nivèle les différences.

La solitude et la critique de la morale du troupeau

Nietzsche critique radicalement la morale dominante, qu'il qualifie de "morale de troupeau", car elle se présente comme la seule morale possible et refuse l'idée qu'on puisse penser autrement. Le solitaire est celui qui ose concevoir un autrement, qui refuse l'évidence et imagine des possibilités que le troupeau ne peut même pas envisager. La création implique toujours une dimension destructrice, car on ne peut pas inventer de nouvelles valeurs sans d'abord ébranler les anciennes. Le créateur devient ainsi nécessairement un personnage solitaire, non par choix, mais par nécessité.

La solitude et la volonté de puissance

Nietzsche insiste sur le fait que la création implique toujours une dimension destructrice. On ne peut pas inventer de nouvelles valeurs sans d'abord ébranler les anciennes. Or, détruire ce que tous vénèrent, c'est s'exposer à la haine, à l'incompréhension, au rejet. Le créateur devient ainsi nécessairement un personnage solitaire, non par choix, mais par nécessité. La foule ne comprend la volonté de puissance qu'en terme de domination sur autrui, alors que le créateur cherche d'abord à se dominer lui-même, à se dépasser, à créer de nouvelles valeurs.

Le retour vers les autres : l'amour du lointain

La solitude nietzschéenne est temporaire et orientée vers un retour. Le créateur s'éloigne des hommes tels qu'ils sont pour travailler à ce qu'ils pourraient devenir. Zarathoustra redescend toujours de sa montagne, avec quelque chose à offrir. Nietzsche distingue l'amour du lointain de l'amour du prochain. L'amour du lointain se tourne vers l'humanité future, vers ce que les hommes pourraient devenir s'ils se dépassaient eux-mêmes. Cet amour justifie la distance prise avec le prochain.

La solitude et la communauté de créateurs

La solitude n'est pas un état définitif, mais un passage nécessaire. Le créateur se retire pour mieux revenir, accumule pour mieux donner, s'isole pour mieux préparer une communauté nouvelle. Zarathoustra cherche des compagnons, des disciples capables de le comprendre et de poursuivre son œuvre. Nietzsche évoque cette quête d'une fraternité de créateurs, une communauté de ceux qui veulent se dépasser, une fraternité d'esprit libre capable de créer ensemble de nouvelles valeurs.

La douleur de la solitude

La solitude nécessaire reste douloureuse. Il y a une tension que Nietzsche ne résout jamais complètement : ce qui est nécessaire à la grandeur n'est pas supportable humainement. La solitude est à la fois condition et malédiction, passage obligé et épreuve terrible. Nietzsche lui-même en a souffert tout au long de sa vie. Ses lettres témoignent de cette douleur. Derrière le philosophe qui chante la grandeur de la solitude, il y a un homme qui souffre atrocement d'être seul.

Conclusion : La solitude nietzschéenne, un passage vers l'avenir

La solitude nietzschéenne n'est ni fuite ni misanthropie. C'est un passage douloureux mais nécessaire, orienté vers une humanité à venir. Le créateur doit se séparer du troupeau pour penser autrement, mais cette séparation prépare un don, un retour enrichi vers les autres. Ce mouvement ne s'arrête jamais. Zarathoustra descend, remonte, redescend encore, et la grandeur se paie de cette oscillation perpétuelle, de cette tension jamais résolue entre la nécessité de la solitude et la souffrance qu'elle engendre.

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0:00 Voix philosophique le podcast. Peut-on atteindre la grandeur sans passer par la solitude ? C'est l'une des questions centrales qui traverse le travail de Friedrich Nietzsche dont ainsi par les Zathouustra publié entre 1883 et 1885, Nietzsche met en scène un personnage qui ne cesse d'ossiller entre la montagne et les hommes, entre l'isolement et le retour parmi la foule. Et ce mouvement perpétuel n'est pas accidentel. Il révèle une tension fondamentale dans la pensée nietséenne. Dans la pensée nietséenne, la solitude apparaît comme une condition nécessaire à la création de valeurs nouvelles, mais elle n'est jamais une fin en soi. Zaratoura descend de sa montagne pour offrir quelque chose aux hommes, puis y

0:46 retourne quand il a besoin de se ressourcer. Et ce va et vien dessine une conception très particulière de l'isolement qui n'a rien à voir avec la misanthropie ou le mépris des autres. Pour Nietzsche, le créateur doit se séparer de la foule pour penser autrement. Mais cette séparation prépare toujours un retour enrichi vers les autres. Et pourtant, cette solitude nécessaire reste douloureuse. Nietzsche lui-même en a terriblement souffert tout au long de sa vie. Dans cet épisode, nous allons examiner cette dialectique de l'isolement et du retour pour comprendre ce que signifie vraiment la grandeur chez Nietzsche. Pour comprendre pourquoi la solitude est nécessaire, il faut d'abord saisir ce que Nietzsche entend par création. Car créer pour lui ne signifie pas

1:31 simplement produire des œuvres ou des idées nouvelles. Créer, c'est avant tout inventer de nouvelles valeurs, de nouvelles façons de vivre et de penser. Or, cette invention suppose une rupture avec les valeurs existantes, avec les manières de penser dominantes. Et c'est précisément là que la solitude devient indispensable. Celui qui reste immergé dans la foule ne peut voir ce que tout le monde considère comme évident. Il pense par habitude, par imitation, par conformisme. Pour penser autrement, il faut donc se placer ailleurs, prendre de la distance, s'extraire du bruit ambiant. La solitude crée cette distance épistémologique qui permet de voir ce que les autres ne voient plus. C'est exactement ce que met en scène le prologue de Zaratustra.

2:18 Le personnage passe 10 ans en montagne avant de redescendre vers les hommes. 10 ans de silence et de maturation. 10 ans pendant lesquelles une pensée nouvelle peut émerger, une pensée qui n'aurait pas pu naître parmi la foule. Nietzsche décrit ce moment inaugural ainsi. Lorsque Zarathoustra eut atteint sa trtième année, il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne. Là, il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant 10x années. Mais enfin, son cœur se transforma et un matin, se levant avec l'aurore, il s'avança devant le soleil et lui parla ainsi. Oh grand astre, quel serait ton bonheur si tu n'avais pas ceux que tu éclaires ? Cette retraite

3:04 initiale n'est donc pas une fuite ou une punition. Elle constitue plutôt le temps nécessaire à l'élaboration d'une pensée originale. Et Nietzsche insiste sur le fait que Zarathoustra jouit de cette solitude, qu'il y trouve une forme de bonheur créatif. Mais ce bonheur reste incomplet tant qu'il n'est pas partagé, tant que la lumière accumulée ne peut éclairer personne. C'est pourquoi le cœur de Zaratoura finit par se transformer. Il ressent le besoin de redescendre parmi les autres personnes. Maintenant, il faut comprendre contre quoi exactement cette solitude protège le créateur. Car Nietzsche oppose constamment la montagne au marché, le silence au bruit, la profondeur à la superficialité des échanges sociaux. Dans le chapitre intitulé Des mouches du

3:50 marché, il développe cette opposition de manière très explicite. Le marché représente l'espace public où tout se mesure à l'applaudissement, où les idées circulent comme des marchandises, où la valeur d'une pensée se réduit à sa popularité. Et dans cet espace, le penseur est constamment dérangé par ce que Nietzsche appelle les mouches vénimeuses. Ces petits esprits qui piquent critiquent détournent l'attention. Face à cette contamination, la solitude apparaît donc comme un antidote nécessaire. Nietzsche le formule de cette manière : "Fuis, mon ami, dans ta solitude. Je te vois assourd par le bruit des grands hommes et tout piqué par les aiguillons des petits. La forêt et le rocher savent dignement se taire avec toi. Ressemble de nouveau à l'arbre

4:36 que tu aimes. À l'arbre aux larges branches, silencieux et attentif. Il est suspendu au-dessus de la mer. Là où cesse la solitude commence le marché et là où commence le marché commence aussi le bruit des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses. Dans cet extrait, l'image de l'arbre est particulièrement significative. L'arbre pousse lentement en silence, enraciné dans la terre mais tourné vers le ciel. L'arbre ne se préoccupe pas du bruit autour de lui et c'est précisément cette disposition que le créateur doit cultiver. Une attention silencieuse à ce qui compte vraiment, indifférente aux agitations superficielles du monde social. Cette conception de la solitude

5:22 créatrice se retrouve également dans son ouvrage intitulé Aurore où Nietzsche analyse les conditions de la pensée authentique. Pour lui, nous ne nous appartenons pas vraiment quand nous lisons ou écoutons les autres. Notre esprit devient alors un simple réceptacle pour des pensées étrangères. Or, la véritable création exige que l'esprit produise ses propres pensées, qu'il génère quelque chose de nouveau plutôt que de digérer ce qui existe déjà. Il écrit : "Nous ne nous appartenons pas dans l'état où nous lisons ou écoutons. Notre esprit est alors un champ où des pensées étrangères passent. Rester seul avec soi, assis, tranquille, sans livre, sans combat, sans pensée fixe. Voilà ce que nos penseurs ne se sont pas appris. Leur méditer est avant

6:10 tout un se soustraire à soi. La solitude nichzéenne n'est donc pas contemplative au sens passif du terme. Elle est plutôt le cadre dans lequel une pensée active et originale peut émerger. Mais cette exigence de solitude implique une conséquence difficile. Le créateur doit accepter de rompre avec l'approbation sociale. Car la foule, ce que Nietzsche appelle le troupeau, valorise ce qui rassure, ce qui est commun, ce qui nivèle les différences. Mais la grandeur, elle suppose précisément la différence, l'originalité, la capacité de penser contre le courant dominant. Celui qui cherche à plaire à tous, à obtenir l'approbation du plus grand nombre ne peut donc rien créer de véritablement neuf. Celui qui cherche à

6:56 plaire ne fera que reformuler ce que tout le monde pense déjà sous une forme légèrement différente. En suivant cette logique, la solitude apparaît alors comme le prix à payer pour l'indépendance intellectuelle. Cette analyse conduit Nietzsche à une critique radicale de la morale dominante, car cette morale qu'il qualifie de morale de troupeau ne se présente pas comme une morale parmi d'autres. Elle se présente plutôt comme la seule morale possible, comme l'évidence même. Et c'est précisément cette prétention à l'universalité qui la rend dangereuse pour le créateur. La morale de troupeau refuse même l'idée qu'on puisse penser autrement, qu'on puisse concevoir d'autres valeurs. Nietzsche analyse ce mécanisme dans par-delà le bien et le mal. Il écrit

7:41 "La morale est aujourd'hui en Europe une morale de troupeau, donc à notre sens une espèce unique de morale humaine à côté de laquelle, avant laquelle, après laquelle beaucoup d'autres morales et surtout des morales supérieures sont ou devraient être possible. Mais cette morale se défend de toutes ses forces contre une telle possibilité, contre un tel devoir." Elle dit avec obstination et rigueur : "Je suis la morale même et rien d'autre n'est moral. Face à cette fermeture de l'esprit du troupeau, le solitaire est celui qui ose concevoir un autrement. Le solitaire refuse l'évidence, questionne ce que tous acceptent, imagine des possibilités que le troupeau ne peut même pas envisager et cet audace le place nécessairement en marge de la société.

8:27 De plus, Nietzsche insiste sur le fait que la création implique toujours une dimension destructrice. On ne peut pas inventer de nouvelles valeurs sans d'abord ébranler les anciennes. Or, détruire ce que tous vénèrent, c'est s'exposer à la haine, à l'incompréhension, au rejet. Le créateur devient ainsi nécessairement un personnage solitaire, non par choix, mais par nécessité. Nietzsche l'exprime de cette manière dans Zarathouustra. Il écrit "Celui qui doit être un créateur dans le bien et dans le mal, celui-là doit d'abord être un destructeur et briser des valeurs. Ainsi, la suprême méchanceté fait partie de la suprême bonté, mais celle-ci est la bonté créatrice." Cette formulation peut sembler paradoxale.

9:12 Comment la méchanceté peut-elle faire partie de la bonté ? En réalité, Nietzsche distingue ici deux niveaux. Au niveau du troupeau, celui qui détruit les valeurs établies apparaît comme méchant, comme dangereux, comme ennemi du bien commun. Mais à un niveau supérieur, cette destruction est la condition même d'une création authentique, d'une bonté nouvelle qui dépasse les limitations de la morale ordinaire. Et cette incompréhension structurelle entre le créateur et la foule s'explique également par une différence de perspective sur la volonté de puissance. Car la foule ne comprend cette volonté qu'en terme de domination sur autrui. Commander, soumettre, être maître des autres. Mais le créateur vise tout autre chose. Il cherche d'abord à

9:58 se dominer lui-même, à se dépasser, à créer de nouvelles valeurs et cette orientation reste inintelligible pour ceux qui ne pensent qu'en terme de pouvoir ordinaire. Nietzsche écrit : "Là où je trouvais du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance et même dans la volonté de celui qui obéit, j'ai trouvé la volonté d'être maître. Que le plus fort domine le plus faible. C'est à quoi consent le faible qui veut être maître de plus faible encore. C'est là sa volupté à lui." Ce que Nietzsche explique ici, c'est que la foule reste prisonnière de cette logique de domination ordinaire. La foule ne peut concevoir une volonté qui viserait autre chose, qui chercherait à créer plutôt qu'à dominer. C'est pourquoi le créateur reste

10:44 fondamentalement seul, même au milieu des autres. Mais voilà le paradoxe. Cette solitude n'est pas mise en tropie. Elle ne traduit pas un mépris des hommes ou un désir de s'en éloigner définitivement. Car Zaratoura redescend toujours de sa montagne. Il revient vers les hommes avec quelque chose à offrir, quelque chose qu'il a élaboré pendant sa retraite. La solitude nichéenne est donc temporaire et orientée vers un retour. Le créateur s'éloigne des hommes tels qu'ils sont pour travailler à ce qu'ils pourraient devenir. C'est ce qu'exprime le prologue de Zarathouustra à travers la métaphore de l'abeille et du miel. La solitude a produit une surabondance. Une richesse qui déborde et qui doit être partagée.

11:29 Zaratouustra déborde de cette richesse et ressent le besoin impérieux de donner et de redistribuer en retour. Nietzsche décrit cette transformation ainsi : "Voici, je suis dégoûté de ma sagesse. Comme l'abeille qui a amassé trop de miel, j'ai besoin de mains qui se tendent. Je voudrais donner et distribuer jusqu'à ce que les sages parmi les hommes soient redevenus joyeux de leur folie et les pauvres heureux de leur richesse. C'est pourquoi je dois descendre dans les profondeurs comme tu fais le soir quand tu vas derrière les mers pour porter la lumière au monde d'en bas astre débordant de richesse. Dans cet extrait, l'image du soleil qui descend pour éclairer le monde d'en bas est particulièrement révélatrice.

12:15 Le soleil ne méprise pas la terre qui l'éclaire. Au contraire, son bonheur dépend de l'existence de ceux qui l'illuminent. De même, le créateur ne méprise pas les hommes. Il a besoin d'eux pour accomplir pleinement sa vocation, pour que sa création trouve son sens dans le partage. Cette orientation vers les autres prend chez Nietzsche une forme particulière, l'amour du lointain. Car il distingue soigneusement cet amour de l'amour du prochain qui caractérise la morale chrétienne. L'amour du prochain se préoccupe des hommes tels qu'ils sont maintenant. avec leurs faiblesses, leurs limitations, leurs souffrances actuelles. L'amour du lointain, en revanche se tourne vers l'humanité future, vers ce que les hommes pourraient devenir s'ils se dépassaient eux-mêmes.

13:01 Nietzsche le formule ainsi : "Je ne vous conseille pas l'amour du prochain, je vous conseille l'amour du lointain. plus haut que l'amour du prochain est l'amour du lointain et de celui qui doit venir. Que l'avenir et ce qui est le plus éloigné soit pour toi la cause de ton aujourd'hui. Dans ton ami, tu dois aimer le surhumain comme ta propre cause. Donc pour Nietzsche, cet amour du lointain justifie la distance prise avec le prochain. Le créateur ne s'éloigne pas des hommes par indifférence ou par mépris. Il s'en éloigne parce qu'il travaille pour ceux qui ne sont pas encore nés. pour une humanité future qui sera capable de recevoir ce qu'il a à offrir. Dès lors, la solitude n'est plus un état définitif mais un passage nécessaire. Le

13:49 créateur se retire pour mieux revenir. Il accumule pour mieux donner. Il s'isole pour mieux préparer une communauté nouvelle. Car Zaratoura cherche des compagnons, des disciples capables de le comprendre et de poursuivre son œuvre. Nietzsche évoque cette quête d'une fraternité de créateurs. Il écrit "Le désert grandit. Malheur à celui qui recelle des déserts. Ces fruits sont murs et nous sommes murs pour ces fruits. Élevons-les vers la vie. Laissez venir à moi tous ceux qui ne savent pas vivre autrement qu'en apprenant à se surmonter eux-mêmes." Pour Nietzsche, la solitude absolue n'est donc pas le but final. Elle prépare au contraire la formation d'une communauté de ceux qui veulent se

14:34 dépasser. Une fraternité d'esprit libre capable de créer ensemble de nouvelles valeurs. Et pourtant, cette solitude nécessaire n'en reste pas moins douloureuse. Car il y a une tension que Nietzsche ne résout jamais complètement. Ce qui est nécessaire à la grandeur n'est pas supportable humainement. La solitude est à la fois condition et malédiction, passage obligés et épreuves terribles. Nietzsche lui-même en a souffert tout au long de sa vie et ses lettres témoignent de cette douleur. En 1883, alors qu'il vient de publier les premières parties de Zarathoustra, Nietzsche traverse une période particulièrement difficile. Il est malade, incompris, abandonné par presque tous ses amis. Dans une lettre à son ami

15:21 Franz Overbeck, il laisse transparaître sa détresse. Il écrit "Si je ne réussis pas à inventer l'artifice des alchimistes pour transformer cette boue en or, je suis perdu. Là, j'ai la plus belle occasion de prouver que pour moi, toute expérience vécue a son utilité. Cette époque d'épreuve est la pire de ma vie. l'abandon total, la profonde méfiance à l'égard de moi-même, l'insomnie, l'irritation d'une maladie de foi, tout cela ensemble fait de moi un pauvre diable. Derrière le philosophe qui chante la grandeur de la solitude, il y a donc un homme qui souffre atrocement d'être seul. L'œuvre transforme cette douleur en pensée, en création, mais la douleur demeure. Et Nietzsche ne prétend jamais

16:07 que ce chemin soit facile ou heureux. Il affirme seulement qu'il est inévitable pour qui veut créer. Cette conscience d'un destin solitaire s'exprime également dans Exé Homo, ce texte autobiographique rédigé peu avant l'effondrement mental de Nietzsche. Il y press l'importance future de son œuvre, mais il sait aussi qu'il ne sera pas compris de son vivant. Il refuse les disciples, les croyants, les suiveurs aveugles et cette solitude choisie n'en est pas moins une solitude soufferte. Il l'exprime ainsi. Je connais le sort qui m'est réservé. Un jour, mon nom sera associé au souvenir de quelque chose de formidable, à une crise comme il n'y en jamais sur terre, à la plus profonde collision des consciences. Je ne suis pas un homme, je

16:53 suis de la dynamite et malgré tout cela, il n'y a rien en moi du fondateur de religion. Je ne veux pas de croyant. Je pense que je suis trop méchant pour croire en moi-même. Je ne parle jamais aux masses. Donc Nietzsche se séporteur d'une pensée explosive capable de transformer la conscience humaine. Mais il sait aussi que cette pensée le condamne à la solitude, à l'incompréhension de ses contemporains, à une forme d'isolement radicale que même la gloire future ne pourra compenser. Cette ambivalence fondamentale trouve son expression la plus poignante dans le champ de minuit qui close Aratoustra. Ce chant nocturne révèle la tension entre la douleur et la joie, entre le passage et l'éternité. Nietzsche y donne voix à la double nature de l'expérience créatrice. Il

17:39 écrit : "Oh homme, prends garde que diminue profond ? J'ai dormi, j'ai dormi d'un rêve profond, je me suis éveillé. Le monde est profond et plus profond que ne pensait le jour. Profonde est sa douleur, le plaisir plus profond encore que la peine. La douleur dit passe et fin. Mais tout plaisir veut l'éternité, veut la profonde profonde éternité. Dans cet extrait, la douleur de la solitude dit passe. Elle aspire à sa propre fin. Mais la joie de la création dit éternité. Elle veut se prolonger indéfiniment. Et Nietzsche ne résout pas cette tension. Il la vit jusqu'au bout dans

18:25 l'oscillation perpétuelle entre la montagne et les hommes, entre l'isolement nécessaire et le retour douloureux. La conclusion de cet épisode est que la solitude nietéenne n'est ni fuite ni misanthropie. C'est un passage douloureux mais nécessaire orienté vers une humanité à venir. Le créateur doit se séparer du troupeau pour penser autrement. Mais cette séparation prépare un don, un retour enrichi vers les autres et ce mouvement ne s'arrête jamais. Zarathouustra descend, remonte, redescend encore et la grandeur se paie de cette oscillation perpétuelle, de cette tension jamais résolue entre la nécessité de la solitude et la souffrance qu'elle engendre. பண்ண

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