LES PSYCHÉDÉLIQUES - La chimie de la pleine conscience ?

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Résumé

Cette vidéo explore la philosophie des psychédéliques, en soulignant qu'ils ne sont pas des drogues au sens strict, car ils n'entraînent pas de dépendance ni de toxicité significative. La vidéo examine comment les psychédéliques modifient la conscience, favorisent un sentiment d'unité avec l'univers et remettent en question la logique rationaliste. Elle aborde également l'importance de l'amour et de l'émerveillement dans l'expérience psychédélique, suggérant que la lucidité ordinaire pourrait être une forme d'anesthésie par rapport à la réalité.

  • Les psychédéliques modifient la conscience sans provoquer de dépendance ni de toxicité.
  • Ils favorisent un sentiment d'unité avec l'univers et remettent en question la logique rationaliste.
  • L'amour et l'émerveillement sont des éléments clés de l'expérience psychédélique.
  • La lucidité ordinaire pourrait être une forme d'anesthésie par rapport à la réalité.

Introduction aux psychotropes et aux psychédéliques

La vidéo commence par définir la drogue comme une substance modifiant l'état de conscience, également appelée psychotrope. Elle souligne que beaucoup consomment des psychotropes comme la caféine ou l'alcool, souvent banalisés. Parmi ces substances, les psychédéliques occupent une place particulière car, contrairement aux drogues classiques, ils ne créent pas de dépendance ni de toxicité. Ils sont même utilisés dans certains centres médicaux pour traiter les addictions, l'anxiété et la dépression. L'objectif de la vidéo est d'examiner les effets des psychédéliques sur la conscience et ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la réalité.

Les psychotropes et la créativité : Une perspective historique

Depuis l'aube de l'humanité, les psychotropes ont été utilisés pour diverses raisons, notamment pour soulager la douleur, communiquer avec les dieux et stimuler la créativité. Baudelaire, dans "Les Paradis artificiels", explore comment ces substances modifient nos perceptions, ce qui est particulièrement intéressant pour les artistes. Rimbaud parlait de "dérèglement des sens" pour percevoir ce que les autres ne voient pas, se faisant ainsi "voyant". Baudelaire décrit une acuité sensorielle accrue et une synesthésie, où les sens se confondent, permettant une communion avec le monde.

La synesthésie et la fusion avec le monde

Baudelaire décrit comment les psychotropes peuvent entraîner une synesthésie, où les sens se mélangent et communiquent entre eux. Il explique que la personnalité peut disparaître, permettant une fusion avec les objets extérieurs. Cette expérience d'unification avec le monde est souvent mal interprétée comme une simple évasion de la réalité. En réalité, la consommation de psychotropes vise à s'unifier avec la totalité, l'univers ou Dieu. Cet état modifié de conscience peut sembler une illusion du point de vue de la conscience ordinaire, mais pour celui qui l'expérimente, c'est l'état ordinaire qui apparaît artificiel et limitant.

L'origine du mot "psychédélique" et les principales substances

Le terme "psychédélique" a été inventé par le psychiatre britannique Humphry Osmond, en correspondance avec Aldous Huxley. Huxley avait proposé le mot "fanérotime", signifiant "qui rend l'âme visible", mais Osmond préféra "psychédélique", combinant "psyché" (âme) et "déloun" (rendre manifeste). Les trois principales substances psychédéliques sont le LSD, la psilocybine et la mescaline. Le LSD a été découvert par Albert Hoffman en 1938, la psilocybine est le principe actif des champignons hallucinogènes utilisés depuis des millénaires, et la mescaline provient du cactus peyotl, vénéré par les Amérindiens comme un pont vers le divin. Certains scientifiques préfèrent le terme "enthéogène", signifiant "empli par le divin".

Témoignages d'expériences psychédéliques

La vidéo présente des témoignages tirés du livre de Michael Pollan, "Voyage aux confins de l'esprit", décrivant des expériences psychédéliques variées. Ces témoignages incluent des sensations de dissolution corporelle, de fusion avec la musique, d'ouverture de l'espace, de télescopage des dualités et de révélation de mystères familiers. Les expériences varient selon les individus et le contexte (set et setting), mais trois constantes se dégagent : l'effacement des frontières, le sentiment d'évidence et l'importance de l'amour.

Les trois constantes de l'expérience psychédélique : Effacement des frontières, évidence et amour

L'une des récurrences de l'expérience psychédélique est l'effacement des frontières, notamment entre soi et le monde, conduisant à une dissolution de l'individualité et une fusion avec l'univers. Cette dissolution de l'ego peut être perçue comme une mort, mais aussi comme une naissance ou une expansion infinie. Jean-Paul Sartre a théorisé ce rapport à l'identité et au besoin d'une essence. L'expérience psychédélique fait également émerger un fort sentiment d'évidence, une certitude que la seule chose qui compte est l'amour.

L'effondrement de la logique rationaliste et le sentiment d'évidence

L'expérience psychédélique fait s'effondrer la logique rationaliste, qui repose sur des principes d'identité, de contradiction et du tiers exclu. Dans cet état modifié de conscience, la notion de contradiction n'a plus de sens, car la dualité disparaît. Tout devient logique et évident, même ce qui paraît absurde dans le cadre de la pensée ordinaire. Le sentiment d'évidence est comparable à celui que l'on peut ressentir dans un rêve, où des vérités peuvent émerger indépendamment de la réalité matérielle. La phénoménologie nous enseigne que notre seule réalité est celle de nos perceptions et de nos vécus de conscience.

L'amour comme force fondamentale et la lucidité remise en question

L'amour est présenté comme le troisième élément clé de l'expérience psychédélique, une certitude que c'est la seule chose qui compte. Certains pensent que si tout le monde expérimentait les psychédéliques, il n'y aurait plus de guerre, car chacun aurait vécu l'amour inconditionnel. Empédocle considérait l'amour comme une force physique fondamentale, la force de cohésion de l'univers. La vidéo remet en question la notion de lucidité de la conscience ordinaire, souvent basée sur la distinction, la séparation et la projection mentale. Elle suggère que l'hallucination pourrait être un état plus proche de la réalité, un retour à l'émerveillement et à la présence.

L'émerveillement et la désensibilisation au monde

Les enfants ont une capacité d'émerveillement que l'on perd souvent en grandissant, à mesure que la raison se développe. La familiarité use l'émerveillement, nous empêchant de voir la nouveauté et le miracle dans les choses ordinaires. L'expérience psychédélique, comme l'enfance, est une expérience de l'extraordinaire, où le cerveau découvre plutôt qu'il ne reconnaît. La lucidité que nous revendiquons est souvent une anesthésie, une désensibilisation au monde. La vraie lucidité, c'est de retrouver la capacité de s'émerveiller, d'oublier ce que notre ego ne veut pas que l'on oublie, car la mort de l'ego est la naissance de l'unité.

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0:00 Attention, cet épisode a pour seul objectif de proposer une réflexion philosophique sur le sujet des psychédéliques. En aucun cas, il ne constitue une incitation à consommer des substances psychotropes qu'elles soient légales ou illégales. Bonjour à tous. La drogue, vous connaissez. Même si vous n'avez jamais essayé personnellement, vous savez ce que c'est. C'est quoi la drogue ? C'est une substance qui peut se présenter sous différentes formes qui a la capacité d'agir sur le cerveau, de créer ce qu'on appelle des états modifiés de conscience. Ça porte un autre nom un peu plus scientifique,

0:46 les psychotropes. Psycho, c'est l'esprit. Tropos, c'est ce qui tourne, ce qui modifie, ce qui dévit. une déviation de l'esprit. C'est ça qu'on cherche quand on prend des psychotropes à dévier son esprit. Donc un psychotrope, c'est une substance qui modifie la chimie de notre cerveau et qui en modifiant la chimie de notre cerveau provoque une modification de notre état de conscience. Et alors, au risque de vous surprendre, la grande majorité d'entre nous consomme des psychotropes. Vous ne le savez peut-être pas, mais la caféine c'est un psychotrope.

1:33 Bah oui, parce que ça agit sur les cellules de l'hippocampe, ce qui a pour effet de renforcer la transmission de l'information dans les neurones. C'est pour cette raison que quand on boit du café, on est plus éveillé, on est plus concentré, plus réactif. À l'inverse, quand on fume du cannabis, on est plus lent, plus détendu, plus mou. Alors, je sais qu'il y en a toujours dans les commentaires pour venir me dire que non, le cannabis ça ne rend pas mou. Bah si, c'est même un peu le but. la décontraction. C'est bien pour ça que dans certains pays, on le prescrit aux gens qui

2:19 souffrent d'anxiété ou d'hyperactivité ou d'insomnie ou même de la maladie de Parkinson. Le cannabis, c'est un sédatif. Alors oui, ça peut rendre plus créatif, plus imaginatif, c'est certain. Mais en terme de réflexe corporel, en terme de vigilance ou de coordination, c'est un ralentisseur. Donc le cannabis, qu'est-ce qu'il y a d'autre comme psychotrope ? L'alcool. un psychotrope très largement banalisé en France alors que c'est l'un des plus puissants et j'oserais même dire l'un des plus destructeurs.

3:05 Autre psychotrop la cocaïne, l'héroïne, les amphétamines, l'extasie. Bref, la liste est longue. Et parmi tous ces psychotropes, on en trouve une catégorie qui occupe une place assez particulière. et qu'on appelle les psychédéliques. Alors, pourquoi je dis qu'ils occupent une place particulière ? Bien, justement parce que rigoureusement parlant, les psychédéliques ne sont pas des drogues. Je répète parce que ça risque d'en étonner plus d'un, les psychédéliques ne sont pas des drogues. On va en apprendre des choses dans cet épisode. Pourquoi est-ce que les psychédéliques

3:51 ne sont pas des drogues ? Parce qu'une drogue, ça se caractérise par trois effets. Premièrement, un effet psycho-actif, donc psychotrope. Donc ça, bah c'est bien le cas, on est d'accord ? Deuxièmement, un effet de dépendance, dépendance physique ou psychologique. Or ça, et bien il se trouve qu'on ne l'a pas avec les psychédéliques. Les psychéhédéliques ne rendent pas addict. C'est important de le souligner. Et enfin, troisièmement, la toxicité, les dégâts sur la santé. Or, ça non plus, on ne l'a pas avec les

4:37 psychédéliques. À de rares exceptions de prêt, et pour peu que les doses soient dans la limite du raisonnable, les psychédéliques ne sont pas dangereux pour la santé. Alors, qu'on soit bien d'accord, je n'incite pas à la consommation. Je ne suis pas en train de vous dire "Allez-y défoncez-vous". Pas du tout. Je me contente de restituer les données. Les données issues des expérimentations pharmacologiques. Et les expérimentations pharmacologiques montrent qu'on n'a pas d'effets addictifs ni d'effets toxiques avec les psychédéliques. Donc quand j'ai employé le mot drogue au tout début de mon exposé, c'était

5:22 volontaire. C'était justement pour attirer votre attention sur un préjugé. le préjugé selon lequel les psychédéliques seraient des drogues avec tout ce que ça peut comporter de représentation négative puisqu'on sait bien la drogue c'est mal. Donc la réalité c'est que quand on range les psychédéliques dans la catégorie drogue on fait erreur. C'est tout simplement faux. Et non seulement c'est faux, mais j'oserais presque dire que c'est le contraire parce que figurez-vous que dans certains centres médicaux, on utilise les psychédédiques pour traiter les addictions. Pour les traiter, c'est-à-dire pour les guérir.

6:10 On utilise les psychédédiques pour traiter l'anxiété, pour traiter la dépression, pour traiter la détresse existentielle, notamment pour les personnes en fin de vie. Et même si le sujet reste encore un peu tabou, les études pharmacologiques tendent de plus en plus à démontrer que la peur et la méfiance que suscitent les psychédéliques relèvent beaucoup plus de la construction idéologique que de la réalité scientifique. Donc si on résume, oui, les psychédéliques sont bien des psychotropes, ce sont des modificateurs de nos états de conscience, mais non, les psychédédiques ne sont pas à proprement parler des drogues.

6:57 Maintenant, drogue ou pas drogue, on va partir du principe qu'on s'en fiche. On va partir du principe que c'est pas le problème. C'est pas le problème au sens où ce n'est pas ça qui va nous intéresser. Ce qui va nous intéresser, c'est l'effet des psychédéliques. C'est ce qu'ils produisent dans la conscience. Et c'est par prolongement de comprendre ce qu'ils nous apprennent, non seulement sur la conscience humaine, mais sur la réalité elle-même. Donc installez-vous, le voyage commence. Alors, on va d'abord commencer parler des psychotropes au sens large et on

7:42 viendra sur le cas précis des psychédélique juste après. Depuis l'aube de l'humanité, on consomme des psychotropes pour des tas de raisons différentes. Pour soulager la douleur, pour communiquer avec les dieux ou pour trouver l'inspiration. Les paradis artificiels de Budler, c'est un livre qui développe l'idée aujourd'hui largement admise, largement convenue même, que les psychotropes sont des stimulateurs de la créativité, précisément parce qu'il modifient nos perceptions. Et quoi de plus intéressant pour le poète ? Quoi de plus tentant pour l'artiste que de modifier sa perception

8:28 ? Quand Rimb écrivait qu'il fallait rechercher le dérèglement des sens, c'est exactement ça. Dérégler les sens pour percevoir ce que les autres ne perçoivent pas. Pour percevoir ce qui se dissimule à la conscience ordinaire. Pour se faire voyant, comme on dit d'un prophète ou d'un oracle que c'est un voyant. Il voit au-delà de ce que voient les autres. Il voit au-delà du monde visible, au-delà de la matière. Alors, je sais que ça peut paraître un peu obscur, un peu mystérieux. Donc, ce que je vous propose, c'est de vous lire un bref passage des paradis artificiels

9:14 pour que vous compreniez bien de quoi on parle. Je cite, "C'est en effet à cette période de livresse que se manifeste une finesse nouvelle, une acuité supérieure dans tous les sens. L'odorat, la vue, Louis, le toucher participent également à ce progrès. Les yeux visent l'infini. L'oreille perçoit des sons presque insaissaissables au milieu du plus vaste tumulte. C'est alors que commencent les hallucinations. Les objets extérieurs prennent lentement, successivement des apparences singulières. Ils se déforment et se transformment. Puis arrivent les équivoques, les méprises et les transpositions d'idées. Les sons se revêtent couleurs et les couleurs contiennent une musique.

10:02 Donc là, ce dont nous parle Baudler, c'est ce qu'on appelle en poésie et en psychologie la synesthésie, la confusion des sens. Confusion au double sens du terme, confusion au sens où on ne sait plus, au sens où les repères habituels sont abolis. Mais confusion aussi au sens de confusion, au sens de communion. Les sens communis parce qu'il communique. Une couleur devient un son. Un son devient une forme. Une forme devient une texture. Une texture devient un goût. C'est ça la synesthésie.

10:50 Et d'ailleurs, il y a un autre passage qui vient juste après et vous allez voir que ça va encore plus loin. Je cite "Il arrive quelquefois que la personnalité disparaît et que l'objectivité se développe en vous si anormalement que la contemplation des objets extérieurs vous fait oublier votre propre existence et que vous vous confondez bientôt avec eux." Notez ici le verbe confondre. Votre œil se fixe sur un arbre harmonieux courbé par le vent et bientôt vous êtes l'arbre. De même, l'oiseau qui plane au fond de l'azur représente d'abord l'immortelle envie de planer au-dessus des choses humaines. Mais déjà, vous êtes l'oiseau lui-même. Je

11:35 vous suppose assis et fumant, par une équivoque singulière, vous vous sentirez vous évaporant et vous attribuerez à votre pipe l'étrange faculté de vous fumer. Donc là, on tient quelque chose de fondamental. Baudler nous dit l'un des effets des psychotropes, c'est de nous faire devenir ce que nous percevons. C'est de nous faire fusionner avec ce que nous percevons, de fusionner avec le monde. Beaucoup de gens pensent que ceux qui consomment des psychotropes le font pour s'échapper de la réalité, pour s'évader. C'est pas faux, mais c'est mal dit.

12:22 Ce qu'on cherche quand on consomme des psychotropes, ce n'est pas tant à s'évader qu'à s'unifier. S'unifier à quoi ? À la totalité, à l'univers, à Dieu. Et cette unification, on ne la vitation, on la vit plus certaine des réalités. La réalité de l'unité, c'est du point de vue de la conscience ordinaire, de ce que Michael Polan appelle le mode par défaut de la conscience, c'est-à-dire bah du point de vue de la conscience sobre. C'est du point de vue de la conscience ordinaire que l'expérience engendrée par les psychotropes paraît être une illusion,

13:10 qu'elle paraît être une hallucination ou un délire. Mais pour l'expérimentateur, pour celui qui est dans cet état modifié de conscience, c'est l'état ordinaire qui paraît artificiel, qui paraît faux. C'est l'état ordinaire qui nous empêche de voir la réalité, qui recouvre la réalité de fausses distinctions, de fausses séparations, de faux cloisonnements. L'état modifié serait en fait un état plus lucide et plus en phase avec la réalité que l'état sobre parce qu'il nous permet de percevoir l'indicible. pour ne pas dire l'invisible

13:59 et comme disait Saintxupéri, l'essentiel est invisible à l'œil. Donc maintenant qu'on a parlé des psychotropes au sens large et vous comprendrez tout à l'heure pourquoi ce détour était nécessaire, on va maintenant se pencher sur le cas précis des psychédéliques. Alors déjà, il faut qu'on explique le mot en lui-même. Psychédélique. Psychédélique, c'est un mot qui a été inventé par le psychiatre britannique Humfre Osmond. Et alors figurez-vous que l'invention de ce mot a une histoire, une histoire qui mérite d'être racontée. Osm était en correspondance avec Aldou Suxley et les deux étaient des

14:44 consommateurs de psychédélique. Donc avant que le mot n'existe. Et alors il s'envoyait des lettres en se demandant comment on pourrait les appeler ces substances. Xuxley fit une proposition. Il proposa le mot fanérotim. Fanérotim en grec, ça veut dire qui rend l'âme visible, qui rend l'âme manifeste. Donc ça donne ces deux verres devenus célèbres pour rendre ce monde sublime 1 demi g de fanérotime. Osmonde n'a pas été convaincu. Plutôt disons qu'il a été à moitié convaincu. Il n'a pas été convaincu par la sonorité du mot. fanotim, il trouvait que ça faisait un

15:30 peu trop ésotérique. Par contre, il a été convaincu par la signification du mot rendre l'âme manifeste. Et donc, qu'est-ce qu'il a fait ? Et bien, il a tout simplement cherché un mot qui voulait dire la même chose mais avec d'autres termes. Or, il se trouve qu'en grec rendre manifeste ça se dit également déloun. Et l'âme, ça se dit psyché. Psyqué des lounes, psyché des liques. C'est comme ça que le mot est né. pour comprendre l'enfer ou surgir angélique, juste une pincée de psychédélique.

16:16 Alors, quand on parle de psychédélique, de quelle substance parle-t-on exactement ? On parle essentiellement de trois substances. le LSD, la psylocibine et la mescaline. Le LSD acide lisergique diéthylamide, on va dire LSD, hein, c'est une substance qui a été inventée en 1938 par un chimiste suisse qui s'appelait Albert Hoffman. Et alors, il se trouve qu'au départ, Hoffman ne cherchait pas du tout à inventer un psychotrope puisque'au départ, il travaillait sur un champignon parasite des céréales, l'ergot de sègle, pour mettre au point un médicament contre les troubles de la circulation

17:01 sanguine. Et en fait, pendant qu'il faisait ses manipulations, une petite quantité de la molécule est passée à travers sa peau et au bout de quelques heures, il a commencé à éprouver des sensations étranges, des objets qui se déformment, des couleurs inhabituelles et une intensité sensorielle qu'il n'avait jamais vécu auparavant. Qu'a fait Albert Hoffman ? Est-ce qu'il s'est inquiété ? Est-ce qu'il est allé à l'hôpital ? Pensez-vous. Il a attendu que ça passe et il a repris une dose cette fois-ci volontairement. Et alors là, Hoffman a vécu le premier

17:47 trip psychédélique de l'histoire. Il était sur son vélo pour rentrer chez lui et là il a fusionné avec l'univers. Il venait d'inventer le LSD. Le deuxième psychédélique, c'est la psylocibine. L'apsycibine, c'est le principe actif d'un champignon, communément appelé champignons hallucinogène. Champignons hallucinogène qui sont consommés depuis des milliers d'années à travers le monde, mais plus particulièrement par les peuples autochtones d'Amérique, Amérique du Sud, Amérique du Nord et méso-Amérique. Par exemple, chez les aste, on appelait

18:32 ces champignons des théonanacatles, ce qui signifie littéralement la chair des dieux. La chair des dieux parce que pour les asthèques, la psylocibine était une substance qui permettait d'entrer en contact avec le monde de la divinité. Tout d'ailleurs la dimension chamanique, la dimension cérémoniale de la consommation de ces champignons. On ne prend pas un champignon vite fait le soir avant d'aller se coucher. Il y a tout un protocole, il y a toute une préparation physique, mentale, rituel et spirituelle à la prise de psychédélique. Parce que manger la chair des dieux, bah c'est pas manger un kitcat.

19:17 On parle d'une substance qui nous fait accéder à l'unité cosmique. C'est pas rien. Donc voilà pour la deuxème variété de psychédélique, la psylocibine. Et enfin troisème variété de psychédélique, la mescaline. Alors la mescaline, c'est le principe actif d'un cactus du Mexique qu'on appelle le péotle. Et ce cactus a été vénéré pendant des milliers d'années par les Amérindiens parce qu'ils y voyaient eux aussi. Et c'est vraiment le dénominateur commun à tous les peuples qui consommaient des psychédéliques. Ils y voyaient eux aussi un pont vers le monde du divin. D'ailleurs, petite précision au passage, on a parlé tout à l'heure de l'invention

20:03 du mot psychédélique qui veut dire manifestation de l'âme. Mais sachez que certains scientifiques les appellent autrement. Il les appelle les antéogènes et antéogène ça veut dire empli par le divin. Thos en grec c'est Dieu qu'on retrouve d'ailleurs dans le mot enthousiasme. L'enthousiasme c'est littéralement le fait d'être possédé par Dieu. Donc c'est pour ça que vous verrez souvent les psychédéliques associés à des cultes sacrés et à des cérémonies religieuses parce qu'ils étaient et sont encore considérés comme un moyen de communier avec Dieu, de voir le monde à travers les yeux de Dieu.

20:50 Alors le moment est venu, je pense de décrire un peu plus concrètement ce qu'on vit quand on prend des psychédéliques. Et pour ça, je pense que le mieux, ben c'est de vous lire des témoignages. Ces témoignages, je les ai trouvé dans le livre de Michael Polan qui s'intitule Voyage au confin de l'esprit, publié en 2019. Alors, pour ceux que s'intéresse, sachez qu'il y a une version documentaire de ce livre sur Netflix qui s'intitule également Voyage au confin de l'esprit. Alors, on va commencer par un premier témoignage. Le témoignage de Brian Turner, 44 ans, physicien employé par un sous-traitant de l'armée américaine.

21:37 Je sentais mon corps se dissoudre, à commencer par mes pieds jusqu'à ce qu'il ne reste que le côté gauche de ma mâchoire. C'était très désagréable. Je savais que si ça disparaissait, je serais parti. Puis je me suis rappelé ce qu'il m'avait dit, qu'il fallait aller vers ce qui nous paraissait effrayant. Alors, plutôt que d'avoir peur de mourir, je suis devenu curieux. Je n'ai plus essayé d'éviter la mort. Au lieu de reculer, j'ai commencer à m'interroger sur l'expérience. J'ai alors été envahi par une agréable impression de flottement et je suis devenu musique. Deuxème témoignage, celui de Richard Budby, professeur de philosophie. L'espace où je me trouve déjà vaste s'ouvre soudain d'autant plus et les

22:22 formes qui ondulent sous mes yeux paraissent exploser en des motifs nouveaux et plus extraordinaires encore. À plusieurs reprises, j'ai la sensation irrésistible que l'infini est multiplié par l'infini. À ce moment, au pic de l'expérience, j'ai senti toutes les dualités fondamentales, le rêve et l'éveil, la vie et la mort, l'intérieur et l'extérieur, moi et autrui, se télescopai. La réalité semblait s'enrouler, imploser dans une sorte de catastrophe exaltée de la logique. Et je me souviens m'être répété en boucle : "Rien ne compte, plus rien ne compte. Je comprends. Absolument rien ne compte. Trisième témoignage, John A,

23:08 psychothérapeute d'une cinquantaine d'années. J'ai eu le sentiment que des mystères m'étaient dévoilés, mais il me paraissait pourtant familier. J'avais plutôt l'impression qu'on me rappelait des choses que je savais déjà. J'ai eu l'impression d'être initié à des dimensions de l'existence dont la plupart des gens n'ont pas connaissance, notamment la nette sensation que la mort est illusoire dans le sens où c'est une porte que nous franchissons vers un autre niveau d'existence et que nous sommes éjectés d'une éternité où nous retournerons. On passe maintenant au 4e et dernier témoignage. J'ai parfois été presque gêné par ces révélations comme si elles exprimaient une vision cosmique du triomphe de l'amour que l'on associe en général et

23:53 avec une certaine dérision aux platitudes des cartes de vœu. Et pourtant, les visions élémentaires qui ont été les miennes pendant ces séances me semblent encore pour la plupart irréfutable. L'amour est plus fort que tout. Donc voilà pour ces quelques témoignages qui évidemment ne recouvrent pas la totalité des expériences vécues sous psychédélique puisque déjà chaque sujet réagit différemment et un même sujet peut lui-même réagir différemment selon le contexte dans lequel il prend des psychédéliques. Le contexte extérieur et le contexte intérieur, ce qu'on appelle en anglais le set et le setting, c'est-à-dire l'environnement et l'état d'esprit. Mais grosso modo, les témoignages

24:39 révèlent qu'on peut identifier trois récurrences, je dirais même trois constantes. Premièrement, l'effacement des frontières, des frontières entre les choses d'abord, mais aussi et surtout de la frontière entre soi et le monde. Donc dissolution de l'individualité, ce que j'ai appelé tout à l'heure la sensation de fusion avec l'univers. On te fait plus qu'un. On te fait plus qu'un avec les choses considérées comme extérieur à nous. Vous ne regardez pas une fleur, vous êtes la fleur. Vous n'entendez plus une mélodie. Vous êtes la mélodie.

25:25 Vous ne parlez plus à l'autre. Vous êtes l'autre, vous êtes l'univers et votre personnalité se dissou dans l'univers. Voilà pourquoi on trouve souvent des récits assez effrayants dans lesquels les sujets parlent d'une sensation d'anéantissement. l'impression qu'ils sont en train de mourir. Oui, ils sont en train de mourir au sens où leur ego est en train de mourir. Leur ego, c'est-à-dire leur individualité. cette individualité à laquelle nous tenons parce qu'elle nous définit parce qu'elle nous donne une identité c'est-à-dire parce qu'elle nous donne des contours,

26:11 des limites, des limites à l'intérieur desquelles nous existons. L'individualité, c'est ce qui fait de nous ce que nous sommes. Et bien tout ça disparaît dans l'expérience psychédélique. Vous disparaissez. Vous n'êtes plus rien. Vous n'êtes plus rien parce que vous êtes tout. Voyez ce qui du point de vue de la conscience ordinaire apparaît comme une mort. Du point de vue de la conscience modifiée apparaît comme une naissance. Plus qu'une naissance, une expansion. Une infinie expansion. Une expansion qui fait totalement sauter les contours de notre identité.

26:59 Ce n'est pas un hasard si Jean-Paul Sartre a expérimenté les psychédéliques. Parce que Jean-Paul Sartre, c'est quelqu'un qui a théorisé le rapport que nous avions à notre identité et notre besoin d'avoir une identité, d'avoir une personnalité, d'avoir un rôle, une essence. L'être est le néant. L'être c'est l'ego, le néant c'est l'univers. Mais c'est un néant au sens où c'est la néantisation de l'ego. Au sens où être rien, c'est justement devenir tout. Alors, je sais que ces formulations sont paradoxales, mais si vous admettez que fusionner avec l'univers, c'est

27:46 fusionner avec le tout, dans cette fusion, votre ego n'existe plus puisqu'il n'y a plus de délimitation entre vous et le monde. Vous êtes la réalité tout entière. Il n'y a plus d'intérieur, il n'y a plus d'extérieur. Il n'y a plus moi, il n'y a plus le monde. Il n'y a que de l'unité, il n'y a que de la communion. L'univers communitie. Et je suis l'univers. Je suis en communion. Je n'existe plus. Dans les témoignages que j'ai pu lire, il y a une phrase qui m'a marqué qui dit

28:31 "Je ne savais plus où je finissait". C'est très beau et c'est très parlant. Le fait même que cette phrase n'ait pas vraiment de sens prouve à quel point elle a du sens. Elle dit ce que les mots sont incapables de dire justement parce que les mots fonctionnent sur le principe de la séparation. Il fonctionne sur le principe de la distinction, de la dualité. Berkson disait "Les mots sont un découpage de la réalité pour pouvoir communiquer à son propos. Un mot, c'est une délimitation, c'est une définition de la réalité." Donc l'expérience psychédédique, c'est

29:18 quelque chose dont on ne peut pas précisément rendre compte avec des mots dans la mesure où les mots relèvent d'un mode de conscience basé sur la dualité, basé sur la distinction, alors même que le propre de l'expérience psychédélique, c'est l'abolition de toute distinction. Et c'est en ce sens que l'expérience psychédélique fait s'effondrer la logique rationaliste. C'est quoi la logique rationaliste ? C'est la logique qui nous dit par exemple qu'on ne peut pas à la fois monter les escaliers et les descendre. C'est la logique qui nous dit qu'il ne peut pas à la fois faire jour et faire nuit, qu'on ne peut pas à la fois être mort et vivant.

30:05 La contradiction, c'est le propre de la logique rationaliste, c'est-à-dire de la logique telle qu'elle a été formalisé par Aristote. Que nous dit Aristote ? Il nous dit que la logique repose sur trois principes. Principe d'identité, A = A. Principe de contradiction. Si A = A, A n'est pas égal à B. principe du tiers exclu. Si c'est A ou B, ça ne peut pas être C. C'est ça la logique rationaliste. La logique qui n'admet pas la contradiction mais qui pour ne pas admettre la contradiction doit admettre l'idée de

30:52 contradiction, doit admettre la pertinence de la notion de contradiction. Or, dans l'expérience psychédélique, la notion même de contradiction n'a plus de sens parce que la dualité n'a plus de sens. Il ne peut pas y avoir de contradiction dans l'unité. La contradiction commence avec la dualité. Et à partir de cette dualité, on construit des distinctions, on construit des segmentations, des oppositions. La logique, c'est ce qui nous dit tout n'est pas égal à tout. Tout n'est pas identique à tout. Il y a des différences,

31:37 il y a des incompatibilités, il y a des frontières, des frontières qui délimitent des champs de signification, des domaines. Et on ne doit pas confondre les domaines. On ne mélange pas les nombres et les couleurs. On ne mélange pas les sons et les odeurs. On sépare les domaines parce que ne pas les séparer, c'est ouvrir la porte à la confusion. C'est ouvrir la porte au nonsens, à l'absurdité. Je vais vous donner un exemple personnel. Une nuit, j'ai fait un rêve.

32:24 J'ai rêvé que j'étais devenu une formule mathématique qui était en même temps une musique, qui était en même temps une phrase, qui était en même temps un assemblage de couleur. Et alors là, vous allez me dire "Mais il est pas net évidemment puisque vous raisonnez en terme de logique rationaliste, vous raisonnez en terme de dualité de a et de non a." Donc forcément ça vous paraît délirant de la même façon que la phrase "La terre est bleue comme une orange" doit vous paraître délirante de la même façon que quand Rambo nous

33:09 dit que les voyelles ont une couleur, ça vous paraît délirant ? Ça ne paraît délirant qu'à l'intérieur du paradigme dans lequel les choses sont distinctes. Dans le cadre de l'expérience psychédélique, c'est pas du tout délirant parce que dans l'expérience psychédélique, rien n'est absurde. Tout est logique, tout est évident. Et donc c'est là qu'on en arrive au deuxième phénomène vécu dans l'expérience psychédélique, le sentiment d'évidence. Alors ça c'est très important. Pourquoi c'est très important ? Parce que ça met le doigt sur quelque chose qu'on a tous

33:57 déjà expérimenté à savoir le sentiment d'évidence à l'égard de quelque chose qui pourtant n'est pas réel. Tout à l'heure, j'ai pris l'exemple du rêve. Dans le rêve, on peut avoir un sentiment d'évidence, le sentiment d'avoir compris quelque chose, le sentiment de la révélation. Et pourtant, on pourrait se dire qu'un rêve, bah ce n'est pas réel. Et bien si, bien sûr que si, c'est réel. C'est réel pour la conscience. Ce que vit la conscience qui rêve, c'est extrêmement réel pour elle.

34:43 Que ce ne soit pas réel empiriquement, que ce ne soit pas réel matériellement, on s'en fiche, c'est pas le problème. Ce qui compte, c'est ce que vit, ce qu'elle vit et ce qu'elle en retire. On peut retirer des enseignements d'un rêve. On peut retirer des vérités d'un rêve. Et on aura beau dire que le rêve n'est pas réel, que ce n'est qu'une fabrication de notre esprit. Cette fabrication de notre esprit existe en tant que fabrication. Donc elle est réelle. Exactement comme lorsque Descart nous dit "Je peux douter de la réalité de tout ce que je pense mais je ne peux pas

35:29 douter du fait que je pense." Ce qui donnera naissance des siècles plus tard à la phénoménologie. Que nous dit la phénoménologie ? Elle nous dit "La conscience ne peut rien dire de la réalité parce que tout ce que peut dire la conscience c'est ce qu'elle perçoit. Autrement dit, notre réalité, notre seule réalité, c'est la réalité de nos perception. C'est la réalité de ce que Housseur l'appelle nos vécus de conscience. Il n'y a pas d'autre réalité que notre vécu de conscience. Tout simplement parce que la réalité, on ne l'aperçoit qu'au travers de notre

36:15 conscience. On ne peut pas s'extraire de notre conscience. pour voir ce qu'est le monde extérieurement à cette conscience ou pour voir s'il existe effectivement un monde à l'extérieur de notre conscience. Pour ça que Housseur disait que la présupposition selon laquelle notre vécu de conscience correspondrait à la réalité était une présupposition abusive. On n'en sait rien de ce qu'est la réalité. On n'en sait rien de l'existence même de la réalité. La seule réalité à laquelle on est affire, c'est la réalité de notre vécu de conscience.

37:01 Alors, où est-ce que je veux en venir ? Je veux en venir au fait que le sentiment d'évidence qu'on éprouve dans l'expérience psychédélique n'est pas à rejeter ou à mépriser au motif qu'il repose sur une hallucination. Ce n'est pas parce que ce que nous percevons n'existe pas physiquement à l'extérieur de nous que ce que vit notre conscience, que les réponses apportées à notre conscience n'ont pas de valeur. Admettons que vous fassiez un rêve. et que dans ce rêve, vous viviez une situation qui résout l'un de vos questionnements. C'est toute la thématique du film Inception. Insérez une idée dans un rêve pour que

37:47 au réveil cette idée se concrétise dans la réalité. On s'en fiche de savoir si l'idée vient d'un contact physique avec le monde extérieur ou d'une inspiration métaphysique purement intérieure. Ce qui compte, c'est la réalité de l'idée, pas la réalité de l'objet à l'origine de l'idée. On peut avoir une idée pertinente, une idée juste, une idée vraie en étant complètement défoncé, en étant dans un état second, dissocié, altéré. La valeur d'une idée, l'évidence d'une idée est indépendante des conditions

38:34 matériel d'émergence de cette idée. Et donc c'est là qu'on en arrive au troisème élément qui caractérise l'expérience psychédélique, l'amour, le sentiment d'évidence, la certitude que la seule chose qui compte, c'est l'amour. Alors oui, je sais ce que vous allez me dire que c'est cuccu si vous voulez. Effectivement quand les babacol prennent du LSD et qu'ensuite ils font des discours niés sur l'importance de l'amour universel, on peut trouver ça cucu. Mais est-ce que pour autant ils ont tort ? Est-ce que pour autant l'amour n'est

39:22 pas la chose la plus importante qui soit ? Certains pensent que le jour où tout le monde aura fait l'expérience des psychédéliques, il n'y aura plus de guerre parce que tout le monde aura expérimenté l'amour inconditionnel. L'amour qui surpasse toutes les manifestations de l'ego, qui surpasse la jalousie, qui surpasse le désir de possession, qui surpasse la dualité. On trouve ridicule le discours qui prône l'amour universel. Mais est-ce qu'on devrait pas plutôt s'étonner de trouver normal que les êtres humains s'entretuent ? Est-ce

40:08 qu'on devrait pas plutôt s'étonner de trouver normal qu'il y ait des guerres, qu'il y ait des meurtres, qu'il y ait de la violence ? Quand on est dans le paradigme de l'ego, c'est-à-dire dans le paradigme de la dualité, on ne s'étonne plus de la lutte des égos. Mais quand on est dans le paradigme de l'amour, quand on est dans le paradigme de la pleine conscience, c'est la lutte des égos qui n'a plus aucun sens parce que tout est réconcilié, tout est pardonné. Le pardon inonde l'univers.

40:55 C'est extrêmement puissant le pardon. Il y a pas plus puissant parce que c'est l'amour inconditionnel de l'autre. Et l'amour inconditionnel est un amour universel, un amour sans limite. Dans l'antiquité, il y avait un philosophe assez peu connu qui s'appelait Empédocle. Et en pédocle pensait que l'univers était composé de cinq éléments : la terre, l'eau, l'air, le feu et l'amour. Le 5ème élément, c'est l'amour. Et l'amour, c'est la force de cohésion

41:42 entre les choses. C'est ce qui fait que l'univers, que les choses de l'univers tiennent ensemble. qu'elle tente vers l'unité uni vers cosmos veut dire harmonie. C'est intéressant de se dire que l'amour peut être envisagé comme une force physique fondamentale. Et bien c'est exactement ça l'effet produit par les psychédéliques. La conscience que tout est fondamentalement amour. l'évidence que tout est fondamentalement amour, qu'il n'y a rien d'autre.

42:29 Et cette évidence ne prend pas la forme d'une idée parce que qui dit idée dit distinction entre pensé et non pensée. Elle prend la forme d'une expérience totale, l'évidence pure. Nous devenons l'évidence. Nous sommes l'évidence. La conscience ordinaire se vente d'être lucide. Et elle dit de la conscience modifiée qu'elle n'est pas lucide, que ce que perçoit la conscience modifié, que ce qu'elle ressent, que ce qu'elle vit n'est pas réel, que c'est artificiel,

43:16 que c'est chimique, que c'est juste dans la tête, mais qu'est-ce qui n'est pas juste dans la tête ? Je le répète parce que c'est important de le garder à l'esprit. La réalité, ce n'est rien d'autre que ce que vit votre conscience. Il n'y a pas d'autre réalité que celle de votre conscience. Tout ce que vous aurez vécu au cours de votre existence, ce sera passé dans votre conscience. La lucidité est-elle l'apanage de la conscience ordinaire ? de cette conscience qui distingue, qui

44:02 sépare, qui compare de cette conscience qui fait qu'on se projette sans cesse mentalement, qu'on s'inquiète, qu'on calcule, qu'on juge. On parle de lucidité, on se vente d'être lucide. Alors que 95 % du temps, on pense à des choses qui n'existent même pas. à ce qu'on fera demain, à ce qu'on a fait hier, à ce que pensent les autres ou à ce que nous devrions être. C'est ça la lucidité, la projection permanente, l'incapacité à être simplement présent.

44:49 Si c'est ça la lucidité, alors il se pourrait bien que l'hallucination soit un état plus proche de la réalité. Lucidité en latin, ça veut dire lumière. Et la lumière dans notre paradigme dualiste, c'est la raison. La raison qui analyse, la raison qui dissocie, la raison qui sépare, la raison qui trouve toujours le moyen de dire c'est différent, ce n'est pas bon, ça ne va pas. Le problème c'est que c'est ça la phrase de la raison.

45:34 Le problème c'est que non, le problème c'est toi. Le problème c'est que tu es besoin de trouver des problèmes, que tu les cherches, que tu es perdu si tu n'as pas un problème à résoudre. Tu aimes les explications parce que tu aimes les complications. L'explication est un prétexte à la complication. Un monde sans problème, c'est un monde dans lequel la raison ne peut pas vivre. Tout ça est aboli dans le paradigme de l'unité. Dans le paradigme de l'unité, il n'y a

46:20 plus de problème puisqu'il faut qu'il y ait dualité pour qu'il y ait problème. Il faut qu'il y ait manque, absence, contradiction. Mais il y a pas de contradiction dans l'unité. Rien ne manque dans l'unité. Il n'y a que l'évidence que tout va bien. Il n'y a que la présence et l'amour de ce qui est. Vous savez, les enfants ont une tendance qu'on perd souvent à l'âge adulte, c'est la capacité d'émerveillement. la capacité à dire waouh ! On perd cette

47:05 capacité d'émerveillement au fur et à mesure que notre raison se développe parce que la raison, c'est un filtre nous et le monde. La raison, c'est un médiateur. Quand on n pas encore ce médiateur, on est dans l'immédiaté, on est dans la présence. Le problème de l'adulte, c'est qu'il n'est plus présent parce qu'il s'est habitué au monde, parce que le monde lui est devenu familier et que donc il n'a plus de raison, encore et toujours la raison de s'en émerveiller.

47:52 La familiarité, c'est l'usure de l'émerveillement. Retrouver l'émerveillement. retrouver cette vision virginale du monde, cette sensation continue de nouveauté de première fois, de première fois éternellement répété. Est-ce que c'est l'effet d'une hallucination ou est-ce que ce n'est pas tout simplement le graal que nous avons laissé échapper ? Pourquoi ne nous disons-nous pas à chaque fois que nous regardons une fleur ou à chaque fois que nous entendons couler l'eau d'une rivière ? C'est un

48:37 miracle. Miraculou, c'est merveille en latin. On ne se le dit pas parce qu'on s'y est habitué, parce que ça n'a rien d'extraordinaire. C'est ordinaire. L'expérience psychédélique, de même que l'expérience de l'enfance, c'est l'expérience de l'extraordinaire. Lorsque le cerveau ne reconnaît pas mais qu'il découvre. Découvrir, c'est extraordinaire de découvrir. Le temps s'arrête quand on découvre.

49:24 La raison cesse quand on découvre cette vision virginale du monde qui est souvent rapportée dans les témoignages de gens ayant consommé des psychédéliques. C'est la preuve que ce que nous concevons comme ordinaire, comme normal, comme banal, nous ne le considérons comme ordinaire, normal et banal que parce que nous avons perdu notre capacité d'émerveillement. En ce sens, ce que nous appelons notre lucidité, ce n'est rien d'autre qu'une anesthésie. l'anesthésie de notre cerveau qui une

50:09 fois les choses connues et reconnues, une fois les choses identifiées, les ranges, les classes, les figes, ça c'est une fleur, on connaît ça, c'est une rivière, on connaît ça, c'est ma femme. On connaît la familiarité. La familiarité qui fait qu'on ne voit plus les choses qu'on connaît et donc qu'on ne les connaît plus. On fait le même trajet tous les jours pour aller au travail et on ne s'est jamais rendu compte qu'il y avait un magnifique manoir en bord de

50:55 route parce qu'on ne fait plus attention. Pourquoi être attentif quand le monde nous est connu ? Pourquoi regarder ce qu'on a déjà vu ? On peut pas en vouloir au cerveau de banaliser le monde. Il faut bien qu'il fasse de la place le cerveau. Il faut bien qu'il s'économise parce que mine de rien, bah ça consomme un cerveau. Donc ça optimise, ça met dans des cases, ça utilise des raccourcis. Ça emprunte les mêmes chemins. L'émerveillement, c'est le cerveau qui se réinitialise.

51:44 C'est le cerveau qui détruit tous les chemins créés par l'habitude. C'est le cerveau qui redevient une toile vierge. Nous appelons lucidité, ce qui n'est en réalité qu'une désensibilisation au monde. Nous appelons lucidité, ce qui n'est en réalité qu'une fatigue du regard, qu'une absence au monde. La lucidité, ce n'est pas dire ça, je sais ce que c'est, ça je connais. Non, la lucidité c'est dire

52:29 waouh ! La lucidité, c'est oublié qu'on avait déjà dit waouh. C'est oublier ce que notre ego ne veut pas qu'on oublie parce qu'il a peur de mourir sans se rendre compte que la mort de l'ego, c'est la naissance de l'unité. C'est l'entrée dans le paradis de la pleine conscience. Je vous remercie.

53:14 [musique]

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