Le jour où un virus a tué 4.000.000 de joueurs

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Bref Résumé

Cette vidéo explore l'incident du "Sang Corrompu" dans World of Warcraft en 2005, une épidémie virtuelle qui a fasciné les épidémiologistes, les experts en terrorisme et les joueurs. Elle examine comment cet événement a servi de modèle pour étudier la propagation des maladies infectieuses et les comportements humains en situation de crise. La vidéo aborde également l'évolution de la guerre biologique, des méthodes ancestrales aux manipulations génétiques modernes, soulevant des questions inquiétantes sur l'avenir de la biosécurité à l'ère de l'intelligence artificielle et de la démocratisation des outils de biologie moléculaire.

  • L'incident du "Sang Corrompu" dans World of Warcraft comme modèle d'étude des épidémies.
  • L'évolution de la guerre biologique, des méthodes traditionnelles aux manipulations génétiques.
  • Les risques liés à la démocratisation des outils de biologie moléculaire et à l'intelligence artificielle.

Introduction : L'Épidémie Virtuelle et Ses Implications

L'histoire commence dans le jeu vidéo World of Warcraft, où une épidémie inattendue se propage rapidement, semant la panique parmi les joueurs et les développeurs. Cet événement, connu sous le nom d'incident du "Sang Corrompu", attire l'attention de biologistes, d'épidémiologistes et d'experts en terrorisme, qui y voient bien plus qu'un simple bug de jeu. La vidéo promet d'explorer les origines et les conséquences de cette épidémie virtuelle, ainsi que ses implications dans le monde réel.

Présentation du Sponsor : Greenot

La vidéo présente Greenot, une institution financière qui propose des placements écologiques. Greenot permet aux utilisateurs de financer des projets durables plutôt que des industries polluantes. L'entreprise offre une application moderne, une carte Mastercard en bois ou en plastique recyclé, et une version premium avec des avantages tels que l'accès aux salons voyageurs SNCF et des réductions sur divers services.

L'Incident du Sang Corrompu : Genèse d'une Épidémie

En 2005, dans World of Warcraft, un groupe de joueurs de haut niveau se lance dans un raid pour tuer un boss nommé Hakkar. Hakkar utilise un sort appelé "Sang Corrompu", un poison qui inflige des dégâts importants et se propage aux autres joueurs. Après avoir vaincu Hakkar, les joueurs retournent en ville, ignorant qu'ils sont sur le point de déclencher une épidémie.

La Propagation de l'Épidémie dans World of Warcraft

Peu après leur retour en ville, les joueurs infectés commencent à propager le "Sang Corrompu". Les personnages de bas niveau meurent rapidement, et la panique s'installe. L'épidémie se propage rapidement à travers les villes et les continents du jeu, touchant des milliers, puis des millions de joueurs. Les villes centrales comme Forgefer et Orgrimmar sont particulièrement touchées en raison de leur forte population.

Les Principes de l'Épidémiologie

La vidéo explique les principes de base de l'épidémiologie, définissant ce qu'est une épidémie et une pandémie. Pour qu'une maladie infectieuse se répande, il faut un agent infectieux, un mode de transmission et un groupe de victimes potentielles sans immunité. La vidéo donne des exemples historiques de pandémies dévastatrices, telles que la peste noire, la grippe espagnole et la variole.

Réactions des Joueurs et des Développeurs

Face à l'épidémie, les développeurs de Blizzard tentent de trouver et de corriger le bug, tandis que les joueurs s'organisent pour signaler les foyers d'infection et éviter les zones contaminées. Certains joueurs profitent de la situation en offrant des services d'escorte et de guérison payants, tandis que d'autres prétendent vendre des amulettes de protection.

L'Origine du Bug : Le Familier Infecté

L'origine de l'épidémie est retracée jusqu'au familier d'une chasseuse qui a été infecté par le "Sang Corrompu" lors du combat contre Hakkar. La chasseuse a renvoyé son familier avant la fin du combat, et lorsqu'elle l'a réinvoqué plus tard, le familier était toujours porteur du sort, contaminant ainsi la chasseuse et les autres joueurs autour d'elle.

Analyse Épidémiologique de l'Incident

L'épidémie de "Sang Corrompu" est analysée comme une zoonose, avec une contamination interespèce du familier aux joueurs. Les chercheurs utilisent des outils épidémiologiques tels que le taux de reproduction (R0) pour comprendre la dynamique de l'épidémie. Le R0 du "Sang Corrompu" est estimé à 100, ce qui est anormalement élevé en raison de la transmission à 100 % et de la possibilité pour les joueurs de revenir à la vie après la mort.

Les Solutions Tentées et les Leçons Tirées

Blizzard tente plusieurs solutions pour enrayer l'épidémie, notamment en isolant des zones et en créant des quarantaines, mais sans succès durable. Finalement, ils décident de retirer le donjon de Zul'Gurub, de corriger le bug et de le réintégrer au jeu sous contrôle. L'incident du "Sang Corrompu" a permis aux chercheurs d'étudier le comportement humain en situation de crise épidémique, en observant la peur, la suspicion, l'altruisme et le courage des joueurs.

L'Étude des Comportements Humains et le Bioterrorisme

L'étude des comportements des joueurs pendant l'épidémie a intéressé les spécialistes de la sécurité et du terrorisme. Les comportements observés, tels que la création de groupes soudés, l'utilisation de moyens de communication discrets et le ciblage de lieux symboliques, sont comparables à ceux de cellules bioterroristes. La vidéo donne des exemples historiques d'attaques bioterroristes réelles, telles que l'empoisonnement de restaurants par une secte en Oregon et l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo.

Gary et l'Utilisation du Sang Corrompu comme Arme

Un joueur nommé Gary a utilisé le "Sang Corrompu" comme une arme, infectant volontairement son familier et se téléportant dans les centres urbains pour contaminer les autres joueurs. Il a également infecté des PNJ pour créer des réservoirs permanents de contagion. Gary et d'autres joueurs ont coordonné leurs actions pour maximiser la transmission de la maladie, perturbant ainsi le jeu et forçant Blizzard à instaurer des zones de quarantaine.

L'Évolution de la Guerre Biologique : Des Méthodes Ancestrales à la Manipulation Génétique

La vidéo retrace l'histoire de la guerre biologique, des méthodes ancestrales consistant à empoisonner les flèches et les sources d'eau aux usines modernes produisant des armes biologiques à grande échelle. Elle mentionne l'unité 731 de l'armée impériale japonaise, qui a mené des expériences sur des prisonniers humains et largué des puces porteuses de la peste sur des villes chinoises. Pendant la guerre froide, l'Union soviétique a créé Biopreparat, un empire militaro-industriel caché qui produisait des tonnes de variole prête à être utilisée dans des missiles intercontinentaux.

La Révolution Silencieuse : La Biologie Moléculaire et l'Intelligence Artificielle

La vidéo aborde la révolution de la biologie moléculaire, avec la découverte de la structure de l'ADN et le développement d'outils d'édition génétique tels que CRISPR-Cas9. Elle explique comment l'intelligence artificielle, notamment AlphaFold, a révolutionné la biologie en résolvant le problème du repliement des protéines. Une expérience est mentionnée où une IA conçue pour découvrir de nouveaux médicaments a été utilisée pour générer des molécules potentiellement mortelles en moins de six heures.

Les Risques de la Démocratisation de la Biologie Moléculaire

La vidéo soulève des inquiétudes quant à la démocratisation des outils de biologie moléculaire et à l'accès à l'intelligence artificielle. Elle explique comment, pour quelques milliers de dollars, tout le monde peut jouer au biologiste moléculaire et créer des bactéries résistantes aux antibiotiques ou produire des toxines dangereuses. La vidéo se demande ce qui se passera lorsque des individus auront accès à des robots de paillasse open source, à des imprimantes d'ADN domestique et à des IA capables de concevoir des virus plus vite et plus efficacement que les humains ne peuvent les comprendre. La vidéo conclut en posant la question de savoir ce qui se passera lorsque tout le monde pourra ouvrir la boîte de Pandore de la biologie.

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Transcription

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0:02 Notre histoire finira dans un laboratoire souterrain amateur au milieu de bactéries et d'imprimantes à ADN. Elle commence dans un jeu vidéo World of Warcraft. À ce moment-là, le jeu vidéo le plus populaire du monde. Tout y est pensé, calculé, soigneusement préparé, des mois à l'avance à la ligne de code près. Mais pas ce que vous avez sous les yeux. Rien de ce que vous observez à l'heure actuelle n'a été pensé ou calculé ou soigneusement préparé. Rien n'est prévu. Ni les centaines d'individus paniqués, ni les corps contaminés, ni les animaux utilisés comme bombe biologique ambulante dont vous découvrir l'origine plus tard. Certaines personnes, dans le doute, imaginent que c'est un événement surprise organisé par les développeurs. Le problème, c'est que les développeurs sont tout aussi paniqués que les joueurs. Personne n'a la moindre espèce d'idée de l'origine de l'épidémie qui est en train de ravager les serveurs du

0:48 jeu. Aucune idée non plus de la manière de l'arrêter. Ce moment-là, personne ne le sait encore, mais c'est le point de départ de l'épidémie virtuelle la plus importante de l'histoire. Ils seront bientôt des milliers puis des millions à être touchés par ce que l'on nommera plus tard l'incident du sang vier. Et vous et moi, nous allons découvrir comment tout a commencé, comment tout s'est terminé et pourquoi des biologistes, des épidémiologistes et des experts en terrorisme y ont vu beaucoup plus qu'un jeu. Mais avant de nous y mettre, permettez-moi de vous présenter le partenaire de cette vidéo, Greenot, une institution financière nouvelle génération née de conviction écologique profonde pour ceux et celles qui ne veulent plus confier leurs économies à une banque au placement opaque. Voilà ce que Greenot vous propose, faire un meilleur usage de votre argent et de votre épargne. Concrètement, plutôt que de placer votre argent dans des banques qui financent le pétrole, le charbon ou

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2:20 offerts sur votre compte premium. OK, donc on avait dit l'épidémie virtuelle, les experts en terrorisme et le laboratoire souterrain. OK, où sommes-nous ? 2005, World of Warcraft que nous appellerons W le jeu de rôle en ligne. Monde virtuel immense, une économie, des quêtes, des donjons et des millions de joueurs. Ici, on se prépare, on voyage et on combat ensemble. Donc ce soir, cette guilde c'est préparer à voyager. Reste le combat. 20 joueurs de haut niveau réunis pour accomplir ce qu'on appelle un raid, un donjon coopératif, long, périlleux et complexe. Ici avec un objectif : tuer le boss du raid tout juste implémenté dans le jeu. Pour nos joueurs, c'est un objectif excitant. Pour eux, l'aventure a commencé il y a longtemps. Ils ont traversé des zones entières, peaufineré leur stratégie,

3:07 avaler potion et casse-croûte. Ils connaissent le protocole. Les tanks encaissent, les soigneurs maintiennent l'équilibre. Les attaquants ma fois attaquent les familiers. Les petits animaux de compagnie des joueurs sont invoqués rapidement pour affaiblir les ennemis et renforcer les alliés avant d'être consigné proche de leur maître pour ne pas risquer leur vie. Une mécanique bien huilée. Alors, loin d'imaginer ce qu'il s'apprête à déclencher, notre troupe se met au travail. La vraie difficulté du combat est la suivante. Akar maudit les joueurs avec ce qu'on appelle le sang viissier. Un poison qui afflige de grosse quantité de dégâts sur la durée et qui peut se répandre pour contaminer d'autres membres. Il faut donc à tout prix éviter ce sangvier. En plus de ça, Akar est capable d'aspirer les points de vie des joueurs. Il se soigne tout en affaiblissant ses adversaires. La solution contreinttuitive consiste à se

3:53 faire empoisonner volontairement avec un autre sort. De cette manière, on piège à carart. au lieu d'absorber votre vie, il va absorber le poison et s'automutiler en quelque sorte. Voilà le plan. Se disperser mais pas trop, diviser le raid en petit groupe. Placer les membres au bon endroit, donner les ordres au bon moment, dissiper les bons poisons, laisser les autres courir. Et ça encore et encore et encore. Jusqu'à ce que enfin drainé par ses propres maléfices, vaille. Voilà, c'est fait. Le combat est terminé. Un car est tombé. Ses maléfices ne font plus effet. Alors, joyeusement, on se soigne, on se félicite, on répartit le butin et puis on retourne en ville parce qu'on a bien mérité une peinte dans une bonne auberge. [Musique]

4:58 Et puis quelque chose de très étrange commence à se produire. Du sang gicle sans raison. Des personnages de faible niveau s'écroulent les uns après les autres. Les morts de plus en plus rapidement commencent à joncher le sol. Ces événements se multiplient et s'étendent à toute vitesse dans la ville environnante et sur le continent entier en prenant des proportions particulièrement graves à Forge de Fer, la cité des nains et Orgrimar, la capitale des orques qui en quelques heures déborde de squelettes. Et ce n'est pas un hasard si ces deux villes sont particulièrement touchées. Elles sont centrales pour chacune des factions de Ha et elles sont les plus fréquentées du jeu à cette époque. C'est là que la plupart des joueurs arrivent

5:43 quand ils se connectent et un pied mis dans la ville, il se retrouve aussitôt infecté. Tout personnage inférieur au niveau 50 meurt quasiment instantanément. Chez les joueurs, c'est la panique. Chez Blizard, l'éditeur du jeu, c'est encore plus la panique parce que rien de tout ça n'était prévu. Pour une raison totalement inexpliquée, le monde de Wo est touché par une épidémie dévastatrice que rien ne semble pouvoir juguler. Comme le raconte ce joueur de la horde sur Redit, je me souviens d'une chose, Orgrimar était un enfer. Voilà donc le point de départ de ce que l'on appellera plus tard l'incident du sang vicsier. [Musique] Nous sommes à l'automne 2005, un peu

6:28 moins d'un an après la sortie de W. Le jeu rencontre déjà un grand succès avec plus de 4 millions de joueurs et la mise à jour d'Akar vient tout juste de sortir. Cette épidémie vient troubler la fête pendant des heures puis des jours, elle tient toute la communauté en haleine où peut bien se trouver la faille. [Musique] Ce qu'on sait, c'est que le premier serveur à être touché est Archimond, l'un des plus gros serveurs européens. En quelques jours, la situation dégénère et tout àérote. Le monde a deux continents de WOW est contaminé. La possibilité pour les joueurs de se téléporter d'un bout à l'autre de la carte accélère la propagation. Aucune zone n'est épargnée et personne ne comprend où est née cette épidémie. [Musique] Comme beaucoup dans la vraie vie. Mais déjà c'est quoi une épidémie ? Les virus

7:13 et les bactéries sont là depuis très longtemps, bien avant nous. Ce sont des formes de vie ou de casivi qui ont évolué pour se propager, survivre et se reproduire. Une bactérie, c'est une cellule autonome. Elle mange, elle digère, elle se divise, elle vit. Un virus, c'est plus simple. Il se contente de s'infiltrer dans une cellule et de la pirater pour produire des copies de lui-même. Le concept est génial. Il faut bien comprendre que ce ne sont pas des êtres mauvais. Ils ne cherchent pas à tuer. Ils font simplement ce que la vie fait partout ailleurs, vivre et se reproduire. D'ailleurs, la majorité des bactéries ne nous font aucun mal. Certaines nous protègent même. Elles vivent dans notre intestin, notre bouche, sur notre peau, mais pas toutes. Pour qu'une maladie infectieuse se répende, il faut trois ingrédients. Bah déjà un agent infectieux, un virus, une bactérie, un parasite, un champignon. Ensuite, un mode de transmission, l'air, la salive, le sang. Enfin, un groupe de

7:59 victimes potentiel, des êtres vivants sans immunité. Une fois ces trois conditions réunies, l'engrenage s'enclenche. Le virus, lui, saute d'un corps à un autre. La bactérie, elle se multiplie dans un organisme puis s'échappe. Et plus il y a de contact entre les gens, plus ça va vite. Et une épidémie, c'est quand ce processus touche beaucoup de gens au même moment dans un lieu donné, une école, une ville, une région. Et si cette épidémie franchit les frontières, traverse les océans, touche plusieurs continents, alors on parle de pandémie. Quand la peste noire arrive en Europe au 14e siècle, personne ne comprend ce qui se passe. En moins de 10 ans, elle tue entre 25 et 50 millions de personnes. C'est un européen sur de des villages entiers sont abandonnés. Les corps s'empilent dans les rues et ce n'est qu'une bactérie. Yerscinia pestice. En 1918, un virus de la grippe plus agressif que les autres émerge. La

8:44 grippe espagnole. Une grippe qui décime surtout les jeunes adultes. En 18 mois, elle fait au moins 50 millions de morts, peut-être jusqu'à 100 millions. C'est bien plus que la Première Guerre mondiale. On fait encore mieux avec la variole. Fièvre, pustule, douleur atroce, un malade sur tr n'en réchappe pas et les survivants en gardent les cicatrices à vie. Elle a probablement tué 300 à 500 millions de personnes au cours du 20e siècle. Un virus éradiqué en 1980 mais encore stocké dans deux labos. Voilà ce que peuvent provoquer ces petites choses qui n'ont ni cœur, ni cervelles, ni volonté de nuire. Juste un peu de vie qui veut vivre. En jeu, ceci dit, et on sait toujours pas ce que c'est. Et pendant que les développeurs s'arrachent les cheveux pour tenter de débusquer et corriger ce bug monumental, les joueurs s'organisent

9:30 déjà sur le chat mondial où les message fuse pour signaler les nouveaux foyers d'infection. Devant les villes pour prévenir les joueurs de bas niveau de n'entrer là à aucun prix. La plupart des gens inquiet se réfugie dans des zones moins peuplées et puis certains essaient de tirer partie de la situation. Les témoignages dont on trouve encore la trace sur certains forums racontent ceci. Les grosses guildes créent des routes sûres à travers les capitales pour éviter les PNJ infectés. On pouvait même les payer pour être escorté et soigné si on avait besoin d'entrer dans la ville pour aller voir son maître de classe. On y lit aussi et ça c'est sympa. Il y avait des charlatans qui prétendaient posséder des amulettes de protection contre le nouvel événement de serveur de Blizard. À

10:16 certains endroits, la Horde et l'Alliance, les deux factions ennemies du jeu travaillent ensemble pour créer des zones de quarantaine et éliminer tout joueur susceptible de venir contaminer les non infectés au centre. Et puis les joueurs discutent et s'interrogent. Qu'est-ce qui se passe ? Elle est née où cette épidémie ? Ma foi, moi je sais. Retour en arrière. Au cœur du combat, la tension monte. Les healers peinent à soigner tout le monde. Le groupe a déjà pris beaucoup de dégâts et notamment le familier de cette chasseuse. Voilà, c'est là. Un familier, je le rappelle, c'est une sorte de petit animal de compagnie. Le joueur peut l'invoquer et puis le renvoyer et ce familier peut accompagner son maître et notamment combattre avec lui. Le familier de notre chasseuse, lui, a été

11:01 touché par le sangvier de Hakar et il a perdu beaucoup de vie. S'il mourait là maintenant, ça ferait drastiquement baisser son niveau de satisfaction. Et un familier qui n'est pas heureux, c'est un familier qui fait moins de dégâts et qui risque même de s'enfuir. Et donc, notre chasseuse n'a pas du tout envie que ça arrive. Alors pour le protéger, elle le renvoie d'une certaine manière, elle le range. Un geste anodin. Et puis une fois vaincu et une fois sorti du raid, notre chasse aux attentif décide de s'occuper de son familier blessé. Alors elle le réinvoque. Le problème c'est que chose normalement parfaitement impossible en dehors du raid, le sort de sans vicier de Hakar fait encore effet. Le voilà notre bug. Le familier, encore porteur du sanger, contamine instantanément sa propre maîtresse et toutes les personnes alentour qui contamine à leur tour celles qui les

11:46 entoure et ainsi de suite, joueur après joueur, ville après ville. Et les développeurs, même en le sachant, ne savent toujours pas comment régler le problème. [Musique] Alors, reprenons à la base. L'épidémie de sans viier est une zoonose, c'est-à-dire qu'elle démarre par une contamination interespèce. Ici du familier aux joueurs, une maladie qui terrasse les plus faibles, des foyer épidémiques dans des zones denses et une propagation accélérée par le transport rapide d'un bout à l'autre du monde. Des populations qui désertent les villes pour les campagnes, des gens qui protègent, d'autres moins. D'autres encore qui essaient de profiter de la situation en promettant de vous guérir avec toutes sortes de produits et miracles. Maintenant que nous avons vécu le Covid, le parallèle entre cette épidémie virtuelle et une épidémie réelle est troublant. Mais pour les

12:32 chercheurs, il est évident dès le début. En 2007, soit 2 ans après l'événement, un article paraît dans la revue Épidémiology sous le titre modélisation de la dissémination des maladies infectieuses grâce au jeu de rôle en ligne. Mais l'article que tout le monde cite et qui reste le plus complet à ce jour est celui publié dans The Land 7 quelques mois après. L'une de ses autrices, Nina Ffferman, joue elle-même à Wo et elle est aussi épidémiologiste. Et donc quand l'événement du sang vier survient, ce n'est pas seulement la curiosité de la joueuse qui est piquée et l'article quel coécrit avec Eric Lgren n'a rien d'anecdotique parce que The Land 7, c'est l'une des revues scientifiques les plus prestigieuses dans le secteur médical. Alors, une publication traitant de haut milieu des dernières avancées sur le VIH ou la malaria, c'est quand même une anomalie et c'est du sérieux. Pour décrire l'épidémie de Sans viissier, les deux chercheurs utilisent plusieurs outils issus du domaine de l'épidémiologie. L'avantage, c'est que maintenant après le Covid, on est tous des épidémiologistes en herbe. Alors, si je

13:18 commence à vous parler de R0, peut-être que ça vous rappelle quelque chose. Et sinon, ben je suis là pour ça. OK, nous sommes des scientifiques. Qu'est-ce qu'on veut ? On veut évaluer la dynamique d'une épidémie. Donc comprendre et prédire comment l'épidémie va évoluer dans le temps. Pour ça, on utilise ce qu'on appelle le taux de reproduction ou le R0. Le R0, c'est un peu le chiffre magique des épidémiologistes. Il mesure combien de nouvelles personnes un malade va infecter en moyenne quand la maladie débarque dans une population qui ne la connaît pas encore. Plus ce chiffre est haut, plus la maladie est incontrôlable. La souche d'origine du Covid tourne autour de 2 à 4. La rougeolle monte à 12 à 18. C'est déjà très sévère pour le s viisser. Si les chercheurs n'ont pas pu accéder à toutes les données pour correctement quantifier ce 0, ils l'ont estimé à 100, ce qui est clairement

14:04 anormalement élevé. Mais ça s'explique avec l'épidémie du sang vier. Contrairement à une épidémie classique, si on se trouve dans la zone d'un joueur contaminé, on devient contaminé aussi dans 100 % des cas. Voilà ce qui fait exploser notre nombre. Et ce n'est pas la seule bizarrerie que présente le sang viier par rapport à la réalité. Dans la vraie vie, on sait que plus un R0 est grand, plus l'épidémie démarre vite et plus elle décroit vite aussi, tout simplement par manque de gens à contaminés qui sont soit morts soit résistants. Mais dans W, aucune résistance immunitaire ne se construit au fil du temps. De plus, on peut y faire quelque chose qui est impossible dans le monde réel, revenir à la vie. On meurt et puis on réapparaît. Du coup, même les joueurs morts peuvent se reconnecter et continuer à propager la maladie à l'infini. Du coup, comment est-ce qu'on fait pour enrayer un fléo pareil ? Dans une interview, John Cash,

14:49 le lead engieer de WO au moment des faits, raconte qu'une fois l'origine du problème identifié, l'équipe voit deux solutions. Soit vérifier chaque familier de chaque serveur de chaque pays et lui retirer le sang viier s'il est infecté, soit produire un code pour retirer le sangvis vier de chaque familier invoqué dans le jeu. Durant 5 jours, Blizzard tente plusieurs solutions en isolant des zones entières et en créant des quarantaines pour éloigner les joueurs infectés des zones non infectées. Et ça a l'air de fonctionner un temps [Musique] avant que la maladie ne reparte de plus belle et ça fonctionne plus. Retour à la caisse départ et aucune perspective de traitement en vue.

15:36 En attendant, tout ça donne du grain à moudre aux scientifiques. L'un d'entre eux, toujours en 2007, s'est même amusé à modéliser la pandémie en utilisant le système SIR, l'un des plus vieux modèles en épidémiologie. Qu'est-ce que ça donne ? Le modèle SIR divise une population en trois groupes. S les sains susceptibles d'être infectés, I les infectés et R les retirer, soit guéris, soit mort. Ce dernier groupe ne transmet plus la maladie. En temps normal, les gens passent de S à I puis de I à R et l'épidémie ralentit quand il n'y a plus assez de S. Mais dans W, rien ne se passe comme prévu. Les joueurs morts peuvent revenir dans le jeu et donc dans le groupe S. Les joueurs de haut niveau, eux, ne meurent même pas. Ils alternent S et I à l'infini. Et comme il n'y a aucune immunité, l'épidémie ne s'éteint jamais. Elle boucle encore et encore.

16:25 Bon, toutes ces recherches c'est amusant mais pour l'instant on voit que ça ne nous mène pas très loin. Alors pourquoi est-ce que la science s'est intéressée à cette épidémie ? En fait depuis 2007 et l'article du Land 7, de plus en plus de papiers se sont penchés sur des épidémies de jeux vidéo. Qu'est-ce qu'il y a à voir là qu'il n'y aurait pas ailleurs ? D'abord, il faut comprendre que l'épidémiologie est une science récente. On attribue le premier modèle épidémiologique à Bernoui, un mathématicien suisse. En 1760, il démontre qu'une petite inoculation de la variole peut protéger les gens. C'est une sorte de vaccin avant l'heure et à l'époque, l'idée est controversée. Pour prouver que c'est une méthode efficace, Bernoui compile des données et formule une équation dans laquelle on retrouve déjà les notions de groupe Susceptible et R rétabli qui apparaîtront plus tard dans le modèle SIR. Mais depuis, on a fait de grandes avancées. On étudie et on simule des épidémies à coup de modèle mathématiques de plus en plus complexes

17:12 qu'on fait manger à des ordinateurs de plus en plus puissant pour en sortir toutes sortes de prédictions. Sauf que ce genre de modèle ont une faille. Ils ne prennent pas en compte un facteur pourtant déterminant, l'humain. Alors que c'est le comportement des gens qui définit le taux de contact, ce qui est une donnée essentielle pour espérer et prédire la dynamique d'une épidémie. Le comportement des gens par nature imprévisible, parfois même carrément irrationnel. si difficile à modéliser. Et c'est précisément là que les MMO RPG entrent en scène. Au lieu de mimer les comportements, on étudie de vrais humains, les joueur. Alors, on est en droit de se demander si on peut vraiment comparer des comportements en jeu à des comportements de la vraie vie en situation de crise épidémique. Certains auteurs ont attaqué cet article de 2007 sur ce point et ça me paraît être une critique pertinente. Un individu ne

17:57 réagira pas de la même manière quand sa vie est en jeu dans un jeu. Et en vrai, ceci dit, l'étude des comportements des joueurs reste visiblement assez intéressante pour que des spécialistes de sécurité et de terrorisme s'y penche attentivement. Alors, jetons-y un œil. Dans l'article 2, les auteurs évoquent plusieurs comportements qui se rapprochent de ce qu'on observe dans les vraies épidémies. La peur, la suspicion, mais aussi des comportements altruistes et courageux. Des comportements à double tranchant. L'épidémie de Wau a montré que les soigneurs de haut niveau ont grandement contribué à propager la maladie en maintenant des personnages infectés en vie tout en continuant à s'infecter continuellement eux-mêmes. [Musique] Dans la vraie vie aussi, les médecins le savent, ils doivent faire beaucoup plus attention que les autres car ils sont de potentiel super infecteur. De par les

18:43 patients qu'il reçoivent, il côtoi plus de personnes potentiellement contaminées sans parler de la proximité lors de l'oscultation. Mais on peut faire plus que subir la maladie, on peut l'utiliser. Je vous présente Gary. Gary Mo il y joue depuis sa sortie et s'il a tout essayé, il ne s'est jamais autant amusé que depuis le début de l'épidémie. Au départ, comme tout le monde, il n'y comprend rien. [Musique] Et puis au détour d'une conversation, il entend parler d'Akar, du sang vissier et de la manière de l'attraper. Alors Gary malin, a une idée.

19:31 Il rassemble une petite équipe. Il va voir Akar puis sort son familier de manière à le contaminer. Enfin, il ressort du donjon. Il a tout ce qu'il lui faut. Gary se téléporte vers les plus grands centres urbains du serveur et commence à infecter tous les passants de tous les niveaux. Certains s'écroulent immédiatement, d'autres survivent en contaminant sans le vouloir les joueurs alentours. Gary utilise ses familiers comme bombe biologique ambulante. Ces derniers servent de vecteurs asymptomatiques. Ils transmettent le mal sans en souffrir eux-mêmes. Il suffit ensuite de les laisser se balader dans les villes où ils contaminent tous ceux qui passent à côté. Blizard note que les joueurs doivent, je cite, travailler dur pour les attraper, prouvant l'efficacité de la tactique.

20:17 Gary ne s'arrête pas là. Il infecte volontairement des PNJ, des personnages non joueurs, non contrôlés par des humains. Comme ses familiers, ces PNJ peuvent transmettre le sang vier sans en mourir. Ce qui fait deux de vrais réservoirs : Des foyers permanents de contagiaux, ce qui maintient l'épidémie active en milieu urbain. Les 10 milieux urbains s'adaptent bientôt. Gary remarque au bout d'un moment les tentatives citoyennes pour contenir l'épidémie. Des prêtres joueurs s'étaient organisés depuis peu en clinique improvisée pour soigner et dissiper le mal en se plaçant sur des points stratégiques. Gary évidemment ne laisse passer la chose. Dès qu'il aperçoit un lieu de soin, il s'en approche, franchit les barrières et avant que qui que ce soit puisse réagir, contamine soignant comme

21:02 soigner. Face à tout ça, Bizar instaure bientôt des zones de quarantaine pour endiguer la maladie, notamment avec des scripts temporaires pour désactiver la propagation du sangvisier dans certaines régions importantes comme les capitales et les zones de départ. Gary évidemment ne manque pas à l'appel. Il franchit les barrières incognitau et court d'un passant à un autre pour infecter tous les malheureux qui auront eu le malheur de tomber sur lui à ce moment-là. Parfois ils font les choses en groupe. Ils se coordonnent via des canaux privés autour de tableaux de zonage où attaquer, quand revenir, comment maximiser la transmission. Et Gary et son groupe ne sont pas les seuls. Évidemment, la chose se démocratise. Certains membres de l'alliance débarquent dans la capitale de la Horde et laissent le sangvisier faire son

21:47 œuvre. Et certains membres de la Horde débarquent dans la capitale de l'alliance avec le même objectif et les mêmes résultats. L'effet est immédiat et dévastateur. Les plus grosses villes deviennent des zones de mort et de chaos. Les canaux raisonnent de dizaines de messages d'avertissement. Les joueurs évitent les capitales, ce qui les force à se détourner de leur quête. Au-delà des morts, il y a un effet massif de disruption et les experts étudient attentivement. Charles Blair, directeur adjoint du centre de recherche sur le terrorisme et le renseignement, déclare que WO peut servir de laboratoire virtuel pour étudier comment se forment et opère des cellules terroristes. Les griffeurs de

22:33 WOA ayant conspiré pour répandre le sang vier présentent des dynamiques comparables à de véritables cellules de bioterroristes. Recrutement d'un petit groupe soudé, utilisation de moyens de communication discrets pour planifier des attaques coordonnées, ciblage du lieu symbolique et mobilité tactique pour échapper aux contem-mesures. Observer les interactions des joueurs en jeu peut apporter des indices sur la manière dont par exemple des extrémistes pourraient coopérer pour diffuser un agent biologique dans plusieurs villes simultanément. Le fait que tout ceci se déroule dans un monde persistant en ligne avec de vrais individus donne une authenticité au comportement qui manque aux simples simulations informatique purement mathématiques. Et c'est nécessaire. Les bioterroristes ne sont pas les terroristes les plus prolifiques. Difficulté oblige mais ce n'est pas faute d'avoir essayé. Une fois, c'est Ratchnichpuram, une secte religieuse dans l'Oregon en 1984 qui

23:18 cultive en laboratoire sa propre souche de salmonnelle pour contaminer les salade de 10 restaurants, empoisonner 751 personnes et empêcher les habitants d'aller voter. Une fois encore, c'est Hom Shinriiko, une secte apocalyptique japonaise qui pour déclencher sa prophétie de fin du monde et déjouer une rafle policière imminente, l'âge du gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, tuant 13 personnes et en blessant plus de 6000 semant la panique dans la capitale. Une autre enfin, c'est Bruce Ivins, un microbiologiste militaire respecté qui envoie en septembre 2001 des lettres contaminées à Lantrax à des sénateurs et des journalistes. 22 contaminations, 5 morts et surtout des millions d'individus paniqués. Une hystérie nationale paralysante, des fermetures massives, des milliers de fausses alertes, plus d'un milliard de dollars de coût, chaque enveloppe blanche suspecte devenant un objet de

24:05 terreur. Ceci dit, ça ce n'est pas grand-chose. Des jolis résultats, dira-ton. Mais pour des individus isolés, des petits groupes, des petits moyens, ça fait longtemps qu'on est capable de bien plus parce que la boîte est ouverte et pour comprendre ce que ça veut dire, il faut en explorer les contenus et voir ce qu'on trouvera tout au fond. Avant même de comprendre, l'humain a d'abord écouter. Il a tendu l'oreille au murmure du vivant. Il est un chaman. Aveugle au monde

24:50 microscopique, il apprend par l'essai et l'erreur à négocier avec des esprits invisibles. Il observe le souffle de vie qui transforme le grain en pain, le raisin en vin. Une alchimie brute un pacte avec des forces qu'il ne nomme pas mais qu'il domestique pour créer, pour survivre. Et puis par le même instinct, il apprend à utiliser ces mêmes murmures pour détruire. 4e siècle avant Jésus-Christ dans les steps de City. Pour les archers nomades, la blessure seule ne suffit pas. Dans un acte de génie tactique, ils trempent leurs flèches dans un mélange de fumiers et de vipè putréfié transformant la moindre gratinure en une infection mortelle. 1155, Tortona. Assiégé par Frédéric Barberousse, la ville résiste. Alors, plutôt que de viser les murailles ennemies, les trébuchers envoient des corps humains et animaux vers les sources vites de la cité pour les empoisonner. 4 siècles

25:36 plus tard, en 1763 à Fort Pitt en Amérique du Nord, le commandant britannique pour mettre fin à un soulèvement suggère dans son journal une idée distribuer au chef amérindien des couvertures. Des couvertures prises dans l'infirmerie où l'on traite les malades de la vari. L'homme utilise la nature comme une arme sans en comprendre le mécanisme. Il ne fait que rediriger un fléau qui le dépasse. Il écoute les murmures de la mort et les souffles à l'oreille de son ennemi. Ça, ce n'est que le début. Le bruit va bientôt devenir assourdissant. 20e siècle. L'âge des murmures est terminé. L'homme cesse d'être un chaman pour devenir un ingénieur. Il ne se contente plus de rediriger les monstres. Il construit des usines pour les rendre plus efficaces et pour les produire en

26:22 masse. En Manchouri, l'armée impériale japonaise fonde l'unité 731. Le but ? Développer l'arme biologique ultime. Les sujets de test ne sont pas des rats mais des prisonniers humains qu'ils appellent marouta, les bûches. Puis ils testent leur création sur le terrain en larguant par avion des puces porteuses de la peste sur des villes chinoises déclenchant des épidémies qui feront au bas mot plusieurs dizaines de milliers de morts. Face à ces horreurs, le monde réel distoppe. Des conventions sont signées par les grandes puissances mondiales pour interdire l'arme biologique pour tenter de refermer la boîte avant qu'il ne soit trop tard. Sur W même décision après bon nombre de nuits blanches, de tentatives

27:08 infructueuses, de réécriture de code, de changements inefficaces et d'observations dépassées d'événements aux proportions inconcevables quelques jours plus tôt. Face à tout ça, Blizard abandonne. Ils reviennent en arrière, rien n'est arrivé. Le donjon de Zulgourou, source de la pandémie, est retiré, corrigé puis réintégré au jeu, cette fois-ci sous contrôle. Au final, on estime que 4 millions de joueurs ont été affectés par la pandémie et pour eux, c'était fabuleux. Là où tout est habituellement pensé et écrit et codé à l'avance, cette épidémie incontrôlable a permis à des millions de joueurs de vivre dans leur univers une histoire qui n'avait pas été écrite à l'avance. Mais dans le monde réel, les usines,

27:54 elles malgré les conventions, ne cessent en vérité jamais de tourner. Pendant la guerre froide, l'Union Soviétique passe à l'échelle supérieure. Biopréparate n'est pas un simple laboratoire, c'est un empire militaroindustriel caché employant des dizaines de milliers de personnes. Leur mission ? Préparer une guerre biologique totale. Ils ne se contentent pas de cultiver la peste ou l'entrax. Il les modifient pour les rendre résistants aux antibiotiques. Leur plus grande réussite est la militarisation de la varie. Une maladie que le reste du monde s'est unie pourrait éradiquer en 1980. Mais pendant que l'humanité célèbre cette victoire, Biopréparate en produit des dizaines de tonnes par an prêtes à être chargé dans des têtes de missiles intercontinentaux. C'est le sommet de l'âge industriel de la mort. L'homme est devenu un maître dans l'art de cultiver et de déchaîner

28:39 les monstres de la nature. Mais pendant que ces usines tournent à plein régime, une révolution silencieuse a lieu. [Musique] Pendant que certains construisent des arsenaux, d'autres dans le silence de leur laboratoire apprennent à lire le plus ancien des textes. Pour le cartographier, il a fallu une quête de plusieurs générations, un long passage de relais entre les chercheurs les plus acharnés. On a poussé la lumière jusqu'à sa limite de diffraction, jusqu'à ce que sa nature ondulatoire brouille les contours. Alors, il a fallu d'autres messagers, non plus la lumière visible, mais des rayons X capables de révéler l'infiniment petit. Au laboratoire, on les a fait traverser de fins fils d'ADN

29:25 patiemment préparé. Sur la plaque, un X s'est inscrit, la marque d'une hélice surtout, une image. La photo 51 réalisée par Rosalyn Franklin avec Raymond Gosling a donné l'angle juste. Au bout de ce long tunnel d'effort, la forme sort de l'ombre et commence à grandir. pas petite mais démesurément grande à sa propre échelle. Un escalier qui se tort sur lui-même à l'infini, la charpente même du vivant. Une gigantesque molécule d'ADN. Les chercheurs découvrent que le fantôme de la vie a un corps. L'hérédité est une molécule, une double hélice d'une élégance géométrique enroulée sur elle-même dans le cœur de chaque

30:11 cellule. Le grand livre de la vie que l'on croyait écrit avec une ancre invisible est enfin ouvert et son langage est d'une simplicité désarmante. Quatre lettres A, C. L'alphabet originel. Et bientôt le lire ne suffit plus. L'humain veut devenir un scribe. Il découvre les outils pour éditer le texte. les enzymes de restriction, des ciseaux moléculaires d'une précision absolue et la ligase, la colle pour refermer la coupure. L'humain ne se contente plus d'observer, il agit. Il intègre une séquence d'ADN de méduse dans un poisson pour le rendre fluorescent. Il introduit une séquence génétique bactérienne dans le maïs pour le rendre résistant aux insectes. Il prélève le gène de l'insuline humaine et le contraint à s'exprimer au sein d'une bactérie. Un organisme simple est ainsi transformé en usine à médicaments

30:57 capable de sauver des millions de diabétiques. Voilà l'air des premières chimères avec Crisper Cas9. Un outil si simple, si précis, il transforme l'édition génétique en un exercice presque trivial. Le pouvoir de réécrire n'importe quel être vivant est démocratisé. L'âge de l'usine avec ces créatures cultivées en cuve touche à sa fin. L'âge du code où les créatures peuvent être écrites ligne par ligne vient de commencer et je m'en réjouis autant que je m'en inquiète. [Musique] Écrire dans le livre de la vie était jusqu'ici un pouvoir complexe, lent, coûteux. Il fallait des décennies de savoir, des millions de dollars. [Musique]

31:45 Mais il y a quelques temps, un oracle est né et il est prêt à partager son savoir. En 2020, Alpha Fold, une intelligence artificielle de Deep Mind révolutionne la biologie en résolvant le problème du repliement des protéines qui échappe aux biologistes depuis plus d'un demi-siècle. Là où les chercheurs cartographient quelques dizaines de milliers de structures en 50 ans, Alpha Fold en seulement 2 ans prédit la forme de plus de 200 millions de protéines couvrant la quasi-ttalité des protéines connues sur Terre. Bien, mais ça fonctionne aussi dans l'autre sens. Une autre expérience est menée plus loin des caméras. Des chercheurs testent leur hypothèse et si une IA conçue pour découvrir de nouveaux médicaments pouvait par simple inversion de consigne devenir une fabrique à poison. Ils utilisent Mégaine, un modèle génératif d'IA entraîné à identifier des molécules thérapeutiques sûres. Puis ils inversent

32:32 les règles du jeu. Au lieu de chercher des molécules non toxique, il demande à Lia de chercher les plus létales possibles en moins de 6 he ordinateur standard, l'IA génère plus de 40000 composés chimiques potentiellement meurtriers. Certains sont structurellement très proches du VX, un agent neurotoxique extrêmement puissant classé comme arme chimique par les conventions internationales. D'autres, entièrement inédit, n'apparaissent dans aucune base publique et leur profil toxicologique prédit par des modèles d'apprentissage supervisés les annoncent encore plus dangereux que le VX lui-même. Tout cela sans accès à des bases classifiées, sans super calculateur, juste avec des outils disponibles en open source, des données publiques et un changement de direction. Il ne faut ni laboratoire militaire ni savoir-faire confidentiel. simplement formuler une autre demande.

33:18 L'Oracle est doué à n'en pas douter. Le problème c'est qu'il murmure désormais ses secrets. À qui veut bien les entendre ? Et c'est là que ça commence à devenir amusant. Aujourd'hui, pour quelques milliers de dollars et une jolie dose de connaissance, tout le monde peut jouer au biologiste moléculaire avec un thermocycleur PCR, un séquenceur portable, un kit crisper, une centrifugeuse, un incubateur, des micropipettes, une hôte stérile. Rien de tout ça n'est illégal ou secret. C'est même livré à domicile sans badge militaire, sans blues officielles. Un individu entraîné peut cloner un gène, construire un plasmide sur mesure, séquencer l'ADN d'un individu à partir d'un cheveux, injecter du crispers dans une souche bactérienne, créer des bactéries résistantes à plusieurs antibiotiques, produire localement de la toxine botulique ou de la ricine via des

34:05 bactéries modifiées. C'est difficile mais c'est faisable. Ça c'est aujourd'hui avec des moyens encore limités et des Ias encore largement imparfaite. Que se passera-t-il demain quand un individu tout juste moyennement capable aura accès à des robots de paillass open source, à des imprimants d'ADN domestique et surtout à des qui sauront concevoir un virus plus vite qu'un humain ne peut le comprendre, plus efficacement qu'un militaire ne peut l'anticiper et plus silencieusement qu'un médecin ne peut le détecter. Que se passera-t-il quand pour tuer des millions de gens, il ne faudra plus une armée mais simplement de la curiosité, un fichier ZIP et une imprimante à ADN à quelques milliers d'euros. Que se passera-t-il quand tous les curieux, les frustrés, les adolescents, les solitaires, les génies, les désœuvrés ? Que se passera-t-il quand

34:51 tous ces gens-là auront à leur disposition, dans leur poche, une petite voix plus brillante que le plus brillant des biologistes et qui sera les guidé au travers de manipulations toutes plus catastrophiquement dangereuses les unes que les autres. Que se passera-t-il quand tout le monde pourra ouvrir la boîte ? [Applaudissements]

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