0:00 L'histoire est la plus grande institutrice des peuples. Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à être l'esclave des autres. Quand on est jeune, le temps est trop long. Au fur et à mesure, on apprend et on essaye de rayer mention inutile à chaque fois. Nous n'avons pas à démissionner de nos devoirs de citoyen.
0:51 Réunissant aujourd'hui les populations d'expression française et d'expression anglaise, le Cameroun sera le véritable laboratoire d'une union africaine qui doit rassembler des états parlants et de langue. La paix est une condition sine qua non de la survie de l'humanité et de tout développement durable. Aujourd'hui, nous sommes tous, je dirais, mendiants de la paix. Chers auditeurs, chères auditrices, Bienvenue à ce nouveau numéro de notre programme « Mémoire du Cameroun et de l'Afrique ». Aujourd'hui, nous allons traiter
1:37 d'une thématique très actuelle qui ténaye le Cameroun depuis au moins 4 ans, mais qui a des profondeurs historiques extrêmement longues. La thématique s'intitule « De la question anglophone à la crise anglophone. » pour mieux construire l'avenir. Comme invités, nous recevons une grande figure de la connaissance de l'histoire du Cameroun. Il s'agit du professeur Aboua. Qui est le professeur Aboua ? Le professeur Aboua, qu'on ne présente plus, est un historien camerounais. Probablement l'historien le plus connu du Cameroun et qui est toujours en activité. Il se distingue depuis plus d'une
2:24 quarantaine d'années par la publication d'un nombre impressionnant d'articles scientifiques et d'ouvrages qu'on ne pourrait pas tous citer ici. Mais parmi les plus significatifs, ceux qui ont marqué « Traverser les esprits », on peut citer « Commissaire et Haut-Commissaire de la France au Cameroun » 1916-1960, « Cameroun, histoire d'un nationalisme » 1884-1961, Ni anglophones, ni francophones au Cameroun, tous des Camerounais. Un livre paru en 2015, un peu comme une prémonition de ce qui devait se passer un an plus tard. Et sans avoir bouclé la boucle, bilinguisme,
3:11 multilatéralisme et vivre ensemble ensemble. Une réflexion des universités camerounais parue en 2009. Professeur Aboua, est-ce que cette présentation très sommaire, parce qu'il serait difficile de vous présenter plus que cela, est-ce que ça vous convient ? Oui, bien entendu, parce que vous avez des éléments que vous avez puisés à bonne source. Et ce que vous dites est tout à fait juste. Peut-être qu'on pourrait seulement ajouter qu'il y a une dernière publication qui a été... Édité par les éditions Clé et qui parle donc de comment écrire et enseigner l'histoire des vaincus pour que l'Afrique devienne vainqueur. Et ce livre porte véritablement le témoignage
3:57 de la vision que j'ai de la force de l'histoire pour résoudre les problèmes de l'Afrique. À condition que l'on enseigne la vraie histoire de l'Afrique aux Africains, à condition... que les programmes d'histoire soient conçus par les Africains, à condition qu'on donne une certaine ligne à l'histoire que l'on enseigne, parce qu'aucune histoire n'est neutre. Merci pour cette entrée en matière qui complète votre présentation. En guise d'introduction, professeur, quand on parle de questions anglophones et des crises anglophones, est-ce que vous y voyez une nuance ou alors qu'il s'agit juste d'un problème de sémantique ? J'ai présidé le jury de mémoire d'un étudiant en histoire qui s'intitulait effectivement le problème
4:45 anglophone. Et je me suis dit, si un étudiant camerounais qui a fait ses études à Yaoundé, qui a rencontré non seulement les camerounais d'expression française, mais les camerounais d'expression anglaise, parle de problème anglophone, c'est que la situation est effectivement grave. Et j'ai commencé à m'intéresser à cette question. idée d'un Cameroun anglophone, d'un Cameroun francophone. Et j'ai vu tout ce qu'il y avait de spécieux dans cette réalité. Parler d'un problème anglophone et d'une crise anglophone, est-ce que c'est seulement les nuances ? Ça dépend. Ça dépend de qui parle de ça et pourquoi il parle de ça. Moi, dans mes
5:31 lectures et dans mes conclusions, je pense que le problème anglophone est une création. Une création des Camerounais, d'une certaine volonté d'avoir des avantages que d'autres ne doivent pas avoir en dehors d'eux. Donc, problème peut-être, crise certainement, puisque la crise est là, on la vit, on la vit au quotidien avec ses meurtres et autres, oui la crise est là.
6:26 Mes amis ositeurs, nous avons organisé cette émission qui va se dérouler en série en trois actes. Le premier acte va parler des sources du problème anglophone au Cameroun. Le second va parler de la crise, celle-là qui nous ténaille encore aujourd'hui. Et le troisième acte va se pencher sur les solutions, les solutions pour arriver à construire un Cameroun pour tous les Camerounais. Alors, commençons par la première partie de notre émission. Alors, notre question, comment peut-on expliquer la naissance d'une question anglophone au Cameroun alors que ce pays ne fut pas colonisé par l'Angleterre ? Autrement dit, pourquoi ne parle-t-on pas aussi d'une question francophone, si tant il est
7:12 que la France et l'Angleterre avaient le même statut au Cameroun, c'est-à-dire puissance mandatrice et puis plus tard puissance tutélaire ? Ou tu es triste. qui se sont partagés leur butin, le butin du protectorat allemand. Et les Camerounais qui étaient unis sous les Allemands vont être divisés par et devenir des Camerounais d'expression anglaise et d'expression française. Non. Pourquoi est-ce que l'anglophone ne parle de francophone alors que le Cameroun n'est pas, en
8:00 tant que tel, une colonie ? ni française, ni anglaise, puisque nous sommes dans un territoire sous mandat et sous tutelle. Je crois que c'est une construction d'une génération qui refuse d'accepter ce que leurs pères ont décidé sans eux au moment où ils se rencontraient, tant dans les villes du Cameroun britannique que français, parce qu'il y a eu des échanges de populations qui allaient d'un côté comme de l'autre, tant ils se sont rencontrés même hors du Cameroun, où ils ont créé une association des étudiants camerounais qui ne parlaient ni l'anglophone ni de francophone, tant ils ont
8:47 créé des partis politiques où ils revendiquaient une camerounité qui n'était ni anglophone ni francophone. Ils savaient que l'UPC, dans son slogan, c'était « indépendance et unification ». du Cameroun britannique, tous les partis politiques portaient la lettre K, KNDP, KUNC, KNC, KNX, pour rappeler le Cameroun uni du temps des Allemands. Donc en réalité, c'est une construction qui ne date pas de très longtemps, qui a voulu, comme je l'ai dit au départ, se donner des avantages que les autres Camerounais ne doivent pas avoir. Comme le problème est là, professeur, est-ce qu'il n'étient pas aussi,
9:34 dans une dimension plus pratique, ses origines ou alors son origine du fait que la manière avec laquelle le Cameroun est finalement parti à l'indépendance, a été une indépendance en morceaux. Est-ce que ceux qui ont lutté pour l'indépendance du Cameroun n'ont pas finalement eu un problème de méthodologie qui ferait en sorte que, comme un seul morceau est allé, on se retrouve finalement avec des choses qu'on aurait pu régler avant ? Non, je pense qu'il ne faut pas voir la situation de cette manière. Il faut se dire déjà que les Camerounais ont refusé la division. Ils ont refusé le partage qui leur a été imposé par les colons. Ils ont refusé cela Parce que vous voyez, il y a des Camerounais, qu'on pourrait appeler d'expression française, qui étaient
10:19 sous administration française, qui ont traversé allègrement la frontière pour aller s'installer dans le Cameroun sous administration britannique. On a de nombreuses familles qui sont restées là-bas, qui ont fait souche là-bas, qui ont rien, et qui eux-mêmes aujourd'hui se demandent qui ils sont, puisque chacun les repousse. Chez les Camerounais d'expression anglaise, on leur dit « non, vous n'êtes pas anglophones ». Chez les Camerounais d'expression française, on leur dit « non, vous n'êtes pas francophones ». Ils demandent « mais nous ne sommes qui ? ». Et ils ont même créé leur 11e province, qui est une province qui n'existe pas au Cameroun. Donc c'est dire qu'il y a une volonté d'accaparement d'une civilisation qui n'est pas africaine par des Africains qui veulent... Par cela dire qu'ils sont différents des autres. Mais la vérité est autre. Voyez-vous, quand
11:10 je rencontre un Santa de l'ancien Cameroun britannique et un Bouddha de l'ancien Cameroun français, on me dit qu'ils sont différents. Je ris. Le Santa et le Bouddha parlent la même langue nationale. Ils ont les mêmes traditions. Ils font les choses de la même façon. Ils vont se dire différents maintenant parce que l'un a été colonisé par les Anglais, l'autre par les Français. Non, il faut sortir de là. Il faut sortir de là parce que ça ne nous grandit pas. Au contraire, les autres, oui, sont bien contents. Ils ont réussi. Ils ont réussi leur coup. Parce que vous croyez que ces gens qui ont créé le Commonwealth, ils ont créé ça pour rien ? Est-ce que vous pensez que ceux qui ont créé la francophonie, ils ont créé ça pour rien ? Non ! Il y a une idéologie. qui sous-tend cela
11:58 pour mieux nous tenir. Et quand nous nous battons pour la francophonie et pour l'anglophonie, ils nous faisons leur affaire. Ils sont tout heureux. Oui, pour ça, tout à l'heure, vous avez parlé de l'UPC, de Oum Nyobe, avec sa vision qui voulait la réunification et puis l'indépendance. Ça me ramène à vous poser toujours cette question. Est-ce que, finalement, le fait de n'avoir pas procédé par cette méthodologie n'est pas, finalement, la source de ce qu'on est en train d'observer là ? demande qu'on peut qualifier de tous les noms aujourd'hui. Non, il faut se dire que l'histoire du Cameroun est assez complexe. Elle est complexe parce que pendant que l'UPC revendiquait la réunification et l'indépendance, d'autres Camerounais étaient plutôt pro-français. qui disait que le Cameroun n'est pas
12:46 encore mieux pour l'indépendance. Et les Français, forts de cela, ont pu interdire l'UPC, qui est entré dans le maquis et qui a commencé la guerre d'indépendance, que les autres ne voulaient pas. Donc, le Cameroun visait entre pro-indépendantiste selon la formule française et pro-indépendantiste selon la formule de l'UPC. Pierre Mesmer, qui a été haut-commissaire ici, qui a été ministre de la guerre en France, et premier ministre même, a bien écrit dans son livre les blancs s'en vont. Il dit, il reconnaît qu'ils ont donné l'indépendance à ceux qui n'en voulaient pas et l'ont refusé à ceux qui la redemandaient avec véhémane depuis 1948. Donc, on est allé en indépendance dans cette situation, mais pour le Cameroun français. Mais pour le Cameroun britannique, il y avait également
13:32 ce clivage entre ceux qui voulaient un rattachement au Nigeria, ceux qui voulaient un rattachement au Cameroun français et ceux qui ne voulaient aucun rattachement. L'ONU a décidé et a posé deux questions. Voulez-vous être indépendant avec le Nigeria ou même avec le Cameroun. Enfin, on connaît les résultats. Le Nord-Ren Cameroun est allé avec le Nigeria. Le Sardin Cameroun est venu avec le Cameroun français. Mais nous savons que le président Aïdou en son temps avait protesté contre ces résultats pour... dire qu'il y a eu une manipulation du côté britannique. En 1961, on observe un peu comme une magie qui va s'opérer. On va parler de réunification. Alors
14:17 comment comprendre ce succès quand on sait bien que beaucoup de pays qui ont été divisés par les vicissitudes de l'histoire le sont encore aujourd'hui. On n'a qu'à prendre le cas de la Corée par exemple. Absolument. Et c'est là où le Camerounais devait... manifester toute sa fierté pour avoir réalisé quelque chose qui n'est pas facile. Vous avez parlé de la Corée, mais parler du Togo. En Afrique, ils connaissaient la même situation que le Camoun, mais la partie anglaise-togolaise n'a jamais rejoint la partie française. Donc les Camounais ont réalisé quelque chose de fantastique, dont ils devaient parler avec beaucoup de fierté, et même se vanter. Parce que même l'Allemagne qui a réussi à se réunifier, ça n'a pas été facile.
15:07 Donc, les Camerounais ont demandé. Ils ont d'abord refusé le partage, ils ont revendiqué le retour à leur unité d'antan. Ils l'ont revendiqué tant et si bien depuis 1916 jusqu'en 1961 que, lassé de cette demande incessante, l'ONU a cédé. Même si tous les Camerounais britanniques ne sont pas revenus au Cameroun parce que justement on a fait un comptage critiquable, mais la partie qui est venue au Cameroun l'a recherchée, mais pas elle seule, elle l'a recherchée avec les Camerounais d'expression française. Il y a eu beaucoup de rencontres entre les UPCistes. Et je vais rappeler que quand l'UPC interdite,
15:53 en 1955, il y a eu une chasse aux sorcières des UPCistes dans le Cameroun français. Mais où est-ce qu'ils sont allés se réfugier ? Cameroun britannique. Ils sont allés à Koumba pour la plupart. C'est à peu près ce qu'on observe aujourd'hui avec ceux qui fuient la crise et qui sont accueillis ici en toute familiarité dans le Cameroun dit francophone. Mais qui est en fin de compte le Cameroun. Je vous ai dit que c'est une création tout à fait artificielle. Dans son sens profond, le Camerounais se reconnaît Camerounais. Même s'il parle anglais. Mais pour des intérêts égoïstes. Oui, il y en a qui veulent que l'on dise nous sommes différents de vous. Vous n'êtes pas comme nous, mais c'est factice. Un bâton, par exemple, et un doigt là. Vous voyez la différence ? Parce que l'un parle français et l'autre parle anglais ? Non. Comme
16:42 la colonisation a toujours su nous diviser pour mieux, nous avons eu ça dans nos gènes et nous aimons nous sentir divisés. Toujours en cette année 1961, il y a une ville qui est déjà une ville chargée d'histoire, qui va davantage rentrer dans l'histoire du Cameroun moderne, c'est Fombane. Alors, comment est-ce qu'on peut comprendre le choix de Fumban pour abriter les Assises de 1961 alors que ce n'était pas à Fumban que se passaient les principales batailles pour la réunification du Camoun ? Qu'est-ce qui fait la magie de Fumban en 1961 ? Vous savez, les Bamoun sont des Tikas. Et il y a des Tikas dans le nord-ouest. Les So sont des Tikas. Dans un So, c'est... se retrouve tout à fait à l'aise quand
17:31 il est à Foumbane, tout comme Mbamoun se trouve à l'aise dans le Mboui et autres. Et nous savons même qu'après la division, une escouade de Bamoun a quitté Foumbane pour aller s'installer chez les Bamsos. C'est connu. Donc Foumbane, c'était le lieu de la convergence, de la culture. Pour le Cameroun français, ce n'était pas seulement le lieu de convergence, mais c'est le lieu qui avait une certaine sécurité militaire. N'oubliez pas qu'en 1961, le Cameroun était dans sa deuxième guerre d'indépendance. Il y avait une bataille qui se faisait. Il fallait un lieu sécurisé. Et Foumban était un lieu sécurisé avec l'aviation de Foumban, avec les militaires français qui étaient installés là-bas. Et puis Foumban était une
18:21 ville dans la clôture. dans le style des Saharais de la zone sahélienne. Donc toutes les sécurités et la parenté linguistique et culturelle entre certaines populations du Cameroun britannique et des populations du Cameroun français trouvaient leur présence tout à fait légitime à Foumbane. Et puis, vous savez, ils ont glosé en disant que les Bambounes sont très belles. Il y avait de très belles filles Bambounes qui avaient les counicolées et qui leur ont même fait perdre le sens de la réalité puisqu'ils ont voté ça, même sans rendre compte. Du coup, ça veut dire que les Camerounais avaient vraiment tout préparé pour qu'ils soient ensemble. Mais pourtant, les deux délégations qui vont se retrouver à Foumbane, plus
19:10 Plus tard, on va apprendre un certain nombre d'éléments dont on ne sait pas si ça relève uniquement de la rumeur ou de l'intox. Certaines voix se sont élevées pour dire qu'Afoumbane a dû profiter pour éduper les anglophones à travers des documents qu'il n'avait pas pris le soin de bien étudier, ainsi de suite, avant d'aller signer. Alors, est-ce que l'historien et le connaisseur des hommes qui ont fait cette histoire du Cameroun que vous êtes possède des éléments pour valider ou infirmer de telles allégations ? Il y a des éléments beaucoup plus pour infirmer que pour valider. Parce qu'il faut savoir qu'entre Aïdjo et Frontia, il y avait des rencontres. En 1959, il y a même eu une rencontre des élèves et étudiants au lycée Leclerc qui venaient de partout, d'Angleterre, de Nigéria, de France, qui se sont
20:01 retrouvés au lycée Leclerc. Frontia y était, Aïdjo y était. et qui ont même demandé justement la création d'une université caronaise bilingue, où on apprendrait à la fois et le français et l'anglais. Non, disons qu'à Fumban, les gens y sont allés avec d'autres agendas. Aïdjo allait à Fumban, en fait, pour... enlever à l'UPC le dernier aimant de sa revendication et qui faisait sa notoriété, la réunification. Parce qu'Aïdjo, il ne faut pas le sens qu'on se trompe, n'était pas pour la réunification, tout comme les Français, qui estime que s'il faut avoir une réunification, c'est les autres qui doivent venir. Aïdjo a adhéré à l'idée de la
20:48 réunification seulement pour que l'UPC n'ait plus cet argument qui... faisait en sorte que les populations camerounaises se sentaient attirées. Ils avaient beaucoup de sympathie pour l'UPC. Il fallait donc faire réaliser le programme de l'UPC sans l'UPC. Foncha est allé à Foumban, il avait aussi son agenda caché. Foncha avait dit aux populations de voter pour rejoindre le Cameroun français en rassurant que ce sera une confédération. C'est-à-dire qu'ils auront leur capital, où ils pourront faire ce qu'ils doivent faire, et que la capitale fédérale ou confédérale serait là pour des besoins bien précis. Mais chacun d'eux
21:36 a dû mettre de l'eau dans son vin. Aïdjo venait pour un Cameroun uni, un et unique. Il fonte à l'avenir pour une confédération, et il s'était déjà vu avant. Et il nous est revenu et nous avons des témoignages des Anglais qui disent que Funcha avait reçu le draft de la constitution préparée par Aïdjo afin qu'il la présente à ses pairs et qu'ils en discutent avant la conférence de Fumban. Mais cela n'a pas été fait. Funcha était dans une phase de régression parce que le One Cameroon qui soutenait l'UPC... qui avait une idée différente de celle de KNDP, voulait prendre le leadership.
22:23 Donc, Foncha n'a pas présenté cela. Et il y a Mbile, qui dans son livre « I Witness », le témoignage d'un témoin oculaire, dit très bien que dans son discours, c'est à ce moment que la bombe éclate. Quand il fait son discours, il dit que j'ai donné. Et c'est même pour cela que la conférence a pris plus de longs. Parce que c'est à ce moment seulement que ce document leur a été présenté et sont allés travailler là-dessus. Donc quand ils disent que Haïdou les a dupés, je crois que c'est un peu de mauvaise foi. Il faut savoir aussi que quand ils vont à Foumbane, ils vont contre la volonté des Anglais. Les Anglais ne voulaient pas qu'ils rejoignent le Cameroun français. tout comme ils n'ont pas voulu qu'ils
23:09 rejoignent le Togo français. Et ils ont réussi de ce côté-là, mais du côté du Cameroun, ils n'ont pas réussi. Et ils ont donc fait obligation à Fonca, qui voulait avoir le soutien britannique, qui n'aura pas leur soutien. Et c'est pour ça qu'ils sont allés à Foumban, les mains nues. Ils n'avaient ni hymnes, ni drapeaux, ni monnaie, ni dévices, ni rien. Ils n'avaient que la culture. C'est la seule chose qu'ils ont présentée à Foumban parce que les Anglais leur ont interdit d'utiliser quoi que ce soit qui leur appartienne. Les Anglais ne pouvaient pas leur enlever la culture anglo-saxonne, la langue anglaise qu'ils avaient apprise pendant près de 50 ans. Et c'est pour ça que finalement le Cameroun a adopté les deux langues.
23:59 Donc ils ne peuvent pas dire qu'Aïdieu les a dupés. Ils sont allés à Foumban en position de faiblesse. Ça, il faut le... le reconnaître, Aïdou était en position de force. Il venait d'avoir l'indépendance avec le concours des Français. Il venait de se faire élire président de la République. Donc, avec le soutien des Français, il avait le vent en pouvant. Les gens disent même que la Constitution qu'il a proposée, c'était une Constitution préparée par les Français. Bon, ça, il ne nous a pas laissé ce témoignage pour que nous puissions le dire avec certitude. Toujours est-il, professeur, qu'en 1961, nous sortons avec une constitution qui établit un État fédéral. Alors, comment se fait-il qu'en 1962, on arrive à faire sauter ce verrou en
24:48 allant plutôt vers un Cameroun unifié, alors que l'article 47 de la constitution de 1961, dans ses trois alinéas, encadrait fortement la possibilité d'un changement de forme de l'État. Elle s'y opposait même carrément. Vous savez, ça m'amuse toujours quand on parle de 72 en oubliant 66. Vous ne pouvez pas comprendre 72 sans comprendre 66. Et ce qui se passe en 66 a ses sources depuis 61. Parce qu'en 62, il a eu l'idée d'un parti unifié. Vous savez, le premier qui s'est aligné à cette idée, c'est Fonchia. Le KNDP, qui voulait prendre le leadership dans le
25:35 Cameroun occidental, et qui pensait donc en s'enliant avec Aïdjou, lui qui était vice-président, et premier ministre du Cameroun occidental, pensait donc avoir un leadership plus fort sur les autres. Mais les autres ont rechigné, chigné, épié. et non pas adhérer immédiatement, et c'est pourquoi ça a mis long. Et pour que les Camerounais d'expression française, les Camerounais orientaux, ne lèvent pas la tête, il doit faire sortir le livre de 1962, qui la subversion dans le pays. Vous savez que André Marimbida a été frappé, Bébé Hidi a été frappé, Okala Renégui a été frappé, Mahimati, ils ont été en prison au temps du
26:22 Cameroun occidental. Or c'est là que commence l'idée. C'est Haïti qui mène une démarche politique en les convaincant de le suivre. En 1966, Ils l'ont suivi. Ils ont accepté que l'on crée un parti unifié, l'Union nationale camounaise, dont la base était l'Union camounaise. Donc, si on parle de cette réalité, qu'il n'y avait plus de parti, il n'y avait plus de multipartisme, on comprend aisement qu'en 72, Aïdjo les a amenés par un référendum à adopter la République unie. Et vous pouvez être sûr que ceux qui sont allés battre campagne, au Cameroun occidental, pour qu'on ait la République unie,
27:10 mais c'est les Fonja, c'est les Mounou, c'est les Egbetabi, c'est les Zohi Kangaki, en fait, les ténors du Cameroun occidental. Donc, dire que c'est tombé comme ça, comme on le dit, il y en a même qui disent que le bulletin c'était yes ou oui, c'est de la mauvaise foi. C'est vrai que le ministre Abou Machoy a clarifié cette en disant effectivement que c'était de la fin de soirée, les bulletins étaient finis, certains, et puis bon, l'engouement avait fait en sorte que l'OUI soit massivement produite, mais que les deux bulletins avaient été normalement produits. Il y a même cet étudiant dont je vous parle qui a fait sa maîtrise sur le problème anglophone et le dit. que les anglofins haïssaient la République unie, mais l'ont
27:57 voté massivement. C'est un paradoxe. C'est un paradoxe qu'ils doivent apprendre à accepter. Même s'ils ne voulaient pas, ils ne voulaient la fédération. Mais ils ont voté contre la fédération. Il faut qu'ils acceptent, que chacun accepte sa part de responsabilité dans l'histoire. Vous ne pouvez pas poser un acte aujourd'hui. Et au moment où cet acte vous revient, vous commencez à dire « non, je ne l'ai pas posé ». Non, vous l'avez posé. Vous vous êtes peut-être trompé, mais vous l'avez posé. Acceptez déjà le fait de l'avoir posé et vous vous rendissez dans l'histoire.
28:44 Mesdames et Messieurs les auditeurs, nous venons d'achever la première partie de notre programme « Mémoire du Cameroun et de l'Afrique » et on a pu comprendre quelle est l'origine du problème anglophone avec toutes ces nuances, avec toutes ces contradictions. Cette première édition de « Mémoire du Cameroun et de l'Afrique » rentre en gare. Elle a été présentée avec le concours technique de André Sobfotting. Quant à moi, je suis Ferdinand Paul Enoca, votre humble serviteur. Rendez-vous la semaine prochaine pour un autre numéro.