Guerre au Soudan : enquête sur un massacre - Darfour - Documentaire monde - AT

Bref Résumé

Ce documentaire retrace la tragédie du Darfour, une région du Soudan en proie à une guerre civile depuis 2003. Il met en lumière les origines du conflit, les enjeux géopolitiques, les stratégies des différents acteurs impliqués, et l'intervention tardive de la communauté internationale. Le film souligne l'importance de comprendre cette crise complexe, qui a des répercussions bien au-delà des frontières soudanaises.

  • Le Darfour, région marginalisée et pauvre du Soudan, est le théâtre d'un conflit ethnique et économique exacerbé par la sécheresse et la désertification.
  • Le gouvernement soudanais, sous la dictature d'Omar El-Béchir, a instrumentalisé les tensions ethniques en armant les milices Janjawids pour réprimer la rébellion.
  • La communauté internationale, préoccupée par la paix entre le Nord et le Sud du Soudan, a tardé à réagir face à la crise humanitaire au Darfour.
  • L'intervention de l'Union Africaine (AMIS) s'est avérée insuffisante en raison de moyens limités et d'un mandat inadapté.
  • La Cour Pénale Internationale (CPI) a émis des mandats d'arrêt pour crimes contre l'humanité, mettant la pression sur le gouvernement soudanais.
  • La Chine, principal partenaire économique du Soudan, a joué un rôle ambigu en soutenant le régime tout en appelant à une résolution pacifique du conflit.
  • L'ONU a finalement voté l'envoi d'une force hybride de maintien de la paix, mais son déploiement a été retardé par l'opposition du gouvernement soudanais.

Darfour : Un Territoire Oublié

Le Darfour, vaste territoire de 500 000 km2 à l'ouest du Soudan, est une région enclavée et pauvre, à la frontière du monde arabe et de l'Afrique noire. Cette province possède une identité forte, héritée de son passé de sultanat. La population, entièrement musulmane, est composée d'une mosaïque de tribus d'origines arabe et africaine. Le véritable clivage est économique : les tribus africaines sont généralement des agriculteurs sédentaires, tandis que les Arabes sont des éleveurs semi-nomades. Tous partagent le sentiment d'être négligés par le pouvoir central soudanais, qui concentre ses investissements dans la vallée du Nil et à Khartoum. Le Darfour manque cruellement d'infrastructures, de services et de ressources, ce qui alimente un sentiment de marginalisation et de discrimination parmi ses habitants.

Sécheresse, Famine et Armement des Tribus : Les Origines du Conflit

Une terrible sécheresse dans les années 1980 exacerbe les tensions entre agriculteurs et nomades, qui se disputent les terres cultivables et les pâturages. Le gouvernement de Khartoum, au lieu d'apporter une aide humanitaire, ferme les yeux sur la situation et retarde l'accès à l'aide internationale. Face à l'inaction du pouvoir, les élites du Darfour tentent de trouver une solution politique, mais le gouvernement réagit en armant les tribus arabes, les persuadant qu'elles forment une race supérieure. Cette politique divise la population et transforme le clivage économique en un conflit ethnique. La guerre entre le Tchad et la Libye voisine contribue également à la prolifération des armes et à la violence dans la région.

Rébellion et Répression : L'Engrenage de la Guerre

En 1989, un coup d'État porte au pouvoir le général Omar El-Béchir, qui instaure une dictature militaro-islamiste. En 1992, un mouvement rebelle, le SLM (Mouvement de Libération du Soudan), apparaît pour réclamer une meilleure répartition du pouvoir et des richesses. Début 2003, un autre mouvement, islamiste celui-ci, entre en scène : le JEM (Mouvement pour l'Égalité et la Justice). Fin février 2003, le SLM déclenche l'insurrection et porte un coup dur à l'armée soudanaise en attaquant El-Fasher, la capitale historique de la région. Cette défaite marque le début officiel de la guerre du Darfour.

La Réaction du Gouvernement : Milices Janjawids et Nettoyage Ethnique

L'attaque d'El-Fasher est une humiliation pour le régime de Béchir, qui est déjà engagé dans des négociations de paix avec la rébellion du Sud-Soudan. Pour ne pas affaiblir son armée, composée en partie de soldats originaires du Darfour, le gouvernement choisit d'armer les tribus arabes contre la rébellion, principalement d'origine africaine. Khartoum transforme ainsi un conflit politique en une guerre ethnique. En juin 2003, le gouvernement lance une contre-insurrection massive avec l'aide de milices appelées Janjawids, qui commettent des atrocités contre les populations civiles. Le Darfour est déclaré zone militaire, inaccessible aux observateurs et aux médias.

Témoignages et Horreurs : La Guerre à Huis Clos

En août 2003, des milliers de personnes fuient le Darfour et se réfugient au Tchad. Les témoignages des rescapés révèlent l'ampleur des atrocités commises contre les populations civiles. En septembre 2003, Khartoum autorise quelques ONG à pénétrer au Darfour. Coralie Lechelle, infirmière à MSF, est témoin des villages brûlés, des populations déplacées et des blessures infligées aux victimes. Les organisations de défense des droits de l'Homme comme Human Rights Watch parviennent également à pénétrer au Darfour et recueillent des témoignages similaires. Les attaques sont dirigées systématiquement contre les tribus d'origine africaine, supposées soutenir la rébellion. Les Janjawids, décrits comme des "démons armés à cheval", sont les principaux responsables du nettoyage ethnique.

L'Indifférence Internationale : Priorité à la Paix Nord-Sud

Malgré les témoignages et les preuves des massacres, Khartoum nie en bloc. Les diplomates occidentaux, préoccupés par la paix entre le Nord et le Sud du Soudan, choisissent de se concentrer sur cette autre guerre civile et de ne pas gêner Khartoum. Les États-Unis, principal médiateur dans les négociations Nord-Sud, font du succès de ces accords une priorité en Afrique. Mukesh Kapila, le représentant de l'ONU, alerte les gouvernements occidentaux sur la situation au Darfour, mais il n'est pas entendu.

La Guerre du Darfour sur la Scène Internationale : Le Terme "Nettoyage Ethnique"

Au printemps 2004, la guerre du Darfour s'invite enfin dans l'actualité. Mukesh Kapila profite de ce nouveau climat pour dénoncer un "nettoyage ethnique" au Darfour, faisant référence au génocide rwandais de 1994. Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, impose la guerre du Darfour sur le devant de la scène. Les dirigeants occidentaux se succèdent au Soudan. Le président Béchir doit céder du terrain et signe un accord de cessez-le-feu avec les rebelles. Il autorise également les humanitaires à accéder au Darfour.

L'Accord d'Abuja : Un Marché de Dupes

Kofi Annan pense avoir marqué des points, mais l'accord est un marché de dupes. Les dirigeants soudanais ne désarment jamais les Janjawids et les intègrent dans les forces paramilitaires. En juillet 2004, le Soudan est à nouveau sur le banc des accusés devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies. La résolution adoptée est ferme qu'en apparence et ne menace pas Khartoum de sanctions. La Chine, principal partenaire économique du Soudan, s'oppose à toute mesure coercitive.

L'Union Africaine au Darfour : Une Mission Condamnée à l'Échec

L'Union Africaine (UA) est chargée de trouver une solution politique au conflit et de surveiller le cessez-le-feu. Mais la mission de l'UA au Darfour (AMIS) est sous-financée, sous-équipée et son mandat est inadapté à la gravité de la crise. Les États-Unis et les pays européens, qui financent l'opération, limitent les moyens logistiques pour des raisons de coût. L'AMIS est incapable de protéger les civils et de faire respecter le cessez-le-feu.

Les États-Unis et le Génocide : Une Coopératio Ambiguë

Aux États-Unis, la crise du Darfour devient un sujet de politique intérieure de premier plan. En septembre 2004, Colin Powell annonce que les États-Unis considèrent que le génocide est en cours au Darfour. Mais Washington continue de coopérer avec le gouvernement soudanais sur le contre-terrorisme et reçoit même le numéro 1 des services de renseignements soudanais au siège de la CIA. Cette coopération suscite l'incompréhension et la colère des défenseurs des droits de l'Homme.

La Cour Pénale Internationale et la Force Hybride : Un Espoir Tardif

L'accord d'Abuja relance la violence au Darfour. En août 2006, le Conseil de sécurité vote l'envoi de 20 000 casques bleus au Darfour, mais Khartoum refuse. Les diplomates reviennent à la charge avec l'idée d'une force hybride, composée de soldats de l'UA et de casques bleus de l'ONU. En février 2007, la CPI émet ses premiers mandats d'arrêt pour crime contre l'humanité et crime de guerre. La Chine, soucieuse de son image, pousse Khartoum au compromis. En juin 2007, le régime soudanais accepte enfin la force hybride. En juillet, l'ONU vote l'envoi de cette force. 26 000 casques bleus sont attendus au Darfour début 2008 pour mettre fin aux violences. Mais tout cela n'arrive-t-il pas beaucoup trop tard ? Après plus de quatre ans de guerre et de violence, le Darfour est ravagé, déchiré et traumatisé. La réconciliation sera d'abord l'œuvre des habitants du Darfour eux-mêmes.

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Transcription

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0:22 Darfour, autopsie d'une tragédie Darfour. Depuis 2003, une sale guerre se déroule dans l’ouest du Soudan. Une guerre civile, une guerre contre les civils. Viols, nettoyage ethnique, crimes contre l’humanité. Le gouvernement soudanais a eu recours aux pires moyens pour venir à bout de cette province rebelle. Au moins 200 000 morts, 2 millions et demi de personnes déplacées. Les chiffres ne suffisent pas à décrire cet « enfer sur terre ». Pourtant, le 31 juillet 2007, à NY au siège des Nations Unies, l’espoir renaît pour les rescapés. Le Conseil de Sécurité vote à l’unanimité l’envoi

1:09 de 26 000 casques bleus au Darfour. Enfin. Cette force sera la plus importante de l’histoire de l’ONU. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre quatre ans et demi ? Au-delà de la compassion et de l’indignation, nous avons voulu remonter aux origines, expliquer les enjeux, dévoiler les stratégies des acteurs de ce conflit. De Khartoum à Washington en passant par Genève ou Pékin, nous avons enquêté sur une histoire qui n’est pas seulement soudanaise. Une histoire, qui est aussi la nôtre

2:31 Le Darfour. Un territoire de 500 000 km2, grand comme la France, situé à l’extrémité ouest du Soudan, le plus grand pays d’Afrique. Bordé par la Libye, le Tchad et la Centrafrique, il est à la frontière du monde arabe et de l’Afrique noire. C’est l’une des zones la plus enclavée et la plus pauvre du continent. Khartoum, la capitale, est à plus de 1000km. « Le Darfour c’est une province qui a une identité nationale très forte. C’était un sultanat jusqu’en 1916 donc il y a un sentiment d’appartenance fort. » « On est du Darfour. On vient du Royaume du Darfour, qui était puissant de façon séculaire. Donc il y a vraiment une identité très forte des gens du Darfour. » Cette identité se nourrit d’une grande diversité ethnique. La population du Darfour,

3:21 entièrement musulmane, se compose d’une multitude de tribus. Certaines sont d’origine arabe, d’autre d’origine africaine. Ainsi, les Fours, le plus important groupe africain, a donné son nom à la région. En fait, le véritable clivage est économique. Les tribus africaines sont en général composées d’agriculteurs sédentaires vivant dans les villages. Les Arabes sont plutôt des semi-nomades, éleveurs de vaches et de chameaux. Tous ces groupes qui cohabitent pacifiquement sont liés par un point commun : celui d’habiter une région oubliée du pouvoir politique. « En effet on est là dans le problème du pouvoir central soudanais qui ne s’est occupé que depuis des décennies, je dirais même depuis le temps des Britanniques jusqu’en 1956,

4:11 que du soudan utile : celui du centre du Soudan. Donc on n’a pas fait d’investissements, d’infrastructures, de services au Darfour. « En 2003, à la veille de la guerre, le Darfour compte moins de 150 km de route asphaltée et une seule foreuse de puit en état de fonctionner pour une population de 7 millions d’habitants. En fait, le gouvernement consacre l’essentiel de ses ressources à la vallée du Nil et à la capitale : Khartoum. L’argent du pétrole, qui coule à flot depuis 1999 au sud du pays, doit servir, notamment, à bâtir le Khartoum de demain, sorte de mégalopole futuriste à l’image des capitales du Golfe. 05 55 00 Mais à 1000 km de là, au Darfour, on manque de tout.

4:59 On y compte un enseignant pour 300 enfants, et un médecin pour près de 40 000 personnes. « On ne trouve rien au Darfour ... Aucune façon de guérir un petit bobo. Donc on trouve la mort avec une entorse. J’ai vu une jeune fille mourir en 15 jours d’intervalles. Entre le moment où j’ai quitté le village et le moment où je suis revenue : elle avait simplement une jambe cassée. Elle en est morte. » « Donc il y a un sentiment d’être traité comme des citoyens de seconde catégorie par des habitants de Khartoum qui se considèrent comme civilisés, plus éduqués, qui ont la main mise sur l’économie, qui donne le “ la “ en matière culturelle et qui détiennent l’essentiel du pouvoir politique. » « À Khartoum, les gens du Darfour étaient appelés

5:47 comme ça, comme presque une insulte : les “ halibines”. Ce mot signifie en langue arabe, les gens de l’Ouest Et c’était une façon de les rabaisser, de leur dire tu ne comptes pas tu es vraiment rien, tu es de la daube, tu ne représentes rien pour nous. » Dans ce contexte survient un premier événement qui va déstabiliser la région. Au début des années 1980, une terrible sécheresse s’abat sur le Tchad et le Darfour. Le désert du Sahara, qui gagne du terrain, raréfie cultures et pâturages. Entre août 84 et novembre 85, la famine tue au moins 80 000 personnes au Darfour. Cet épisode bouleverse radicalement les rapports entre les fermiers et les nomades. That is how it all started: it is a competition over resources really being put to the

6:42 front by the environmental degradation. Camel herdsmen, who are in northern Darfur, had to move down in areas which are populated by agriculturalists. « Malheureusement ces cultivateurs aussi ont agrandi l’espace cultivé pour faire face aux sécheresses qui se renouvelaient d’années en années. Donc ils en empiétaient sur les pâturages et donc les zones de passage des nomades. La survie de chacun des groupes est désormais en jeu. Nomades et fermiers prennent les armes pour protéger leurs troupeaux ou leurs terres. À Khartoum, on ferme les yeux devant cette violence grandissante. Pire, on retarde l’accès de l’aide humanitaire à la région. Car admettre qu’il y a une famine, c’est reconnaître le sous-développement du Darfour. (pause) Devant l’inaction du pouvoir, les élites

7:28 de la région, les Fours surtout, tentent de trouver une solution politique à cette dérive. « Les ethnies villageoises du Darfour ont commencé à revendiquer un meilleur accès aux richesses et au pouvoir central. Alors le gouvernement a pris peur et a pensé que la meilleure solution, la plus favorable pour remettre ces gens-là à leur place d’une certaine manière c’étaient d’armer ces guerriers, ces nomades chameliers qui avaient une capacité offensive beaucoup plus grande sur le Darfour. » Les 27 tribus arabes se regroupent au sein d’une coalition. Le gouvernement les arme. Il les persuade aussi qu’ils forment une race supérieure. Cette politique est suicidaire. Au Darfour, on commence à se définir comme arabe ou africain plutôt que nomade ou fermier. Le clivage ethnique remplace le clivage

8:16 économique. (Pause) Et cette situation va dégénérer à cause de la guerre qui oppose tout au long des années 80, les deux pays voisins, le Tchad et la Libye. Donc les conflits traditionnels, tribaux sont devenus de plus en plus violents puisqu’on avait accès à des armes automatiques qui faisaient beaucoup plus de victimes. « Et parfois cela dégénérait mais vraiment très fort. Le Darfour comptait déjà, depuis une dizaine d’années entre 2000 et 5000 morts par an ».

9:02 En juin 1989, le gouvernement de Khartoum est renversé par un coup d’Etat. Le général Omar El-Béchir, le nouvel homme fort du pays, impose alors une dictature militaro-islamiste qui va dégrader encore un peu plus les relations entre Khartoum et la population du Darfour. Devant l’absence d’espoir, un mouvement rebelle apparaît en 1992. Le SLM. Le Mouvement de Libération du Soudan. Il réclame une meilleure répartition du pouvoir et des richesses du pays, l’instauration d’un Etat démocratique et laïc. La rebellion est principalement d’origine africaine. Son fondateur est un jeune avocat issu du peuple Four : Abdel Wahid El Nur.

10:14 Début 2003, un autre mouvement, islamiste celui-ci, entre en scène. Le JEM, le Mouvement pour l’Egalité et la Justice. Dès le départ, la rébellion est divisée. Pour le moment, c’est le SLM d’Abdel Wahid, majoritaire, qui déclenche l’insurrection fin février 2003. Après deux mois de guérilla, le SLM décide de porter un coup fatal à la puissance militaire de Khartoum au Darfour. Le 25 avril 2003, un commando rebelle

11:01 lance un raid éclair sur la capitale historique de la région : El-Fasher. L’objectif : prendre le contrôle de l’aéroport militaire et détruire l’aviation soudanaise. « Donc les rebelles viennent en début matinée, et ils écrasent, ils détruisent l’armée et ils prennent comme prisonnier de guerre : le chef de l’armée de guerre. Donc c’était une humiliation terrifiante pour l’armée. C’était la panique pour tout dire... » Pour l’armée soudanaise, le bilan est terrible : deux cents soldats tués, deux avions gros porteurs et trois hélicoptères de combat détruits. Cette défaite cinglante de Khartoum marque le début officiel de la guerre du Darfour.

11:58 A Khartoum, c’est la stupéfaction. L’attaque d’El-Fasher est un choc, une humiliation même pour le régime du président Béchir. En détruisant l’aviation soudanaise, le SLM s’affirme comme une menace militaire très sérieuse. Et surtout l’irruption de

12:46 cette rébellion du Darfour tombe pour le pouvoir au plus mauvais moment. En effet, le gouvernement soudanais est en train de mettre fin à une guerre civile face à une autre rébellion située au sud du pays. Dans une région appelée le Sud-Soudan, habitée par une population africaine de religion chrétienne et animiste. Revenons en arrière. C’est en 1983 que l’Armée Populaire de Libération du Soudan, le SPLA dirigée par le colonel Garang,

13:31 prend les armes contre Khartoum. (pause) Ses revendications sont multiples : retour à la démocratie, liberté religieuse, autonomie régionale et juste répartition des richesses. En 2002, après 19 ans de combats et 2 millions de morts, un cessez-le-feu est signé sous la pression de la communauté internationale. De longues négociations s’ouvrent enfin avec le SPLA Et Khartoum sait qu’il va devoir faire des concessions pour obtenir un accord définitif. La paix est à ce prix.

14:33 Le régime s’apprête à partager pouvoir et pétrole. En ce début 2003, pour les rebelles du Darfour : c’était donc le moment ou jamais de passer à l’action et d’attaquer El-Fasher. Après il serait trop tard pour s’inviter à la table des négociations

15:41 Mais le président Béchir a un problème de taille. La moitié de son armée qui a combattu au Sud-Soudan est justement originaire… du Darfour. Difficile d’envoyer maintenant ces hommes combattre leurs frères.

16:33 En armant des tribus d’origine arabe contre une rébellion surtout africaine, Khartoum transforme délibérément un conflit politique en une sale guerre, une guerre ethnique. La machine infernale est enclenchée. Juin 2003. Le gouvernement a recruté suffisamment de milices pour lancer une contre insurrection massive, avec l’aide de l’aviation et d’une partie de l’armée. Déclarée zone militaire, le Darfour, désormais inaccessible, s’enfonce dans l’horreur. C’est une guerre sans témoins et sans image qui démarre. Une guerre à huis clos. Ce huit clos va durer un an. Au même moment, l’ONU envoie à Khartoum un représentant pour coordonner l’aide humanitaire au Sud-Soudan. Cet homme s’appelle Mukesh

17:21 Kapila. Il comprend très vite qu’il se passe quelque chose au Darfour. « On n’avait pas d’équipe à nous au Darfour. Les seules informations qu’on réunissait venaient de voyageurs. Ou de plus en plus, de réfugiés ou de déplacés qui arrivaient à Khartoum. Et là, on a eu des témoignages ». En août 2003, plusieurs milliers de personnes fuient le Darfour et se réfugient au Tchad, de l’autre côté de la frontière. Ce sont surtout des femmes et des enfants. Totalement démunis, épuisés par des jours de marche à travers les plaines désertiques de l’ouest du Darfour, les rescapés se regroupent là où ils peuvent. Certains sont pris en charge par l’organisation MSF-Belgique, déjà présente sur la zone.

18:08 « Ce qui nous frappe dès le début sur l’information qui nous revient, c’est l’importance des attaques contre les populations civiles. C’est plus qu’un certain nombre d’incidents, c’est véritablement une campagne de répression de masse. On se fait une idée des événements majeurs du point de vue de l’intensité ». Le calvaire vécu par les rescapés du Tchad indique clairement que la situation à l’intérieur du Darfour est sans doute bien plus dramatique. Mais, la région est bouclée par le gouvernement. Impossible d’y accéder.

19:18 Début septembre 2003, Khartoum lève très partiellement le blocus et autorise quelques ONG à pénétrer au Darfour. Coralie Lechelle, infirmière à MSF, est une des rares occidentales à obtenir un laissez-passer. Elle doit se rendre à Mornay, une petite ville de l’ouest du Darfour, où des regroupements de population ont été signalés. A la tête d’un convoi de trois camions, la jeune femme emprunte une route qui vient de subir une attaque. « L’ampleur pour le coup des dégâts est extrêmement claire, et là on peut parler de lisibilité par ce qu’on savait ce qui se passe et l’on était directement présent au moment où cela se passe. Même si on n’a pas assisté aux villages brûlés à la minute où cela s’est fait, il n’empêche que cela fume encore quand on passe.

20:06 Plus aucun village n’est vivant, plus aucune population présente dans les villages.Des sacs dans les greniers crevés, donc les gens n’ont pas pu emmener de la nourriture non plus. Donc on a rempli des camions avec les gens que l’on trouve sur la route et qui sont fatigués et qui sont complètement apeurés et on est arrivé le soir sur Mornay ». Une fois dans le camp, Coralie voit arriver des dizaines de blessés. Plus de 500 en une semaine. « Il y avait des hommes qui étaient pendus dans les arbres par les bras, par les jambes avec vraiment des violences extrêmes et extrêmement visibles En plus on récupérait les patients. Les femmes étaient fouettées, lacérées sur l’ensemble du dos, et il est probable qu’elles aient également subi d’autre violences mais il y avait une telle difficulté à répondre aux premiers besoins qu’on n’était

20:54 pas capable de rentrer en communication avec ces femmes au-delà des soins extérieurs pour pouvoir répondre à cette problématique. Beaucoup d’enfants blessés par balles avec des fractures des blessures mais extrêmement fortes ce n’était pas juste par hasard des blessées qui avaient reçu une balle perdue, : c’était des tirs extrêmement ciblés » Des organisations de défense des droits de l’Homme comme Human Rights Watch parviennent aussi à pénétrer au Darfour au début de l’année 2004. Et les témoignages recueillis sont toujours les mêmes. Les attaques sont dirigées systématiquement contre les tribus d’origine africaine, supposée soutenir la rébellion. Et elles commencent par des bombardements aériens de l’aviation soudanaise.

21:41 Ces images tournées en novembre 2003 à l’ouest du Darfour sont rarissimes. Ce sont les seules connues à ce jour montrant une attaque aérienne Les Jenjawids.

22:46 Ces cavaliers à cheval ou à dos de chameaux, sont la figure aussi emblématique que mystérieuse de ce conflit. Jendjawid signifie « démon armé à cheval », le mot ne désigne pas seulement les miliciens arabes recrutés par Khartoum en 2003. Mais aussi des groupes marginaux : des pillards, des petites tribus africaines pauvres, et même des mercenaires étrangers. En associant tous ces hommes, dont le nombre est estimé à 30 000, le gouvernement a créé un véritable monstre. Très rarement photographiés et filmés, ils sont pointés du doigt par tous les rescapés. « Il y a eu une attaque de Jenjawids au sein du camp, dans l’école qui est située à côté de la clinique. Donc on est les uns à côté des autres et une attaque franche et directe devant nous,

23:33 Kalachnikov à la main et tir direct sur les enfants dans l’école pour voler les chevaux. Ils ont tiré sur ceux qui bougeaient et ils sont repartis illico presto avec les chevaux et nous on a récupéré les blessés qui étaient à côté de la clinique ». Les Jenjawids apparaissent comme les principaux outils du nettoyage ethnique commis contre les tribus d’origine africaine en 2003 et 2004.

24:19 « Nous on a eu la chance de pouvoir interviewer des Jenjawids qui ont accepté de nous parler

25:27 en disant c’est une guerre de défense, nous sommes agressés par les rebelles, ils veulent nous chasser du territoire du Darfour, il faut qu’on réagisse. Et puis le discours au fur et à mesure du recrutement se transforme dans un discours qui est plus raciste en disant : il faut qu’on en finisse avec ces africains. Il y a des mots très forts qui sont utilisés : « des nègres » Il faut qu’on nettoie le territoire du Darfour. Malgré ces témoignages, malgré les preuves de ces massacres. Khartoum nie en bloc. Tout. Le rôle des Jenjawids. Les bombardements aériens. Les pillages. Les crimes de masse. Rien n’existe.

26:45 Janvier 2004. 600 000 personnes sont déplacées à l’intérieur même du Darfour en raison des violences. Elles manquent de tout et Khartoum refuse d’ouvrir plus largement la région aux ONG. Ce blocus condamne des milliers de personnes à une mort certaine. Devant l’urgence de la situation, Mukesh Kapila, le représentant de l’Onu, décide d’alerter les gouvernements occidentaux.

27:37 Les morts, les massacres, les pillages commis par Khartoum « tombent mal » pour les diplomates occidentaux. (pause) Ces diplomates choisissent de se concentrer sur l’autre guerre civile soudanaise, celle qui a opposé Khartoum aux rebelles du Sud. Et le cessez-le-feu, signé en 2002, reste fragile. Les ennemis d’hier, John Garang, le chef rebelle, et le vice-président soudanais, Ali Osman Taha, mènent au Kenya de longues négociations pour parvenir à une paix définitive. Washington, le principal médiateur, fait du succès de ces accords une priorité en Afrique. Le sénateur Danforth est l’envoyé spécial de Georges Bush pour superviser ces négociations.

28:35 En réalité, John Danforth sait parfaitement ce qui se passe au Darfour. Mais les Etats-Unis ont décidé de fermer les yeux. Il ne faut pas gêner Khartoum. Et si les Américains refusent de mettre le dossier du Darfour sur la table, c’est qu’ils font un pari. Les négociations Nord-Sud doivent aboutir à la création d’un nouveau régime à Khartoum. Les rebelles du sud et le gouvernement signent de

29:21 nombreux accords intérimaires en 2003 et en 2004. Il est même prévu, que Khartoum concède au chef rebelle John Garang, le poste de vice-président du pays une fois la paix définitivement signée. « Par ce qu’Ipso facto le gouvernement du Sud se trouverait dans le gouvernement central et se trouverait détenteur d’une partie du pouvoir et comme ils étaient des alliés supposés des rebelles du Darfour ils interviendraient comme médiateurs entre la rébellion du Darfour et le gouvernement central. Cette stratégie est un échec. Au contraire, ces négociations pousse Khartoum à la guerre totale au Darfour.

30:48 Isolé, Mukesh Kapila décide d’alerter la plus haute instance internationale, la seule susceptible d’intervenir au Darfour : le conseil de sécurité des Nations Unies. Mais il n’est pas entendu, une fois de plus. Et c’est toujours pour la même raison, au nom de la paix entre le Nord et le Sud. « Les deux millions et demi de déplacés, de déportés du Darfour, les réfugiés dont on parle aujourd’hui et bien c’est à cette époque-là à 80 % , qu’ils ont été chassés de chez eux et les 200 000 victimes sont aussi tombés à ce moment-là. Donc il y a eu de sang froid acceptation de ce

31:37 massacre de grand ampleur par une inconséquence ou irresponsabilité de la communauté international ». Printemps 2004. La guerre du Darfour s’invite enfin dans l’actualité. La presse internationale couvre enfin la crise. Mukesh Kapila profite de ce nouveau climat pour prendre la parole.

33:02 Pour la première fois, un responsable onusien utilise le terme de « nettoyage ethnique » à propos du Darfour. La référence au Rwanda n’est évidemment pas fortuite. Dix ans auparavant, d’avril à juin 1994, 800 000 Tutsis ont été assassinés. Et à l’époque, les Nations Unies n’avaient pas su ou voulu arrêter ce crime contre l’humanité. Dix ans plus tard, le 7 avril 2004, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, est à Genève pour commémorer ce drame. Il choisit ce moment solennel pour imposer la guerre du Darfour sur le devant de la scène. Kofi Annan a gagné. Les dirigeants occidentaux se succèdent au Soudan.

34:11 Le conflit a trouvé sa place sur l’agenda international ARCHIVES VISITES DES DIPLOMATES SANS COM Ce que craignait Khartoum est arrivé. Le Darfour n’est plus une affaire seulement soudanaise. Le président Béchir doit céder du terrain. Le 8 avril 2004, il signe un accord de cessez-le-feu avec les rebelles. Et il autorise enfin les humanitaires à accéder au Darfour. Les besoins sont énormes. La famine menace. Dès le mois de mai, des dizaines d’ONG et les agences de l’ONU débarquent pour nourrir et soigner un million de personnes. Un chiffre très vite réévalué à deux millions. Le tiers de la population du Darfour ! Kofi Annan veut pousser son avantage. Fin

35:00 juin à Khartoum, il rencontre les dirigeants soudanais, apparemment disposés à coopérer. « Un accord a été passé entre Kofi Annan et le président Béchir dans lequel le président Béchir a fait un certain nombre de promesses. C’était plutôt un bon accord. Une des clauses les plus importantes sur laquelle le président Béchir avait insisté, c’était le désarmement des Jenjawids ». Kofi Annan pense avoir marqué des points. Mais cet accord est un marché de dupes.

35:47 Les dirigeants soudanais ne vont jamais désarmer les Jenjawids. Ils vont les intégrer dans les forces paramilitaires. Quatre ans plus tard, en janvier 2007, on les voit, sur ces images uniques, défiler au côté des troupes régulières à El-Génina, la capitale de l’ouest du Darfour. Un mois plus tard. Le 30 juillet 2004. Le Soudan est à nouveau sur le banc des accusés.

36:36 Cette fois-ci devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette résolution 1556 est la première d’une longue série consacrée au Darfour. Le texte adopté n’est ferme qu’en apparence. L’embargo sur les armes, voté ce jour-là, ne s’applique pas au gouvernement soudanais. Il ne concerne que les mouvements rebelles et les Jenjawids. La communauté internationale renonce à menacer Khartoum de sanction.

37:39 la Chine a besoin de pétrole, de beaucoup de pétrole Pour nourrir ses 10% de croissance annuelle. Khartoum est un de ses principaux fournisseurs en Afrique. Pékin lui achète les 2/3 de son pétrole et règle une partie de la facture en livraison d’armes. (pause) Pour le président Béchir, la Chine est bien plus qu’un simple partenaire économique. 39 06 00 ARCHIVE BECHIR « La politique étrangère de la Chine est tellement différente.

38:38 Sans la moindre ingérence dans notre politique intérieure. »

39:27 Cette jeune organisation, qui regroupe l’ensemble des pays africains, a pour objet de maintenir la paix sur le continent. Mandatée par l’ONU, elle est chargée de trouver une solution politique à ce conflit. Elle compte en profiter pour s’imposer comme un acteur fiable sur la scène internationale. Cette mission au Darfour constitue sa première intervention sur le terrain. Au sein de la communauté diplomatique, on se félicite de cette solution africaine à un problème africain. « On est dans une période où l’ONU est très sollicité ailleurs sur la planète. Il est difficile de lever des casques bleus. Peu de pays sont prêts à envoyer des casques bleus dans un pays aussi difficile à toute sorte de titre que le Darfour. »

40:16 « Il y a aussi un cynisme. C’est-à-dire que c’était une opération dangereuse où il y aurait des victimes et que finalement des victimes africaines seraient plus faciles à faire admettre que des victimes occidentales. Sur le terrain, l’AMIS, la force de l’Union Africaine au Darfour, est chargée simplement de surveiller le cessez-le-feu d’avril 2004. Lorsqu’une attaque a lieu, elle doit se rendre

41:06 sur place, enquêter et rédiger un rapport qui restera lettre morte. Dès le départ, ce mandat n’est pas adapté à la gravité de la crise. « Au commencement de la mission, ils avaient sous-évalué le problème du Darfour. Vous pouvez vous imaginer le déploiement de 60 observateurs militaires et 300 forces de protections pour le Darfour qui a une dimension comme la France comme on le dit ». Pour réussir de type de mission de surveillance, il faut pouvoir être partout, en même temps. Mais les moyens logistiques sont trop insuffisants. Les Etats-Unis et les pays européens, qui financent toute l’opération,

41:51 limitent par exemple, pour des raisons de coût, le nombre d’heure de vol par hélicoptères. « On avait un nombre d’heure de vols précis à ne pas dépasser et ceci pour chaque mois. Donc après avoir utilisé les heures qui étaient autorisées par les donateurs, on s’arrêtait pour attendre le mois suivant ». Difficile alors de contrôler efficacement un cessez-le-feu. Et Khartoum, de son côté, ne fait évidemment rien pour faciliter la mission des observateurs.

43:16 Malgré toutes ces difficultés, la présence de l’AMIS entraîne une accalmie dès septembre 2004. Les lignes de fronts se stabilisent. Mais pas pour très longtemps. En décembre 2004, Brian Steidle assiste à l’attaque de Labado au sud du Darfour. Alors que soldats et janjawids pillent la zone, l’observateur se pose en hélicoptère. Il espère que sa présence incitera le général soudanais à cesser les opérations.

44:29 Seul, Brian Steidle ne peut pas arrêter ce massacre. Et il n’est même pas autorisé à réclamer des renforts pour protéger les populations. « Au moment où l’attaque de Labado a eu lieu. L’Union Africaine n’avait pas son mandat, elle n’avait pas l’autorisation d’intervenir lorsqu’il y a attaque de civils ». Le bilan de l’attaque de Labado reste aujourd’hui inconnu.

45:23 Aux Etats-Unis, la crise du Darfour est devenu un sujet de politique intérieure de premier plan. Groupes de pression, collectifs d’association comme « Save Darfour », stars hollywoodiennes, tous se passionnent pour ce conflit. Et le 9 septembre 2004, Colin Powell annonce la nouvelle position américaine. C’est un tournant majeur.

46:14 L’utilisation du mot génocide impose aux Etats-Unis une obligation légale : saisir le conseil de sécurité. Si l’ONU retient cette qualification, elle doit intervenir militairement. En attendant, Washington aurait dû en tirer des conséquences politiques. Et rompre avec un régime qu’il accuse du pire des crimes. « Oui, nous coopérons avec le gouvernement du Soudan sur le

47:10 contre-terrorisme. Et c’est honnêtement, une très bonne coopération. Mais cela n’a rien à voir avec le fait qu’ils sont responsable de la violence au Darfour ». Washington pousse cette coopération jusqu’à faire venir, en 2005 au siège de la CIA, le numéro 1 des services de renseignements soudanais. Salah Abdallah Gosh, Mais comment recevoir un homme qui est aussi soupçonné d’être un des principaux responsables des massacres commis au Darfour ? « Je comprends le point de vue politique des Etats-Unis. Mais ça veut dire que vous faites

48:03 passez vos intérêts de sécurité nationale au-dessus de votre responsabilité de protéger les civils victimes de crimes de masse, et surtout de crime contre l’humanité., comme vous l’avez affirmé » Au Darfour, le discours américain suscite une attente considérable. Populations civiles et mouvements rebelles espèrent une intervention militaire. 10 ans après le Rwanda, un crime contre l’humanité. ne peut pas rester impuni. Mais cette intervention ne viendra jamais. En utilisant ce mot, Washington a peut-être fait preuve de légèreté. Khartoum a-t-il vraiment eu l’intention de supprimer l’intégralité d’un groupe humain originaire du Darfour ? « Dans le capital elle-même il y a des centaines de milliers d’hommes originaires du Darfour, de toutes les tribus du Darfour

48:50 et ces gens n’ont jamais étaient victimes d’aucune vexation, aucun harcèlement, aucun massacre. De même dans l’appareil d’état, il y a des originaires de toutes les tribus du Darfour aussi bien non-arabes qu’arabes et ces gens n’ont jamais été mis en danger, mis en cause. » « La Commission est parvenue la conclusion que le Gouvernement soudanais n’avait pas mené une politique de génocide

49:39 « Ce sont des massacres de masse, des violations très graves des droits de l’homme. Mais ce n’est pas un génocide sur la base de la définition du droit international. Et je cite le texte du rapport : « Mais c’est aussi grave qu’un génocide ». Au-delà des terribles conclusions de ce rapport sur les crimes commis au Darfour, la communauté internationale est d’accord sur une chose. Trop de temps a été perdu. Trop de vie ont été sacrifiées. Et deux millions et demi de déplacés attendent toujours le retour de la paix. En coulisses, les diplomates s’activent pour parvenir à un accord.

50:31 1er mai 2006. L’avenir des habitants du Darfour se joue dans un grand hôtel, à Abuja, au Nigeria. Gouvernement soudanais et mouvements rebelles ont quatre jour pour parvenir à un accord de paix. Plus d’un an de négociations n’ont pas suffi, c’est le sommet de la dernière chance. Tous les médiateurs internationaux, à commencer par les Américains, sont au rendez-vous. Il faut convaincre les rebelles de signer. Seulement voilà, ils ne sont pas à la hauteur de la situation.

51:22 Il est impératif d’obtenir la signature du SLM sinon la réunion d’Abuja sera un échec. Mais le principal mouvement rebelle est divisé en deux factions. D’un côté, Abdel Wahid, le leader historique et politique. Et de l’autre, Minni Minawi, le chef militaire.

53:01 Coup de théâtre, le 5 mai, c’est Minni Minawi, le grand rival d’Adbel Wahid, qui signe l’accord avec le gouvernement de Khartoum. Mais que vaut ce document approuvé par le chef d’une faction minoritaire ? Après Abuja, Minni Minawi devient le 4ème personnage du régime soudanais. Ses troupes sont intégrées dans l’armée. Pour le président Béchir, cet accord est un succès. Il peut s’afficher en homme de paix. Et surtout, il a réussi à diviser les rebelles. Ceux qui n’ont pas signé reprennent les opérations militaires. Excédés par cette attitude, les diplomates américains commettent alors l’erreur de les traiter publiquement de «hors-la-loi ».

53:55 « Le gouvernement soudanais prenait prétexte de la non-signature des rebelles pour dire maintenant j’ai les mains libres pour mener une guerre à outrance contre ces rebelles qui sont des terroristes au sens où les Américains l’entendent c’est-à-dire des troublions sur la scène internationale et ces gens-là nous avons tout le loisir de les écraser ». Deux mois plus tard, l’accord d’Abuja n’existe déjà plus. Au contraire,

54:46 il a relancé la violence au Darfour. Au Conseil de Sécurité des Nations Unies, Jan Pronk dresse un tableau tragique de la situation. La guerre du Darfour est devenue incontrôlable. Le banditisme fait rage. Les groupes armés se multiplient. Le conflit se morcelle. Travailleurs humanitaires et soldats de l’AMIS sont régulièrement attaqués. Le contingent africain a beau compteé maintenant 7000 hommes, il est toujours incapable de protéger les civils.

55:32 « Nos partenaires ont commencé à être réticent dans le financement de la mission. Je me rappelle bien que les salaires du mois de janvier, ils ont été payés au mois de mars, les salaires du mois de février ont été payés au mois de mai ». « Encore une fois quand les soldats ne sont pas payés pendant plusieurs mois et qu’ils ne savent pas où ils sont et qu’ils ont été emmenés plus ou moins de force par leurs commandants ou leurs généraux et bien ils ne sont pas très motivés pour aller prendre des risques ». La communauté internationale programme donc l’échec de la mission de l’Union Africaine. Avec un objectif: reprendre la main et confier le dossier aux casques bleus des Nations Unies. Le 31 août 2006, le Conseil de sécurité vote la résolution 1706 qui prévoit l’envoi de 20 000 casques bleus au Darfour. Mais une fois encore, la communauté internationale se montre incohérente. Malgré l’urgence de la situation, le déploiement de cette force est soumis à l’accord du Soudan. Et Khartoum refuse. La communauté internationale programme donc l’échec de la mission de l’Union Africaine.

56:17 Avec un objectif: reprendre la main et confier le dossier aux casques bleus des Nations Unies. Le 31 août 2006, le Conseil de sécurité vote la résolution 1706 qui prévoit l’envoi de 20 000 casques bleus au Darfour. Mais une fois encore, la communauté internationale se montre incohérente. Malgré l’urgence de la situation, le déploiement de cette force est soumis à l’accord du Soudan. Et Khartoum refuse.

57:20 Les diplomates reviennent à la charge avec l’idée d’une force hybride, une force qui serait composée de soldats de l’Union Africaine et de casques bleus de l’ONU. Le bras de fer qui s’engage va durer presque un an. Le 23 octobre 2006, le président Béchir passe à l’offensive. Il expulse le représentant spécial de Kofi Annan. C’est une humiliation sans précédent, pourtant l’Onu ne réagit pas. La riposte de la communauté internationale arrive le 23 février 2007. Après deux ans d’enquête,

58:07 la CPI, la Cour Pénale Internationale émet ses premiers mandats d’arrêt pour crime contre l’humanité et crime de guerre. Le procureur, Luis Moreno-Ocampo, a identifié celui qui a mis en oeuvre la répression au Darfour. Il s’agit d’Ahmed Haroun, le Secrétaire d’Etat aux Affaires Humanitaires.

59:16 Le président Béchir refuse de livrer Ahmed Haroun à la CPI. Au contraire, il le nomme responsable des droits de l’homme pour le Darfour. Et pire encore, le régime continue de nier la réalité même des massacres.

1:00:08 Au-delà de ces discours provocateurs, Khartoum prend la menace de la CPI au sérieux et craint que ces enquêtes remontent un jour jusqu’au sommet de l’Etat. « Pour les dirigeants soudanais comme pour beaucoup d’autres dirigeants coupables de crimes, contre l’humanité, la perspective d’être un jour extradé ou bien même d’être confiné dans son pays sans pouvoir voyager...de se trouver traquer mis au ban de l’humanité est quelque chose qui fait peur ! Une des seuls choses qui fassent peur aux dirigeants de Khartoum aujourd’hui dans la mesure où ces dirigeants depuis qu’ils sont au pouvoir ont accumulé souvent des fortunes colossales et se déplacent beaucoup à l’étranger où leur fortune est placée ».

1:01:05 Ce mandat d’arrêt pour crime contre l’humanité, émis contre Ahmed Haroun, fait de Khartoum un allié de plus en plus encombrant pour la Chine. (pause) Soucieuse de son image, les jeux olympiques sont dans moins d’un an, Pékin nomme un envoyé spécial pour le Darfour. Les autorités chinoises poussent désormais Khartoum au compromis. Le 17 juin 2007, le régime soudanais cède. Devant les membres du conseil de sécurité

1:01:50 réuni à Khartoum, le président Béchir accepte enfin la force hybride. Et le 31 juillet, c’est la dernière étape. L’ONU vote, d’une seule main, l’envoi de cette force. 26 000 casques bleus sont attendus au Darfour début 2008 pour mettre fin aux violences. Ça y est, la paix est une perspective envisageable. Au sein de la communauté internationale, on se félicite. Mais tout cela n’arrive-t-il pas beaucoup trop tard ? Après plus de quatre ans de guerre et de violence, le Darfour est ravagé, déchiré et traumatisé. Jenjawids, attaques d’hélicoptères, fusillades ou meurtres… voilà ce que dessinent aujourd’hui les enfants dans les camps de déplacés.

1:02:37 Ils ont grandi loin du village de leurs parents. Et nul ne sait s’ils y retourneront un jour. La seule présence des casques bleus ne sera pas suffisante pour ramener la paix. La réconciliation sera d’abord l’œuvre des habitants du Darfour eux-mêmes. Bourreaux et victimes n’ont pas le choix, ils devront cohabiter.

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