Tchétchénie : La traque des derniers opposants de Kadyrov

Bref Résumé

Ce documentaire explore la Tchétchénie sous le règne de Ramzan Kadyrov, un allié de Vladimir Poutine, révélant un régime autoritaire où le luxe et la répression coexistent. Il met en lumière la corruption, le culte de la personnalité, et les atteintes aux droits de l'homme, tout en montrant les efforts de Kadyrov pour polir l'image de la Tchétchénie à travers des projets grandioses et une mise en scène de la piété religieuse.

  • Le clan Kadyrov sème la terreur et s'enrichit grâce à la corruption et au détournement de fonds.
  • Kadyrov tente de projeter une image de modernité et de piété, contrastant avec la réalité d'une dictature.
  • La population vit dans la peur, tandis que les opposants sont réprimés et torturés.

Mariage Tchétchène : Traditions et Ostentation

Le reportage s'ouvre sur un mariage tchétchène somptueux, illustrant le contraste entre les traditions et l'ostentation du pouvoir. Le marié, lié au pouvoir, arrive dans un cortège de luxe, mais doit respecter la coutume de ne pas voir sa future épouse avant la cérémonie. La mariée, elle, doit rester discrète et modeste pendant les festivités. L'alcool est banni officiellement, mais consommé en secret par les proches du marié, qui arbore une arme, symbole de puissance et de tradition.

La Tchétchénie : Un Pays Sous Contrôle

La Tchétchénie, une petite république de la Fédération de Russie, est dirigée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov, un homme controversé accusé de crimes et de tortures. Kadyrov s'entoure d'un clan aux méthodes expéditives et affiche un train de vie luxueux, se montrant aux côtés de stars internationales lors d'événements médiatisés. Malgré les accusations de détournement de fonds, Moscou ferme les yeux, car Kadyrov a stabilisé le pays après les guerres d'indépendance. Il a mis en place des milices et éliminé les opposants, régnant en maître absolu et partageant les richesses avec ses proches.

Grozny City : Vitrine de la Tchétchénie Moderne

L'enquête commence à Grozny City, un symbole de la reconstruction du pays après la guerre, inspiré de Dubaï. Kadyrov cherche à attirer les touristes en présentant une image idyllique de la Tchétchénie, loin des conflits passés. Il utilise les réseaux sociaux pour diffuser une image positive de lui-même, mais sa sécurité empêche les journalistes de filmer certains aspects de sa vie, comme son cortège de voitures de luxe. Le gouvernement organise des visites officielles pour montrer les réalisations de Kadyrov, tout en dissimulant les problèmes persistants et la présence de rebelles.

Veduchi : Un Projet Touristique Ambitieux

Accompagnés par un agent du FSB, les journalistes visitent la future station de ski de Veduchi, un projet pharaonique destiné à attirer des centaines de milliers de touristes. Malgré l'insécurité persistante dans la région, les autorités affirment que la Tchétchénie est un endroit sûr. Le projet, estimé à 3 milliards de dollars, vise à transformer la Tchétchénie en une destination touristique de premier plan, malgré le faible nombre de skieurs dans le pays. Peu après la visite, une attaque rebelle met en évidence la fragilité de la situation sécuritaire.

Mosquées et Propagande Religieuse

Pour contrer l'influence des radicaux islamistes, Kadyrov fait construire des dizaines de mosquées somptueuses, financées par sa fondation opaque. Son cousin, le ministre du Tourisme, est chargé de superviser ces constructions, mais se montre incapable de fournir des informations précises sur les coûts et les budgets. Kadyrov se met en scène lors d'événements religieux, diffusés sur les réseaux sociaux et à la télévision, pour renforcer son image de musulman modèle.

Réalité et Illusion à Grozny

De retour à Grozny, les journalistes constatent que de nombreux appartements de Grozny City sont vides, remettant en question l'efficacité des investissements. Kadyrov contrôle étroitement son image et ordonne la suppression d'images compromettantes. Il organise une cérémonie religieuse pour projeter une image de modestie et de piété. Cependant, la réalité est différente, avec des quartiers fantômes et des détournements de fonds massifs.

La Vie Difficile de la Population

Un Tchétchène témoigne anonymement de la pauvreté et de la peur qui règnent dans le pays, contrastant avec le luxe ostentatoire du clan Kadyrov. Il dénonce les résidences luxueuses des membres du gouvernement et les détournements de fonds. Des ouvriers ont pu photographier en secret la résidence de Kadyrov, révélant un luxe extravagant. La population est fatiguée de ces abus de pouvoir, mais craint de s'exprimer ouvertement.

Rencontre avec Ramzan Kadyrov

Après des mois de négociations, les journalistes rencontrent Ramzan Kadyrov dans sa propriété. Ils sont autorisés à filmer uniquement l'interview, mais peuvent observer le luxe de sa résidence. Kadyrov les reçoit dans une reconstitution de fermes traditionnelles, cherchant à projeter une image de simplicité et de proximité avec le peuple. Il montre son zoo privé et ses jouets, se présentant comme un homme simple et proche de la nature.

La Fondation Kadyrov : Source de Richesse Mystérieuse

Kadyrov affirme que sa fondation se finance grâce à Allah et à ses propres entreprises, niant les accusations de racket. Il se présente comme un homme de paix, soucieux du bien-être de son peuple. Les journalistes visitent le siège de la fondation et quelques-unes de ses entreprises, constatant qu'elles ne génèrent pas les revenus nécessaires pour financer les projets grandioses de Kadyrov.

Témoignages de la Population et Répression

Une femme témoigne des difficultés de la population, des dommages de guerre non indemnisés et des prélèvements forcés pour la fondation Kadyrov. Elle dénonce la corruption et la peur qui règnent dans le pays. Le Comité contre la Torture recense les cas d'enlèvement et de torture commis par des proches de Kadyrov. Un ancien policier témoigne de sa propre torture, ordonnée par un chef des forces spéciales proche du président.

Sports de Combat et Culte de la Violence

Kadyrov investit massivement dans les sports de combat, notamment le Free Fight, un sport ultra-violent interdit en France. Il organise des tournois et récompense généreusement les participants, dont certains font partie de sa garde rapprochée. Kadyrov voue également un culte aux combats de chiens, bien qu'ils soient interdits en Russie. Il tolère les combats clandestins, où les vainqueurs peuvent gagner des voitures ou de l'argent.

Lutte Contre l'Alcool et Contrôle Social

Kadyrov tente d'interdire l'alcool, créant un marché parallèle florissant. Les Jeunesses kadyroviennes, un groupe de choc, sont chargées de piéger les commerçants qui vendent de l'alcool illégalement. Kadyrov encourage également les femmes à adopter un code vestimentaire islamique, en portant le hijab et des jupes longues. Sa femme possède une boutique de mode islamique, promouvant ce style vestimentaire.

Écoles Coraniques et Endoctrinement

Kadyrov crée des écoles coraniques dans tout le pays, où les enfants apprennent par cœur les versets du Coran. Ces écoles sont financées par sa fondation et offrent un enseignement gratuit et luxueux. Kadyrov visite régulièrement ces écoles, cherchant à endoctriner les jeunes et à s'assurer de leur fidélité.

Oppression et Résistance

Le clan Kadyrov exerce une pression permanente sur ses opposants, qui sont souvent enlevés et torturés. Une chanteuse de rock, Amina, est l'une des rares personnes à oser exprimer une certaine forme de liberté. Elle donne un concert dans un club de Grozny, espérant que la Tchétchénie devienne un jour un pays plus libre.

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0:01 La Tchétchénie, une petite République de la Fédération de Russie, aujourd'hui aux mains d'un seul homme, Le président Ramzan Kadyrov, un proche de Vladimir Poutine. Son clan, devenu richissime, sème la terreur dans tout le pays. Ses membres les plus importants s'affichent au volant de voitures de luxe, portant les initiales du président. KPA pour Kadyrov, Ramzan, Armedovitch. Un passe-droit signe de toute puissance, qui autorise d'ailleurs à porter une arme. Nous sommes au mariage de Saïd, un jeune chirurgien qui a des amis tout proches du pouvoir. Son cortège doit impressionner les badauds et il emprunte les artères les plus précigieuses de la ville.

0:52 Une démonstration de force avant d'aller chercher la mariée. Sauf qu'en Tchétchénie... Le marié ne doit jamais être en contact avec sa future femme. Pendant les trois jours que va durer la cérémonie. Alors, Saïd se cache discrètement à l'arrière d'une voiture. On n'a pas le droit de se voir avant le mariage. On a juste le droit d'avoir quelques rendez-vous avant. Je ne gèle pas les règles. Personne ne va me remarquer ici dans la voiture. Sinon, je risque la mort. C'est son frère qui est chargé d'aller chercher la mariée pour l'enlever à sa famille. Car malgré la foule qui se presse dans la chambre, les proches de la future épouse ne seront pas invités à la fête.

1:37 Pour pouvoir l'emmener, le frère de Saïd doit donner une petite somme d'argent, 500 dollars américains. Et ses valises sont emportées par les amis de Saïd. Pour ses noces, la mariée n'a le droit d'être accompagnée que de deux personnes de son choix. Pas une de plus, c'est aussi la coutume. Le cortège se dirige maintenant vers la salle de réception. À leur arrivée, les amis du marié, proches du clan du président, affichent leur puissance.

2:25 Saïd, toujours caché dans la voiture, gâte discrètement l'arrivée de sa future femme. A l'entrée de la mariée, les 300 invités de Saïd enchaînent les danses traditionnelles tchétchènes. Hommes et femmes n'ont pas le droit de se toucher. Selon la tradition, la mariée doit rester en marge de la fête, baisser la tête et surtout, ne pas sourire. Avez-vous le droit de vous amuser, de danser ? Non, non, je ne peux pas. Je dois rester modeste. Selon nos traditions,

3:11 la fille n'a pas le droit de parler. Sur les tables, il n'y a aucune boisson alcoolisée. Le président Ramzan Kadyrov fait la guerre à l'alcool. Mais le groupe de Saïd s'en est procuré clandestinement. En Tchétchénie, le marié et ses amis font la fête à l'écart, à l'abri des regards, Et l'alcool est caché sous la table. Saïd, le chirurgien, a troqué son costume pour une veste en cuir et une arme. Il porte à la ceinture. Pourquoi vous portez une arme ? C'est dangereux ici ? Non, ce n'est pas dangereux.

3:58 C'est juste une coutume en Tchétchénie. Ici, c'est moins risqué qu'en France. La Tchétchénie est un pays machiste, dirigé par une mafia ultra-puissante et redoutée, qui sait partager toutes les richesses, souvent dans le sang. La Tchétchénie, une petite République de la Fédération de Russie, située dans le Caucase, à 1500 km au sud de Moscou. Un pays grand, comme trois départements français, qui a pour capitale Grosny. A sa tête depuis dix ans, un personnage controversé, accusé par ses opposants de crimes et de tortures, Ramzan Kadyrov. Ce jeune dictateur de 37 ans dirige son pays d'une main de fer.

4:47 Autour de lui, son clan, des hommes aux méthodes expéditives. Ils m'ont frappé avec des canons de fusil. Amateur de luxe et de fête, Kadirov aime se montrer aux côtés des stars de la planète. Lors de grands shows ultra-médiatisés dignes d'un empereur. Gérard Depardieu, Jean-Claude Van Damme, Vanessa Mahé, Sill ou encore Hilary Swank ont déjà fait le déplacement. Merci beaucoup de m'avoir invitée dans votre si jolie ville. Le jeune dictateur a un train de vie de milliardaire et des projets pharaoniques. Si Moscou ferme les yeux... C'est que cet ancien guerrier a stabilisé le pays en peu de temps.

5:33 La Tchétchénie a été ravagée par deux guerres d'indépendance, extrêmement violentes, qui ont duré plus de 10 ans. Résultat, 160 000 morts et une poussée islamiste. En 2004, le président est assassiné. Pour remettre de l'ordre dans le pays, son fils, Ramzan Kadirov, 28 ans, est choisi par Vladimir Poutine. Le Kremlin lui donne aussitôt carte blanche. Il crée des milices, exécute tous les opposants politiques et religieux, fondamentalistes. En 2006, il devient président. Depuis, Ranzan Kadirov règne en maître absolu et ses proches se partagent toutes les richesses de la Tchétchénie. Sa famille occupe les postes clés. Ah, pas, moi, je lui ressemble, non

6:18 Ses amis sont récompensés. Il m'a offert un appartement. Sa fortune, Kadirov l'a construite par la méthode forte. Ses hommes de main raquettent. Et lui détournerait aussi une partie de l'argent envoyé par Moscou. Des milliards, normalement destinés à son peuple, atterrissent sur les comptes d'une fondation opaque. Nous avons pu l'infiltrer. Oui, on ne donne pas les chiffres. Avec cette fondation, Kadirov sauve tout ce qu'il veut. Une compagnie aérienne, des voitures de sport, des gratte-ciels, et même une équipe de foot. Mais aujourd'hui, Ramzan Kadirov veut effacer son passé sulfureux. Pour se racheter une image, il s'est métamorphosé en musulman. modèle.

7:07 Il contrôle sa communication. Ne filmez que l'interview. Vous allez découvrir ce que le président a voulu que nous filmions, mais surtout tout ce qu'il était interdit de montrer. Voici donc les coulisses d'une des dictatures les plus sévères au monde, le vrai visage d'un homme sanguin, violent, qui fait des caprices d'enfant. Notre enquête sur la tchétchénie du président Ramzan Kadyrov commence au centre de la capitale, Grozny City, Le symbole du pays reconstruit après la guerre. C'est une réplique d'un quartier de Dubaï, apprécié par le jeune dictateur. Dans le hall du seul hôtel de luxe du pays,

7:55 le gouvernement organise son premier salon du tourisme. Le tourisme, nouvelle manne financière. C'est la dernière lubie de Kadirov, faire de la Tchétchénie une destination de rêve. Vêtu d'une chemise à carreaux et d'un petit gilet de fourrure, le président s'apprête à parler à la presse. Quelques artisans locaux en profitent pour exposer des broderies, à la gloire du chef de l'État. Je peux prendre une photo avec vous ? Bien sûr, pas de problème. À l'image d'une rockstar, ses fans se comptent par centaines de milliers dans toute la Fédération de Russie. Merci, beaucoup. C'est à la mode aujourd'hui, sur Instagram.

8:40 Les réseaux sociaux. Depuis quelques années, Kadirov y poste des centaines de photos et vidéos, le mettant en scène. Il veut ainsi gommer son image sulfureuse avec des clips de propagande dignes de la grande époque soviétique. Chevauchant à travers les plaines, jouant avec des aigles ou encore explorant les lacs de montagne, un aventurier qui se confond ainsi à la nature sauvage. Kadirov veut vendre aujourd'hui au monde l'image d'une tchétchénie réconciliée, loin de la guerre, où il fait bon vivre, Un pays idéal pour y passer des vacances. Est-ce que c'est dangereux ? Les touristes de Chine, du Japon, de la Corée, de l'Amérique, viennent chez nous. Je l'ai déjà dit et je le répète, La République tchétchène est l'endroit le plus sûr de toute la communauté internationale.

9:33 C'est quoi la suite du programme Pour arriver à ses fins, le dictateur tchétchène a mis sur pied une véritable entreprise de communication qui contrôle tout. A sa sortie, d'ailleurs, sa sécurité nous interdit de filmer son départ et celui de ses proches. Un défilé de voitures de luxe à plus de 100 000 euros chacune. Un faste indécent dans un pays qui totaliserait plus de 70% de chômeurs. Kadirov est prêt à tout pour attirer les vacanciers. Il veut montrer son pays sous son meilleur jour. Et il donne des instructions nous concernant. Le lendemain, le bras droit du ministre du Tourisme nous donne rendez-vous pour une petite visite officielle.

10:22 Il va nous présenter la dernière folie du dictateur dans les montagnes du Caucase. La région dans laquelle nous nous rendons a été pendant des années une zone de combat. Aujourd'hui encore, c'est le repère des derniers rebelles fondamentalistes. Mais Youssouf ne souhaite pas que nous en parlions. Il n'y a plus de problème dans cette région. Il n'y a plus de rebelles. Il n'y a plus de raison de se battre en Tchétchénie. Maintenant, c'est la paix, le pays, se développe. On se sent vraiment en liberté ici. Comme vous le voyez, vous pouvez vous déplacer dans toute la Tchétchénie, en toute sécurité.

11:10 Première surprise, pour ce petit voyage, Nous sommes accompagnés par Dimitri. Nous apprendrons plus tard que c'est un agent du FSB, les services secrets russes. Son rôle, Surveiller nos faits et gestes. Autre surprise, La zone est soi-disant sûre. Pourtant, Nous sommes accueillis sur place par un groupe de soldats tchétchènes, plutôt bien armés. Ils seront nos anges. gardiens. Bonjour. Il y a d'autres personnes avec vous Oui, une autre voiture. Ok, vous devez nous suivre. Ok, d'accord. On va vous demander de ne pas filmer les militaires. Il ne faut pas qu'on ait l'air d'être en état de guerre.

12:00 Yusup applique à la lettre les ordres du président, changer l'image guerrière de la Tchétchénie. Même si le long de la route, les campements militaires sont toujours présents. Premier arrêt, en pleine nature. On va s'arrêter ici et continuer un peu à pied. Mais avant de démarrer, le show publicitaire, Yusup nous rabâche les consignes. S'il vous plaît, Ne montrez pas les mecs de la sécurité. Nous sommes fiers d'avoir une si jolie terre. Regardez cette belle fleur. Et cette cascade. Magnifique.

12:48 L'eau est excellente, vous pouvez la boire. Là, C'est une incroyable chute d'eau qui vient directement du cœur de la montagne. Mais Youssef ne nous a pas emmenés ici seulement pour le spectacle. Ce que Kadirov veut que nous filmions se trouve plus loin. Un site prévu pour attirer des centaines de milliers de touristes sur le haut de ces montagnes. Voici la montagne Veducci et la station de ski sera construite sur cette montagne. Située à 2850 mètres d'altitude,

13:37 la future station comprendra plusieurs hôtels 5 étoiles, mais aussi des chalets, des appartements pour accueillir des milliers de skieurs dans un pays où le nombre de pratiquants est proche de zéro. Cette station de ski ultramoderne, un caprice du dictateur, doit être construite en moins de deux ans. Si nous avons reconstruit la Tchétchénie en dix ans, c'est normal de construire la station de ski en deux ans. C'est possible, grâce à notre président. Pour exaucer son vœu, Kadirov n'a aucune limite, Et les chiffres font tourner la tête. Ça va coûter 50 milliards de roubles, soit 3 milliards de dollars.

14:25 L'objectif, à terme pour la Tchétchénie, accueillir 500 000 touristes dès 2016, alors qu'ils ne sont qu'une poignée aujourd'hui. Le principal problème était l'insécurité. Maintenant, c'est réglé. Voici Alaï Yasmin. Bonjour, les touristes d'Europe, La Tchétchénie vous attend. Mais voilà, quelques jours après notre visite, à quelques kilomètres de là, Des rebelles islamistes attaquent un convoi militaire russe. 1 000 ans, 4 morts et 11 blessés graves. Une vidéo choc publiée sur un site Internet revendique l'attentat.

15:14 Des informations inaccessibles au Tchétchène. Ce site est censuré par les autorités. Ses rebelles, cachés dans les montagnes, sont la bête noire de Kadirov. Une nouvelle poussée islamiste en Tchétchénie pourrait lui coûter le pouvoir. Pour couper l'herbe sous le pied des radicaux, pour montrer que lui aussi est un bon musulman, dans tout le pays, Il a fait construire des dizaines de mosquées, des petits chefs-d'œuvre, tous plus grands et plus chers, les uns que les autres, financés par sa mystérieuse fondation. Au centre de Grossny, il s'est même offert une réplique de la mosquée bleue d'Istanbul.

16:00 Un ouvrage titanesque à 100 millions de dollars, construit en hommage à son père assassiné. Curieusement, l'homme en charge de la construction de toutes ces mosquées est aussi le ministre du tourisme. Polo et veste en peau de serpent, La ressemblance avec le président est frappante. Alors vous trouvez que je lui ressemble ? C'est un homme en or. Il faudrait des heures pour en parler. On essaie tous de lui ressembler. Amroudi est le cousin de Kadirov. Le dictateur nomme les membres de sa famille au poste clé. Mais pas facile de s'improviser. ministre.

16:47 Quelle somme d'argent va être investie dans le tourisme et combien de touristes vous espérez à l'avenir ? Je ne suis pas au courant des détails. Mon adjoint pourra vous le dire. Parler notamment du nombre de touristes, Ce sont juste de gros projets. Mais quel est le budget exact consacré au tourisme ? Je ne sais pas. Incapable de répondre, le cousin de Kadirov se tourne vers son adjoint. Le ministre finit par nous inviter à quitter son bureau, flambant neuf, où aucun dossier ne traîne. Il préfère nous faire découvrir les ouvrages religieux.

17:35 Je pense que les touristes vont venir visiter cette mosquée. Cette nouvelle mosquée porte le nom d'animani Kadirova, la mère de Kadirov. C'est une des plus grandes d'Europe. Construite sur deux étages, elle pourra accueillir 15 000 fidèles. Et là encore, comme pour les chiffres du tourisme, impossible d'obtenir des informations exactes. C'est secret de parler des coûts de construction des mosquées ? Ce n'est pas un secret, mais je ne connais pas les chiffres. Je n'ai pas le temps de m'en occuper, les chiffres, ce n'est pas pour moi. Mais bien sûr que c'est très cher, tout ça. Je n'ai pas de réponse concrète sur le prix. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'arrête pas de construire des mosquées dans toute la République.

18:24 Vraiment, Je ne connais pas les coûts exacts. Le clan Kadirov ne se refuse rien. Est-ce que c'est de l'or De la peinture avec de l'or ? Oui, nous n'utilisons que de l'or et du platine. Pour prouver au peuple que la religion lui tient à cœur, le dictateur se met en scène. Le matin même, Kadirov est venu ici avec son cousin. Un événement posté sur son compte Instagram et qui fera la une du journal télévisé. Et on y voit Kadirov et son cousin prêter main forte aux ouvriers pour hisser un lustre de 5 tonnes, scintillant de pierres précieuses.

19:20 Son cousin déborde d'admiration. Ramzan Kadirov est unique. C'est Dieu qui l'a créé comme ça. Je ne sais pas comment ni où il trouve tout ce temps, Mais pendant la construction de la grande mosquée, qui a duré deux ans et trois mois, On ne pouvait pas être tranquille. Une minute. Le jour, comme la nuit, à n'importe quel moment, il pouvait venir contrôler le chantier. Kadirov contrôle tout, il est omniprésent. Nous allons en faire les frais lors de notre retour à Grosny. La circulation est bloquée par un barrage de véhicules officiels. La garde rapprochée du dictateur.

20:06 Soudain, le cortège démarre en trombe. Le président est au volant de ce gros 4x4 allemand. Et c'est lui qui klaxonne. Le dictateur a aperçu notre caméra. Il appelle aussitôt son cousin, mécontent, visiblement. Comment vas-tu, Ramza ? On revient juste de la mosquée. Je suis avec des journalistes français qui font un reportage sur toi. Il n'y a rien de grave. Le président vient de lui donner un ordre bien précis.

20:53 S'il vous plaît, est-ce que vous pouvez effacer l'enregistrement vidéo de ce cortège Pour le dictateur, ce cortège des voitures de luxe n'est pas conforme à l'image qu'il entend donner de lui et de sa Tchétchénie. Le soir même, il nous convoque dans l'une de ses résidences privées pour assister à une petite cérémonie religieuse. Plus en accord avec l'image de musulman modèle et modeste, de président normal. Nous allons assister à un dhikr, un rite pouvant conduire à la trance, simplement en répétant le nom d'Allah. Tous les religieux du pays sont là, Ranzan Kadirov au milieu.

21:43 Son caméraman personnel, qui le suit tout le temps, immortalise la scène pour la presse et le peuple. La Tchétchénie de Kadirov serait donc à la fois religieuse et ultra-moderne. Mais notre enquête va nous permettre de découvrir que tout cela n'est qu'une illusion. La nuit tombée, Nous remarquons que très peu d'appartements du Petit Dubaï, la fierté de Kadirov, sont éclairés. Les logements semblent même vides. Seule lumière bien visible, le prénom du président, qui défile en lettres géantes sur le bâtiment principal.

22:30 Le dictateur a reconstruit le pays en seulement dix ans. Moscou a donné des milliards, mais ont-ils été correctement utilisés ? Pour donner l'impression que l'argent est bien investi, à chaque fin de chantier, Kadirov se met en scène. Ici, à quelques kilomètres de Grosny, il visite ce nouveau quartier d'affaires et d'habitation, les chevaux au vent, l'air joyeux. Ce complexe, Nous y sommes retournés. Pour Moscou, le travail est fait. Pourtant, cet ensemble, inauguré il y a tout juste deux ans, ressemble déjà à un quartier fantôme. En fait, quand on y regarde de plus près, on dirait un simple décor de cinéma, en carton pâte. Trottoirs qui s'écroulent,

23:18 déco en plastique, portes fermées, rues désertes, de la poudre aux yeux, une coquille vide et probablement... Des millions détournés par le dictateur. C'est le cas dans toutes les grandes villes du pays. De toute façon, La population n'a pas les moyens d'acheter de tels appartements. Elle est pauvre et vit dans des conditions parfois difficiles. Un tchétchène a accepté de nous montrer le vrai visage de la Tchétchénie. Les seuls qui ont la joie de vivre ici, Je vais vous dire qui c'est. C'est tout l'entourage de Kadirov. Nous autres, on ne l'a plus. Nous ne faisons que survivre. L'homme craint pour sa vie. Nous filmons discrètement.

24:05 Les gens ont peur. Peur de dire la vérité. Je vous raconte tout ça aujourd'hui, et une nuit, Ils débarqueront chez moi pour m'enlever. Et mes trois filles se retrouveront sans père. Des histoires comme ça, il y en a vraiment beaucoup. Ils exterminent tous ceux qui sont indésirables pour Ramzan. Malgré sa peur, l'homme tient à dénoncer le luxe absolu dans lequel vit le clan Kadirov. C'est dans ce petit village qu'habite le numéro 2 du gouvernement, Adam Delimhanov. Vous voyez l'arche blanche là-bas à gauche ? C'est la maison de Delimhanov.

24:51 La verte, à côté, c'est aussi la sienne. C'est un vrai palais. Même Pierre Legrand n'a pas eu de palace comme celui-là. La propriété est gigantesque. Impossible de filmer plus longtemps, car un garde vient de repérer notre caméra. Nous décidons donc de faire demi-tour. Cela devient risqué pour notre conducteur. Ils ont des informateurs à travers toute la République. Ils ont des oreilles partout. Ils surveillent tout. Et font des rapports comme quoi un tel fait ci, et un tel fait. ça, ça ou ça. Ces résidences de luxe appartenant au pouvoir,

25:39 des ouvriers ont pu les photographier en douce. Voici la dernière en date, celle du président Ramzan Kadirov. Un vrai petit versailles construit avec des matériaux précieux, de la robinetterie en or. Dans son parking privé, des dizaines de voitures parmi les plus chères au monde. Certaines coûtent 1,5 million d'euros. Pourtant, officiellement, Kadirov ne gagne que 100 000 euros par an et il ne possède que deux appartements à Grosny. Le peuple est fatigué de ces partages du pouvoir. Kadirov, Adam Delimranov, Patriote.

26:24 « Lord, ils savent tous qu'ils ne vivront pas longtemps. Ils ont trop de sang sur les mains. » Quel est ce clan dont les mains seraient tachées de sang ? Il nous aura fallu plusieurs mois de négociations pour convaincre Razan Kadirov de nous recevoir. En dehors des visites officielles, pour éviter les questions qui fâchent, le dictateur s'exprime peu dans les médias étrangers. Nous avons rendez-vous dans sa propriété, un gigantesque domaine très protégé, au cœur de la capitale. Éteignez vos portables.

27:11 Au bout de l'allée principale trône la dernière folie du président. Les gars, on est bien d'accord. Vous n'avez pas le droit de filmer ici. Vous filmerez seulement l'interview. Nous laissons notre caméra tourner. La taille de l'édifice est impressionnante. A l'entrée sur la gauche, les jouets du président, Plusieurs avions radiocommandés. A l'intérieur, un luxe démesuré du marbre, de l'or, des palmiers, des fontaines. Mais sitôt, entrée, le directeur de la communication de Kadirov nous pousse vers la sortie. Ce n'est pas ici que la rencontre doit avoir lieu,

28:00 Mais dans le parc, dans un endroit plus modeste, une reconstitution de fermes traditionnelles. Regardez, quel beau village. Il y a des oiseaux, une rivière, des cygnes. Pour l'instant, aucune trace de dictateur. Oh, Ramzan Mahmadovitch, comme tu es bien installé. C'est le paradis sur terre ici. Suite à capuche, pantalon de jogging, Voici enfin le président qui nous attend au coin du feu, en toute simplicité. Voilà, c'est comme ça qu'on vit. Je suis sûr qu'en France, vous n'avez pas ça. Je fais la cuisine avec elle.

28:47 Il y a de la soupe, notre plat traditionnel, le PLOF et une viande qui cuit dans son jus. Le pain, on le cuisine sur les braises. Ça contraste bien ici, entre le palais qui est ponctueux et ici, qui est un endroit qui est plus sobre, modeste. Je me rappelle que mes grands-parents, du côté de ma mère, habitaient dans une petite maison comme celle-là. L'intérieur était identique. Ils y préparaient le pain traditionnel et les repas. C'était une vie très saine, très simple. Pour ce petit parc, Ramzan Kadirov a même sorti les crayons. C'est moi qui ai dessiné tout ça. Ce photographe et ce caméraman le suivent en permanence.

29:35 Ils vont tourner notre entrevue, des images pour les médias locaux, mais aussi pour les archives et la légende personnelle du dictateur. Ça vous plaît ? Non. Venez, venez, venez J'ai aussi un zoo. Avec des tigres, des lions, des panthères, des léopards. Il y a des Tigres blancs aussi. Très beaux, très puissants. Je ne sais pas s'ils sont sibériens. Ils sont plutôt tchétchènes. Si c'était des sibériens, ils seraient en Sibérie. Après les animaux, d'autres jouaient du président.

30:21 Tu peux aller me chercher. Mon avion Pas celui à réaction, celui avec le moteur électrique. Sitôt demandé, sitôt livré. Nous restons toujours des enfants. Si vous me demandez mon âge, je vais vous dire que dans ma tête, j'ai toujours 13 ou 14 ans. La Cour est au service du président 24 heures sur 24. Et comme un enfant, Kadirov n'aime pas du tout casser ses jouets.

31:21 J'ai failli faire une crise cardiaque. En face de son parc, un nouveau projet du mégalomane Kadirov. Le dictateur veut construire une des plus grandes tours au monde. La Tour va être par là, juste en face. Elle va ressembler à celle de mon parc. Cette tour fera plus de 400 mètres de haut et s'inspire de l'architecture traditionnelle tchétchène. Elle disposera de plusieurs pistes d'hélicoptère autour de son sommet. C'est un projet vraiment très impressionnant. Je ne crois pas que dans les années à venir, il y aura un autre projet comparable à celui-là en Russie. Je vous dis que la tchétchénie va être l'endroit le plus beau et le plus calme, le pays le plus développé et le plus prospère de la Russie et du monde entier.

32:12 Tous les projets du dictateur sont financés par une mystérieuse fondation qui porte le nom de son père. Les dépenses sont faramineuses. Mais d'où vient cet argent tombé du ciel Je vais vous dire quelque chose. C'est Allah qui nous donne les moyens. Tout le monde pense qu'on est obligé de verser de l'argent à la fondation. Mais en réalité, Ma Fondation se finance toute seule. Kadirov cherche à désamorcer les accusations de raquettes à l'égard de la population tchétchène. Tout cela pour alimenter les caisses de sa fondation. Il affirme au contraire rêver de simplicité et... Tout faire pour aider son peuple. Je n'ai jamais rêvé de vivre dans le luxe. Je n'ai jamais rêvé d'accéder au pouvoir. Je n'ai jamais rêvé d'avoir des avions.

33:00 Depuis toujours, je ne rêve que de la paix pour la République tchétchène. Je veux que les gens reçoivent leur salaire, que le matin, ils aillent au travail et que le soir, ils rentrent et fassent du sport. Notre rencontre touche à sa fin. Au revoir. Mais avant de nous quitter, le dictateur s'amuse encore un peu. Cette photo de son poulailler sera publiée instantanément sur son compte Instagram. Cette fondation opaque, qui gère les milliards du dictateur, Nous y sommes allés. Elle se trouve au centre de Grosny, au rez-de-chaussée de ce petit immeuble. À l'entrée, des dizaines de photos de Ramzan Kadirov. Dans des actions de bienfaisance.

33:46 Toutes nos demandes d'interview avec son directeur ayant été refusées, Nous filmons en caméra, cachée. C'est la responsable de la communication qui nous reçoit. Première surprise, pour gérer le magot, seulement trois bureaux et très peu de personnel. 10. Nous sommes 10 personnes à travailler ici. Nous demandons à avoir quelques chiffres sur le budget de cette fondation. On ne divulgue pas les chiffres. On ne communique que sur la situation générale. Les chiffres, on ne les garde que pour nous. Devant notre insistance, la responsable de la communication nous propose de partager un thé. Thé

34:31 Café L'occasion d'en savoir un peu plus. Kadirov nous a affirmé que la Fondation était autonome, financièrement. Le revenu essentiel, ce sont nos recettes qui proviennent de nos entreprises. Par exemple, on a le parc Ahmad Kadirov et aussi le parc à la gloire des mers. On a aussi des centres commerciaux. En dehors de Grozny, une usine d'eau minérale, une production de crème glacée et l'hôtel Arena City. Nous avons donc décidé de visiter ces quelques entreprises qui rapporteraient des milliards à la Fondation.

35:22 Direction la banlieue de Grosny, C'est là que se trouve le fameux parc. Ahmad Kadirov, Ou plutôt une modeste fête foraine. Le ciel est bleu, Nous sommes en fin de semaine, et seule une poignée d'enfants s'amusent sur les rares manèges. Quant à l'Hôtel de la fondation, s'il est bien placé au centre de Grosny, il ne dispose que d'une vingtaine de chambres. De toute évidence, Ces quelques entreprises n'en rapportent pas grand-chose. À la Fondation Kadirov. Les Tchétchènes, eux, savent très bien d'où vient l'argent de cette fondation. Ils vivent à l'écart des ensembles. carton-pâte du président, dans des quartiers moins tape-à-l'œil, beaucoup plus modestes. Une femme a accepté de témoigner.

36:09 C'est une des rares personnes de Tchétchénie à avoir le courage de parler. Bonjour, entrez. Sa maison porte encore les traces de la guerre. Vous voyez les trous ? La maison des voisins a été détruite. Et les tirs sont arrivés chez nous aussi. Ma fille a reçu une balle dans la colonne vertébrale. Et mon mari en a reçu dans les côtes.

36:57 Il a fallu les conduire à l'hôpital. À l'étage, tout est resté en l'État depuis les derniers combats, au début des années 2000. Entrez On a mis des bassines, des seaux, car quand il pleut, le toit fuit. Regardez les murs. Il y a des fissures. Regardez bien les fissures. Ça risque de s'écrouler à n'importe quel moment. Mais personne s'en soucie. Zaynab aurait dû toucher 5000 euros de Moscou en dédommagement de guerre pour faire des travaux. Mais comme tous les Tchétchènes, elle n'a presque rien reçu. Zainab vit aujourd'hui au rez-de-chaussée de sa maison.

37:48 L'administration, qui est chargée de distribuer les dommages de guerre, Elle te prend la moitié et te dit « ce n'est pas pour nous, c'est pour la fondation Kadirov » . Et ce n'est pas tout. Les salaires des fonctionnaires sont également ponctionnés. Ils prennent de l'argent partout, même sur les pays des femmes de ménage, ou pas à la fondation. Ce racket généralisé rapporte des milliards au clan Kadirov. Zainab sait qu'en le dénonçant, elle prend des risques. Mais cette militante des droits de l'homme les assume. Pour qu'ils se prennent, pour que j'aie peur d'eux.

38:34 Pour me tuer, il faut un homme, un vrai. Chez nous, il n'y en a plus. On n'a que des lèches-culs. Moi, je n'ai pas peur. S'ils me tuent, je vais enfin reposer en paix. Je suis fatiguée de cette vie maudite. Bien sûr que les gens ont peur. Si tu dis la vérité, demain, tu peux disparaître. Ce serait avec cet argent volé au peuple que le dictateur tchétchène réaliserait tous ses caprices, même les plus gros. Au centre de Grosny, il vient de s'offrir un stade de 40 000 places et une équipe de foot composée de joueurs du monde entier. Certains achetaient plusieurs millions d'euros.

39:19 Là aussi, Tout est financé par la Fondation Kadirov. En fervent supporter, le président est souvent dans les tribunes. Kadyrov voue aussi un culte au sport de combat. Il s'entraîne tous les jours à boxer et publie ses exploits sur Internet. Son dernier pari, faire de la tchétchénie, le pays numéro un du Free fight dans le monde. Un sport de combat ultra-violent dont les compétitions sont interdites en France et pour lequel sa fondation dépense là aussi des millions. Elle a construit d'ailleurs plusieurs salles d'entraînement dans tout le pays. L'une d'elles se trouve au centre de Grosny. Nous avons rendez-vous avec Zelim Khan, un des meilleurs Free Fighters tchétchènes. Mais pas seulement.

40:08 Ce colosse d'1M95, qui s'entraîne plusieurs heures par jour, est aussi un des gardes du corps du dictateur. Grâce au sport, j'ai été recruté dans la garde personnelle du président tchétchène. Nous sommes 70 dans cette unité spéciale. Et nous sommes tous des sportifs de haut niveau. Des recrues que le président tient à récompenser plutôt généreusement. Ramzan Kadirov m'a offert un appartement dans une tour. Il m'a aussi fait beaucoup d'autres cadeaux.

40:54 Zelim Khan ne doit jamais quitter son arme, car à tout moment, La sécurité du président peut l'appeler. En attendant sa prochaine mission, il va participer à un tournoi de Free Fight. Regardez, mon appartement se trouve là, au douzième étage. Accrochez au rétroviseur une photo de lui en compagnie du chef de la sécurité de Kadyrov. Pour Zelim Khan, le président et son clan n'ont rien à se reprocher. On accuse Kadirov de torture. ¿Vous en pensez quoi ? Tout ça, ce sont des mensonges. Personne n'a jamais torturé, personne. Et dans le passé, s'il fallait attraper des bandits,

41:41 on les attrapait, on les mettait en prison. Tout était légal. Ce sont les médias qui racontent des bêtises. Le tournoi va avoir lieu dans la plus grande salle de Free Fight de Tchétchénie, et de toute la Fédération de Russie d'ailleurs. Un immense complexe, à seulement quelques kilomètres de Grosny. Il est 14h, La foule commence à arriver pour le tournoi. L'événement est d'importance, sur le parking, les voitures de luxe se comptent par dizaines. Autour du ring, les derniers préparatifs. La presse est là, bien sûr. Les combats seront retransmis dans toute la Fédération de Russie.

42:27 Tout est prêt, L'équipe médicale est en place. A l'entrée, le président du Fight Club accueille les dernières personnalités. Pour les sportifs, aujourd'hui, Il y a vraiment gros à gagner. Il y aura 6 000 euros pour le premier, 3 000 euros pour le deuxième et 1 000 euros pour le troisième et le quatrième. Et celui qui gagne trois fois le tournoi remporte 80 000 euros. Des sommes évidemment financées par la Fondation Kadirov. Dans le public, en polo bleu, le chef de la sécurité du dictateur. Et des VIP proches de Kadirov. Zélim Khan, lui, attend sagement son tour dans la poule. Bonsoir, bonsoir mes amis !

43:13 16 combats sont prévus. Tous se déroulent en trois rounds de 5 minutes chacun. Les règles sont simples, tous les coups sont permis, sauf frapper la nuque, les parties intimes ou mordre. Les plus beaux combats sont salués par une salle de tir de pistolet.

44:01 C'est maintenant au tour du champion Zelimkan. Pour son combat, le garde du corps du président porte un t-shirt avec sa photo et ses initiales dans le dos. Il est toujours un vaincu sur un ring. Son adversaire est visiblement très impressionné par la carrure du champion tchétchène. Et les premiers coups suffisent d'ailleurs à l'éliminer. Le combat n'aura duré que quelques secondes. Zélimcan est qualifié pour la suite du tournoi. La violence fascine le dictateur Kadirov.

44:50 Après les sports de combat, son autre passion, ce sont les combats de chiens. Dans son zoo privé, il possède plusieurs chiens d'attaque, comme le montrent ces images, tournées en 2008. Barza, C'est le meilleur. Il n'a jamais perdu. Il a deux ans. Barza n'a peur de rien. Mais en 2012, la publication de ces photos fait scandale. On y voit en arrière-plan des portraits du président Kadyrov, comme s'il parrainait cet événement. Or, Les combats de chiens sont interdits dans toute la Fédération de Russie. Sous la pression des autorités russes et des défenseurs des animaux,

45:36 les tchétchènes ont dû fermer les arènes officielles. Et comme Kadirov adore, ça, Le président continue de tolérer les combats, comme nous allons le voir. Ils sont juste un peu plus discrets. Ce matin, Des combats ont lieu à quelques kilomètres de Grosny. Les vainqueurs de ces tournois clandestins peuvent empocher de belles récompenses. Le premier prix, c'est une voiture. Pour les poids légers, ça dépend, c'est de l'argent. Entre 2000 et 3000 euros. Selon nos informations,

46:21 c'est le clan Kadirov qui organiserait ces rencontres et financerait les prix. Les affrontements ont lieu dans cette arène improvisée, délimitée par un simple grillage. Des centaines de spectateurs ont fait le déplacement. C'est le chien d'Ismaël C'est le champion des poids légers ! Des affrontements extrêmement violents sous le regard des enfants.

47:09 Dans l'arène, les propriétaires des chiens encouragent leurs bêtes. La loi russe semble ne pas s'appliquer en Tchétchénie. Kadyrov fait souvent ce qu'il veut. Il autorise des combats de chiens, normalement interdits par Moscou. Et depuis peu, il tente aussi d'interdire l'alcool, même si sa vente est légale dans toute la Fédération de Russie. Le dictateur a en effet décidé de tolérer l'achat d'alcool uniquement de 8h à 10h du matin, et seulement dans les quelques boutiques autorisées. Du coup, les petites échoppes... Clandestines ont explosé. Pour faire appliquer ces décisions, le président Kadirov a créé un groupe de chocs, Les Jeunesses kadiroviennes.

47:56 Elles sont reconnaissables à leur blouson avec la photo du père de Ramzan Kadirov. Des jeunes conditionnés avec à leur tête, Bachelan. Ceux qui participent à l'action anti-alcool, mettez-vous ici par deux ou par trois. Regroupez-vous en groupe de trois personnes. Allez Leur mission aujourd'hui, piéger les commerçants qui vendent de l'alcool sous le manteau. Pour cette opération, les jeunesses qu'adhi-reviennent sont accompagnées de policiers. Direction les quartiers populaires de Grosny. Des garçons vont se faire passer pour des clients. Et pour avoir une preuve de la transaction,

48:43 Bachelan marque les billets. On va envoyer les jeunes dans les magasins qui, Selon nos infos, ont déjà vendu de l'alcool. On va en contrôler cinq par ici. Entre, entre Entre Il ne faut pas qu'on avance plus, sinon ils vont nous démasquer. Vas-y aussi, toi, fais comme si tu étais un client. « Dépêche-toi ! » Carnés à la main, les deux policières attendent en retrait. Après quelques secondes, un jeune ressort de la boutique avec dans son sac une boisson énergisante, fortement alcoolisée. « C'est bien de l'alcool ? » « Oui, oui, c'est un cocktail alcoolisé. »

49:30 « Il a réussi, il faut y aller, vite ! » Bachelan mobilise sa troupe pour pénétrer en ombre dans le magasin. Regarde-moi ! Est-ce que c'est moi qui ai pris ton argent ? Non, C'est une autre dame qui était avec toi. Moi ? Moi, je n'ai rien vendu. La commerçante nie en bloc la vente d'alcool. Les policiers recherchent alors les billets piégés. Donne-moi l'argent qui est juste là. Donne-moi tous les billets. Donne-les-moi tous. Voilà, on a retrouvé les billets.

50:17 On a la preuve qu'elles ont vendu de l'alcool. Vous enregistrez bien ses coordonnées et surtout son nom. On va vous convoquer au commissariat. On va rédiger un protocole et vous allez être punis pour que ça n'arrive plus. Une fois la commerçante réprimandée, Bachelan, en bon petit soldat de Kadirov, continue sa mission. Il faut y aller, On a encore d'autres raies d'affaires. On n'a pas le temps de traîner, on a du boulot. Des actions, coup de poing comme celle-là, la jeunesse Kadirovienne en accomplit plusieurs fois par semaine. Car aujourd'hui, face à la fermeté du pouvoir, C'est tout un marché parallèle qui s'est développé.

51:04 Pour le vérifier, un homme a accepté de nous faire pénétrer dans l'un des plus gros points de vente clandestins. Il suffit de passer un coup de fil et de montrer patte blanche. La porte est fermée. Il faut juste téléphoner avant. Ils ne laissent entrer que les connaissances. Ça veut dire que si un inconnu frappe, personne ne viendra ouvrir. Une fois à l'intérieur, nous découvrons une véritable caverne d'Ali Baba. A l'entrée, plusieurs frigos remplis de bouteilles de bière fraîche. Dans une pièce à côté, des centaines de bouteilles d'alcool bien alignées sur les étagères. Nous en achetons quelques-unes.

51:56 Ça fait 10 euros. Mise en confiance par notre intermédiaire, la patronne nous écrit sur un bout de papier son numéro de téléphone portable. Et désormais, Nous pouvons commander de l'alcool tous les jours jusqu'à 22h et même nous faire livrer discrètement à notre hôtel. Mais Kadirov ne veut pas uniquement interdire l'alcool. En nouveau champion de l'islam, il essaie aussi de changer les habitudes vestimentaires des femmes. Dans les rues, il a fait placarder des affiches, demandant de porter un hijab et des jupes longues. Avant son arrivée au pouvoir, cette mode était inconnue en Tchétchénie. Pour faire passer le message, il a offert à sa femme, Medni Kadirova,

52:41 une gigantesque boutique de mode islamique au cœur de Grosny, sur plus de 1500 mètres carrés. « Vous n'avez pas encore vos foulards ? » Zarema en est la directrice artistique. Et pour notre caméra, elle improvise un défilé. Voilà, on essaie quand même de mettre en valeur les formes. Mais si la robe est très moulante, on met une autre robe par-dessus. Là, C'est une robe de style traditionnel qu'on a modernisé. Mais on doit toujours cacher le côté moulant des robes.

53:47 Khadirov veut fabriquer une République islamique, parfaite. Depuis quelques années, le dictateur crée dans tout le pays des écoles coraniques. Elles n'existaient pas avant son arrivée au pouvoir. Un bon moyen d'endoctriner les jeunes et de s'assurer la fidélité de leur famille. Et pour mieux contrôler ces écoles, Le dictateur a choisi un autre de ses cousins, qu'il a mis à leur tête, Hassan. Ici, Tout est financé par la Fondation Kadirov. Dans les salles de classe, des centaines d'enfants âgés de 4 à 16 ans apprennent par cœur les versets du Coran,

54:33 du matin au soir. Les enfants ne comprennent pas ce qu'ils lisent, mais peu importe. Je ne sais pas ce que ça veut dire, Je l'apprendrai plus tard. Mais en deux ans passés ici, je connais déjà 500 pages par cœur. Ce n'est pas indispensable de comprendre la signification. Il faut juste le savoir par cœur. Comme motivation, une belle promesse. Comme le dit mon professeur, Si j'apprends par cœur, j'irai au paradis. Et le paradis commence ici,

55:20 car pour ces enfants, tout est gratuit. C'est même du 5 étoiles. Ils ne doivent manquer de rien. Thé servi à table, bonbons, petits gâteaux à volonté. Kadirov veut que ses enfants le vénèrent et qu'il fasse aussi passer le message une fois de retour chez eux. Il vient donc très souvent leur rendre visite. T'es quelqu'un de bien, toi Ici, c'est une piscine. A côté du gymnase, un autre petit miracle de Kadirov.

56:06 Une piscine tombée du ciel. Un jour, il faisait chaud et on s'arrosait en se jetant de l'eau. À ce moment, Ramzan ArmadoVich arrive. Il nous demande « Vous avez chaud ? » « Oui, il fait chaud. » « Vous voudriez avoir une piscine ? » « Oui, oui, ce serait super. » « Vous voulez une piscine où ? » « Vous la voulez ici ? » « Oui. » Et voilà, la piscine. Ce n'est pas un miracle. Pour moi, si, c'est un miracle. Et Kadirov a aussi gâté les enseignants. Là, il n'y avait rien. Toutes ces maisons ont été construites pour les professeurs.

56:52 De jolies petites villas, très confortables, Sans oublier les indispensables véhicules de luxe, immatriculés aux initiales du président. En Tchétchénie, rien n'est jamais trop beau pour les fidèles du régime. Mais gare à ceux qui osent le critiquer. Le clan Kadirov exerce une pression permanente sur ses opposants. Le Comité contre la Torture recense les expéditions punitives. Dimitri est l'un des avocats bénévoles de cet ONG. Je n'ai jamais vu d'opposition ouverte aux idées de Ramzan Kadirov en Tchétchénie. Les gens peuvent le critiquer en privé,

57:37 mais personne n'ose se prononcer publiquement. Pour éviter de subir les pressions du pouvoir, les bénévoles du Comité contre la Torture ne vivent pas en Tchétchénie. Ils viennent tous de Moscou et n'ont aucune famille dans le Caucase. Ils travaillent maximum deux mois avant d'être remplacés. Dans son bureau, sur cette étagère, les derniers cas d'enlèvement ou de torture en Tchétchénie. Voilà, ce sont des cas d'enlèvement. Là, c'est l'affaire. Omar Pachaef, un enlèvement suivi de torture. Ça, c'est une autre affaire d'enlèvement. Là aussi, un cas de torture. Ici, un autre. Là, c'est l'affaire Ahmedov.

58:24 Vous allez pouvoir le rencontrer. Ahmedov a effectivement accepté de témoigner, de raconter comment des proches du Kadirov sont venus l'enlever avant de le torturer. Ils m'ont emmené dans le coffre d'une voiture à la base militaire. Là-bas, Ils m'ont jeté au sol. Ils m'ont frappé avec des canons de fusil. J'ai perdu. connaissance. Quand j'ai repris mes esprits, j'étais attaché à un arbre, les mains liées. Alors, ils ont pris une corde. Et ils m'ont suspendu.

59:13 Ils me tabassaient deux minutes. Puis ils me mettaient un chiffon dans la bouche. Et un sac sur la tête. Ils voulaient m'étouffer. Tout ça a duré deux heures. J'ai eu le nez cassé. J'ai vraiment souffert. Toutes les marques que j'ai sur le visage, ce sont les traces de ce passage à tabac. Ancien policier, Ahmedov avait réussi à retrouver un meurtrier dans une affaire de gros sous.

59:59 Sauf que le tueur était un membre d'une unité spéciale proche du pouvoir. Le jeune homme a pu clairement identifier ses agresseurs. Tout ce que j'ai subi, je sais qui en a donné l'ordre. C'est le chef des forces spéciales, Ali Khan Tzakaef. C'est un ami proche de notre président, Ramzan Armadovitch Kadirov. En Tchétchénie, Le clan Kadirov a un pouvoir absolu de vie et de mort sur son peuple. Rares sont les personnes qui osent encore revendiquer une certaine forme de liberté.

1:00:47 Amina, chanteuse de rock, est l'une d'entre elles. Amina, Il faut que tu te couves les cheveux. Je dois mettre un voile. Même si sur les conseils de sa manageuse, pour la caméra, elle va devoir mettre un voile. D'habitude, Amina ne le porte jamais. Elle en plaisante. À l'entrée, une jeune fille, Charmante m'a demandé de me couvrir la tête. Je ne sais pas si c'est obligatoire, mais je crois que oui. Amina va faire un essai son dans l'un des plus grands studios d'enregistrement de Grosny. Je suis content que vous soyez venus. Je vous le dis vraiment du fond du cœur. Merci.

1:01:56 Ne rigole pas ! Oulare et Perfecto, Ce soir, Amina va donner un concert dans le centre-ville. Elle sera la seule à chanter du rock'n'roll. Et elle ne se fait pas beaucoup d'illusions sur son pays. En ce qui concerne les mentalités, je ne veux pas les changer. Je n'essaye même pas. Je ne vois pas comment on peut rendre ce pays plus ouvert. En tout cas, J'ai l'impression que ça risque d'être un processus assez sanglant. Je ne souhaite pas ce genre de destin. Je ne veux pas.

1:02:42 C'est le lieu préféré de la jeunesse dorée tchétchène. Au rez-de-chaussée, Pour séduire les clients, les commerçants ont installé une des seules scènes musicales du pays, Mais généralement, elle est réservée aux artistes traditionnels. Tout le contraire d'Amina. Ce qui se passe aujourd'hui sur notre scène musicale est très primitif, et très répétitif. Le rock'n'roll, c'est juste un mode de vie libre. Certains ont assez de liberté, d'autres en manquent. D'autres la cherchent et d'autres ne l'auront jamais. C'est enfin au tour d'Amina de monter sur scène. Ce soir, la rockeuse va tout donner avec une reprise des doors.

1:03:29 Avec l'espoir secret que ce régime violent et absurde cède, le pas, un jour, à une tchétchénie plus libre.

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