0:00 Je voulais être la fille parfaite pour ne pas être un souci de plus pour mon père. Très souvent, il me répétait de façon assez brutale, mais il me disait de façon Je vais bien tout crever. Et moi, j'ai grandi. Quinze ans, c'est tôt, avec cette idée de la mort d'un proche et notamment de mon père. Et quand ils part tout d'un coup, tout ce que je n'avais pas formulé, tout ça, ça me s'explose. Donc à cette époque là, je suis au ministère des Finances, je suis responsable de 90 services en province pour les réformes de l'État et donc là, il y a deux. Linda Il y a la Linda, businesswoman qui, à l'époque, je travaillais en civil, j'étais en tailleur, je gérais mal. Et puis il y avait Linda. Quand elle rentre chez elle et qui dort pas de la nuit, complètement torturée,
0:47 j'ai sombré dans l'alcool dans une forme de déprime. Parce que la grande question qui a émergé à ce moment là, c'est Mais qu'est ce que je fous là ? Bonjour à tous, Je suis Jonathan Langlois et je suis très heureux de vous retrouver pour une nouvelle émission des Lueurs, le média qui éclaire votre vie intérieure. Une fois de plus, vous allez découvrir avec notre invitée de la semaine que son chemin. Ces questions de 2 h du matin ne sont pas si loin des vôtres. Mais juste avant de vous la présenter, n'oubliez pas de vous abonner. Vous êtes déjà des dizaines de milliers à l'avoir fait, mais c'est encore grâce à vous qui ne l'êtes pas qu'on va pouvoir faire grandir et diffuser toujours plus ces lueurs. Sur YouTube, Linda Bortoletto. Bonjour, bonjour Jonathan, Je suis très heureux de t'accueillir aujourd'hui sur le plateau des Lueurs. Merci entre deux voyages d'avoir accepté de poser tes valises ici et devenir nous partager ton histoire.
1:36 Une histoire exceptionnelle. Un exploratrice, un. Tu es conférencière, écrivaine et depuis plus de dix ans, tu parcours seul le monde des contrées très lointaines. Tu es allée en Sibérie, en Alaska, dans l'Himalaya, en Israël, au Chili, en Indonésie. Et au fur et à mesure de ces périples, expérimenter ce que c'était que la solitude. On va en parler. T'as expérimenté ce que c'était que le rapport à la nature ? On va en parler aussi. Et puis tu as vécu ce qu'on appelle chez nous une grande expérience transformante, une blessure qui est une agression sexuelle. Pendant l'un de tes voyages et on va en parler, on va en parler parce que blessé, on l'est tous. Et et à travers ce récit, à travers ta blessure à toi, on va essayer d'éclairer nos blessures. On va essayer de répondre à cette question qui m'a beaucoup animé en préparant
2:24 notre échange Jusqu'où peut on aller aujourd'hui dans notre vie pour guérir ? Faut il à tout prix essayer de guérir ? Quels sont les moyens qu'on peut prendre pour guérir ? Jusqu'où faut il accepter qu'on ne peut pas tout guérir ? C'est ce que tu vas aujourd'hui, grâce à ton histoire, venir éclairer. Ça te va comme programme ? Superbe ! J'ai hâte. Pour faire connaissance, tu as devant toi trois fiches. Je te laisse prendre la fiche la plus à gauche. C'est une phrase, une phrase que tu vas pouvoir lire et compléter. Ça va nous permettre de faire connaissance. Puis pour ceux qui nous regardent, qui nous écoutent, de commencer à découvrir ton magnifique personnage. La quête spirituelle, c'est pour moi se questionner, se questionner sans cesse et pour moi se questionner.
3:11 Tu vois, tu me présente comme une exploratrice. Pendant des siècles, on a beaucoup parlé de l'exploration extérieure. Elle a découvert d'autres continents et des régions méconnues et. Et moi, très rapidement, quand j'ai commencé à voyager, eh bien, je me suis rendue compte que, au delà des contrées que je découvrais, ce qui m'interpellait au plus profond, c'était ce que je découvrais à travers moi. Et les questions que les nous autres cultures soulevaient en moi, c'est que tout d'un coup, à un moment, on se rend compte quand on a le courage et la force de se faire face, qu'on ne peut pas échapper à ce qu'on est le plus lumineux et le plus sombre. On va en reparler dans l'interview. Je te laisse maintenant prendre la fiche la plus à droite. D'accord.
3:58 La fausse croyance la plus répandue sur le voyage en solitaire. Eh bien justement, la réponse est dans la question. C'est qu'on se sent seul. Oui, mais tu voyages seul. Comment tu fais pour faire face à la solitude ? Et. Et en fait, moi ça me paraît dingue parce que bien sûr, je suis déjà senti seul en voyageant seul, mais beaucoup plus souvent. Je me suis senti seul en étant pas seul et notamment en étant très entouré, mais pas de personnes avec lesquelles je raisonnais ou ou être en décalage avec le rythme, avec la culture. Et donc je pense que c'est vraiment la fausse croyance la plus répandue. C'est bien sûr à un moment on est seul, mais c'est pas parce qu'on est seul qu'on se sent seul. Je te laisse prendre la dernière fiche.
4:45 On enchaîne. Se réparer et guérir, cela demande de la patience. Un bon oui, de la patience, de la lenteur et. Et pour moi, c'est tellement important. Parce que déjà ce que je pense, c'est qu'on a un rapport au temps qui est différent pour chacun. Et en plus, tu vois, je parle encore des injonctions de notre époque moderne l'instantanéité, la rapidité. Et puis tu vois, on assiste à un développement de développement des contenus en lien avec la spiritualité, le développement personnel, etc. Et donc on a l'impression qu'on a plein de clés pour se guérir. Et en effet, Mais ça ne veut pas dire que qu'on a pas, ça ne veut pas dire que parce que les clés sont là, que ça va aller vite,
5:33 c'est intéressant, ça veut dire que tu remarques à de plus en plus de clés de développement personnel, de spiritualité, mais ce n'est pas pour autant qu'on ouvre plus facilement les portes. Exactement. Merci de très bien reformuler ce que je viens de dire. Oui, oui, c'est exactement ça. C'est que c'est hyper paradoxal. On n'a jamais eu autant facilement accès à des AD, à des moyens pour se guérir et pourtant ça ne va pas plus vite. Non, ça va pas plus vite parce que le temps qui compte, c'est notre temps. Et quand on pense aller mieux, c'est là où tout d'un coup, BAM ! La vie est très douée pour ça. Elle va nous mettre quelque chose dans la figure qui vient repointer la psychiatre, voire même l'ouvrir. Et ça, il faut l'accepter. Alors on va rembobiné, on va repartir en ligne. D'abord Toledo.
6:19 Parce que, avant de devenir cette grande voyageuse que tu es aujourd'hui et dont on parlera tout à l'heure, tu as déjà commencé ta carrière par une carrière d'élite, une carrière incroyable. À quinze ans, tu te mets en tête de devenir pilote de chasse. Est ce que tu peux juste nous raconter comment cette envie naît et pourquoi tu n'es pas devenu ? Moi, j'ai toujours rêvé d'aventures parce que c'est ce qui me faisait vibrer. Je ne voulais pas travailler dans un bureau et Et très rapidement, je me suis dit mais j'ai envie d'être pilote. Mais pas n'importe quel pilote pilote de chasse. J'avais déjà ce goût pour dépasser les limites. Et tu vois, quand je parle d'aventure, mon film préféré quand j'étais petite, c'était Indiana Jones. C'est la dernière croisade. Enfin, je m'identifiais totalement à ce personnage, ça. Extraordinaire. Et du coup, pour devenir pilote de chasse, je décide quand j'ai 18 ans
7:08 d'intégrer l'école au scénar moderne prépa scientifique, le concours. Et c'est comme ça que j'intègre l'école aussi l'armée de l'air. Sauf que, en plus de la sélection académique, il y a une sélection physique et c'est là qu'on me détecte une scoliose et je décide. Du coup, je pouvais pas être dans l'armée de l'air et ne pas faire le métier dont j'avais rêvé. Donc je rejoins l'école des officiers, la gendarmerie et tu vas quand même devenir ce que t'es pas pilote de chasse, mais tu t'arrêtes pas là parce que à 23 ans, tu es la première femme lieutenant à Roubaix. T'as la tête d'un escadron de 150 hommes et quelques années plus tard, à 27 ans, des capitaines de gendarmerie. Et on te détache au ministère à Bercy. Donc c'est quand même une carrière d'élite. C'est une carrière extrêmement exigeante. T'es une businesswoman accomplie à 28 ans, quoi. C'est. C'est hallucinant le changement qui va s'opérer derrière.
7:55 Oui, oui, à ce moment là, je suis totalement dans les cadres. Tu vois, j'ai fait ces deux écoles d'officier, l'armée de l'air, la gendarmerie et je me posais. Je ne me pose pas de questions, je suis sur des rails, je suis cette carrière, je me suis jamais mis de barrières. C'est à dire qu'est ce qui fait que c'est jamais une barrière ? Eh bien je pense Eh bien là, merci, papa, parce que c'est qu'en fait, pour la petite histoire, ma mère est partie quand j'avais onze ans, mes parents divorcés, mon grand frère et moi, on est resté avec mon père et donc mon père. Ouais, je suis la seule fille qu'il a eue parce qu'il y a mon grand frère. Il a eu deux fils d'un premier mariage et malgré tout, je suis la seule à dire papa, je veux faire l'armée Et en plus j'adorais des sports un peu masculins. Mais mon père, quand je dis merci papa mais profondément parce que il m'a jamais dit mais c'est pas pour les filles.
8:42 Et du coup il m'a toujours écoutée un moment quand j'ai. Je suis hyper jeune joueur dix onze ans. Je lui demande chez papa pourquoi les filles font pas leur service militaire et elles auraient pu me dire ah c'est pas pour les filles alors que mon père était super macho. Je précise ancien militaire etc. Et malgré cela il me dit eh bah je sais pas. Et du coup je me suis jamais mis de limite parce que je prends nos premières références et nos parents et moi en l'occurrence, c'était mon père. Mon père ne m'a jamais induit, enfin m'a jamais. Comment murmurer ou imposer de limites, consciente ou inconscient. Donc du coup tout était possible. On a cette vie extérieure qui cache toutes les caves et pourtant intérieurement, tu vas partir. Oui. Et le déclic, ça a été mon père.
9:30 Parce que quand j'avais 27 ans, mon père meurt et là, bien sûr, il y a sa disparition qui est violente. Mais en plus de de son départ, tout d'un coup, quand je parlais à un moment d'être face à soi, eh bien la mort de mon père me met face à moi même, face à tout ce que je n'avais pas voulu voir pour différentes raisons. Je peux te donner des exemples de choses que je n'avais pas voulu voir pour que les gens s'identifient un petit peu, tout simplement. Cette carrière, c'est cette réussite dont tu parles très bien Le mariage. J'avais un mari adorable, super carrière, super situation financière aussi, ce qui est pas négligeable. Tout le confort qu'on pouvait imaginer, tout allait bien, pas de conflit et
10:17 j'ai ouvert les yeux sur le fait que tout ce que j'avais fait, je n'avais pas fait pour moi et je l'avais fait pour mon père. Et ça je pouvais pas le voir avant. Et donc quand il est parti, tu te dis en fait j'ai plus mon miroir. Ben alors ça prend du temps évidemment, mais tout d'un coup, comme j'ai construit cette vie idéale, en fait, je suis devenue ce que mon père était en souffrance pour que ce qui nous écoute comprenne. Après le départ de ma mère, quand ma mère est partie et que j'avais onze ans, mon père a sombré dans l'alcool et et j'ai vu sa souffrance. Un jour, quand je rentrais le soir à la maison, je le voyais souffrir et je suis devenue le pilier de la maison. Et je me suis dit Mais papa, tu seras heureux grâce à moi. Alors je me suis dit inconsciemment parce que je formulais pas avec des mots
11:03 à ce jeu là que j'étais toute petite. Et quelque part, je voulais être la fille parfaite pour ne pas être un souci de plus pour mon père. Et après, attention, c'est. Ça ne veut pas dire que ce que j'ai fait, je le regrette absolument pas. Parce que la vie m'a montré par la suite que ma formation Gratitude à l'armée qui m'a donné des bases solides pour faire, pour que je puisse faire ce que je fais aujourd'hui. Mais je l'ai fait avant tout pour lui, pour lui plaire, mais aussi pour lui dire t'inquiète pas parce que mon père, à partir de mes quinze ans, très souvent, il me répétait de façon assez brutal, mais il me disait de façon je vais bien tout crever. Ce qui était fatigué. Il était âgé, il était abîmé intérieurement, extérieurement et Et moi j'ai grandi quinze ans, c'est tout.
11:48 Avec cette idée de la mort d'un proche et notamment de mon père. Et quand ils partent ou d'un coup, tout ce que je n'avais pas formulé, tout ça, ça me s'explose. Ça m'apparaît les nuits et des nuits d'insomnie. Pendant un an, j'ai pas dormi et Et malgré tout, comme j'avais, c'était cette femme très forte dans ma carrière quand j'étais à cette époque là. Je suis au ministère des Finances, je suis responsable 90 services en province pour les réformes de l'État. Et donc là, il y a deux. Linda. Il y a la Linda, businesswoman, c'est à dire qu'à l'époque je travaillais en civil, j'étais en tailleur, je gérais nickel. Et puis il y avait Linda quand elle rentre chez elle et qui dort pas de la nuit, complètement torturée.
12:35 J'ai sombré dans l'alcool dans une forme de déprime. Parce que la grande question qui a émergé à ce moment là, c'est Qu'est ce que je fous là ? Et une fois que je me suis posé la question c'est où je vais ? Qu'est qu'est ce que je fais ? Mon mari ? Mon boulot ? Et donc c'est deux ans et demi de questionnement pour finalement conclure Je ne suis pas à ma place, donc je divorce. C'était ma première décision et je démissionne pour me consacrer à l'aventure. Juste avant de parler justement de la suite de l'aventure, de tout ce que tu vas découvrir, de tout ce que tu vas nous nous enseigner, nous éclairer aujourd'hui, juste sur ces deux ans et demi de questions. Des personnes qui vivent des des des des grandes blessures comme ça, des grands tournants de vie qui nous écoutent, qui nous regardent. Il y en a plein. Toi, ça a été le départ de ton père, Des gens qui sont dans ces deux ans et demi mal dans leurs pompes, entre leur image, ce qu'ils sont vraiment.
13:24 Est ce qu'il y a des gens qui ont aidé dans ces deux ans et demi ? Est ce que c'est quelque chose que tu peux peut être transmettre dans les gens qui qui sont dans la nuit de leur vie, qui étouffent dans ce qu'ils ont construit ? C'est une superbe question parce que tu vois, tout à l'heure on parlait de solitude dans le voyage en solitaire et la solitude. C'est vraiment à cette époque là que je l'ai expérimenté. Parce que le problème c'est que j'étais quand même dans un cadre super formaté et et. Et le deuxième problème, c'est qu'à cette époque là, je ne sais absolument pas exprimer mes émotions. Plutôt que m'ouvrir aux autres, je me renferme comme comme dans une coquille. Mon mari, je ne lui parle pas. En fait, je souffre en silence et je souffre seul parce que déjà je ne comprends pas ce qui se passe et.
14:10 Et je ne sais pas qu'il y a du monde pourtant. Pourtant autour de toi maintenant. Parce que peut être qu'il y avait des gens, mais je ne Je ne voulais pas m'ouvrir, même mes meilleurs amis que j'ai toujours. Je connais depuis que j'ai onze ans, qui m'ont vu évoluer. Je ne leur parle pas un moment. Pour te donner un exemple, je sais que je vais me séparer. C'est la première décision et on est en soirée avec mes deux meilleurs amis de la Somme Et tout d'un coup, je leur dis Tiens les filles, je divorce et la meuf elle tombe des nues quoi. Je pensais que tout allait bien parce que extérieurement, mais vraiment tout allait bien. Ce que je masquait. J'étais la pro de masquer. J'avais construit une armure que je pensais un destructible. Sauf que c'était l'apparence. Mais qu'est ce qui fait que t'as pas demandé à ses amis de t'aider à réfléchir, à prendre la décision ?
14:56 Ben ça, je pense que c'est mon caractère. Je sais, le tempérament c'est personnel. Ouais, exactement. C'est que même la joie dans ma vie actuelle où j'ai beaucoup évolué depuis, je. Je suis de toute façon d'un caractère solitaire. Sauf qu'aujourd'hui, j'ai appris à m'exprimer, J'ai appris aussi bien m'entourer et peut être, oui, tout simplement. J'ai cheminé seule et je. Et peut être aussi que je me disais que les gens allaient pas comprendre. Parce que dans l'armée, quand je l'ai vu, quand je décide de divorcer, tous mes amis sont du même milieu. C'est normal, on a les amis du milieu dans lequel on évolue. Et alors ? Moi je suis passée pour la dingue. Une dame a pété un câble, une allée folle. Mon monde. Mon mari m'a dit à l'époque Fais tu vraiment n'importe quoi ?
15:43 Je passais pour une extraterrestre et y compris des très bons amis et du coup ça m'a pas forcément ça va pas. C'est juste que c'est là que toi tu allais mal et donc t'avais besoin de prendre tes décisions qui étaient bonnes pour toi. Profondément. Intérieurement ? Non. De manière solitaire quoi exactement ? Est ce que tu te souviens du du moment à la fin de ces deux ans et demi où tu prends la décision de tout plaquer, de tout plaquer au sens de partir à l'aventure ? Parce que des gens qui passent toute leur vie à se laisser mourir intérieurement, il y en a des gens qui arrivent à résoudre la situation en question. Il y en a aussi, mais des gens qui acceptent aussi d'aller chercher un nouveau souffle de vie. On a du mal à voir ce qui fait le déclic chez toi. Est ce que tu te souviens de ce déclic ? Oui, je m'en souviens
16:29 très bien parce que, en fait, c'est assez bizarre. Parce que dans cette fameuse nuit noire, parce que clairement, c'est la nuit, c'est les ténèbres que que je traverse. Et malgré tout, je sens que mon père, il est là parce que j'ai toujours été croyant. Donc je crois en une présence après la mort, la vie après la mort et notamment trois jours après sa mort. On est en train d'organiser les funérailles. Il y a quelque chose de très contradictoire qui se passe en moi, c'est que je suis complètement effondrée et en même temps, on est dans le couloir avec mon grand frère et mon père repose dans sa chambre au fond du couloir. Et là, tout d'un coup, j'ai un sentiment de joie. Alors je sais que ça paraît fou parce que en même temps, je suis au fond du trou et en même temps, c'est comme si quelque chose m'enlevait
17:16 un poids énorme que je portais sur les épaules. Et ce quelque chose que moi j'associe à mon père me dit Libère toi. Et ce truc là, je pourrais jamais l'oublier. Et je pense que c'est ce qui m'a donné la force d'aller vers autre chose. C'est à dire que, en même temps, je suis dans ces ténèbres, donc, et dans ces fameux deux ans et demi. Mais en même temps, je sais, j'ai la foi en fait, et je me souviens à l'époque, je me sépare, je déménage à Montmartre, le lieu des artistes. C'est pas, c'est pas un hasard. Je cherchais comment m'exprimer. Qui de mieux que les artistes pour m'initier à l'expression de soi ? Et tous les soirs, quand je rentrais du ministère des Finances, je rentrais à pied et j'allais prier au Sacré-Cœur. Et là. Mais j'étais au fond, la chapelle dédiée à la Vierge Marie,
18:02 Et je pleurais, et je pleurais beaucoup. Et j'ai commencé à écrire à cette époque là, à avoir des carnets notes. Et je dis Mais où est ce que je vais ? Et petit à petit, eh bien, c'est comme ça que le chemin se dessiner des personnes qui se sont présentées. C'est ça, les lueurs, les lueurs sont incarnées par les personnes. J'ai je savais que je voulais faire autre chose. Donc j'ai commencé à faire des formations à droite et à gauche. Et puis tout d'un coup, des personnes qui tout d'un coup chantaient, qu'il y avait quelque chose qui s'allume, quelque chose en moi. Et donc j'allais parler avec ces personnes. Et c'est des personnes qui sortaient de mon cadre, qui sortaient de mon milieu et qui du coup m'ouvrait une autre perspective sur la vie, sur le monde. Et c'est là que, à un moment, j'ai vu que je commençais à rencontrer le milieu des écrivains voyageurs et là je me suis dit c'est ça que je veux être
18:49 et je vais le devenir, Tu vas partir, tu vas partir, tu vas commencer à voyager, tu vas partir en Sibérie, tu vas partir en Alaska, en Himalaya, en en Israël et tu vas partir. Donc, sac au dos, marcher beaucoup et tu vas partir seul. Oui, pourquoi ? La solitude ? Je me suis même pas posé la question. Je me suis dit j'ai envie de partir seule. J'avais besoin d'être seul. Je pense que je n'étais pas les mots à l'époque dessus. Mais tu vois, on parle de guérison, de reconstruction. Intuitivement, je savais que ça allait passer ce chemin, personne d'autre pouvait le faire à ma place. Et puis j'avais Là on parle du voyage et j'ai pas commencé à voyager seule. Du jour au lendemain, je continue Continuer, travailler au ministère.
19:36 T'avais dans la baie de Somme à Fontainebleau, un peu plus loin quand même en Europe, dans les Alpes, dans les Vosges, on a quand même des superbes coins nature chez nous et j'ai adoré ça le contact. Et c'est là que j'ai commencé, qu'avant je partais avec mon avec mon mari. Et là tout d'un coup, le lien avec la nature, je découvre la connexion avec Qu'est ce que tu découvres ? Parle nous de ces premiers moments où tu pars seul. On va partir ensuite dans des très grands voyages. On va raconter cette cette agression sexuelle qui va être un grand tournant aussi dans ta vie. On va reparler de la guérison, cette question des heures du matin qu'on essaie de résoudre. Mais juste dans cette solitude voyageuse, qu'est ce que tu vas découvrir dans la nature ? Euh. Je découvre.
20:23 La première chose que je découvre, c'est la beauté, la beauté de la nature et la beauté du monde. Parce que finalement, en étant seul, pas diverti, que ce soit par les autres et à cette époque là, époque bénie encore, les smartphones, tout ça quoi. Donc le fait d'être un moment, d'être par exemple, je me souviens, je suis partie dans les Vosges, pas besoin d'aller loin et en raquettes en plein hiver, d'écouter le bruit de la neige sous ses pas, de voir tout d'un coup les flocons qui tombent. Un oiseau qui traîne par là, la beauté de la nature et. Et souvent, justement, est ce que tu te sens pas sage ? Mais non, parce que moi, à travers la nature, je ressent avant tout une présence. Tu t'étais jamais émerveillée avant,
21:08 mais je crois que je. Non, je le découvre vraiment à ce moment là. Et grâce à la solitude, grâce au fait d'être seul. Parce que tout d'un coup, j'apprends à voir, J'apprends à écouter, j'apprends à sentir et. Et en plus, grâce à la marche, parce qu'il y a, il y a eu ça aussi qui est venu très tôt. J'ai voyagé en marchant. Euh, il y a ce ce rapport à la lenteur qui tout d'un coup l'esprit et les pensées, et les doutes, et les peurs, etc. Et cette torture intérieure qui vient de tirailler dans tous les coins. Un moment ça s'efface, ça s'apaise, se tasse un petit peu, et c'est ce qui nous permet d'aller à l'extérieur de soi, de pas toujours être en train de fouiller en soi, mais d'ouvrir les yeux, de lever la tête.
21:54 Et en fait, on pense souvent que seul on va tourner en rond en nous même, alors qu'en fait on va s'ouvrir à plus grand que soi. Exactement. C'est ça que tu découvres ? Ah oui, c'est ça que je découvre et ça me fait du bien. Et. Et après je revis que d'une chose, c'est recommencer. Tu vas recommencer parce que tu vas pas parcourir des milliers de kilomètres à pied, à vélo, en courant même parfois. On ne va pas raconter tout tes voyages, on va on va aller Sur ce. Sur ce moment dont je parlais tout à l'heure, ou ou tuer en Turquie. Et tu vas être forcé de t'arrêter parce que tu vas vivre une agression sexuelle. Est ce que tu peux déjà nous nous raconter ce qui se passe ? Oui, Alors on est en 2019 août 2019, ça fait déjà un moment que je voyage comme ça.
22:40 Ça fait huit ans que j'ai commencé à voyager. Été 2011 donc j'ai l'habitude. Marcher seule pendant des mois à travers les régions que t'as citées Sibérie, Himalaya, Alaska et. Et je voyage à cœur ouvert parce que tout à l'heure je parle de beauté et donc à travers le voyage en solitaire, je me rends compte que non seulement il y a ce rapport à la nature, mais il y a ce rapport à l'autre. La découverte de la culture et à quel point l'autre est bienveillant sur le chemin. D'autant plus quand on est une femme. Parce que le premier réflexe des gens, c'est la curiosité quand on est une femme. Qu'est ce que tu fais là ? Et l'accueil ? Et donc, pendant huit ans, je suis vraiment dans ce voyage où tout va bien. C'est à dire que j'ai jamais eu à part en Sibérie où des fois c'est un peu abusé de la vodka, mais globalement j'ai jamais eu de problème dans aucun de mes voyages.
23:26 Une forme de pureté dans le voyage, de pureté, de beauté, de bienveillance et d'enrichissement. Enfin vraiment. Et je veux et je me souviens, C'est pas clair. Je le dis souvent aux gens, je. Le monde est beau et l'humanité est belle. Ça m'a permis de retrouver foi en l'humanité et je trouve que d'autant plus aujourd'hui, c'est important de continuer d'y croire. Et donc j'arrive en Turquie et en parallèle de mes voyages, il y a une quête spirituelle qui s'entrecroisent, qui est très forte, où je veux découvrir les différentes mystiques du monde. Donc j'ai découvert le chamanisme en Sibérie, le bouddhisme, l'hindouisme en Inde, dans l'Himalaya, la Kabbale qui est la mystique juive en Israël. Et là je suis les traces de Roumi, donc du soufisme, un chemin qui traverse la Turquie, qui part d'Istanbul et qui va jusqu'à
24:13 Konya où est enterré Roumi Roumi, qui est le poète de l'amour. Donc je suis vraiment guidé par ça. Et malheureusement, comme tu le dis août 2019 où je suis en Anatolie centrale donc c'est vraiment le ventre de la Turquie, le centre de la Turquie. Un matin, au sommet d'une montagne, il y a un homme qui apparaît. Et là c'est dingue parce que dans le corset il y a quelque chose qui s'est passé dans mon corps, sauf que j'ai refoulé. Et qu'est ce que je fais ? Je lui tends la main pour lui dire bonjour et comme ça, ça veut dire qu'il a senti que ce 12 h j'ai reçu une décharge mais que ce mec allait vouloir du mal. Il y avait quelque chose qu'elle est pas. Mais comme je te dis, je voyage, moi je voyage à cœur ouvert, vraiment.
24:59 Et donc tu refoules quoi ? Tu dis Ben il était là et je pouvais. En plus, j'étais au sommet d'une montagne sur des roches où je descends, je ne pouvais pas bouger donc je tends la main pour me dire bonjour et au moment où on met on pose les pieds au sol, on descend des roches parce que je n'avais pas d'autre endroit pour pour passer, donc c'était clairement un coup monté, un guet apens. Je précise. Et je lui serre la main là pour lui dire au revoir et il me saute dessus, m'étrangle trois fois, il essaie de me violer et il est. Il était tout seul, il était tout seul. Après, il y avait un autre, un autre gars qui était un peu plus que j'avais croisé dans la matinée. Enfin ça c'est l'enquête, c'est un coup monté, etc. Mais bon, en l'occurrence, il était tout seul et clairement il met 33 fois ce qui me sauve
25:45 car moi, si je n'avais pas été croyante, je serais devenu à ce moment là. Ce qui me sauve c'est que au troisième étranglement, je pars quoi ? Je suis plus à quoi ? Et je pars, ça veut dire je me gêne, je dépose les armes ou je je j'abandonne ouais. Ou je passe, je passe dans un dans une autre dimension. Sauf que j'entends une voix qui me dit Fais la morte, fais le lézard, je les arrache. Ça peut paraître un peu absurde comme ça, mais c'est dingue. La j'en parle mais ça se passe en 1/1000 de seconde. Quand j'étais en quatrième, je m'amusais à jeter les lézards dans l'eau. Et qu'est ce qu'ils font ? Où il y en a ? Un peu espiègle à ce jeu là, les lézards, ils font semblant de mourir et du coup après on les relâche et ils se barre en courant. Et en fait, j'ai cette voix qui arrive,
26:31 qui meut, qui me dit ça et moi j'associe instantanément en disant fais semblant de mourir, fais la morte, fais la morte. Et donc le gars, parce qu'il a. Il était là. Je suis à terre, je précise, j'ai mon sac à dos, donc je suis bloqué entre mon sac à dos qui me tire au sol et lui qui est contre moi, qui me touche et qui m'étrangle en même temps. Et là qui se recule en disant c'est bon, c'est gagné et et en fait j'ouvre les yeux et je lui donne. En fait, je me bats quand je donne un coup de pied en plusieurs coups de pieds bien placés. Et là, enfin, c'est important de comprendre ce que je dis. Je. Mais c'est plus moi, c'est quelque chose d'autre, une sorte de force animale instinctive. C'est de l'ordre de l'instinct ou je ne sais pas comment je fais.
27:18 Mais je rêve. Je me redresse, je saute sur mes jambes, je récupère. J'ai toujours mes bâtons de marche, Je ne sais pas comment je récupère le bâton de marche et là, je m'en sers comme une lance et je le repousse. Et en fait, il y a un instant de suspension où lui, lui, il ne comprend pas ce qui lui arrive en. Mais il pensait que c'était bon. Finalement la nana elle renaît de ses cendres en gros quoi. Et. Et là, je profite de cet instant, de cet instant de suspension pour courir. Donc je cours à travers la boue toutes les forces de ce que je pouvais, parce que mine de rien, j'ai mon sac. Et c'est là. Après, il y a la panique, la peur. Elle arrive, mais après la panique, la panique, je tremble. J'essaye d'appeler les flics, il n'y a pas de réseau. Et en plus, quand j'arrive à avoir le 112 très important de connaître ce numéro.
28:06 Ils ne parlent pas anglais, ni encore moins français. Ils parlent turc donc je galère la galère et je sais que je sais parce que t'avais peur d'être poursuivie par les mecs ou qu'ils s'étaient retrouvés et tout. Après moi je me suis fait jeter dans un film d'horreur. Je me suis dit après je me retournais, je le voyais plus, Je me suis dit a du se cacher parce qu'il y avait ces grosses roches qui étaient au sommet de la montagne aussi. C'est caché, il y a l'autre qui va arriver et et après un truc miracle sur miracle, c'est à dire que je cours, je cours, je cours avec ce sac. Les policiers m'ont dit qu'après, évidemment, il y a les gendarmes qui sont arrivés, ont dit mais pourquoi tu t'es pas débarrassé de ton sac ? On m'a déjà posé la question, je ne pense plus là, moi. C'est toute la logique d'une réflexion cartésienne ou rationnelle. Elle arrive
28:52 quand tout va bien et quand t'es posée, mais j'arrive pas sur ce moment là. Ah non non non, la je suis en panique et même moi à un moment j'arrive parce que du coup je cours, je fuis et je tombe sur une cabane. Et comme je suis, je suis complètement effrayé de ce qui se passe à l'extérieur. Je préfère être dans la cabane plutôt que dehors. Et donc là je vois, il y a plusieurs paires de chaussures et je me dis bah ça doit être parce qu'on est le matin, il doit être sept ou 8 h du matin. Je me dis ça doit être une famille qui doit être là, donc ça me rassure. Je frappe, ça répond pas, j'entre, je me dis j'en ai rien à faire. J'ai tellement peur que je veux rentrer. Et c'est là où je dépose mon sac. Et là, j'ai un éclair de lucidité en disant T'es stupide, tu as gardé ton sac qui était chargé à bloc. Bon bref. Et je vois quelqu'un qui dort dans un lit. Et là, en anglais, je dis can you help my please ?
29:38 Et là, la forme se retourne. Je me rends compte que c'est une jeune femme et elle me répond en anglais. Je me souviens, elle me répond I don't speak english mais avec un accent français. Et là je lui dis mais tu parles français ! Et là, elle m'explique Ah les Turcs belges qu'elle est là parce que son petit copain est hébergé, donc il est parti avec les moutons qu'elle aurait dû partir la veille pour rejoindre ses parents au village, mais qu'elle est restée une nuit de plus pour rester avec son petit ami. Et elle parle français enfin. Alors moi je me suis dit mais cette fille, cette jeune femme, elle était tout jeune, elle va avoir 17 ans, C'est un ange, c'est un ange sur mon chemin et donc c'est elle qui va t'aider. C'est elle qui va appeler les flics, les gendarmes. Et surtout, comme elle parle, elle parle français et turc. Elle devient mon interprète.
30:23 C'est elle qui va rester ce que toute la journée on a fait des recherches pour pour retrouver l'agresseur principal et le complice. Tu vas être ensuite rapatrié. Euh tu vas arrêter ton voyage, tu vas revenir en France, On est et va commencer, comme je le disais tout à l'heure, un long chemin de prise de conscience de ce qui est arrivé. Et à partir de là, il y a le chemin de la guérison qui se met en place. Toi, ce chemin, il va il va devoir commencer par l'acceptation que cette pureté dont tu nous parler s'est complètement refermée et que t'es en train de mourir. Intérieurement. Tu n'arrives plus à t'émerveiller, tu es traumatisé, tu es presque asséchée. Comment tu vas aborder cet impact de cette cette agression, de tout ce qui va se suivre ensuite dans ta vie ? Alors déjà,
31:09 euh. J'ai eu un très bon conseil très rapidement et ça, ça a été la clé quand j'étais rapatriée. Donc j'ai appelé mon assurance pour le rapatriement et comme j'ai été militaire, j'ai une assurance avec des médecins militaires du coup, qui sont habitués malheureusement au traumatisme violent, notamment des traumatismes de guerre. Et ce médecin, il me dit quelque chose et vous allez voir, vous allez rentrer, vous avez la vie va reprendre le dessus, vous allez penser que ça va, que ça va bien aller, mais ça n'ira pas. Donc je vous conseille très rapidement dans la semaine qui arrive de prendre rendez vous avec un psy. Est ce que tu fais Ça a été un conseil parce que je pense que j'aurais pas fait sinon de ma propre initiative parce que effectivement, c'est quand même dingue, mais
31:55 je sais pas si c'est oui. Enfin en même temps la vie continue donc on se dit c'est bon, je suis vivante. Et puis en plus qu'est ce qui se passe quand on est victime ? Et ça c'est horrible. Le premier sentiment que j'ai eu, et notamment quand les gendarmes turcs sont arrivés, c'est que je me sentais coupable. Je me suis dit c'est de ma faute. J'ai un sentiment de honte, de culpabilité et je commence à entendre tout des voix en ah oui mais façon c'est ta faute, tu aurais pas dû aller etc. Et. Et donc le premier réflexe est de ne pas en parler. Et là, j'ai vraiment compris les victimes en devenant victime à mon tour. Et donc ce médecin a été une clé importante dans cette amorce de ma reconstruction parce que du coup il y a eu la parole, donc j'ai pu parler avec un psy très rapidement qui a été très utile
32:43 et mots justes, vraiment des très bons mots. Et puis après j'avais tellement parlé de culpabilité, de honte, mais j'avais la haine. Mais vraiment, t'avais envie de défoncer tes agresseurs, de les retrouver eux. Et puis l'homme en général, les hommes en général et. Et comme je t'ai dit pendant des années, ce que cheminement spirituel qui était déjà bien amorcé avant, qui me passe cette agression. Moi je crois en l'amour, je crois en la Lumière et là je comprends pas et je me dis mais en fait finalement tout ça c'est des conneries, ça n'existe pas. L'intuition ça n'existe pas, La beauté ça n'existe pas. Ça veut dire qu'en fait et toute la croyance arrêtée le jour où t'as vécu le contraire en fait, et donc tout ce en quoi reposait ta vie, comme tu as fait l'expérience du mal,
33:33 tout ce qui faisait le bon, t'as voulu le gommer en te disant que c'est des conneries. Oui, cette haine que j'obtiens en fait, je sens qu'elle me ronge, elle me ronge, elle me détruit. Et j'ai quand même une sorte de sursaut, de lucidité. Et encore une fois, le travail par la parole m'a aidé à prendre cette distance en me disant mais je continue de croire en l'amour, en la beauté. Qu'est ce qui fait que tu y crois alors que t'as vécu le contraire ? Parce que sinon, tu peux pas continuer à vivre. Et je suis croyante. La foi, je me dis c'est pas possible. Et c'est pour ça que je ne veux pas que cette haine me ronge. Et alors, pour que cette haine ne te ronge pas, tu vas faire un truc qui est complètement paradoxal. Tu vas repeindre, tire toute seule.
34:21 Et là, tu jettes ton dévolu sur le Great Patagonia Trail. J'espère que je prononce bien, mais c'est quand même un chemin dans les jambes qui fait 3000 kilomètres, qui est non balisé, qui est extrême. Il y a que moi. S'il y a bien un conseil que je t'aurais pas donné, c'est celui de te barrer seule pendant 3000 bornes dans les Andes. C'est vraiment quelqu'un qui a une grosse gueule de bois et tu lui sers une vodka, fait. Donc moi j'ai juste besoin de comprendre pourquoi tu penses qu'en te mettant dans le dur, tu vas avoir un chemin de guérison ? Alors ça je l'ai compris après. Mais déjà pour répondre à ta question, en fait c'est mon corps qui me le dit. C'est à dire qu'il y a eu la parole, le psy et un moment j'avais repris la clope, je suis là, j'étais en train de fumer à la fenêtre, moment méditatif.
35:09 Et là j'ai dit tu veux aller marcher quoi ? Et là, je commence à regarder sur internet. Je voulais un truc ultra sauvage parce que pour le coup, je ne voulais pas croiser une seule personne. Et c'est comme ça que je trouve Patagonia and Trade Patagonia. On est en plein hiver parce que je pars en début novembre, donc Hémisphère Sud là bas, c'est l'été austral donc le timing colle parfaitement. Et pourquoi comme tu dis ça, c'est un des chemins les plus durs au monde ? Clairement, en termes de ma question, je me dis c'est toujours moi. Je regardais en préparant l'interview Ouais, le GR20 à côté, c'est une balade de dimanche, donc c'est fou. Il faut bien se représenter le truc d'une randonnée. Je sais pas si on peut appeler ça de la randonnée, c'est assez puissant. Enfin, juste pour donner cette anecdote, je traverse un moment sur ma carte, c'est
35:56 deux kilomètres et il s'avère que c'est une une sorte de jungle de bambou donc aucun sentier Ces deux kilomètres, ça va me prendre 7 h et je ressors de là avec des bleus, des pieds, des pieds à la tête. Et pour répondre à cette fameuse question, le pourquoi c'est je l'analyse après c'est que je pense pas qu'on peut se sortir de la violence par la douceur et à un moment, en tout cas pour moi. Je ne sais pas si c'est prouvé entre guillemets, mais en tout cas pour moi, je pense qu'il fallait quelque chose de violent pour sortir de la violence. Est ce que tu peux juste développer un petit peu cette violence pour se réparer ? Parce que ça peut paraître un peu paradoxal de rajouter de la violence à la violence pour s'en sortir,
36:42 mais en tout cas, moi c'est ce que j'ai fait instinctivement. C'est quand je te dis que j'ai eu cet appel, je vois ce chemin, il me fallait quelque chose et je l'ai vu, ce chemin, clairement, physiquement, dans l'état dans lequel j'étais, J'aurais pas pu le mener si je n'avais pas cette colère et cette haine. Et tu vois, à chaque pas que je faisais, à chaque effort en plus que que que j'ai offert à cette terre, eh bien, j'avais l'impression de libérer de de transformer un peu plus ma colère, de transformer ma haine. Tu vois ? Mais vraiment, au contact de la terre, j'avais l'impression de l'écraser, etc. Et c'est ça la sensation que j'ai eue. Et en fait, c'est cette violence, enfin cette oui oui, oui, j'ai pas d'autres mots.
37:28 Une violence dans l'effort qui m'a permis de transformer la violence. Pourquoi pour toi, c'est si important aujourd'hui de nous faire passer ce message de libération et de guérison ? Mais la guérison, la guérison du monde passe d'abord par cette guérison intérieure. C'est comment je peux espérer construire, enfin avoir du moins l'espoir de construire un monde plus apaisé si moi même je ne le suis pas. Parce que c'est quand même pas toi qui t'es agressé. Donc tu pourrais te dire attendez, je vais quand même pas faire l'effort toute ma vie de me guérir d'un truc dont je ne suis pas responsable. Oui, c'est très juste ce que tu dis, mais tu vois tout à l'heure, quand je pointais cette haine qui me rongeait, c'est parce que j'ai vraiment visualisé ça comme une noirceur des ténèbres. Moi je ne veux pas, j'en veux pas de ces ténèbres.
38:13 Donc peu importe pourquoi c'est venu souvent. J'y. On est pas. On n'est pas où. J'ai trouvé des explications à tout, mais en revanche, dégager du sens, ce qu'on vit, oui. Alors c'est quoi le sens de la guérison ? Le sens de la guérison ? Eh bien, c'est un moment de retrouver ce que, enfin le nom de cette émission la lueur, la lueur intérieure. Parce que plus on l'aura en nous, plus on pourra la transmettre au monde. Et cette lueur, elle est inépuisable. Et. Et je trouve qu'on a tous et toutes ce potentiel en soi. C'est tellement important. Et moi j'ai voulu continuer d'y croire parce que j'ai la foi. Mais au sens large, c'est quoi les les, les les marqueurs d'une guérison ? On peut pas tous se barrer pendant un an et demi au milieu des Andes en plein combat, Ça c'est notre corps.
39:00 Il est parti treize mois en Italie. Là, les gens ne savent pas encore qu'ils vont voir du cancer. Parti treize mois, on ne peut pas tous se faire une rupture conventionnelle, larguer notre emprunt, nos enfants, notre femme, notre mari pour aller tout seul face à nous même, aller discuter avec Dieu et nos ténèbres. Donc on aimerait peut être tous ou pas, ou pas, mais mais on ne peut pas tous le faire. Alors si on est tous appelés à guérir et si c'est intérieur, c'est quoi les les marqueurs, les outils qu'on a à la disposition ? Alors déjà, je dirais la première chose, et je pense que c'est un des plus gros talents dans notre vie, c'est bien s'entourer et commencer à parler. Parce que moi, quelque part, ces cinq qui a déclenché le reste. J'ai parlé de cette violence, mais après on va dire c'est la dernière partie de ma guérison. Il y a eu l'écriture, évidemment, la thérapie.
39:48 Écrire aussi. Tellement important. Pas besoin d'être publié. L'écriture, c'est une forme de libération. Et quand je parlais de la violence, peut être derrière ce qui a pu offrir une autre couche à cette guérison. En fait, je suis revenu à la douceur. Il y a des fois aussi il faut apprendre à ne rien faire et c'est là où les choses se révèlent. C'est tellement important qu'on nous le dit, pas lui en dire. On veut faire, on veut faire, on veut faire société encore une fois du faire, de se remplir, de. Eh bien à un moment aussi, faut juste apprendre à être dans cette phase de lenteur, peut être même d'immobilité, d'apparence, d'immobilisme, mais qui est en fait un révélateur. J'aimerais qu'on termine cette émission en parlant un peu de l'âme.
40:35 On en a déjà un petit peu parlé de la dimension spirituelle de la guérison. J'aimerais que tu me parles un petit peu de ce qui est invisible et peut être nous répare. En tout cas, c'est ma question. Ce qui est invisible. Tu sais, tout à l'heure je parlais du pouvoir de la nature et pourquoi je ne me sens pas seul dans la nature ? Parce qu'il y a cette présence et à un moment tu parles de l'âme, l'âme du monde, ce rapport à Dieu. Tu vois qui peut paraître très abstrait, où quand je te dis quand j'étais petite, tu vois, je me positionner Dieu comme on nous dit dans le ciel, très loin, mais c'est là où je me suis rendu compte que comment il se manifeste, et cette présence, cet cet amour, c'est en soi et notre centre, il est dans le cœur.
41:22 Chaque fois que j'ai l'impression d'être en lien avec cette présence divine, l'âme du monde avec Dieu, avec l'amour. Parce que pour moi, tout ça, c'est ce que des mêmes mots qui signifient une même une même vérité, c'est là que je ressens. Mais vraiment, quand tu dis là, pour ceux qui nous écoutent, c'est dans ton cœur, le cœur, le moi est notre centre spirituel. Le centre de la poitrine est pourquoi on a tant de mal à s'y connecter alors que ce centre semble être un pouvoir fort de guérison aussi parce qu'on est tellement en souffrance, justement. Est ce que c'est tourné vers ce que ce cœur c'est. C'est un pouvoir. Jésus le disait l'amour. Il y a pas d'autre message de Jésus que de ce que celui de l'amour. Mais dès qu'on commence à regarder là, c'est tellement violent. On a tous, comme tu le dis très bien, nos blessures, nos traumas,
42:09 des traumas qu'on a vécu. Mais après moi qui me suis intéressé au transgénérationnel avec l'histoire de ma mère notamment, où je me suis retrouvé face au passé qui nous ont été transmis exactement quand on commence à regarder là. Mais c'est d'une telle violence. Donc. Et alors ? Et alors, c'est quoi là, la posture intérieure à avoir pour pour oser soulever le capot de cette dimension intérieure ? Parce que franchement, quand on soulève le capot et qu'on regarde le truc, on s'y attend. Mais c'est tellement violent et j'y suis tellement pas pour grand chose que j'ai quand même plutôt envie de fermer le capot. Je bosse, je m'éclate le week end et. Et je vais quand même pas si tu me pardonnes l'expression, je vais pas me faire chier à tourner en rond dans cette souffrance que je n'ai pas choisie. Pourquoi faire ça ? Je pense qu'il y a. On n'est pas obligé de le faire un moment.
42:56 Si le vie se déroule pour un enfant, il y a vraiment aucune obligation. Mais à un moment, un moment, on va en ressentir le besoin si ce besoin émerge du coup, le désir et la volonté derrière, pourquoi le faire ? Parce que pour moi, si à un moment il y a un désir qui émerge, c'est que ça va, ça va soulever des choses. Mais concrètement, ça passe par quoi pour toi ? Par des moments de prière, par des moments de de silence et d'intériorité avec une force présente ? Ça passe par quoi d'aller essayer de regarder ça ? Ben la réponse, je l'ai dite au début. La lenteur, la marche qui nous appelle à la lenteur. Un moment où les choses vont émerger justement en douceur. La prière.
43:42 Tout à l'heure, hors antenne, on parlait du pouvoir de la respiration. Ça passe par le titre de mon livre Le souffle. Tu me disais que les bouddhistes disent dans les orthodoxes, les orthodoxes, ils disent prier, respirer, c'est prier. Respirer, c'est prier. Et il y a une méditation que j'adore qui s'appelle la pause entre les souffles où à un moment, quand on commence à observer son souffle, entre chaque inspiration et chaque expiration, entre chaque expiration et chaque inspiration, il y a cette micro pause. Sept virgule. Ce silence. Et déjà commencer par ça, c'est énorme. Je reprends ma question du début, la question qui a guidé toute notre interview à travers ces blessures que tu as et ces blessures qu'on porte tous ? Jusqu'où peut on aller pour guérir
44:28 jusqu'au bout de l'amour ? Donc en gros, c'est sans fin. Mais en Occident, tu vois quand quand tu poses cette question, il y a quelque chose de très linéaire, comme s'il y avait une fin, parce qu'en fait on est sur une conception d'un temps linéaire. Or, en Orient, on est sur un conception. La conception d'un temps circulaire, c'est quoi la différence ? C'est sans fin. Il n'y a pas d'urgence. Tu vas être tout à l'heure, je ne voudrais pas qu'on me prenne mon message quand je parle de violence. Mais ça prend du temps tout ça. Il n'y a pas d'urgence, c'est la vie est circulaire. J'irais même plus une spirale parce que à chaque cercle qu'on pense avoir bouclé, tout d'un coup, paf, on va avoir autre chose. Si on le fait pas maintenant, c'est pas grave, il n'y a pas d'urgence, il faut s'occuper des enfants. On a chacun des des contraintes dans nos vies
45:14 et donc ne pas se mettre d'injonctions quoi. Par contre, comme je disais tout à l'heure, quand le désir émerge ou quand la vie est sous la vie, elle est très douée pour ça. Elle nous met un peu un coup dans la figure si je puis dire. On est, ce serait donc tu regardes le monde là, on va pas faire des ânes et foncer comme des benêts dans le mur quoi. Ouvrons les yeux et se dire OK, là la vie m'envoie un signal où je ressent le désir. J'ouvre les yeux Qu'est ce qu'il y a ? Qu'est ce que je peux voir ? Et la grâce à toi, on sait qu'on peut entrer peut être, ou par le corps, ou par le cœur, ou par l'âme. Sur ce chemin de guérison. Si tu avais un microphone devant les centaines de milliers de personnes qui nous regardent, qui nous écoutent, qu'est ce que t'aimerais leur dire aujourd'hui ? J'aimerais dire aux gens N'oublions pas de rire, n'oublions pas d'aimer. Et n'oublions pas de respirer.
46:00 Merci beaucoup, Linda Bartolo d'être venu nous voir aujourd'hui sur le plateau des Lueurs. Je rappelle la sortie de ton livre pour tous ceux qui auraient envie de de poursuivre, de mieux comprendre ton histoire. Le souffle des Andes aux éditions Payot. On vous met le lien dans la description. Merci. Mais de plus en plus nombreux à suivre les lueurs. J'espère que ces contenus vous plaisent, continuez de les partager, continuez de vous abonner et moi je vous donne rendez vous dès la semaine prochaine avec un nouvel invité. A très vite.