0:00 Si vos discours manquent d'impact, ce n'est pas parce que vous manquez de talent. C'est simplement parce qu'on ne vous a jamais appris à parler pour être entendu. À l'école, on nous apprend à lire, à écrire, à compter, mais jamais à captiver, jamais à toucher, jamais à marquer les esprits. Et pourtant, il suffit parfois d'une seule phrase, d'un seul rythme, d'une seule image pour que tout change. Aujourd'hui, je vais vous montrer les 11 figures de style qui transforment un discours et surtout comment les utiliser une par une pour que vos mots deviennent inoubiliables. Une prise de parole, c'est comme un livre, il s'ouvre, il enseigne, il touche et il laisse derrière lui
0:45 quelques phrases qu'on retient. On commence avec le premier chapitre. Ouvrir un discours. Ouvrir un discours, c'est comme ouvrir une porte. Si les premières secondes ne captent pas l'attention, le reste passe à côté. Il existe deux figures de styles qui créent instantanément ce silence où tout le monde vous écoute. De techniques qui installent votre présence avant même que vos idées arrivent. La première technique, c'est l'anaphor. L'anaphore, c'est le fait de répéter le même début de phrase. Et si c'est si puissant, c'est parce que le cerveau adore la répétition rythmée. C'est presque musical. Une phrase isolée, ça passe. Deux phrases qui commencent pareil, ça surprend. Mais trois phrases et là vous
1:30 avez créé un motif. Un motif, c'est une signature, c'est une pulsation mentale que le public retient immédiatement. Peut-être que vous connaissez la phrase qui a changé le monde choose to go to the moon prononcé par Kennedy en 1962. Ou bien lorsque François Hollande commence avec dans son discours moi président de la République qui le répète 15 fois après moi président de la République je ne serai pas le chef de la majorité je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Élysée. Moi président de la
2:15 République, je ne traiterai pas mon premier ministre de collaborateur. Moi président de la République, je ne participerai pas des collecte de fonds pour mon propre parti. On peut être pour, on peut être contre, mais l'ouverture frappe, elle marque. L'anaphor crée un ancrage. Elle fait entrer votre discours dans une cadence. Elle donne une structure, une autorité, presque un cérémonial. Et quand vous dites par exemple aujourd'hui vous allez comprendre votre voix, aujourd'hui vous allez comprendre votre posture, aujourd'hui vous allez comprendre votre impact. Ce n'est pas juste beau, c'est hypnotique. Vous ne trouvez pas ? Ensuite numéro 2, la question rhtorique.
3:01 La question rhtorique c'est l'art de poser une question sans attendre de réponse. Et si ça fonctionne aussi bien pour ouvrir un discours, c'est parce qu'une question coupe le flux des pensées du public. Elle force chacun à se tourner vers l'intérieur. Pendant quelques secondes, la salle bascule en mode réflexion. Et ce court moment de suspension, c'est là que l'attention se crée. Prenons un exemple, la fameuse chanson de Charles Traîné. Que reste-t-il de nos amours ? [musique] Que reste-t-il de ces beaux jours ? [musique] Une photo ? Et pourtant, tout le monde ressent quelque chose. Quand vous ouvrez un discours avec pourquoi on nous apprend à lire, à écrire, mais jamais à nous faire entendre, on crée un vide, un
3:48 espace mental et dans cet espace, votre voix devient la réponse. La question rhtorique finalement n'informe pas. Elle engage, elle invite, elle raccroche instantanément l'auditeur à votre propos. Elle transforme un public qui est passif en un public qui pense avec vous. Une bonne ouverture, c'est ça, une pulsation ou une question. Maintenant que vous avez capté l'attention, vous devez l'entretenir. Et pour ça, il faut savoir pourquoi pas enseigner, rendre vos idées simples, visuelles, évidentes. Voici le deuxième chapitre. Enseigner un concept. Quand vous enseignez une idée, votre objectif n'est pas de la compliquer. Votre objectif, c'est qu'elle s'imprime, qu'elle soit comprise et surtout qu'elle soit retenue si
4:36 possible. Et pour ça, il existe trois figures de style qui transforment n'importe quelle notion en évidence. La première, et vous la connaissez sûrement, c'est la métaphore. La métaphore. Une métaphore, c'est quand vous dites qu'une chose est une autre. Et et ça si ça marche aussi bien c'est parce que le cerveau adore remplacer le flou par une image concrète. Il fait ça automatiquement. C'est en une fraction de seconde. Par exemple, quand Corneille écrit cette obscure clarté qui tombe des étoiles, il transforme un concept abstrait en sensation. La métaphore contourne l'analyse, il passe directement par la visualisation. On parle à l'imaginaire, pas à la réflexion. Ça coupe circuite l'effort. C'est pour ça que lorsque je dis votre voix est un
5:23 instrument, il faut en jouer, pas juste l'utiliser. Tout le monde comprend instantanément. Une bonne métaphore, c'est un raccourci mental. C'est une porte d'entrée immédiate dans votre message. 4è technique, l'analogie. L'analogie, elle fonctionne différemment. Elle ne remplace pas une idée. Elle l'explique à travers un parallèle. Elle fait ce que les bons profs font. Naturellement, c'est ça veut dire prendre quelque chose que tout le monde connaît et elle s'en sert pour éclairer quelque chose que personne ne comprend encore. Par exemple, Platon dans l'allégorie de la caverne a dit "L'éducation est à l'âme ce que la lumière est aux yeux." Je vous laisse méditer là-dessus. Et d'un coup là, c'est évident. L'analogie donne le pouvoir de rendre simple ce qui paraît
6:09 complexe, de transformer le compliqué en clair, de dire à votre public, tu vois, c'est comme ça quand je vous dis parler, c'est comme respirer, naturel mais rarement bien fait. On crée un pont mental et ce pont tout le monde peut le traverser. L'analogie, c'est la pédagogie incarnée. Ensuite, cinquièmement, l'antithèse. L'antithèse, c'est l'art d'opposer deux idées. Et si ça c'est si puissant, c'est parce que le cerveau retient mieux ce qui est placé en contraste. De force opposée crée une tension et cette tension, ça retient la tension. Dans Fèdre, par exemple, racine écrit "Je le vis, je rougis et je palie" à sa vue, c'est une opposition émotionnelle entre rougir et pas lire.
6:56 Deux réactions complètement contradictoires dans la même phrase ou peut-être le très connu le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point de Pascal. Ça c'est une antithèse conceptuelle. La raison est opposée au cœur, la logique, à l'émotion. Dans une prise de parole, si vous dites "Ce n'est pas en parlant plus fort qu'on parle mieux", c'est en parlant plus juste. Ce n'est pas juste esthétique, c'est stratégique. L'antithèse clarifie, elle tranche, elle impose, elle vous donne une précision. que les mots seuls n'auraient pas. Et parfaite transition, la métaphore fait voir, l'analogie fait comprendre, l'entithèse fait choisir. Mais pour toucher vraiment, pour faire vibrer l'auditoire, on doit quitter l'explication et entrer dans l'émotion.
7:43 Chapitre 3. Émouvoir. Enseigner, c'est bien, mais toucher, c'est autre chose. Un discours, c'est pas un cours. Enfin, ça peut mais bon. Ce qui fait qu'on se souvient d'un orateur, ce n'est pas seulement ce qu'il dit, c'est ce qu'il fait ressentir en l'écoutant. Et pour créer ce lien invisible entre vous et le public, il existe deux figures essentielles de façon de faire vibrer l'auditoire sans jamais tomber dans le mélodramatique. Numéro 6, l'hypotypose. L'hipotypose, c'est l'art de décrire une scène comme si elle se déroulait sous nos yeux. C'est très très puissant. C'est parce que le cerveau ne fait presque pas la différence entre imaginer une scène et la vivre. Quand vous racontez par exemple, vous entrez dans la salle, les regards se tournent, votre
8:29 cœur accélère, votre gorge se serre, les auditeurs ne vous écoutent pas, ils s'y voient, ils revivent quelque chose. C'est ce que faisait aussi Victor Hugo quand il écrivait "Le ciel était noir, la mer était noire, on ne distinguait plus rien, on entendait seulement ce fracas immense comme si tout l'océan se fû rué sur les rochers pour les broyer." Ça, c'est dans les travailleurs de la mer. On est dents, on ressent, on voit. L'hypotypose active la mémoire corporelle, les images, les sensations, pas seulement la logique. On va utiliser les verbes au présent. On ajoute de l'émotion, de l'intonation. Et dans dans un discours, c'est ce moment-là où la salle devient silencieuse, où tout le
9:16 monde vous suit parce qu'ils sont en train de vivre la scène avec vous. Numéro 7, la litotte. À l'inverse de l'hypothypose, la litote, elle se joue complètement sur la retenue. Elle dit moins, mais elle fait entendre bien plus. Le nom dit laisse de la place à l'auditeur. Il comble le vide, il l'interprète, il complète lui-même. Pour ceux qui n'ont jamais étudier le site de Corneille, il y a un personnage Shimen pour qui dire "Je t'aime" ça serait une trahison morale et pour qui dire "Je te haie, ça serait un mensonge." Alors, elle dit cette fameuse phrase "Va, je ne te haie point" et on entend tout sauf de l'indifférence. C'est l'aveu d'un amour impossible caché sous de la retenue. Aura bien moins de peine à mourir par ta
10:02 main qu'à vivre avec ta haine. Va, je ne te point. Tu le dois. Je ne puis c'est ça la litotte. Ça touche parce qu'elle est pudique, elle évite l'excès, elle laisse deviner ce qu'on ne veut pas dire trop fort. Dans une prise de parole, dire par exemple ce n'est pas toujours simple de se montrer, c'est beaucoup plus puissant que dire c'est extrêmement difficile de se montrer parce que c'est plus humain, c'est plus vrai, c'est moins appuyé. L'alitote touche les gens qui n'aiment pas qu'on force les émotions. Elle invite, elle n'impose pas. Et souvent c'est la figure qui crée le plus de sincérité. Bon, ça va, je vous ai pas perdu entre deux auteurs du 17e. Mais qui étaient les auteurs du 17e ? Hm hm. Bon, la réponse était Corneille et Racine. Hugo, c'est
10:48 le 19e. Et ça c'était le petit piège. Alors oui, émouvoir, c'est ça, c'est faire vivre, c'est laisser deviner. Mais un discours, ça ne s'arrête jamais sur de l'émotion. Un discours, ça se termine sur une empreinte, une montée, une phrase qui va rester. La fin d'un discours, c'est ce qui reste quand tout le reste a disparu. On se souvient pas toujours du début, ni même du milieu, mais par contre en règle générale, on se souvient toujours de la dernière impression. Et pour terminer avec force, avec élégance, avec impact, il existe deux figures de style essentielles, deux manières de donner à votre dernière minute une véritable dimension. Chapitre 4, marquer la fin. On continue avec la
11:34 technique numéro 8, la gradation. La gradation, c'est l'art d'organiser vos phrases pour créer une montée, une progression, une intensité qui augmente phrase après phrase. Et si ça ça fonctionne aussi bien pour conclure, c'est parce que le cerveau adore sentir une évolution, une association, une ascension, une direction. Par exemple, quand Molière 17e, lui aussi, il écrit "Je meurs, je suis mort, je suis enterré, tout monte, tout accélère. On est pris dans le mouvement. Dans un discours, une bonne gradation transforme une phrase finale en élan. Elle crée une énergie ascendante. On peut dire par exemple, on apprend, on pratique, on influence. C'est une manière de conduire votre public jusqu'au sommet. La gradation,
12:21 c'est comme une marge d'escalier émotionnelle. à mesure qu'elle monte, l'impact augmente. La phrase finale arrive au moment exact où elle doit frapper. Numéro 9, l'apostrophe. C'est le fait de s'adresser directement au public, pas à la foule, pas à tout le monde, mais à eux individuellement. Et si c'est si puissant en fin de discours, c'est parce qu'à ce moment précis, vous ne parlez plus d'une idée, vous parlez de leur vie. Par exemple, Alphonse la Martine écrit "Autant suspend ton vol et vous heure propice, suspendez votre cours, laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours." Là, il ne décrit plus, il s'adresse, il parle à quelque chose, il crée un lien direct. Et quand vous terminez un
13:07 discours en disant "Et vous, qu'est-ce que vous voulez transmettre maintenant ?" Vous ne donnez plus une information, vous faites naître une responsabilité. L'apostrophe met le public au centre. Elle le convoque, elle le sollicite, elle lui donne un rôle dans votre conclusion et ça personne ne l'oublie. Une fin réussie, c'est ça, une montée et une adresse. Mais parfois, il suivit d'une seule phrase pour que votre discours devienne mémorable. Une phrase qui reste, une phrase qui marque, une phrase qui s'imprime. Dernier chapitre, chapitre 5. Créer une phrase mémorable. Un discours, c'est un voyage, mais ce qu'on emporte avec soi, c'est rarement tout le voyage. C'est juste une phrase,
13:52 une seule, celle qui nous revient des mois plus tard. Donc, il existe deux figures de style qui permettent de créer cette phrase-là. celle que les gens vont retenir, celle qu'ils partagent, celle qu'ils citent, même quand ils ont oublié tout le reste. Après cette vidéo, peut-être que vous ne retiendrez pas du tout l'anaphor de Kennedy ou le lyisme de la Martine, mais je suis sûr que vous n'oublierez pas qu' Racine et Corneille et Molière étaient tout trois du 17e. Numéro 10, l'accumulation. L'accumulation, c'est l'art d'empiler plusieurs éléments pour créer une énergie, un rythme avec une intensité qui va augmenter au fur et à mesure que les mots s'enchaînent. On peut dire que c'est un petit peu comme un tambour verbal. Plus vous ajoutez, plus ça prend. Plus la phrase se charge, plus
14:39 elle impose quelque chose. Par exemple, dans le misanthrope, le le personnage de Molière décrit la société. Il dit, "On flatte, on loue, on applaudit, on enseie ridicules, il soupire, il brûle, il languie, il se meur. C'est impossible ne pas sentir la montée. C'est impossible de ne pas être entraîné dans un discours. L'accumulation donne un effet mantra. Elle donne un mouvement, une vibration. Par exemple, on pourrait dire la voix respire, elle vibre, elle rassure, elle percute. C'est donner à votre phrase une force presque physique. C'est transmettre non seulement une idée mais aussi une énergie. L'accumulation, c'est la figure de style qui transforme une
15:25 phrase normale en une phrase qui claque, une phrase qui vit, une phrase qui reste. Et la dernière technique, c'est l'oxymore. L'oxyor, c'est l'art d'assembler deux mots complètement opposés, deux contraires, deux réalités qui normalement ne devraient jamais se toucher. Un peu comme l'antithèse qui oppose deux idées. L'oxymore, lui, il vient coller deux mots contradictoires. C'est très puissant. Parce que pour le coup, cette collision crée une étincelle mentale. Elle surprend, elle interrompt, elle intrigue. C'est ce que disait Gérard Nerval avec le soleil noir de la mélancolie. Deux forces contraires qui se télescopent. Et là, tout à coup, une émotion apparaît. Quand vous dites par exemple un silence puissant ou une
16:12 douceur brutale, vous créez un choc subtil dans la perception. Et ce choc, c'est exactement ce dont une punchline a besoin pour rester. Un oxyor, c'est une petite déflagration dans l'esprit. Ça marque, ça imprime et ça ne s'oublie pas. Une phrase mémorable, c'est ça : un contraste ou un élan, un choc ou une montée. L'accumulation entraîne et l'oxyor marque. Et à la fin du discours, ce sont souvent ces quelques mots là que les gens vont retenir vraiment. Un discours n'est pas seulement des idées, c'est une architecture, un mouvement, une manière d'emmener votre public quelque part avec vous. Vous avez vu les 11 figures de style essentiel et surtout comment les utiliser au bon moment ?
16:57 Pour ouvrir, vous avez l'anaphore et la question rhtorique. Pour enseigner, vous avez la métaphore, l'analogie, l'antithèse. Pour émouvoir, vous en appelez l'hypotypose, la litote. Pour marquer la fin, vous avez la gradation. et l'apostrophe. Et pour imprimer une phrase qui reste l'accumulation et l'oxyore. 11 outils, cinq grandes catégorie et une seule intention. Faire en sorte que vos mots ne passent plus inaperçus. Parce qu'au fond, parler ce n'est pas juste transmettre des idées. Parler c'est transformer une salle. C'est touché, c'est éclairé, c'est inspiré. Et si malgré toutes ces techniques, vous avez encore du mal à démarrer vos discours, je vous invite à regarder cette vidéo. J'y montre
17:43 l'erreur la plus commune quand on commence la prise de parole et comment vraiment capter l'attention dès le début.