0:19 Les mondes perdus. Pour connaître les mammifères vivantes au temps des dinosaures, les paléontologues ne disposèrent pendant longtemps, que de fragments de fossiles. Ils pensaient que ces animaux de la taille d'une souris, n'avaient pu se diversifier sur la planète, qu'après l'extinction des dinosaures.
1:06 Mais au cours des années 2000, la découverte en Chine de somptueux fossiles magnifiquement préservés, révèle que les mammifères avaient préparé leurs armes bien avant. L'analyse des plus infimes détails de leur morphologie, explique enfin comment ils ont cohabité avec de redoutables carnivores, et leur ont survécu. L'aube des mammifères. C'est au nord-est de Pékin, dans la région volcanique du Liaoning, que l'on trouve les fossiles de ces étonnants mammifères.
1:55 Comme les Repenomamus. Des animaux de la taille d'un loup, capable de dévorer de jeunes dinosaures à plumes. S'ils sont aussi la proie de grands prédateurs comme ces Yutyrannus, ils sont bien plus imposants que tous les mammifères anciens connus jusque là. Ces Repenomamus, vivent il y a 130 millions d'années, dans une zone de fréquentes éruptions volcaniques.
2:52 Conservez dans les fines cendres, leurs squelettes ont traversé le temps. Jusqu'à venir bouleverser les connaissances qu'ont les paléontologues, des tout premiers mammifères. Ces fossiles de mammifères sont liés à notre propre histoire évolutive,
3:37 dans la mesure où nous aussi sommes des mammifères. Les mammifères, dont le nom signifie qui portent des mamelles, sont les seuls animaux à allaiter leurs petits. Ils se caractérisent par leur poil, une oreille dissociée de la mâchoire, et des dents très variées. Autant d'atouts déjà présents au temps des dinosaures, comme le révèlent de récentes découvertes. Nous observons que leurs dents ont d'abord quelques pointes seulement, puis qu'elles se multiplient. Ces outils leur ont permis de survivre à l'extinction massive des dinosaures. Les fossiles exhumés au début des années 2000,
4:24 datent l'apparition des mammifères de 125 millions d'années. Mais des analyses génétiques suggèrent que leur origine, pourrait être plus lointaine encore. Depuis dix ans, la polémique rebondit sur fond de dispute, entre généticiens et paléontologues. Tout commence, il y a 250 millions d'années. Au début du Trias. Une période marquée par une extrême chaleur. Les ancêtres des mammifères sont des reptiles mammaliens. Comme ce Thrinaxodon.
5:12 Ce descendant des reptiles est considérait, comme une étape de transition vers les mammifères. Ses pattes ne sont pas placées sous son corps, mais légèrement sur le côté comme chez les crocodiles. Il possède déjà plusieurs types de dents, et des poils comme les mammifères, mais n'a pas encore d'oreille externe. Pour se soustraire aux températures élevées, il creuse des galeries le long des rivières. C'est là qu'il s'est fossilisé. Les nouvelles technologies rayons X du synchrotron de Grenoble, permettent d'analyser son terrier, découvert en Afrique du Sud au XIXᵉ siècle.
6:02 Grâce à cette innovation, Vincent Fernandez peut étudier en 2011, pour la première fois, le contenu d'un bloc de roche sans le détruire. Nous avons découvert ce terrier dans un site, qui était utilisé pour la construction d'une route. Et parmi tous les terriers que nous avons découverts dans cette petite carrière, celui-ci présentait des petits os sur des fractures, qui nous ont donné l'idée de le sortir pour l'étudier, ici, au synchrotron. Ce terrier a été enseveli à une période charnière. Au Trias, il y a 250 millions d'années, 70% des espèces terrestres ont disparu. Ce bloc de roches détient peut-être le secret,
6:47 de ceux qui ont survécu à cette dramatique extinction. La meilleure façon de savoir quel animal utilisait quel terrier, c'est de trouver cet animal dans le terrier. Et donc, pour pouvoir trouver cet animal, plutôt que de dégager la roche manuellement, on va utiliser les rayons X pour pouvoir, étudier l'animal dans le terrier fossilisé. Plus performants que les scanners médicaux, le synchrotron permet de distinguer par différence de densité, les eaux fossilisées de la roche elle-même. Cette prouesse permet de visualiser un Thrinaxodon. ancêtre des mammifères. Et surprise supplémentaire,
7:34 un amphibien nommé Broomistega, allongé tout contre lui. C'est une très grande surprise parce que c'est extrêmement rare. En général, les animaux ne partagent pas vraiment leurs terriers, encore moins avec des animaux, qui ont à peu près la même taille qu'eux et encore moins, avec des animaux qui ont le même régime alimentaire. Comme les Opossum surpris dans leur terrier par les caméras thermiques, lorsqu'ils fuient les grosses chaleurs. Le Thrinaxodon se terrait, au frais pour dormir durant de longues périodes.
8:25 Profondément engourdi, il n'aurait pas réalisé que le Broomistega, se réfugiait dans son havre. Cet amphibien en aurait profité pour s'abriter du climat hostile. D'autant que ses restes fossiles prouvent qu'il était blessé. On a trouvé que le Broomistega était blessé. Il a une série de 7 côtes cassées qui était en phase de guérison. On le voit parce qu'il y a des petits calot osseux autour des fractures. On voit le processus de guérison. On voit qu'il était blessé depuis plusieurs semaines, certainement. Cette découverte révèle que les ancêtres des mammifères, avaient développé la capacité d'entrer en léthargie. L'un, blessé et l'autre endormi, auraient été surpris ensemble,
9:11 par une violente montée des eaux. C'est parce que la lignée du Thrinaxodon, était capable de vivre dans des souterrains qu'ils creusaient, et grâce à leur métabolisme particulier leur permettant de survivre à la sécheresse, que cette lignée a pu survivre et donc permettre, l'apparition des mammifères plusieurs millions d'années après. Vincent et ses collègues sud africains, sont maintenant en quête de nouveaux terriers à scanner, pour espérer résoudre d'autres mystères.
10:02 On cherche soit un œuf, soit une femelle enceinte, qui permettra enfin de savoir, quel mode de reproduction avait nos lointains ancêtres. Mais la tâche n'est pas aisée car les fossiles de mammifères, sont extrêmement rares dans les gisements du Trias. Jusqu'à la fin du XXᵉ siècle, les premiers mammifères ne sont connus que par leurs dents. Tels ces spécimens millimétriques, conservés au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
10:48 Emmanuel Gheerbrant, spécialiste des mammifères, se souvient de ses débuts de paléontologue. Quand j'ai commencé ma carrière dans les années 85-90. La plupart des restes qu'on trouvait, c'étaient des dents isolées, ce qui était déjà... Un peu, presque un rêve, c'était de trouver non seulement des mâchoires, mais voir des crânes. Ces minuscules vestiges sont obtenus au prix d'un travail de fourmi. Pour découvrir quelques dents de mammifères, les paléontologues passent au tamis plusieurs tonnes de sédiments.
11:34 Seules les dents sont bien conservées parce que leur émail, résiste particulièrement au passage du temps. C'est la partie du squelette la plus minéralisée, celle qui se fossilise le mieux. L'intérêt des collections de dents isolées de mammifères, c'est que ce sont des restes de petite taille. On peut avoir des collections de plusieurs centaines de dents, qui vont tenir dans une boite à chaussures, et donc on peut avoir la représentation d'une faune, très diversifiée et même de toute l'histoire d'une province géographique, qui se résume à une collection d'un tiroir, d'un meuble, avec plusieurs centaines de dents. C'est le cas de la plus importante collection, étudiée par l'équipe d'Emmanuel Gheerbrant.
12:22 Débuté près de Nancy en 1976 à Saint-Nicolas-de-Port. Elle recèle aujourd'hui près de 1000 dents, datées du Trias supérieur. Il y a 210 millions d'années. C'est la plus vieille faune de mammifères connus au monde. Une dizaine d'espèces identifiées, grâce à la morphologie de leurs dents. Sur ces molaires, les trois pointes sont en effet propres aux mammifères. Elles sont utilisées pour broyer la nourriture. En complément des canines destinées à la maintenir, et des incisives qui la coupe. Cette dentition complexe, signe l'appartenance à la classe des mammifères, car les autres espèces animales possèdent un seul type de dents.
13:11 La morphologie des dents, c'est une véritable carte d'identité, des groupes auxquels elles appartiennent. C'est une carte d'identité pour identifier l'animal. Et en plus, c'est un support d'information fonctionnel, c'est à dire du régime alimentaire de ces animaux, puisque ces dents, si elles sont pointues par exemple, indiquent plutôt un régime insectivore, ou si elles ont plutôt des reliefs aplaties, ça indique plutôt des régimes herbivores. S'ils ont le mérite de révéler le régime alimentaire des mammifères, vivants au temps des dinosaures, ces fossiles n'offrent aucune indication sur leur apparence.
13:57 Mais un indice trouvé en France en 2008, lève le voile sur ce qui recouvrait la peau de ces animaux disparus. Au cœur des Charentes-Maritimes, une carrière est abandonnée près de la ville d'Archingeay. Sur ce site d'extraction de sable, deux paléontologues de l'université de Rennes, profitent de la mise à nu des parois pour collecter des fossiles. Cette couche géologique date du Crétacé. Il y a 100 millions d'années, une forêt de conifères et de ginkgo, s'érigeait ici, comme le révèle Romain Vullo et Didier Néraudeau.
14:46 Regardez cette feuille est dans l'argile depuis 100 millions d'années, elle se décolle. Et si je souffle dessus... Je peux la tordre. Ce qui montre bien que c'est souple encore. Excepté sa couleur noire, les millions d'années ont peut altéré ce débris végétal. Mais c'est un autre trésor que cherchent les paléontologues. Un morceau d'ambre. Car la résine coulant le long des troncs de conifères, emprisonne parfois les restes des animaux. Là, on est sur le fond de la carrière, et on a de l'eau qui a ruisseler, et qui a créé un petit affleurement intéressant.
15:35 On peut voir les couches en place. La couche apparaît étirée puisqu'on a une alternance de sédiments différents. On va avoir 2 grands types de dépôts. Des dépôts sableux : sable blanc, ocre, roux. Et après on va avoir un autre dépôt avec une accumulation, plutôt charbonneuse qui va former ces petites veinules noirâtres. Là, on voit bien l'alternance sable, et petit lit argileux qui contiennent, les débris de végétaux, et les petits morceaux d'ambre que l'on recherche spécialement. Le sédiment prélevé est ensuite tamisé dans l'étang tout proche. J'ai pas mal de petits fragments.
16:20 Il y a un morceau qui est de belle taille. Légèrement translucide, un peu marron, un peu rouge. Au-delà de ce minutieux travail, la paléontologie comporte aussi une part de hasard. Un indice majeur de l'apparence des mammifères, est ainsi dévoilé grâce à un coup de chance. C'est en cherchant des filaments bactériens, qu'un collègue de Romain Vullo, fait cette découverte rarissime. Des poils emprisonnés dans l'ombre. On voit l'ensemble de la pièce d'Ambre,
17:06 et on voit au milieu, le plus long des deux poils qui est légèrement coudé. Donc on voit que c'est vraiment très fin. Nous avons comparé ce poil fossile de 100 millions d'années, avec des poils de mammifères actuels, et nous avons pu constater que ce poil présente, de nombreuses ressemblances avec ce que l'on peut retrouver, chez les espèces actuelles. La morphologie des écailles, va être très semblable, mais aussi la disposition de ses écailles. Et leur contour présente de fortes ressemblances, avec les poils de mammifères actuels. En paléontologie, c'est une découverte exceptionnelle, puisque les poils de mammifère dans l'ambre, il y en a 1 ou 2 dans le monde. Il y a 100 millions d'années, les mammifères possèdent déjà les mêmes poils qu'aujourd'hui.
17:56 Équipement utile pour protéger ces animaux à sang chaud des aléas climatiques, et survivre aux extinctions qui déciment les grands dinosaures. De nouveaux indices de la morphologie des premiers mammifères sont exhumés, au tout début des années 2000 dans le sous sol chinois. Dans des couches géologiques datant du début du Crétacé, il y a 125 millions d'années, sont retrouvés les fossiles d'une faune, habitant d'une péninsule, au climat subtropical. Dans ce monde dominé par les immenses dinosaures, tels ces Titanosaures, haut de dix mètres,
18:42 vivent aussi de tout petits mammifères. Comme Eomaia scansoria. Littéralement, la mère primordiale qui sait grimper. Victime des dinosaures à plumes, tel ce Zhenyuanlong, Eomaia était le plus vieux cousin des mammifères, lors de sa découverte en 2002. Il est trouvé dans la région du Liaoning, au nord est de Pékin. Cette zone anciennement volcanique, a conservé au fil des millions d'années,
19:28 les traces de notre lointain passé. Zhe-Xi Luo, paléontologue américain d'origine chinoise, longe la falaise ****. Célèbre grâce au nombre de fossiles qu'elle a livré. Cette formation est un dépôt lacustre, emprisonnant une grande variété de fossiles de vertébrés. Les plus fameux sont les dinosaures à plumes, mais les plus importants, pour comprendre l'histoire évolutive des êtres humains, sont ces mammifères du Crétacé. Il y a 125 millions d'années,
20:13 les éruptions volcaniques successives créent ces couches sédimentaires. Les poches de cendre rouge écrasent comme une presse d'imprimerie, les mammifères pris dans la boue grise. 14 centimètres de long pour un poids d'une vingtaine de grammes, Eomaia n'échappait sans doute pas aux dinosaures à plumes. Et c'est peut-être lors d'une course poursuite qu'il a trouvé la mort, avant d'être fossilisé. Ces fossiles de mammifères sont très bien préservés,
20:59 parce qu'ils vivaient près des eaux peu profondes des lacs. Ces sédiments se sont accumulés très lentement, et les cendres des éruptions volcaniques, ont aussi contribué à emprisonner ces fossiles de mammifères. C'est pour cela qu'ils sont si bien préservés, et nous offrent de magnifiques fossiles à étudier. C'est à Pékin, au sein du Muséum d'histoire naturelle, que Zhe-Xi Luo étudie les fossiles du groupe des Eomaia scansoria. Des mammifères placentaires, ceux dont les petits sont nourris dans l'utérus par un placenta, comme les humains.
21:45 Le corps complet de l'animal est magnifiquement préservé. Comblant ainsi le rêve de tout spécialiste des mammifères. C'est vraiment extraordinaire d'avoir ici un fossile intégral. Ce squelette complet permet de dresser un portrait bien plus intéressant, des premiers mammifères. Celui-ci vivait au Crétacé. Sa mâchoire est gracile et on peut voir même à l'œil nu, que ses membres sont assez fins. On peut deviner aussi à ses très longs doigts, et aux différentes structures de ses ongles, qu'il grimpait aux arbres. Cela montre que les ancêtres des placentaires,
22:32 étaient plus aptes que leurs contemporains à la vie arboricole. Cela nous a donné un énorme avantage au cours de l'évolution. Eomaia devait laisser ses petits en hauteur. À l'abri des dinosaures qui parfois sommeillent à même le sol. Ces tout premiers mammifères quittent ponctuellement, leur nouvelle niche écologique pour s'abreuver.
23:27 Leur extraordinaire mobilité est révélée par ce squelette. Et surtout par son os trapézoïde, particulièrement allongé comme celui des primates arboricoles. C'est en étudiant les articulations des chevilles, que l'on identifie de nombreux traits, plaçant ce fossile dans la lignée qui donnera naissance, aux mammifères placentaires modernes. Quant au régime alimentaire des Eomaia, ses dents, très bien conservé, fournissent d'autres indices. On voit que ce mammifère a des pointes très acérées vers l'avant.
24:15 Et que ses dents inférieures forment en général un triangle très pointu. Elles sont très efficaces pour briser les squelettes d'insectes, ou découper la chair des vers.
25:25 Après Eomaia, de nouveaux fossiles exhumés en Chine, offrent aux paléontologues une nouvelle vision des mammifères anciens. L'institut de paléontologie des vertébrés de Pékin, temple des dinosaures à plumes, conserve ses spécimens étonnants. Dont le Repenomamus, un squelette complet de taille inhabituelle. Yuanqing Wang est le paléontologue chinois, chargé d'étudier cette étrange bête de 70 cm de long, exhumé en 2004. Beaucoup de mammifères du Mésozoïque,
26:10 ont la taille d'un rat ou d'une souris, donc ça, c'est assez grand. Autre particularité de ce gros mammifère, ses dents pointues et acérées, sont enchâssées dans une robuste mandibules. Avant de trouver cet animal, On pensait que les mammifères du Mésozoïque, étaient de petits insectivores vivant dans l'ombre des dinosaures. Vous pouvez voir que ses dents sont pointues et tranchantes, ce qui montre que c'est un carnivore. Dans son estomac, on a retrouvé des fragments d'os, d'un bébé dinosaure nommé Psittacosaure. Et on s'est dit : "Ok, cet animal mangeait des dinosaures."
26:59 C'est rien moins qu'une révolution. La preuve que certains cousins des mammifères, se nourrissent de jeunes dinosaures, et ne vivent pas seulement dans leur ombre. Les paléontologues ignorent comment se déroule leur chasse. Mais par comparaison avec les loups, ils imaginent que les Repenomamus, traquaient leurs proies en meute.
27:59 La collection pékinoise recèle d'autres sujets d'étonnement pour les scientifiques. Découvert en 2006, le Volaticotherium est doté d'une curiosité. Un large morceau de peau relie ses membres inférieurs et supérieurs. À quoi pouvait-il servir ? Observer au microscope, Cette tache sombre révèle la présence de poils nombreux. Une fine membrane de peau couverte de fourrure. C'est un Patagium.
28:45 Tendu entre les pattes de l'animal comme chez les écureuils volants, elle permet à Volaticotherium de planer depuis les arbres. Auparavant, les plus anciens mammifères volants connus, étaient les chauves souris, apparues il y a 50 millions d'années, Avec Volaticotherium, contemporain des dinosaures, un immense bond dans le passé est donc réalisé. Ce chasseur attendait le crépuscule pour se mettre en quête de proies.
29:33 C'est très intéressant. Cela nous apprend que la diversité des mammifères du Mésozoïque, est bien plus vaste qu'on ne le pensait. On imaginait des animaux vivant dans des arbres ou marchant au sol, mais ils peuvent aussi planer dans les airs. Cet animal volant révèle l'adaptation des mammifères, à différents environnements. Bien avant la disparition des dinosaures.
30:19 Mais malgré la découverte de ses multiples fossiles en Chine, une question agite toujours la communauté scientifique, à la fin des années 2000. À quel point les mammifères placentaires sont-ils anciens ? Pour y répondre, généticiens et paléontologues, s'opposent à coup de publications. Dans la ville allemande d'Oldenbourg, des chercheurs traquent les gènes des animaux actuels, pour reconstituer leur arbre généalogique. En constatant la similarité d'un gène entre 2 espèces de mammifères,
31:07 nous pouvons estimer leur degré de parenté. Olaf Bininda-Emonds est l'auteur de ses travaux publiés en 2007, pour lesquels les gènes de 99% des mammifères contemporains, ont été analysés. Ce travail de titan requiert 8 mois de séquençage ADN, pour pister les mutations génétiques de 60 marqueurs de l'évolution des mammifères. Les données moléculaires vont nous fournir une représentation plus précise. Nous avons les données ADN d'un nombre d'espèces supérieur aux données fossiles. Les fossiles nous apportent des points de repère dans l'évolution, et l'ADN vient combler les informations manquantes,
31:54 en nous indiquant les moments où toutes les espèces de mammifères, se sont séparées de leur ancêtre commun. Cette méthode nommée horloge moléculaire, montre que les mammifères placentaires se sont séparés des marsupiaux, il y a 160 millions d'années au Jurassique. Puis se sont diversifiés pendant le Crétacé pour former les groupes actuels. Rongeurs, carnivores et primates. Un résultat inattendu. Car aucun de ces fossiles n'a été découvert dans les gisements de l'époque. C'est très intéressant parce qu'il existe de grands écarts,
32:41 entre les études moléculaires et les études fossiles. Une étude fossile réalisée au même moment, de l'autre côté de l'Atlantique à Pittsburgh, offre en effet d'autres résultats. Elle est l'oeuvre de John Wible, paléontologue au Muséum national d'histoire naturelle de Carnegie. Son point de départ, un crâne découvert en Mongolie, dans un gisement datant de 75 millions d'années. nommé Maelestes gobiensis, il est étudié sous toutes les coutures, car il n'appartient à aucune espèce répertoriée.
33:29 400 traits morphologiques sont ainsi comparés, avec ceux de 82 autres mammifères fossiles ou actuels. Nous avons comparé les traits morphologiques propres à cet animal, à ceux d'un large éventail d'autres formes fossiles et de mammifères actuels. Pour tenter de comprendre qui il était et à qui il était relié. Notre étude conforte le point de vue traditionnel, disant qu'aucun animal vivant au Crétacé, n'était membre du groupe placentaire lui-même. Ils n'étaient que les ancêtres des placentaires. Entre étude des fossiles et analyse génétique, qui faut-il croire ? Les études moléculaires indiquent toutes que les ordres du groupe couronne, comme les rongeurs, les primates, les carnivores ou les chauves souris,
34:16 trouvent leur origine au Crétacé, quand les dinosaures vivaient encore. Le problème, c'est qu'aucun fossile ne le prouve. Selon l'analyse de l'horloge moléculaire, beaucoup de ces groupes modernes devraient être présents parmi les fossiles du Crétacé. Nous ne les trouvons pas. Nul doute qu'il y avait des mammifères placentaires au Crétacé. L'objet du débat consiste à savoir de quel type de mammifères placentaires il s'agit. Pour savoir qui a raison à l'heure actuelle. Les deux approches doivent encore s'affiner pour réaliser, l'arbre le plus complet des mammifères. Précision du rythme des mutations génétiques d'un côté.
35:01 Et quête de fossiles dans les nouveaux gisements de l'autre. Pour éclairer les origines des mammifères, les paléontologues cherchent à comprendre, comment ils se protégeaient des dinosaures. La capacité à allaiter leurs petits, pourrait notamment leur avoir été bénéfique. Si nous voulons comprendre d'où viennent les placentaires modernes, nous devons nous tourner vers leurs parents éloignés.
35:49 C'est le cas de ****, un mammifère plus archaïque que les placentaires, dont le fossile a été découvert en 1997 dans les gisements chinois. Nous sommes relativement sûrs que c'est un mammifère, car il avait de la fourrure, ce qui est lié à toute une série de fonctions reproductives. Nous savons donc qu'il a dû allaiter ses petits, mais nous ignorons s'il pondait des oeufs, ou mettaient au monde des petits vivants. L'allaitement offre un avantage certain lorsque la nourriture se fait rare, car les petits sont nourris grâce aux réserves corporelles de leur mère. Il serait apparu sous la forme d'une centaine de glandes,
36:36 répartis sur l'abdomen. Comme chez les ornithorynques actuels. Les jeunes devaient lécher un lait épais le long des poils. **** possède aussi un autre point commun, avec les Monotrèmes comme l'ornithorynque. Un aiguillon sur la patte arrière. Un autre fossile de cet espèce a été préservé avec un aiguillon osseux. Il est très semblable à celui que l'on voit, directement sur ce spécimen. Les Monotrèmes modernes utilisent cet aiguillon pour se défendre,
37:24 mais nous ne savons pas si cet os était réellement toxique ou pas. Les crochets des serpents, ou les dards des insectes sont très répandus. Mais cette technique de défense, est assez rare chez les mammifères actuels.
38:11 Situé sur les pattes postérieures des mâles, cet aiguillon devait libérer un venin, capable d'infliger de sérieuses paralysies à leur adversaire. Cette arme ne serait pas suffisamment efficace selon les scientifiques, car il faut du temps au venin pour faire effet. D'autres stratégies auraient été privilégiées par l'évolution, comme la fuite. Et pour cela, quoi de mieux qu'une ouïe fine, afin d'échapper aux confrontations.
39:01 En 2011, la découverte de ce fossile de Liaoconodon, vieux de 120 millions d'années, indique enfin comment les os de la mâchoire des reptiles, ont migré pour former l'oreille moyenne des mammifères modernes. Ce spécimen de mammifère est le plus complet, jamais découvert au Liaoning occidental. Tous les os sont intacts. Ce qui en fait un très beau spécimen. Les petits os de l'oreille notamment, sont très bien préservés. Les osselets fossiles sont rarement intacts, car ils sont minuscules. Et plus important encore, c'est une étape transitoire, dans l'évolution de l'oreille moyenne des mammifères.
39:48 Chez les mammifères archaïques, la mâchoire inférieure est reliée au crâne, via un os allongé. C'est celui-ci qui a évolué chez Liaoconodon pour commencer à former, les os de l'audition. Marteau, enclume et étrier, se sont ensuite détachés chez les mammifères modernes, pour former l'oreille interne. De façon étonnante, chaque embryon de mammifère, humain inclus, reproduit dans l'utérus, cette étape évolutive durant la formation des oreilles internes. Ces outils de précision, analysent ce qui se passe autour de nous en permanence. Si un animal peut percevoir le danger avant les autres,
40:35 il pourra mieux fuir les prédateurs. Lien avec notre passé reptilien, le mystère des os de l'oreille interne est ainsi éclairé, grâce à ce fossile remarquable. Autre armes des mammifères, leurs dents. Elles sont étudiées aux Etats-Unis, sur le campus de l'Université de Washington. C'est là que Gregory Wilson, analyse avec des technologies de pointe, celles des multituberculés, des mammifères disparus il y a 34 millions d'années.
41:23 Nos résultats sont vraiment enthousiasmants. Nous avons découvert que ces mammifères vivants auprès des dinosaures, se sont diversifiés 20 millions d'années, avant la disparition des dinosaures. Nous observons que leurs dents, qui possédaient quelques pointes, leur permettant de croquer des insectes, ont ensuite développé des pointes multiples. Autant d'outils pour accéder à une nouvelle ressource. Les plantes à fleurs. Cette capacité à exploiter cette nouvelle ressource, permet aux multituberculés de se développer, en nombre d'espèces différentes, mais aussi en taille, si bien qu'ils ont pu survivre,
42:10 à l'extinction massive des dinosaures. Cette étude publiée en 2012, montre que les multituberculés se sont diversifiés, bien avant la disparition des dinosaures. Passant d'un régime insectivore, à une alimentation à base de fruits, ou même d'Angiosperme, Les plantes à fleurs apparuent pendant le Crétacé. Pour parvenir à cet étonnant résultat, Grégory Wilson exploite les fossiles récoltés depuis 100 ans, dans le delta de Hell Creek, au Montana. Une collection de dents qu'il a longtemps étudiées au microscope,
42:55 pour se familiariser avec les nombreuses espèces de multituberculés. Voici le plus grand des multituberculés. De la taille d'un castor ou d'une marmotte. De nombreuses bosses se trouvaient à l'intérieur. Ces bosses servent à écraser et broyer la nourriture. On en trouve un autre exemple dans ce petit tube. Cet autre multituberculés possède aussi des dents munies de multiples bosses.
43:41 C'est une plus petite version de cet animal du temps des dinosaures. Nous connaissons cette lignée depuis très longtemps, mais il était difficile de comprendre ce que signifiait la forme de ses dents. Nous avions tenté de multiples approches, mais aucune ne nous a donné la précision. que nous pouvons atteindre aujourd'hui. Cette révolution technologique, c'est le CT-Scan, un outil d'imagerie médicale, utilisé aujourd'hui par les paléontologues. Les dents sont scannées aux rayons X, à l'échelle millimétrique, tel ce spécimen âgé de 67 millions d'années.
44:27 Il est identifiable à sa longue incisive. Mais ce qui intéresse le chercheur, c'est la complexité de ses molaires. À partir des données collectées, un logiciel de cartographie reconstitue très précisément la forme des dents. Gregory Wilson découvre ainsi que les carnivores, ont une structure dentaire assez simple. Avec 110 bosses par rangées de dents. Alors que celle des multituberculés est bien plus complexe, avec jusqu'à 348 bosses. Le spécimen que je viens d'afficher, possède environ 250 petits outils complexes, à la surface de cette rangée de dents. Ces outils servent à broyer la matière végétale très finement, pour une digestion efficace.
45:12 Ces animaux ont donc évolué vers la consommation de plantes. Cette nouvelle fonction de broyage des dents, aurait favorisé l'explosion d'espèces herbivores. Une niche écologique inexploitée par les tout premiers mammifères.
46:02 Malgré ces multiples découvertes, une question cruciale reste irrésolue, à la fin des années 2000. Quand la lignée des mammifères est-elle apparue ? Encore une fois, c'est du Liaoning que vient la réponse à cette énigme. Lorsqu'en 2011, des paysans chinois trouvent dans leur champ, le fossile d'un mammifère nommé Juramaia sinensis, pour mère jurassique de Chine. Le paléontologue, Zhe-Xi Luo, vient pour la première fois, visiter cette zone étendue sur plusieurs kilomètres.
46:49 Difficile de repérer les roches fossilifères sous les foisonnantes plantations de maïs. Mais il est guidé par un collègue local spécialiste des dinosaures à plumes, dont le plus ancien spécimen Anchiornis, a été exhumé dans un gisement tout proche. C'est une découverte fossile tout à fait passionnante. Car elle nous donne un nouveau repère, pour la première apparition de la lignée des placentaires sur Terre. Tous les mammifères placentaires modernes, ayant des racines profondes au Jurassique,
47:35 viennent vraiment d'ici. Ces roches sont également mêlées à des cendres volcaniques. La géochronologie à dater ce site, à environ 160 millions d'années. Nous sommes donc sûrs que ces roches remontent bien à la fin du Jurassique. Le fossile de Juramaia est une pièce majeure de l'évolution des mammifères. C'est le plus ancien spécimen du genre placentaire. Identifié grâce à ses dents composées de molaires, de canines et d'incisives.
48:21 Comme le suggère l'analyse génétique des mammifères, leur origine serait plus ancienne, que ne le laissaient présager les fossiles connus jusque là. Car Juramaia repousse la date d'apparition des placentaires, de 35 millions d'années par rapport à Eomaia. Et même si les paléontologues sont toujours en quête de fossiles du Crétacé, appartenant aux groupes actuels, comme les rongeurs ou les carnivores, cette découverte rapproche généticiens et paléontologues. Des études indépendantes obtenues par les fossiles d'un côté, et la génétique de l'autre, nous confirme que nous approchons de la bonne réponse.
49:08 Avec Juramaia, dès 160 millions d'années. les mammifères possèdent déjà les traits qui feront leur succès. Fourrure, dentition complexe, et ouïe fine pour échapper aux prédateurs, ou bien repérer leurs proies. L'adaptation aux régimes insectivores, et la capacité à se déplacer dans les arbres, ont conféré des avantages évolutifs certain à ce mammifère. Il est déjà assez bien équipé à la fin du Jurassique, pour permettre à ses descendants de prospérer, après la disparition des dinosaures.
50:12 Certes, les ancêtres des mammifères sont pour la plupart des lilliputiens, à l'époque des dinosaures. Mais bien plus variés et mieux équipés qu'on l'a longtemps pensé. Avec des atouts que l'on retrouvera plus tard chez les primates. La famille dont les humains sont issus.