0:00 [Applaudissements] J'aurais beaucoup aimé que l'on parle de moi comme David de l'amour, mais pour l'instant, je vais me contenter de vous partager une toute autre fable intitulée La pigeonne et le gros rat. Et elle commence comme
0:48 ça. Ce soir-là, je dînis avec lui pour la première fois. Oh, il était beau, il sentait bon. Et alors que le garçon du bistro, muni de son plateau s'approchait de nous pour nous faire payer l'adition, que je m'apprêtais tout naturellement à dégainer mon porte-monnaie pour ne pas avoir l'air d'une micheton intéressée, j'entendis soudainement le futur père de mes enfants beugler dans tout le restaurant. Séparément séparément hein. À ces mots, la pigeon resta sans voix. Elle qui pensait mériter une bague 18 ne valait même pas une assiette de pâte
1:36 carbonara. Elle compris ce soir-là en voyant cette égalité tant qu' voit déplumer son rêve que le gros rat était peut-être un roi mais qu'elle n'avait pas eu la fève. Alors alors attention, ce qui me pose problème dans cette histoire, ce n'est pas d'avoir payé ma part, c'est que moi, j'ai pris le temps de me préparer entre mascara rouge à lèvres, masochiste drame de l'épilation intégrale, brushing de star et et puis payer le taxi pour ne pas prendre le métro, au risque de croiser la version moderne de Casimodo qui force pour avoir mon numéro alors que lui pour se
2:23 préparer. Il a reniflé une aisselle. Jugé nécessaire d'allumer l'eau de la douche, sorti son superbe liquide vaisselle pec 14 en un qui fait corps, visage, carrelage et vitre inclus. et il était prêt à me rejoindre comme un héros. 15,50 € plus 2h de très coûteuse préparation multiplié par arrivé en vie à destination. Voilà le douloureux drame de l'égalité qu'imp de Gouge et les suffragettes bien avant moi réclamai contre 3 € pour lui si le savon était hors promo. Moi qui voyais pourtant peut-être
3:11 un peu naïvement l'égalité comme le pilier, le plus fidèle allié entre les femmes et les hommes, entre les pauvres et les riches, les élés et les lucides, les beaux et les moches, les victimes et les bourreaux, ceux qui vivent dans de grands palais ou comme moi dans un logement cruise de 10 m². Alors alors c'est vrai qu'on nous apprend souvent que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Et sauf qu'on oublie toujours la deuxième partie de la citation. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Et alors si on enlève le filtre LV2 politicien mention je me fous de ta gueule ça donne ou alors si ça vous amuse he on peut dire que dans l'idée
3:56 vous êtes à peu près égau hein mais ça veut pas du tout dire que dans les faits vous serez traité de la même manière. Peut-être que tous les hommes sont égaux mais que certains le sont simplement plus que d'autres. Parce qu'on nous a toujours appris qu'il y a les torchons et les serviettes. Ceux qui possèdent des tunes, qui sont à l'aise financièrement et ceux qui se plaignent que leurs affaires ne marchent pas en ce moment. Manifestement ce soir, cette citation mais tout le monde d'accord. Ceux qui ont un nom à particule et et ceux qui crient "J'ai un trou dans mon pull" qu'au sein d'une même réalité cohabite celui qui vit dans un hôtel particulier, moulure au plafond et verre de rosé. Celui dans sa chambre de bonne supplément trône commun entartré. et pour tout le palier et celui qui s'endort seul sur le pavé
4:45 mouillé. Peut-être qu'on se doit d'être honnête, de reconnaître qu'o on ne peut pas le naître et que vouloir l'égalité iné relève d'une injustice parfum Chanel pourvu qu'elle masque l'essentiel les gens qui meurent et prient le ciel pour un peu de douceur et de miel. Alors voilà, forcé de constater que dès le départ les D sont pipés qu'au nom du père mais surtout du fisque égalité rime trop souvent avec impunité que le lièvre dépasserait la tortue s'il n'allait pas prendre sa postclope au PMU que je serais bien culotté de vous parler d'égalité des chances à la grande finale du concours national d'éloquence parce que je pense à ceux qui n'ont plus de voix pour hurler au monde qu'ils n'ont pas eu le choix. Oui. Oui. La plus terrible des injustices, c'est de le croire lorsque l'on nous dit que nous sommes égaux,
5:32 qu'il faut donner la même chose à tout le monde sans distinction. Alors alors arrière va des rétro popula combative différence. Ici, on est tous les mêmes. D'ailleurs, ce soir, j'ai une pensée toute particulière pour les enfants de Bernard Arnaud qui doivent être soulagés d'avoir droit au repas à 1 €. Et c'est peut-être ça le cœur du problème. Dans cet égalitarisme dogmatique, on dit égalité comme on dit bonjour, comme une formule magique qui nous exhorte de toute responsabilité. Mais la vérité c'est que je suis la première terrifiée par ma propre lâcheté. Que ça me ressure de me dire qu'on ne peut pas sauver toute la misère du monde, qu'elle est de ces injustices
6:17 bien trop grande, immuable et surtout trop lourde à porter. Pourtant, jamais cette égalité ne fera terre cette petite voix juste là qui nous appelle et nous assigne. J'aurais pu faire plus, j'aurais pu faire mieux, j'aurais pu faire juste, mais j'ai échoué. Dans tous ces beaux discours, où se cache le juste ? Où se cache le beau ? De quel droit pourrais-je vous sermonner d'être de la même veine que celle que vous écoutez ? Parce qu'au fond, je crois simplement qu'on a peur. Peur parce qu'on est vorace et carnacier, que notre plus grande angoisse, c'est de voir autrui nous dépasser. Alors, on se case, on se clive, on se divise entre les Capulets,
7:04 les Montégus, les intellos et les moldus, les drefusards et les corrompus pourvu que ça nous scinde, que ça nous hiérarchise parce qu'il faut forcément qu'on s'era palestise qu'on choisisse entre Ayan ou la lettre à Élise. Et moi moi si je n'ai pas envie, si je ne veux pas que le deuxième mot de la devise devienne cette excuse qui me polarise, qui suis-je ? Que va-je ? Qu'je d'autre pour vous parler que mon verre et ma prose ? Que le souvenir du sourire de cette vieille dame sur le quai ? Que la couleur de nos fourires, c'est de nos altérités ? que la bonté de ces personnes auprès de qui j'apprends à écouter, à comprendre qu'à 19 ans, je n'ai que la sagesse d'ignorer
7:52 que dans chaque rit de ma grand-mère se cache une morale dont je ne sais rien qu'au lycée en mat, j'avais 5/ 20 et que heureusement que d'autres sont meilleurs que moi, sinon je m'inquiéterai pour le ministère de l'économie. Bon, je m'inquiète pour le ministère de l'économie. Alors alors, alors non, non, je ne veux pas de cette égalité. Laissez-moi pauvre pour que je puisse vous contempler et surtout l'aide. Rendez millionnaire l'ensemble de la classe populaire et laisser ses braves gens à la tête des ministères avec un SMIC pour seul salaire. Que tous les athés fassent leurs prières. Que les voies les plus calmes se mettent en colère. Bazarder vos échelles, c'est de bien trop bon goût. Embrasser les échelles qui bravent les égouts. Alors toi
8:39 autrui, toi mon amour, mon inconnu qui me façonne et me passionne, je veux te voir briller lorsque tu t'illumines sans craindre une seule seconde que je ne t'élimine. Tu sais, j'aime tant quand tu danses, quand tu m'apprends à tout en l'air et à regarder, que tu te lances comme si tu étais porté entre la lame et le bouclier d'un chevalier quand tu fais s'arrêter la terre et l'hiver de tourner que tu j'aime quand tu penses et repenses le monde et que tes réponses font l'effet d'un sécateur sur les ronces de mon idioci. Que ta parole crée de l'écume et de l'effervescence. Que tes maudou brument à en perdre l'essence. Qu'aurais-je donc comme chance si je voyais en toi mon équivalence ? Probablement pas celle de t'aimer pour
9:26 toutes nos différences. Et si Alphonse de la Martine se disait de la couleur de ceux qu'on persécute, que Robert Badaner était de celle des hommes qu'on exécute, je suis plus humblement peut-être de la couleur de toutes les altérités, de tous les regards, de tous les visages, parce que c'est dans leur rencontre que se trouve la paix. [Musique] Mercian [Musique] [Applaudissements] [Musique]