0:00 Un clap pour le menteur de Corneille. Bonjour, je m'appelle Agath Medzadrige. Aujourd'hui, nous traitons d'une pièce de Pierre Corneille, le menteur, donc peut-être moins connu que le Sid, mais au titre très intrigant. L'intitulé de parcours pour les séries générales et technologiques est mensonge et comédie. En effet, il est question de quelqu'un qui m non pas une fois ou plusieurs fois, mais qui ment tout le temps. D'où ce titre où le mensonge devient en fait un type de personne ou de personnage. Il constitue l'être même de la personne comme on peut avoir le type du barbon dans les comédies souvent, c'est-à-dire un homme âgé avec une barbe qui veut épouser une jeune fille. Ici, le type exploré, c'est le type du menteur. Mensonge. Le fait de faire du mensonge un personnage, le menteur va donner matière à différents types de comiques. D'où c'est intitulé de parcours,
0:45 mensonge et comédie. Qui est donc ce menteur ? Et comment ment-il ? Il s'appelle Dorent. Alors, contrairement à Rodrig Ducide, Dorent n'est pas espagnol. Il est français, il est même parisien. Il entre en scène au jardin des Tuileries. Mais comme pour le Side, Corneille s'inspire d'une pièce, on peut dire espagnole. En fait, l'auteur est né au Mexique et mort en Espagne qui s'appelle la verdade sospetosa au l Meniroso. Cette pièce de théâtre dont s'inspire Corneille en fait a un sous-titre Elmen Tirossau. Et c'est là-dessus que Corney va focaliser toute son attention. Le problème philosophique, est-ce que la vérité est susposa suspecte l'intéresse finalement moins que de donner matière à une comédie légère, fondé sur un personnage très particulier, celui d'un menteur
1:30 compulsif. Dorent m. Il a même des mensonges très élaborés sur une prétendue guerre faite en Allemagne, sur un festin prétendument donné sur un navire ou sur un mariage contracté à Poitier. On va voir que bien évidemment une des sources de la comédie va être dans les mensonges de Dorante, mais pas seulement. Une des sources du comique repose en fait sur les péripéties elles-mêmes. Donc on va explorer tout d'abord la situation initiale, les péripéties qui sont engendrées et la situation finale. On dit exposition, nœud et dénouement au théâtre. Chez Corneille, donc Dorent, comme dans le modèle espagnol, euh sort tout fraîchement de l'université, l'université de Poitier et il souhaite rencontrer une femme et tomber amoureux d'elle, n'importe laquelle. Il rencontre
2:16 Claris en compagnie de son ami Lucress qui ne semble pas insensible à son récit d'une guerre passée en Allemagne. La présence d'Alsip, l'ami de Dorante, semble être un obstacle extérieur à la rencontre amoureuse, ce qui serait un motif assez classique de comédie. Mais en fait, l'obstacle va venir de l'intérieur de tous les mensonges de Dorante, des Kiproco qui sont engendrés par les mensonges de Dorante, mais également des mensonges de Claris qui elle-même voudra se venger de Dorent. Le premier problème, c'est que Dorent, très attiré par ClariS, qu'il demande son nom et que le cocher lui répond en donnant l'identité des deux jeunes femmes. Et pour dire laquelle est laquelle, il précise la plus belle des deux. C'est de là que Net la première équivoque, c'est que Dorent prend Lucress pour Claris et Claris pour Lucrress. C'est un bordel.
3:02 La première situation de comic, ça va être celle d'un kiproco bien évidemment, mais c'est aussi l'idée qu'on puisse dire objectivement laquelle des deux est la plus belle. Donc il y a aussi un comique plus fin hein qu'on va trouver dans toute la pièce des traits d'humour et d'esprit sur ce qu'est l'amour, ce qu'est la beauté et qui vont tourner de façon rle circulent généralement. Dès l'acte 2, il semble que tout a eu pour le mieux parce que le père de Dorente qui s'appelle Géront, donc étymologiquement le vieux hein, pas d'ambiguïté, Géront veut marier Dorente à une femme qu'il l'a rencontré dans la rue Claris. Et donc le spectateur se réjouit de cette coïncidence hein, que celle qui est plus adorante le matin même soit également celle que spontanément son père choisit en la rencontrant. Non mais hasard de dingue mais le problème c'est que Dorenth croit que Claris est Lucrest et que Lucress
3:48 est Claris et donc au proposition de son père il va opposer tout de suite un refus et un nouveau mensonge raconter très rapidement qu'il s'est marié à Poitier et que donc son cœur n'est pas libre. Claris bien évidemment va être vexée de se voir séduite par un homme déjà marié et elle va tout de même piquer lui donner un rendez-vous rendez-vous par Lucress et l'équiproco se multiplie selon l'identité des uns et des autres. On pourrait s'attendre comme dans le modèle la verdade Sosposa au El Mentir Rosso que Dorand soit obligé d'avouer publiquement qu'il s'est trompé et qu'il n'aime pas la femme qu'il croyait aimer. Corneille va rester sur un registre beaucoup plus léger et finalement le dénouement c'est que euh Lucrès plaît petit à petit à Dor et que finalement lui qui prenait Lucrès pour Claris et Claris pour Lucrès pourra
4:34 épouser Lucrè et Alsip l'amie de Dorante pourra épouser Claris. Donc tout est bien qui finit bien et le menteur n'est pas sévèrement puni. Alors on verra parce qu'il existe une suite, la suite du menteur que ce mariage euh prétendument heureux avec Lucress ne l'est pas tant que ça. Mais ça c'est une autre œuvre qui n'est pas au programme et qui fouillera la thématique du mensonge sous un angle un peu plus philosophique sous l'idée d'un mensonge qui peut être vertueux. Ça n'est pas le propos de notre pièce. La suite du menteur est pour quelques années plus tard. Ici dans le menteur, on a une comédie très légère qui va explorer le comique du kiproco, le comique du haut mensonge, mais aussi par le comique de quelques personnages clés hein qui vont donner des formes d'esprit, cpilistes ou encore des formes de réplique et de renvoie de la balle au bon adorante, ces
5:20 clitons. On trouve donc dans notre comédie différentes sources du comique. le comique dû à la situation et au kiproco multiple. Mais il y a un comique peut-être un peu plus fin et qui s'adresse peut-être plus spécifiquement au public de l'époque, à la noblesse qui vient se reconnaître en fait au théâtre au point qu'on a parfois parlé du théâtre de Corney comme d'un au point qu'on a parfois parlé du théâtre de Corneille comme un théâtre du reflet. Ici la noblesse, qu'est-ce qu'elle va pouvoir reconnaître ? Et bien ces jeux de séduction, ces mensonges des complimenteurs qui font que le jeu de la séduction repose sur des mensonges un peu consenti. On sait qu'on ment un petit peu, on sait qu'on s'aime à demi comme il est dit parfois dans la pièce, qu'on ne s'aime pas tout à fait et que la séduction est un jeu parfois léger et
6:05 qui implique certaines formes de mensonge. D'ailleurs, le projet de Dorenth est exactement exposé sous cet angle à Cliton, à l'acte 1, scène 1. Voici ce que dit Dorenth arrivé au jardin des Tuileries. Ne tfarouche point. Je ne cherche à vrai dire que quelques connaissances où l'on se plaise à rire, qu'on puisse visiter par divertissement où l'on puisse en douceur couler quelques moments. La séduction que recherche Durante hein, trouver une amante voir une femme doit, dit-il prêter à rire. Donc on voit que la comédie est intriquée dans ces jeux de séduction que la noblesse de l'époque connaissait tout à fait. On voit également dans la réplique de Dorenth à Cliton une sorte de réification de la femme, hein, quelques connaissances qu'on puisse visiter par divertissement. Réification, c'est quand une personne est considérée ré comme un objet. Et
6:52 dans les répliques de Clon, on a également le même phénomène, mais cette fois-ci sous la forme d'une animalisation très classique hein, avec une métaphore très classique de la chasse pour dire le jeu amoureux. Non, cette marchandise est de trop bonne à loi, dit Clon lorsqu'il voit apparaître Lucress et Claris. On est toujours dans la réification là. ces femmes sont trop élevées pour moi qui suis un valet. Puis on passe à l'animalisation. Ce n'est point là gibier à des gens comme moi. On voit ici que dans les répliques à la fois le comique en fait est cherché par les personnages. En tout cas, on souhaite rire en faisant ses rencontres. Mais il y a aussi un comique véritablement à destination du spectateur où cette ce décalage, cette trivialité pour dire les femmes, tantôt des marchandises, tantôt du gibier, bien évidemment faisait aussi déjà réagir en
7:38 1642. On pourrait peut-être aujourd'hui en 2025 trouver ces répliques presque misogynes. Clon dit d'ailleurs à l'acte 174, monsieur, quand une femme a le don de se taire, elle a des qualités au-dessus du vulgaire. C'est un effort du ciel qu'on peine à trouver. Sans un petit miracle, il ne peut l'achever et la nature souffre extrême violence lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence. Donc la femme serait bavarde, trop bavarde et la femme de qualité, ce serait celle qui serait silencieuse, qui peut se taire. Alors évidemment en 2025 cela fait beaucoup réagir. Il y avait un rire qui n'avait pas exactement les mêmes enjeux au 17e siècle mais qui était provoqué par cette peinture de la femme. Donc on voit ici qu'on rentre dans un système connu de la noblesse de l'époque où la séduction repose sur une
8:24 forme de jeu qui peut prêter à rire et qu'il y a d'abord avant cette séduction même une sorte d'art d'aimé. L'Ardémé d'Ovide est une référence ici. C'est une sorte d'Ardémé un peu dévoyé où Cliton et Dorante se renvoient un peu la balle pour produire un artimé un petit peu décalé, un peu trivial avec des répliques partiellement misogynes voire très misogynes en fait. Enfin, vous savez, je crois que vous êtes misogyne. Alors, ce comique de le du jeu de la séduction parmi les honnêtes gens a fait l'objet d'études fouillées d'une universitaire par exemple qui a son article en ligne. Elle s'appelle Françoise Poulet. Elle écrit : "Présenté comme un miroir du monde de la petite noblesse et de son langage, le théâtre de Corneille et notamment ses premières comédies apparaît comme une maison des
9:10 jeux où se déroule un certain nombre de divertissements dont les participants, hommes et femmes, apprennent à maîtriser les règles. L'espace scénique se donne ainsi comme un lieu où les personnages s'engagent en toute conscience le plus souvent dans des jeux de rôles et d'esprit qui recourent volontiers à la ruse et à l'artifice. Donc cette ruse, cet artifice en fait finalement notre menteur, c'est lui le plus menteur des menteurs mais il prend place dans une société qui joue lorsqu'elle se séduit, qui est habituée à ce compliment parfois en partie mensongée. Dorent le dit à l'acte 1 scène 6, il doit faire sa cour dit-il. Et Claris d'ailleurs avait dit très clairement à l'acte scène 3 qu'elle était ravie de se voir cajoler. Donc findre l'amour, l'accepter tout en sachant qu'il est sans doute un peu fin,
9:55 c'est un jeu de sociabilité et d'esprit. auquel la société des honnêtes gens est habituée. Alors évidemment si l'échange ne se poursuivait que sur ce mode de Dorante qui joue à l'amant transit face à une cruelle et de la femme cruelle qui se voit flatter et cajolée comme elle le dit, ce serait bien ennuyeux. Ce qui va apporter bien évidemment encore plus de comiques, ce sont les mensonges de Dorant. Et le mensonge le plus célèbre, c'est bien évidemment celui qui consiste à dire qu'il est inconnu des femmes de la société parisienne car il revient de 4 ans de guerre en Allemagne. Ici ne s'arrête pas dans le menteur la pratique très finalement habituelle du compliment mensonger. Claris elle-même va faire rédiger à l'UCress un faux billet pour
10:40 Dorent et elle-même rentrer aussi dans une stratégie de mensonge. Ce qui est intéressant, c'est que quand Dorenth confie à son tour billet à Sabine pour sa maîtresse, celle-ci à l'acte 4 scè 7 dit que sa maîtresse l'aime à demi. Il y a donc vraiment de façon très acceptée dans cette sociétélà ce jeu de l'amour, pas encore de l'amour et du hasard, mais on voit déjà des petites choses qui se retrouveront chez Marivot bien plus tard. Ce jeu de la séduction où le mensonge est en partie accepté. Mais là où Dorenth se distingue, c'est que ces mensonges vont devenir presque comme des fictions, des narrations, des romans à l'intérieur de la pièce et surtout qu'il en produit beaucoup et qu'il trompe tellement tout le monde qu'il est finalement trompé lui-même au bout d'un moment puisque même lorsqu'il dit la vérité et qu'il se rend compte qu'il
11:26 aimait Claris et non pas Lucress, il ne peut plus le dire, il est trop tard. Le rire est aussi lié à un certain type de personnage. Alors, ce qui est intéressant, c'est que euh Corneille refuse une approche aristotélicienne où euh la comédie serait euh finalement liée juste au blâ et à des personnages qu'on peut dire bas. C'est une approche très binaire avec aussi la doctrine héritée d'OAS, castigate ridendo Mores, c'est-à-dire on châtie en se moquant des meurs. Tout ça, on va le retrouver plutôt chez Molière. C'est-à-dire que chez Molière, on va trouver le personnage du Valet, très faresque qui se joue de son maître avec des jeux de domination sociale entre le maître et le valet qui lui joue des tours et finalement des types ridicules combl
12:13 dont on se moque hein, le faux dévut, le faux médecin pour châtier les meurs. En fait, toute cette approche-là qui provient de l'Antiquité, d'OAS, d'Aristote, Corneille la refuse explicitement dans certains textes, hein, dans des épitres, des textes qui précèdent ces pièces de théâtre. Lui, il va plutôt fonder euh son comique non pas sur des personnages en tant que tel, le Valet Fourbe qui se moque de son maître qui est supérieur à lui socialement, mais plutôt sur des interactions. On a par exemple l'interaction entre Dorent et Clon qui n'a pas vraiment de supériorité sociale véhiculée, mais qui est plutôt une sorte de duo qui se renvoie la balle. Et on a aussi un certains personnages qui ont particulièrement de l'esprit. C'est le cas de Philist hein, qui a véritablement certaines répliques très piquantes, très
12:58 fines, mais qui ne va pas non plus incarner un type qu'il va falloir ridiculiser pour blâmer les personnages dont on peut étudier le comique en ayant bien balisé le fait que Corneille était spécifique he qui refusait une approche binaire euh du blâme et de du ridicule des personnages pour blâmer, c'est d'abord le duo d'Aurent Clon. Il serait erroné de voir Cliton simplement comme le valet qui porte le bon sens, c'est-à-dire qui vient faire remarquer adorent qu'il m C'est ce qu'il fait bien évidemment, mais euh il entre vraiment en dialogue avec Dorenth pour apporter une forme de légèreté dans la pièce. Après la série de mensonges de Dorent et notamment cette guerre extravagante en Allemagne pour séduire Claris, Cliton reprendent. Votre ordinaire est-il de rêver en parlant d'Aurent ? Où me
13:44 vois-tu rêver ? Cliton, j'appelle rêverie. Ce quand d'autre qu'un maître, on nomme menterie. Je parle avec respect. On voit ici qu'il y a quand même un sourire lié à la position de maître et de valet. C'estàdire, je ne vous dis pas que vous mentez, sinon je vais vous manquer de respect. Donc je vous dis que vous avez des rêveries. Si vous n'étiez pas mon maître, je dirais que vous mentez. Cela ne va pas du tout déclencher une scène type de Molière où on aurait le valet châtier, les coups de bâton, pas du tout. Donc on voit qu'il y a une forme de complicité entre les deux où à la fois Cliton garde cette fonction qui a souvent le valet de faire remarquer ce que fait le maître mais sans qu'il y ait ce lien de subordination, de châtiment, de blâme donc d'un ton léger mais qui soulligne quand même l'action de Dorante et ses mensonges. De manière aussi légère, c'est-à-dire sans enfermer les personnages dans un type qu'on blâme ou
14:31 qu'on ridiculise. On a le personnage de Philist qui lui est un personnage assez secondaire qui est un ami de Dorent et d'Alsip mais qui se caractérise par un esprit très fin. et qui donc va permettre de transmettre au public, aux spectateurs des répliques très fines qui résument assez simplement, assez finement certains enjeux de la pièce. Àsip, Philist déclare acte 3 scè 2 dorante à ce que je présume est vaillant par nature et menteur par coutume. On voit que cette réplique pleine d'ironie résume à elle seule tout l'enjeu de la pièce avec évidemment une cisure dans l'Alexandra entre nature et coutume qui oppose vaillant le courage au menteur le menteur par habitude Kédorante donc un très plein d'esprit qui par son aspect de pointe c'est-à-dire une formule
15:17 courte qui résume avec piquant ce dont il est question va faire rire évidemment les spectateurs. Donc Philis n'a pas de longs monologue. Il va pas avoir des longs monologues comiques, mais il se distingue par des remarques fines avec beaucoup d'ironie et d'esprit qui participe à la satire générale du mensonge et donc au comique partouche. Sa complicité avec Alsip participe à cette tonalité voulue particulièrement légère par Corneille et une sorte d'atmosphère enjouée de la pièce. Parce qu'il est très important de voir que Corney là se distingue de son modèle espagnol en ce qu'il veut une moquerie légère sans châtiment. En effet, Corney avait déclaré que le dénouement de la verdade sospechosa Oel Mentir Rosso était très dur. C'est vrai que dans cette pièce espagnole qui est le modèle
16:03 du menteur, on avait très souvent des sermons du père de Garcia, le héros qui venait blâmer les mensonges du fils et qui analysait le comportement de son fils. La fin était particulièrement sombre et particulièrement dure pour Garcia. Ici, pas du tout. Corneille en fait évite adorante d'être démasquée. Alors ces mensonges sont démasqués hein et notamment par un personnage qui revient de Poitier et qui voit bien que que le mariage est un mensonge. Il n'y a pas non plus une honte où Dorente devrait avouer qu'il s'est trompé de femme à aimer et Dorenth épouse quand même Lucress lorsque Claris épouse Alsip. Donc, on a une moquerie qui souhaite rester légère et ne pas châtier
16:49 le menteur en question parce que cela permet en fait de focaliser l'attention sur les récits de Dorent. On va passer dans ce qu'on peut appeler un rire d'émerveillement, c'est-à-dire que Dorent, lui, entre en scène dans ce qu'il appelle un pays de roman. lui-même s'émerveille par son attitude dans Paris mais aussi par ses propres mensonges. Il entre de la comédie dans une forme de semiconscience, c'est-à-dire qu'on va basculer dans un art où la parole de façon très gai et très enjouée peut nous amener à rêver. D'ailleurs, Marc Scola dans la préface de l'édition GF du menteur de Corneille de 2024 écrit "Le menteur invente bien plus qu'il ne ment. Ces fables ont quelque chose de flamboyant et d'héroïque. Donc le
17:35 mensonge n'est pas là pour être châtier, blâé comme dans le modèle espagnol. On va avoir des mensonges qui font basculer, alors on pourrait dire dans une forme d'illusion comique si on voulait reprendre un autre titre de Corneille dans cet état semi-rêvé, semi-conscient où il y a quand même une forme de plaisir à dire ces mensonges et à les entendre. D'ailleurs, à l'acte 5 scène 1, Philiste dit la chose suivante à l'égard de Dorant. Il a le talent de bien imaginer. C'est-à-dire que par son langage, Dorand produit des images bien imaginées. Donc le mensonge n'est pas vu comme simplement un défaut qu'il faut absolument condamner. C'est un don, un don de produire des images. Il a le talent de bien imaginer. Les moments d'imagination de Dorante sont parfois
18:22 extrêmement farfelus. C'est-à-dire qu'on va jusqu'à la magie, l'alchimie. C'est de la magie. Voilà. Pour expliquer la résurrection d'Alcipe qui est censé être mort en duel, voici ce que dit Dorent. Le héros dit que ses connaissances en hébreu sont censé lui donner accès au secret merveilleux, dit-il, d'un grimoir dont une recette permittant de fabriquer de la poudre pourrait ressusciter les morts. Et sa dernière réplique en réponse à Sabine est aussi de ce type- làà c'est-à-dire qu'il se prend à l'idée d'être un magicien. C'est à l'acte 57. "Je changerai pour toi cette pluie en rivière", dit-il. à l'acte 5 scène 7. Même dans le quotidien, il a une tendance à percevoir les gestes qui entourent comme relevant du merveilleux. Un merveilleux qui peut être romanesque ou mythologique. On l'a déjà dit, Paris
19:07 lui apparaît comme un pays de roman. Et l'île Saint-Louis qu'il découvre à son retour de Poitier est une île enchantée. Il aime voir dans les édifices de Paris le résultat de l'œuvre d'Amphion, le musicien qui aurait construit Tebant de la lire ou de la flû. Dès le départ, quand il arrive dans la pièce, il dit qu'il a troqué son habit d'écoler. Il était à l'université de Poitier contre une tenue de cavalier. Et en fait, c'est comme si mettre l'habit de cavalier pour Dorand, c'était entré dans ce pays semi-rêvé, semi menti qui permet le plaisir des images et de l'imagination. Et là, on retrouve quelque chose de typiquement cornélien qu'on avait déjà dans l'illusion comique. C'est comme si Dorent en fait nous faisait plonger avec lui dans l'illusion théâtrale. Et donc non
19:53 seulement il apporte ce comique, ce rire de l'émerveillement aux spectateurs, mais lui-même s'émerveille à l'acte de scène 8. Et j'ai déjà querelle, amour et mariage, dit-il. On voit dans ce vers déjà que la réalité et la fiction se confondent parce qu'il a certes amour et querelle mais il n'a pas encore mariage. Réalité ou illusion mais aussi qu'il se voit lui-même presque comme un personnage de roman, qu'il s'émerveille lui-même. D'ailleurs, il y a un substantif, vous pouvez dire un nom commun si vous voulez. Substantif, ça fait juste un peu plus chic qui revient sans cesse dans la pièce. C'est le mot compte et le verbe compter. Dorant est un compteur en divers genres. Il compte une guerre en Allemagne, il compte un mariage à Poitier et il compte, c'est un moment là aussi qui produit de la merveille, du merveilleux, infestin
20:40 qu'il aurait donné sur l'eau. Ce mensonge présente d'indéniables qualités esthétiques au-delà du fait d'être un mensonge et d'ailleurs Alsip qu'il écoute les remarques. Alors, qu'est-ce que ce festin sur l'eau ? Ça peut être un des mensonges qu'on va lire. Dorante, comme à mes chers amis, je vous veux tout compter. J'avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster. Les quatre contenaient quatre cœurs de musique capable de charmer plus mélancolique. Au premier violon, en l'autre lutte et voix. Des flutes au troisème, au dernier des haois qui tour à tour dans l'air poussait des harmonies dont on pouvait nommer les douceurs infinies. Le cinquiè était grand, tapissait tout exprès, de rameaux enlacés pour conserver le frais, dont chaque extrémité portait un doux mélange de bouquet de jasmin, de grenades et d'oranges. Je fis de ce
21:27 bateau la salle du festin. Là, je menais l'objet qui fait seul mon destin. De cinq autres beautés, la sienne fut suivie et la colationillon fut aussitôt servie. Je ne vous dirai point les différents après, le nom de chaque plat, le rang de chaque mai. Vous saurez seulement qu'en ce lieu de délice, on servit douze plats et confit six services. Cependant que les eaux, les rochers et les airs répondaient aux accents de nos quatre concerts. Après qu'on eû mangé 1000 et 1000 fusées s'élançant vers les cieux ou droites ou croisé firent un nouveau jour, tout doux, tant de serpentaux d'un déluge de flammes attaquèrent les eaux, qu'on crut que pour leur faire une pleurue de guerre, tout l'élément du feu tombait du ciel en terre. Après ce passetemps, on dansa jusqu'au jour dont le soleil jaloux avança le retour. S'il lui prit notre avis, sa lumière importune n'eut
22:12 pas troublé sitôt ma petite fortune, mais n'étant pas d'humeur à suivre nos désirs, il sépara la troupe et finit nos plaisirs. Donc finalement ici, Dorent a quelque chose de très contemporain. Vous savez, c'est l'ami qui arrive et qui dit "C'est pas ce que j'ai fait hier soir qui raconte une fête totalement hyperbolique, totalement incroyable où on aurait peut-être vu une célébrité ou que sais-je encore. Ici, il n'est pas question de célébrité. L'hyperbole se loge dans les moyens qu'il aurait déployé sur cinq bateaux différents pour produire une musique, un feu d'artifice. Et en fait à la fois, on pourrait dire qu'il y a quelque chose de résible dans l'attitude de Dorante, mais il y a un plaisir à aller en penser avec lui dans cette imagination d'un festin sur l'eau. Et donc finalement, Dorent rêve sa participation à un festin aquatique comme il a rêvé sa participation à la
22:59 guerre d'Allemagne. Mais il transporte son auditeur avec ses cinq sens par les effets d'harmonie, de rythme, de sonorité et il produit en fait une sorte de voyage sensoriel pour ceux qui l'écoutent. Et bien évidemment, autre source de comique pour le public de l'époque, l'expression est déjà attestée depuis le Moyen-Âge, menée en bateau pour entraîner quelqu'un euh dans une réalité fausse. Et bien là, il est bien évidemment drôle de voir l'expression mené en bateau remotiver puisque Dorent explique qu'il aurait mené en bateau une dame et d'autres personnes. Donc finalement, on pourrait dire que le mensonge va acquérir en fait une dimension plus esthétique. Pas question de condamner moralement le mensonge. On
23:44 va plutôt donner au mensonge par le biais de son menteur Dorante en fait sa qualité d'imagination, d'illusion, d'émerveillement et personne n'est dupe. Tout le monde saura que dorentement. Donc il ne s'agit pas de dire "Nous pouvons mentir aux uns et aux autres". Il ne s'agit pas de célébrer le mensonge, il s'agit de démasquer Dorente, mais de quand même donner au public tous ces instants savoureux où le mensonge, c'est aussi une façon de rêver sa vie et de donner ce rêve aux autres. Et finalement, c'est là que le théâtre en fait va se convertir parfois en roman. C'est-à-dire que il le dit, il entre dans un pays de roman. Dans les répliques, dans les mensonges qu'on sentis entre les personnages, on a parfois des moments qui ressemblent véritablement à des romans du siècle.
24:30 Par exemple, les premières répliques entre Dor et Claris semblent tout droit sorti de romans précieux tels que l'astré d'honoré durfé. Lorsque Dorenth, après la brouille de la veille lorsqu'il a inventé ce mariage à Poitier, se poste près de la fenêtre de Claris qu'il croit encore être Lucress, il déclare "J'en puis voir sa fenêtre et de sa chère idée, mon âme à cet aspect sera mieux possédée." En fait là, c'est véritablement une réplique qui pourrait être dite par un berger type Séladon dans l'astré d'honoré d'urfé. C'est-à-dire qu'il se plaît à ce jeu du mensonge au point de vivre sa vie comme un roman. Donc infin le mensonge est là aussi comme un outil esthétique qui permet de rêver sa vie, de romancer sa
25:15 vie. Et c'est ce plaisir que Corneille offre le temps d'une représentation où toutefois le menteur est démasqué mais de façon tout à fait légère, c'est-à-dire qu'on peut goûter le plaisir du mensonge le temps de la représentation et de façon légère bien évidemment remarquer qu'il n'est pas question de vivre ainsi dans la vie réelle. Donc bonne étude du menteur avec votre professeur puisque cette vidéo n'est pas faite pour remplacer son cours mais simplement pour dialoguer avec son cours. et bon repérage de tous ces comiques, toutes ces formes qui alimentent la comédie différente permis par le mensonge, l'équiproco, les esprits fins, les répliques fines de philis ou encore la façon dont le mensonge permet de basculer dans une forme d'émerveillement et infiné de
26:02 [Musique] roman. Ah.