Jacques Ellul : Comprendre la propagande cachée de la société moderne

Résumé Bref

Ce podcast explore le livre "Propaganda" de Jacques Ellul, publié en 1962, qui offre une perspective troublante sur la propagande dans la civilisation moderne. Ellul soutient que la propagande est devenue une fondation psychologique invisible des sociétés techniciennes, façonnant les comportements et les pensées des individus. Il distingue la propagande politique de la propagande sociologique, et analyse comment l'éducation, paradoxalement, peut rendre les individus plus vulnérables à la propagande. Ellul examine les différentes formes de propagande et leur impact sur la conscience individuelle, tout en offrant des pistes de résistance, notamment par le développement d'une conscience critique.

  • La propagande est un phénomène social et psychologique fondamental dans les sociétés techniciennes.
  • L'éducation, paradoxalement, peut rendre les individus plus vulnérables à la propagande.
  • La conscience critique est essentielle pour résister à la propagande et préserver un reste d'autonomie.

Introduction à la pensée de Jacques Ellul sur la propagande

En 1962, Jacques Ellul publie "Propaganda", un ouvrage qui remet en question la compréhension de l'influence dans le monde moderne. Contrairement aux études sur la manipulation des régimes totalitaires, Ellul avance que la propagande est la base psychologique invisible de la civilisation moderne. Il ne la considère pas comme une arme externe, mais comme un phénomène sociologique central, nécessaire au fonctionnement des sociétés techniciennes, définies comme des sociétés organisées autour de l'efficacité dans tous les domaines. Dans ce contexte, la propagande résout les problèmes créés par la technique et intègre l'individu dans un univers technicien.

La propagande comme phénomène social

Ellul insiste sur le fait que la propagande doit être considérée comme un phénomène social plutôt que comme une simple arme politique. Il distingue deux formes de propagande : la propagande politique, qui sert des objectifs immédiats et est facilement reconnaissable, et la propagande sociologique, qui est le mode de vie dans lequel baigne l'individu et qui se diffuse inconsciemment à travers les normes sociales et les habitudes de consommation. Cette dernière est particulièrement puissante car elle agit de l'intérieur, créant des désirs conformes aux attentes de la société et façonnant la manière dont nous pensons au travail, à la famille, à la réussite et au bonheur. La propagande sociologique répond à un besoin des masses, en particulier le besoin d'explication et de valeur, en fournissant un cadre de référence dans un monde complexe.

Classification de la propagande

Jacques Ellul propose une classification détaillée de la propagande pour montrer qu'elle constitue un système complet qui agit en permanence sur la société. Il distingue la propagande d'agitation, qui conduit à la révolte et à l'enthousiasme, de la propagande d'intégration, qui vise à ajuster l'individu au schéma souhaité et à rendre l'ordre social acceptable. Il différencie également la propagande verticale, qui vient d'en haut et descend vers ceux qui reçoivent le message, de la propagande horizontale, qui naît à l'intérieur du groupe et paraît plus crédible. Enfin, il oppose la propagande rationnelle, qui utilise des faits et des statistiques, à la propagande irrationnelle, qui agit directement sur les émotions et les désirs inconscients.

Le rôle de l'éducation dans la propagande

Contrairement à l'idée que l'éducation est un rempart contre la manipulation, Ellul affirme qu'elle est la condition absolue de la propagande. Il introduit le concept de pré-propagande, qui est le conditionnement des esprits par des masses d'informations incohérentes diffusées pour des raisons cachées. L'éducation rend les individus dépendants de l'information, développe la pensée abstraite et donne une confiance excessive dans la capacité à résister à la manipulation. Les intellectuels sont particulièrement susceptibles à la propagande car ils consomment d'énormes quantités d'informations de seconde main et ont besoin d'un cadre pour les interpréter, que la propagande leur fournit.

La propagande et la conscience individuelle

Ellul souligne que la propagande façonne la conscience individuelle en entretenant l'illusion de liberté tout en orientant les comportements. La propagande efficace donne l'impression de choix tout en supprimant les véritables alternatives, rendant certaines options psychologiquement impensables ou socialement inacceptables. L'homme intégré à la société technicienne se conforme aux objectifs de cette société, non pas par oppression, mais volontairement, croyant prendre des décisions libres. Ellul identifie l'illusion fondamentale de l'homme moderne, qui croit que l'accès à l'information équivaut à la compréhension et que la diversité des sources garantit la liberté de choix, alors que toutes ces sources partagent les mêmes présupposés.

Les méthodes de la propagande moderne

La propagande moderne est fondée sur une analyse rationnelle de la psychologie et canalise la pensée rationnelle dans des directions prévues à l'avance. Elle repose sur plusieurs méthodes, dont l'environnement total, qui agit par de multiples canaux, la continuité dans le temps, qui rend la propagande invisible, et la coordination psychologique, qui crée une convergence de messages allant dans le même sens. Le but de la propagande moderne n'est plus de modifier les idées, mais de provoquer l'action, en orientant les comportements même si les croyances restent variées. Les individus deviennent ainsi les instruments de leur propre contrôle, participant activement à leur propre conditionnement.

Possibilités de résistance

Ellul estime que prendre conscience de l'existence de la propagande n'offre que peu de protection, mais qu'une vigilance continue peut permettre de développer une conscience critique. Cette conscience ne garantit pas une immunité complète, mais peut créer une distance qui empêche l'individu de réagir de manière automatique. Pour atteindre cette lucidité, il faut remettre en question ses réactions immédiates, s'interroger sur les sources de ses convictions et privilégier l'expérience directe. La résistance commence par la reconnaissance de notre propre vulnérabilité et de notre complicité dans le système qui nous façonne.

Conclusion : Propagande et liberté dans la société technicienne

L'analyse de Jacques Ellul révèle que la propagande est l'infrastructure psychologique indispensable de la civilisation technicienne. Le véritable choix n'est pas entre propagande et liberté, mais entre une participation inconsciente et une participation consciente au système qui façonne notre réalité. La convergence de la propagande et de la technique a produit un homme nouveau, convaincu de son autonomie personnelle alors qu'il suit des schémas prédéterminés. La question fondamentale est de savoir si nous allons vivre dans cette société en toute inconscience ou si nous allons cultiver une conscience critique qui nous permet de conserver un reste d'autonomie. Même dans cette intégration, il reste possible de garder la capacité de voir la situation telle qu'elle est et de choisir notre manière d'y répondre.

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0:00 Voix philosophique le podcast. En 1962, le philosophe français Jacquelul publie un livre qui allait profondément changer notre compréhension de l'influence dans le monde moderne. Ce livre s'intitule Propaganda. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, il ne s'agissait pas d'une étude supplémentaire sur les méthodes de manipulation des régimes nazis ou soviétiques et lu montrait quelque chose de bien plus troublant. Selon lui, la propagande n'est pas seulement un outil occasionnel entre les mains des gouvernements. Elle est devenue la fondation psychologique invisible sur laquelle repose toute la civilisation moderne. Là où beaucoup d'observateurs voyaient une arme utilisée de l'extérieur contre des populations passives, lui écrivait qu'il fallait plutôt la comprendre comme un phénomène sociologique de la plus haute

0:45 importance. Son idée était radicale. Pour lui, la propagande n'est pas une anomalie de l'histoire ni un abut temporaire. Elle est un mécanisme central nécessaire au fonctionnement des sociétés techniciennes. Mais que voulait-il dire par société technicienne ? Elule ne parlait pas seulement des machines ou des ordinateurs. Il décrivait une civilisation entière organisée autour de la recherche systématique de l'efficacité dans tous les domaines de la vie. Dans une telle société, expliquait-il, les solutions techniques sont toujours préférées. Les comportements des individus doivent être uniformisés pour que des systèmes complexes puissent fonctionner. et les anciennes sources de sens comme la religion, les coutumes se voient remplacer par une organisation rationnelle. C'est dans ce contexte

1:30 qu'ellule écrit cette phrase éclairante. La propagande est appelée à résoudre des problèmes créés par la technique, à agir sur les désajustements et à intégrer l'individu dans un univers technicien. Cette affirmation montre bien qu'il ne pensait pas seulement aux affiches spectaculaires ou aux campagnes politiques bruyantes. Il parlait d'une influence beaucoup plus subtile qui pénètre la vie quotidienne de chacun et qui devient presque invisible pour ceux qui y sont soumis. La première idée que Jacquelul met en avant est la suivante : la propagande ne doit pas être vue uniquement comme une arme politique mais avant tout comme un phénomène social. C'est un point essentiel pour comprendre tout son raisonnement. Jusque-là, la plupart des chercheurs s'étaient concentrés sur la façon dont un gouvernement, un parti ou un leader

2:16 manipule un public dans le but d'obtenir un résultat précis. Elule posait une question différente. Il voulait savoir comment une société entière peut avoir besoin de propagande pour fonctionner. Pour répondre à cette question, il distingue deux formes. La première est la propagande politique. Elle sert des objectifs immédiats. C'est celle que nous reconnaissons facilement. On la retrouve dans les campagnes électorales, dans les efforts de mobilisation pendant la guerre ou encore dans les slogans partisans. Elle est visible et explicite. Mais selonule, il existe une autre forme bien plus importante. Il l'appelle la propagande sociologique. Il l'a définit comme le mode de vie dans lequel baigne l'individu et qui surgit spontanément inconsciemment au sein d'une culture. Contrairement à la propagande politique, elle n'annonce pas

3:01 ses intentions. Comme il l'explique, elle agit sur un style de vie tout entier. Elle se diffuse en continu à travers les normes sociales, les habitudes de consommation, les attentes collectives et les représentations de ce qui est normal ou désirable. Cette propagande sociologique est puissante parce qu'elle ne s'impose pas seulement de l'extérieur, elle agit de l'intérieur. Elle crée des désirs qui vont dans le sens de ce que la société attend. Elle donne l'impression que certaines façons de vivre sont naturelles et qu'il est impossible d'envisager autre chose. Elle façonne la manière dont nous pensons au travail. à la famille, à la réussite et au bonheur. LUL expliquait aussi pourquoi cette forme de propagande est si efficace. Elle correspond exactement à un besoin des masses, écrivait-il. En particulier,

3:48 le besoin d'explication et le besoin de valeur. Dans les sociétés modernes, les sources traditionnelles de sens comme la religion, la coutume ou la communauté se sont affaiblis. Beaucoup d'individus se sentent perdus et isolés. Il rechercha leur activement des visions simplifiées du monde et des règles de conduite claires. La propagande sociologique leur fournit ce cadre. Elle n'est pas rejeté. Elle est attendue comme une nécessité psychologique pour survivre dans un univers complexe. C'est ce qui explique un paradoxe qui intriguit depuis longtemps les observateurs. Comment la propagande peut-elle réussir dans des démocraties où il y a un haut niveau d'éducation, une presse libre et un débat public ouvert ? Pour la réponse est simple. La propagande la plus efficace ne ressemble pas à de la propagande. Elle se présente comme du bon sens, comme une évolution naturelle,

4:35 comme la seule manière évidente d'avancer. C'est précisément parce qu'elle est invisible qu'elle devient irrésistible. Pour montrer l'ampleur de la propagande, Jacques a créé une classification très détaillée. Il voulait que l'on comprenne que la propagande n'est pas faite de techniques isolées, mais qu'elle constitue un système complet qui agit en permanence sur la société. La première distinction qu'il propose est entre la propagande d'agitation et la propagande d'intégration. L'agitation, écrit-il, conduit l'homme du simple ressentiment à la révolte et l'arrache à sa vie quotidienne, à son cadre normal pour le plonger dans l'enthousiasme et dans l'aventure. C'est la propagande des révolutions et des crises. Elle bouleverse la routine, encourage les risques et entraîne les foules vers des

5:21 actions exceptionnelles. À l'inverse, la propagande d'intégration est dominante dans les sociétés stables. Elle vise à faire que l'individu s'ajuste au schéma souhaité et cherche à obtenir des conduites stables, à adapter l'individu à sa vie quotidienne, à remodeler ses pensées et ses actes selon le cadre social permanent. Ici, il ne s'agit pas de briser l'ordre mais de le rendre acceptable. Elle transforme la vie ordinaire en quelque chose de satisfaisant tout en garantissant qu'elle corresponde aux besoins du système. Comme l'expliquait l'ul, elle cherche à faire de l'individu un être d'habitude qui répond aux signaux sociaux sans avoir à réfléchir consciemment. Cette distinction permet de comprendre pourquoi les sociétés techniciennes utilisent surtout la propagande d'intégration. Elles ont

6:06 besoin de comportements réguliers, prévisibles, adapté à des structures très complexes. Elles n'attendent pas des révoltes, mais plutôt une consommation continue, des habitudes de travail solides, une coopération sociale stable et une acceptation sans fin du progrès technique. Elle introduit ensuite une autre différence importante entre la propagande verticale et la propagande horizontale. La propagande verticale vient d'en haut et descend vers ceux qui reçoivent le message. Elle circule du gouvernement vers les citoyens, de l'employeur vers l'ouvrier, de l'enseignant vers l'élève. C'est l'image classique que l'on se fait de la propagande. La propagande horizontale est différente. Elle naît à l'intérieur du groupe où tous semblent égaux et où il n'y a pas de chef. Elle se diffuse entre pères, par exemple dans

6:52 des réseaux d'amis, dans un cercle professionnel ou au sein d'une communauté. Elle paraît plus crédible car elle semble surgir de la base comme une vérité partagée plutôt que d'être imposée par une autorité. Enfin, Elule distingue encore la propagande rationnelle de la propagande irrationnelle. La propagande rationnelle utilise des faits, des statistiques et des raisonnements. Mais comme il le soulligne, elle vise paradoxalement à produire de l'irrationalité chez l'individu en le noyant sous un flot d'information qu'il ne peut pas traiter. L'excès de données pousse alors à chercher des explications toutes faites. À côté de cela, la propagande irrationnelle agit directement sur les émotions et sur les désirs inconscients. Elle contourne l'esprit critique et exploite les peurs ou les symboles

7:37 collectifs. En rassemblant toutes ces catégories, Elule montre que la propagande forme un système complet. Chaque type renforce les autres et mis ensemble, il crée ce qu'il appelle un environnement psychologique total où l'individu évolue sans même remarquer à quel point ses pensées et ses actions sont orientées. L'un des points les plus surprenants de l'analyse de Jacquel concerne le lien entre propagande et éducation. En général, on pense que l'école et l'instruction sont les meilleurs remparts contre la manipulation. On suppose que développer l'esprit critique et l'accès au savoir protège les individus contre l'influence. Pourtant, élirme exactement l'inverse. Il explique que l'éducation ou ce que l'on appelle généralement ainsi dans le monde moderne est la

8:23 condition absolue de la propagande. Pour comprendre cette affirmation, il introduit l'idée de prépropagande. Il décrit ce phénomène comme le conditionnement des esprits par des masses énormes d'informations incohérentes déjà diffusées pour des raisons cachées et présenté comme des faits et comme de l'éducation. Autrement dit, le système éducatif moderne ne prépare pas les individus à résister à la propagande. Au contraire, il les rend disponible à son action en créant des habitudes mentales et des réflexes qui facilitent la réception des messages. Elle identifie plusieurs mécanismes. Le premier est la dépendance à l'information. L'école apprend aux élèves à se fier aux experts et aux sources extérieures plutôt qu'à l'expérience directe ou à l'observation personnelle. Les individus finissent par

9:09 faire confiance à ce qui est écrit dans un journal, expliqué par un professeur ou confirmé par un expert et deviennent mal à l'aise face à l'incertitude de l'expérience immédiate. Le deuxième mécanisme est la pensée abstraite. L'éducation développe une capacité à manipuler des concepts, des théories et des données, mais elle coupe en partie le lien avec l'expérience concrète du monde réel. Les individus savent raisonner sur des modèles, mais ils perdent le contact avec la sagesse pratique qui vient du vécu et de l'enracinement dans une communauté. Le troisème mécanisme est peut-être le plus dangereux. L'éducation donne aux individus une confiance excessive dans leur capacité à déceler et à résister à la manipulation. Ils croient que leur formation intellectuelle les rend immunisée, ce qui en fait au contraire des cibles idéales pour les formes les plus sophistiquées de propagande. Elule

9:56 observe d'ailleurs que les intellectuels sont les plus susceptibles à la propagande parce qu'ils consomment d'énormes quantités de ce qu'il appelle des informations de seconde main, qu'il s'agisse des médias, des publications scientifiques, des réseaux professionnels ou des discours d'experts. Leur confiance en leur capacité d'analyse combinée à cette dépendance à l'information extérieure les rend particulièrement vulnérables. Il décrit le mécanisme psychologique de cette manière. L'homme qui s'informe a besoin d'un cadre dans lequel il puisse insérer l'information et plus encore, il doit pouvoir utiliser l'information qu'il reçoit. Mais il ne peut le faire que s'il possède un système de valeur et de jugement. La propagande fournit précisément ce cadre. Elle propose des explications

10:41 cohérentes pour des événements complexes et elle suggère des réponses toutes faites pour des situations qui paraissent trop difficiles à comprendre par soi-même. C'est pour cette raison qu'ellule conclut que les méthodes traditionnelles de résistance à la propagande, comme apprendre à vérifier ses sources ou identifier les biaiss, sont insuffisantes. Elles ne s'attaquent pas au problème central qui est la dépendance structurelle à l'information et au système de médiation. Tant que les individus continuent à vivre surtout à travers des informations transmises de l'extérieur, leur esprit reste façonné par un environnement qu'il ne maîtrise pas. L'une des observations les plus pénétrantes de Jacquelul concerne la manière dont la propagande façonne la conscience individuelle. Il remarque que le propagandais est convaincu qu'il agit

11:26 et décide par lui-même alors qu'il ne le fait pas. Ce n'est pas simplement une illusion créée par un mensonge extérieur. C'est une caractéristique fondamentale du fonctionnement de la propagande dans la société technicienne. Elle entretient l'impression de liberté tout en orientant les comportements. LUL explique que la propagande efficace doit donner l'impression de choix tout en supprimant les véritables alternatives. Elle n'interdit pas forcément certaines options par la loi. les rend plutôt psychologiquement impensa socialement inacceptable ou pratiquement impossible. Comme il l'écrit, l'homme intégré à la société technicienne n'a aucun moyen d'y échapper. Il doit se conformer aux objectifs de cette société. Cette conformité n'apparaît pas comme une oppression. Elles semblent au contraire

12:11 volontaire et même bénéfique. Les individus croient prendre des décisions libres mais en réalité ils suivent des schémas prédéterminés qui répondent aux besoins du système. Ils trouvent de la satisfaction dans leur choix parce que ces choix coïncident avec les buts et les valeurs déjà approuvées socialement. C'est précisément pour cette raison que la propagande réussit. Elle se confond avec le sentiment d'autonomie personnelle. LUL identifie ce qu'il appelle l'illusion fondamentale de l'homme moderne. Cet homme croit que l'accès à l'information équivaut à la compréhension et que la diversité apparente des sources garantit la liberté de choix. Mais lorsque toutes ces sources partagent les mêmes présupposés sur la valeur et l'inévitabilité de la société technicienne, la pluralité est une

12:57 façade. Derrière cette diversité se cache une uniformité de pensées et de comportements acceptables. Il soulligne également que la propagande moderne est fondée sur une analyse rationnelle de la psychologie. Autrement dit, elle n'écrase pas la pensée rationnelle, elle la canalise dans des directions prévues à l'avance. Elle fournit des raisons logiques pour des comportements désirés, tout en rendant d'autres logiques psychologiquement inaccessibles ou trop coûteuses socialement. C'est ainsi qu'apparaît ce qu'ellule appelle une fausse conscience. Il ne s'agit pas de simple mensonge grossiers mais d'une condition plus subtile. Les individus perçoivent correctement certains aspects de la réalité immédiate. Pourtant ils restent aveugles face aux structures profondes qui orientent leurs choix et limitent leurs possibilités. Jacques

13:44 remarque que la propagande moderne a beaucoup évolué par rapport aux formes grossières du passé. Elle est devenue scientifique, précise et redoutablement efficace. Elle ne repose plus sur quelques techniques isolées, mais sur un ensemble de méthodes qui convergent et créent un environnement psychologique dont il est presque impossible de s'échapper. La première de ces méthodes est ce qu'il appelle l'environnement total. La propagande agit en même temps par de multiples canaux. Elle ne se limite pas au messages politiques ou à la publicité. Elle pénètre aussi l'éducation, le divertissement, l'information, les relations sociales, les pratiques culturelles et les routines quotidiennes. Cela forme, selon Elule, un système complet qui ne laisse aucun espace psychologique vide et qui ne propose aucune perspective

14:29 alternative. La deuxième méthode est la continuité dans le temps. Elle explique que la propagande moderne agit avec continuité et durée. Elle n'opère pas par campagnes brèves et intenses, mais par une influence constante, diffuse, de moyenne intensité. C'est précisément cette régularité qui la rend invisible. Comme elle devient l'arrière-plan de toute expérience, les individus finissent par ne plus remarquer sa présence. La troisième méthode est ce qu'il appelle la coordination psychologique. Il ne s'agit pas toujours d'un contrôle centralisé. Au contraire, différents secteurs de la société, sans se concerter directement, transmettent des messages qui vont tous dans le même sens. Les institutions, les médias, les entreprises ou l'école répètent et renforce les mêmes valeurs

15:16 de base et les mêmes comportements attendus. C'est cette orchestration qui aboutit à ce qu'ul décrit comme une convergence où toutes les voies semblent différentes mais produisent en réalité une harmonie artificielle. Le résultat, c'est ce qu'il nomme l'unanimité artificielle. Les individus ont l'impression de tenir des opinions diverses, parfois même opposées. Pourtant, ces opinions s'inscrivent toutes dans un cadre commun qui n'est jamais remis en question. Elle insiste alors sur un point essentiel. Le but de la propagande moderne n'est plus de modifier les idées, mais de provoquer l'action. Il n'est pas nécessaire que les individus adhère à une doctrine précise ou qu'ils soient convaincus intellectuellement. Il suffit que leur comportement soient orienté dans la direction voulue, même si leurs croyances reste variées. C'est pour cela

16:02 qu'il écrit que le propagandé devient l'instrument de son propre contrôle. Les individus participent activement à leur propre conditionnement. Ils recherchent eux-mêmes l'information qui confirme leurs habitudes. Ils s'exposent volontairement aux expériences qui consolident leurs certitudes et ils évitent tout ce qui pourrait menacer leur équilibre psychologique ou leur intégration sociale. Face à cette influence qui paraît totale, Jacquel pose une question cruciale. Est-il encore possible d'y échapper ou de résister de manière réelle ? Sa réponse est nuancée et plutôt pessimiste. Il insiste sur le fait que prendre conscience de l'existence de la propagande n'offre presque aucune protection. Comme il l'écrit, le fait qu'un homme lisse des révélations sur la propagande ne le rendra pas immunisé

16:47 contre elle. Autrement dit, la simple connaissance intellectuelle ne suffit pas car la propagande agit en profondeur, souvent en dessous du seuil de la conscience et elle contourne les défenses rationnelles. Cependant, elle n'exclut pas toute possibilité. Il croit qu'une vigilance continue peut permettre de développer ce qu'il appelle une conscience critique. Il ne s'agit pas d'une liberté totale, mais plutôt de la capacité à observer son propre conditionnement, tout en continuant à vivre à l'intérieur de la société technicienne. Cette conscience ne garantit pas une immunité complète, mais elle peut créer une certaine distance, un espace psychologique qui empêche l'individu de réagir de manière entièrement automatique. Pour atteindre ce degré de lucidité, il faut accepter une vérité inconfortable. Beaucoup de nos certitudes, de nos préférences et

17:34 même de nos comportements ne viennent pas de choix autonomes mais de mécanismes de manipulation. Développer la conscience critique exige donc de remettre en question ses réactions immédiates, de s'interroger sur les sources de ses convictions et de privilégier autant que possible l'expérience directe plutôt que les informations médiatisées. LUL insiste aussi sur un point important. La propagande n'est pas uniquement quelque chose que les autres nous imposent. C'est aussi quelque chose que nous contribuons à reproduire dans nos gestes quotidiens. Chaque fois que nous acceptons une autorité sans discuter, chaque fois que nous partageons une information sans la vérifier, chaque fois que nous nous conformons à une attente sociale sans réflexion, nous devenons, dit-il, des agents inconscients de la propagande. C'est pourquoi la véritable résistance

18:20 commence par la reconnaissance de notre propre vulnérabilité. Il faut admettre que nous sommes complices, que nous participons malgré nous au système qui nous façonnent. Ce n'est qu'en acceptant la profondeur de ce conditionnement que nous pouvons espérer ouvrir de petits espaces de liberté intérieure. Des moments où nous pensons et agissons par nous-mêmes, même dans les contraintes de la société technicienne. Pour conclure, l'analyse de Jacquelul révèle une vérité dérangeante. La propagande n'est pas une anomalie qui déforme le fonctionnement normal de nos sociétés. Elle est devenue l'infrastructure psychologique indispensable de la civilisation technicienne. Autrement dit, le choix n'est pas entre propagande et liberté. Le véritable choix se situe entre une participation inconsciente et une

19:05 participation consciente au système qui façonne inévitablement notre réalité. Elul l'exprime de manière saisissante lorsqu'il écrit que la convergence de la propagande et de la technique a produit un homme nouveau. Cet homme est convaincu de son autonomie personnelle alors qu'il suit en réalité des schémas prédéterminés. Il croit chercher de l'information mais il accepte des explications toutes faites. Il pense poursuivre son bonheur librement alors que ses efforts servent les besoins d'un système qu'il n'a jamais consciemment choisi de soutenir. La question fondamentale n'est donc pas de savoir si nous vivons ou non dans une société technicienne. Comme l'explique, ce choix a déjà été fait par l'histoire et nous ne pouvons pas en sortir. La vraie question est de savoir si nous allons vivre dans cette société en toute

19:52 inconscience ou si nous allons cultiver une conscience critique, même limitée, qui nous permet de conserver un reste d'autonomie. Dans les dernières pages de son ouvrage, Elule écrit "Finalement, l'homme sera totalement intégré au système technicien, mais il ajoute que la conscience de ce processus peut préserver quelque chose d'essentiellement humain. Même dans cette intégration, il reste possible de garder la capacité de voir la situation telle qu'elle est et de choisir notre manière d'y répondre, aussi réduite soit-elle. Peut-être que cette lucidité, aussi fragile et contrainte qu'elle puisse paraître, est la seule véritable liberté encore offerte par la civilisation technicienne. C'est la liberté de reconnaître ce que nous sommes devenus et de répondre à ce savoir avec autant d'authenticité et de conscience que possible.

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