0:07 Sur la CRTV, station régionale de l'extrême nord, retrouvez Mémoire du Cameroun et de l'Afrique. Mémoire du Cameroun et de l'Afrique, une émission qui vous plonge dans l'histoire de notre pays et de notre continent. C'est tous les samedis de 12h à 12h30 avec Ferdinand Paul Enoka. L'histoire est la plus grande institutrice des peuples. Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à être l'esclave des autres. Quand on est jeune, le temps est trop long. Au fur et à mesure, on apprend et on essaye de rayer mention inutile à chaque fois. Nous n'avons
0:57 pas à démissionner de nos devoirs des citoyens. Information égale la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de science jusqu'au temps. Chaque période historique définit les défis spécifiques des progrès et de l'électorat. Réunissant aujourd'hui les populations d'expression française et d'expression anglaise, le Cameroun sera le véritable laboratoire d'une union africaine qui doit rassembler des états parlants et de langues. La paix est une condition sine qua non de la survie de l'humanité et de tout développement
1:46 durable. Aujourd'hui, nous sommes tous, je dirais, mendiants de la paix. Chers amis auditeurs, bonjour. Bienvenue à cet autre numéro de Mémoire du Cameroun et de l'Afrique qui va traiter d'une question importante. hautement importante pour le devenir du Cameroun en se basant sur son histoire. Notre thématique traitera de la question du patrimoine culturel national camerounais et ses enjeux dans la construction de la cohésion nationale et du réunement international du Cameroun. Notre invité est une personnalité bien connue de ces questions. Il s'agit du professeur Bienvenue Misezete.
2:34 Professeur Bienvenue-Nizézété est un professeur d'histoire des civilisations. Il est également archéologue, expert en patrimoine, consultant sur les domaines de l'archéologie, la miséologie, le patrimoine et la culture en général. Enseignant à l'université de Ngaoundéré, il a été anciennement chef de département d'histoire de cette université. Il a aussi officié comme chef du département des beaux-arts et du patrimoine à l'université de Marwa, précisément à l'ancien institut supérieur du Sahel, qui est aujourd'hui connu sous le nom de l'école nationale supérieure polytechnique de Marwa. C'est donc un homme féru de culture,
3:21 féru de tradition, qui a publié un ouvrage majeur sur l'archéologie « Faire parler le sol ». pour réécrire l'histoire du Cameroun en particulier, de l'Afrique en général, auteur de plusieurs articles scientifiques qu'il serait impossible de citer ici. Il faudrait aussi dire que le professeur Bienvenu Nizé Zété a fait ses classes au Cameroun et à la prestigieuse Sorbonne où il est sorti titulaire d'un doctorat et il a poursuivi ses recherches jusqu'à arriver au grade magistral. Professeur Bienvenu Nizé Zété Est-ce que cette présentation, on va dire assez sommaire, cadre avec ce que vous croyez que vous êtes
4:07 ? Merci de me donner l'opportunité de participer à cette émission et d'évoquer plus particulièrement la question du patrimoine. Je crois que cette biographie est bien ramassée et cadre effectivement avec ma formation. Je dois néanmoins préciser en fait que j'ai fait mes classes effectivement à l'université de Yaoundé à l'époque on parlait de Yaoundé, ce n'est pas Yaoundé 1 aujourd'hui où ces questions de patrimoine ont bien sûr été inculquées par nos professeurs de prestigieux dont le professeur Angélien Benving, le professeur Kangé-Ouenay, le professeur Aboua, le professeur Tiernoba, le professeur Langolovet et naturellement le professeur Joseph-Marie Somba aujourd'hui disparu. Et après ma maîtrise à l'université de Yaoundé J'ai eu l'honneur ou bien la chance d'obtenir une bourse du gouvernement camerounais de l'époque
4:57 pour aller à Paris faire des études supérieures en préhistoire. J'ai été admis au Centre de Recherche Africaine et puis à l'Institut d'Aire et d'Archéologie qui appartiennent à l'Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne, où j'en suis sorti avec le diplôme d'autorat Nouveau Régime en préhistoire, anthropologie et ethnologie. Et c'est justement à ce moment-là que de retour au Cambou en 1993, en pleine crise économique et en pleine restructuration économique des universités d'État, j'ai été recruté à l'université de Ngaoundé, où j'ai mis sur pied le département d'histoire qui fonctionne aujourd'hui encore. Et puis je suis reparti à Marois, comme vous venez bien de le dire, où j'ai officié pendant quelques 4 ou 5 ans, je pense, la tête du département des Beaux-Arts des sciences du patrimoine. Aujourd'hui, je suis revenu en
5:44 Gawondere, où je suis au département d'histoire et m'occupe de la filière Histoire des civilisations et archéologie. Alors, cette question d'entrée, quel regard portez-vous aujourd'hui sur le vivre ensemble des peuples du Cameroun ? au Cameroun d'aujourd'hui ? Question sensible, question cruciale. Le vivre ensemble au Cameroun aujourd'hui, on en a débattu ces derniers mois, ces dernières semaines, ça se porte tant bien que mal. Tant bien dans le sens où nous ne sommes pas en conflit, les ex-adnie ne sont pas en conflit, les comités
6:29 ne sont pas en guerre, en difficulté parce que nous avons une bonne partie de notre territoire du côté anglophone où il y a du mal, un mal-vivre avec le côté francophone. Nous sommes dans une partie septentrionale où il y a des guerres qui ont une connotation religieuse, ce qui entraîne une cohabitation quelquefois difficile. Mais dans l'ensemble, ce vivre ensemble ne devait pas se poser. Étant donné que le Cameroun est une terre de tradition, de migration, est une terre très anciennement peuplée. Et lorsqu'on est voir le vivre ensemble, nous entrons de plein pied dans les questions religieuses. Dans les questions de tribu. Alors, qu'est-ce que c'est que la tribu ? Qu'est-ce que c'est que les ethnies ? Lorsque nous savons que depuis au moins 8000 ans environ, le Cameroun se construit, les peuples se mettent en place et les peuples ne se mettent pas
7:16 en place parce qu'ils veulent se positionner en fonction l'un contre l'autre. On se met en place en fonction des ressources en présence et quand les uns restent, les autres avancent. Et c'est de cette manière que les communautés se créent pour gérer rationnement des ressources. Et puis, vont arriver ce qu'on peut appeler la constitution des ethnies, la constitution des constructions linguistiques, qui aujourd'hui nous déchirent. Bamileke, Boulou, Bassa, Moundan, Toupourri, et tout ça, c'est nous qui les avons fabriqués. Et ça ne devrait en aucun cas être des sujets de dispute, mais être des sujets... de regroupement, des sujets de différenciation, des sujets d'identité qui, en fait, ne sont que des richesses. Le vivre ensemble au Cameroun aujourd'hui mérite d'être regardé de près parce que s'il y a problème,
8:04 il faut regarder du côté des politiciens. Je veux dire, pas des politiques, mais des politiciens, des hommes souvent en panne d'idées, de construction, en panne de programmes politiques qui mettent en mal les sensibilités, qui mettent en mal les identités pour pouvoir avoir une place une tribune, et qui, en fait, pour un peuple intelligent, pour une question d'intelligence tout simplement, on ne devrait pas avoir aujourd'hui à discuter ou à mettre sur la place au Cameroun après près de 50 ans ou 60 ans d'indépendance, le problème de vivre ensemble. C'est un faux débat. Merci pour cette réponse d'entrée. Chers amis auditeurs, comme vous avez déjà eu l'habitude, cette émission va se décliner en deux parties. qui seront naturellement diffusés en deux émissions distinctes.
8:51 La première partie va traiter de l'état de la gestion du patrimoine culturel au Cameroun. La seconde partie va traiter des enjeux de cette gestion, tant pour l'intérêt de la construction nationale que pour le rayonnement du Cameroun à l'extérieur. Alors, nous allons ouvrir avec cette première partie qui a été annoncée, l'état de la gestion du patrimoine culturel au Cameroun. Alors, chers professeurs, quand vous observez le Cameroun, Afrique en miniature, du nord au sud, de l'est à l'ouest, le patrimoine culturel des peuples est si important pour qu'on puisse s'y attarder de quelque façon. Comment appréciez-vous cette richesse supposée qu'on attribue au Cameroun en faisant de lui une forme de résumé de l'Afrique ? Merci. Là-dessus, il n'y a pas
9:41 de doute. Le Cameroun, c'est le concentré de l'Afrique. Le Cameroun, c'est l'Afrique en miniature. Le Cameroun est riche sur le plan... du patrimoine. Ce que nous pouvons décliner d'avance, c'est que quand nous allons parler du patrimoine, il faut pouvoir les subdiviser en patrimoine culturel et en patrimoine naturel. Mais les Anglais ont une bonne définition du patrimoine. Le terme « heritage », ça veut dire qu'il s'agit des biens du passé que nous héritons. Il s'agit donc des trésors du passé que nous héritons et qui nous confèrent une identité. Concernant la réalité camerounaise, et qui est d'ailleurs divisé en près de quatre grandes aires culturelles avec de sous-aires culturelles, le Cameroun est riche sur le plan patrimoine naturel d'abord. Si je prends le patrimoine naturel, il s'agit donc de ses
10:32 ensembles géologiques, de ses ensembles géographiques, de ses parcs, de ses réserves, de ses cours d'eau, de ses sols et de ses vues, et le Cameroun en regorge. Si je prends le côté du patrimoine culturel en fonction des régions du Cameroun, Nous pouvons parler du patrimoine culturel matériel et du patrimoine culturel immatériel. Et en termes de patrimoine culturel matériel, c'est tellement important, c'est tellement vaste. Il s'agit des choses les plus visibles. On peut commencer par les monuments, c'est-à-dire l'architecture, l'artisanat. On peut évoquer le cas des sites archéologiques, des productions sculpturales, picturales. Pour le patrimoine immatériel, ce sont nos expressions orales, nos expressions rythmiques, nos danses. et tout notre savoir-faire,
11:17 ce que l'on n'appréhende pas et qui sous-tend en même temps le patrimoine culturel. Le Cameroun en est riche, ça il faut le reconnaître. Et puis le problème qui pourrait se poser c'est en fait aujourd'hui discuter de l'état d'inventaire et discuter de l'état de conservation, de la valorisation et de la transmission. Pour ce qui est du potentiel, le Cameroun en regorge. On pourrait effectivement, en dehors de ces questions que j'ai évoquées avant, qui sous-tendent même la gestion du patrimoine, se poser une question de la manière dont le Cameroun prend au sérieux son patrimoine. Et là-dessus, il y a matière à réflexion. Effectivement, nous y reviendrons. Mais une autre question qui peut se poser, c'est si on voulait par exemple faire ne serait-ce qu'un petit inventaire de ces patrimoines culturels
12:06 en fonction des aires culturelles du Cameroun pour en sortir quelques éléments saillants, que pouvez-vous dire en tant que spécialiste pour que l'auditeur qui nous suit au Cameroun ou dans le monde puisse avoir une petite idée de ce qu'on peut avoir au nord, au sud, à l'est ou à l'ouest en fonction des grandes aires culturelles que vous avez précisé tout à l'heure merci ces grandes aires culturelles rassemblement le patrimoine culturel matériel si nous prenons l'air sans betty boulot vous avez toute une architecture qui connote avec l'environnement les matériaux de construction vous avez en même temps tout l'art font avec tous ces sculptures que vous pouvez imaginer les formes sonores qu'on appelle du figu également les instruments de musique Vous avez en même temps, dans toutes
12:54 ces terres culturelles spécifiques, des sites archéologiques. Vous comprenez qu'en tant qu'archéologue, cette question m'intéresse de près. Vous avez d'importants sites archéologiques qui vont du paléolithique jusqu'à la période sub-artuelle. Ça veut dire pratiquement la fin du 19e, 18e siècle. Vous avez des sites sacrés. Là, nous avons affaire à un patrimoine tout à fait matériel. Il s'agit donc d'un héritage qui nous a été transmis par nos ancêtres. lorsqu'on parle donc de cet héritage transmis cela veut donc dire que nous avons reçu nous devons protéger et transmettre si je prends l'air sawa de ce côté nous aurons en même temps les réalités du terrain c'est leur propre architecture c'est les traditions de pêche c'est les traditions vestimentaires c'est en même temps aussi tout l'art
13:44 sawa et qui va couvrir tous les autres zones que vous pouvez imaginer vous prenez maintenant les grassfields qui prend le pays et puis le côté du nord-ouest, en même temps le côté Bamoum. Et là-dessus, c'est aussi toute une architecture qui combine les matériaux ligneux, les matériaux aébassés, une architecture monumentale et les mêmes éléments que les formes sonores, les sites archéologiques, les sites sacrés et d'autres, enfin, des ensembles urbanistiques, des ensembles ruraux. ceci est vivable partout et vous prenez maintenant l'air de nos saliens qui prend en compte la région la dama wa la région du nord et la région de l'extrême nord et là également sur le plan architectural c'est tout à fait caractéristique de ces
14:33 maisons en terre battue la pierre la paille et et puis les cases mousgoum qui sont très caractéristiques. Et vous savez, en même temps, sur le plan agricole des cultures de terrasse, vous avez également des sites archéologiques que j'ai évoqués qui sont aussi les plus spectaculaires en termes de paléolithiques, notamment le site de Macabaye où nous nous trouvons aujourd'hui du côté dans le Diamaret, qui est un site majeur, malheureusement saccagé dans tous ses aspects. Et beaucoup d'autres éléments sur le plan matériel. Si je prends maintenant le côté immatériel, Et là, vous savez très bien la richesse du Cameroun sur le plan de la tradition orale, les contes, les proverbes, les chants, les danses. Nous prenons en même temps le savoir-faire en thème gastronomique parce qu'il y a des savoir-faire qu'on ne
15:19 peut pas exprimer et puis toutes les denrées alimentaires qui entrent en compte. Donc dans l'ensemble, le Cameroun dispose d'un patrimoine culturel matériel riche et cela également a un lien étroit avec l'environnement. L'environnement dicte la plupart du temps ce que les hommes deviennent, ce que les hommes consomment, comment les hommes s'habillent, comment les hommes se construisent. Et vous avez vu qu'en fonction du climat, depuis l'extrême nord, il y avait un climat sec, le climat pratiquement caniculaire, jusque dans les zones forestières où le climat est beaucoup plus doux et plus tempéré. L'architecture répond en même temps à ces... Enfin, c'est ces variations. Et c'est là qui revient à la première question qu'on m'avait posée concernant le savoir-vivre. Et là, le vivre ensemble tient compte aussi de cela. Lorsqu'on est du non, on ne devrait pas mériter des stéréotypes de ceci, le stéréotype
16:08 de cela ou de l'ouest, enfin du sud, stéréotype du sud, parce que tout est fonction de l'environnement où nous vivons. Il y a une théorie qui s'intitule l'écologie culturelle. C'est-à-dire que l'environnement, en même temps, pose des contraintes, ouvre des possibilités les contraintes que l'environnement pose les gens s'adaptent les gens arrivent à les dépasser et puis les possibilités que l'environnement ouvre cela qui nous permet donc de tirer toute notre différence donc savoir vivre vivre ensemble patrimoine culturel et immatériel il ya une imbrication entre la nature et Les non-spécialistes entendent souvent des concepts comme patrimoine immatériel, patrimoine matériel, patrimoine vivant,
16:54 patrimoine mondial, comme étant des mots parfois flous ou parfois trop chargés. Est-ce que le spécialiste que vous êtes, vous pouvez ne serait-ce que donner un petit aperçu à nos auditeurs ? Patrimoine matériel, c'est... C'est de quoi ? Qu'il s'agit exactement de patrimoine immatériel, patrimoine vivant, patrimoine mondial et que sais-je encore. Oui, donc je crois en 1972, l'UNESCO a clairement défini, donné le contenu à ces concepts. Le patrimoine, comme je l'ai dit, c'est un bien que nous héritons des ancêtres. de ceux qui nous ont précédés. On passe en patrimonium, quelque chose que nous tenons du père. Et vous voyez un peu que c'est un peu machiste, puisque c'est comme si on ne tenait rien de la mère.
17:42 On pourrait dire matrimonium, que ça ne gêne pas. Et donc, le patrimoine est donc un bien d'héritage. Et là, quand on dit patrimoine matériel, c'est quelque chose de tangible, quelque chose de palpable. Et est-ce que tout peut être patrimoine ? C'est là donc le problème. L'UNESCO, chaque fois, met à côté du mot... une valeur significative, exceptionnelle, unique. Il faut que ce soit quelque chose d'exceptionnel, que ça ait une valeur significative du point de vue historique, du point de vue esthétique, du point de vue éthique, du point de vue scientifique. Donc en termes de patrimoine matériel, comme nous l'avons dit, c'est quelque chose de tangible, de palpable. J'ai évoqué l'architecture, j'ai évoqué l'artisanat, on peut évoquer en même temps la gastronomie, d'autres appellent les arts agréables. On
18:27 peut évoquer les costumes, Nous pouvons évoquer le patrimoine immobilier qui peut être tout à fait ses sites archéologiques, qui peut être les moyens de transport de locomotion, comme les pirogues et ainsi de suite. Voilà donc la définition du patrimoine matériel. Et c'est là qui était pendant longtemps considéré, valorisé comme patrimoine. On ne transmet que cela, parce que c'est visible. Je crois en 115, trois ans plus tard, et revu en 92, on a introduit la notion de patrimoine immatériel. Le patrimoine immatériel maintenant, c'est quelque chose que nous ne voyons pas forcément, on ne peut pas toucher, comme la tradition orale et comme l'Afrique en est la détentrice, enfin l'une des expressions les plus connues dans le monde. On a introduit donc la dimension expression orale, expression rythmique, les
19:14 arts de spectacle comme le théâtre, comme les chants, comme les danses, comme les rites. Là, ça fait partie donc de notre patrimoine. Et Mbateba s'était d'ailleurs présenté comme un défenseur acharné de cette vision du patrimoine immatériel avec les cultures, les langues, la tradition orale. Effectivement. Et là, nous avions discuté il y a quelque temps, et paix à son âme, avec la regrettée Rabia Tundjaya, qui est venue à l'UVC Ngaoundé nous présenter le Nguan comme un élément du patrimoine immatériel. immatériel du Cameroun qui devrait être présenté sur la liste du patrimoine mondial, j'anticipe déjà. Et là, nous en avions discuté, ça fait donc partie de notre patrimoine culturel. Il s'agit d'un festival qui regroupe en même temps les éléments matériels, les éléments immatériels, la dimension rituelle, les dimensions politiques de
20:01 ces questions. Donc maintenant, le patrimoine vivant se confond également avec le patrimoine immatériel. Le patrimoine vivant, ce sont des choses qu'on appelle souvent les porteurs de tradition. Cette notion est nouvelle. Et ça, ça devrait attirer notre attention, surtout dans des pays comme les nôtres, où on dit souvent des vieillards, où les aînés, les anciens disparaissent. Il s'agit de ceux qui sont des témoins de certains événements. Ce sont des conteurs, ce sont des griots, ce sont des chanteurs. On doit les entretenir pour qu'ils transmettent la connaissance. Parce que l'un des éléments majeurs du patrimoine, la gestion du patrimoine, c'est sa transmission. Lorsqu'on ne transmet pas le patrimoine, il meurt. Et c'est la raison pour laquelle vous verrez que De plus en plus, on parle de patrimoine bonifié, de patrimoine accru. Donc, le patrimoine n'est pas si statique que ça. Oui, donc, Ferdinand, je pourrais donc vous
20:48 demander, est-ce que le christianisme fait partie de notre patrimoine ? Est-ce que l'islam fait partie de notre patrimoine ? Est-ce que le français fait partie de notre patrimoine ? L'anglais fait partie de notre patrimoine ? J'ai posé cette question à mes étudiants, ils m'ont dit non. Que ça, c'est des religions abrahamiques, c'est des religions étrangères, c'est des langues étrangères, non. Ça fait désormais partie du patrimoine communiste. Camerounais, étant entendu que nous les utilisons, nous les avons héritées, c'est des moyens qui aujourd'hui fixent notre identité. Dans le patrimoine, il y a la notion d'identité. Et on peut revenir sur la question d'identité, parce que l'identité, elle aussi, n'est pas une notion statique. On a une identité, mais elle est également composite. Elle est très composite. Lorsqu'on dit tel et ceci, on ne voit que la dimension tribale, on oublie qu'on peut bien être moudant. tout en
21:36 étant chrétien. On peut être humondant tout en étant musulman. Ça fait des éléments identitaires différents, mais qui font un seul individu. Donc le patrimoine mondial maintenant, c'est une autre dimension. Là, ça a une valeur de prestige, ça a une valeur économique sensible, parce que lorsque chaque année, au mois de décembre au novembre, l'UNESCO se réunit sur proposition des pays qui veulent inscrire des biens sur la liste du patrimoine mondial, On fait des propositions qui obéissent à un certain nombre de critères. Et ça, ça doit toujours avoir une valeur exceptionnelle, une valeur unique, une valeur significative. Et lorsque les avis sont favorables, l'élément est érigé au rang de patrimoine mondial. Et là, ça bénéficie désormais de la protection d'UNESCO en recevant probablement, peut-être pas forcément des financements,
22:24 mais des moyens de protection pour que cela ne disparaisse pas. Ça, c'est l'importance du patrimoine mondial. Et il faut se battre quelques fois pour s'y retrouver. Et l'Afrique n'a pas toujours brillé. L'Afrique est le dernier continent à inscrire les biens au patrimoine. Et même ceux qui sont inscrits sont de plus en plus retirés parce qu'on est inscrit dans le patrimoine et on ne respecte pas les règles. Et puis on nous désinscrit. Effectivement, ça me permet cette question et vos réponses de saluer la co-héritière du trône d'Ebaboum, la princesse Rabatou Ndioya qui nous a quitté récemment et qui nous avait fait l'honneur de nous recevoir. Nous avons d'ailleurs dû donner une communication sur l'inscription du Gros Patrimoine Immatériel de l'UNESCO. Si nous avons parlé de patrimoine, tout à l'heure
23:11 vous avez énormément insisté sur la question de conservation de ce patrimoine et de transmission. La question qui en ressort, c'est, avons-nous une volonté et des infrastructures pour conserver tout ce patrimoine qui est le nôtre ? Question importante, étant donné que ça rejoint la politique culturelle du Cameroun. Le ministère des Ailes et la Culture, le ministère de l'Enseignement supérieur, le ministère de la Recher Innovation sont tous concernés par cette question. En tant qu'enseignant et en tant que chercheur sur ces questions, l'organe est mitigé. Parce que le plus important n'est pas de disposer du patrimoine. Il faut pouvoir connaître d'abord ce patrimoine. De quoi est-il constitué ? Nous avons évoqué, broussé en quelques mots, l'étendue, la richesse du patrimoine dans les aires culturelles du Cameroun. Mais quand c'est-on réellement ? Il y
24:00 a quel document qui permet de savoir point par point ce qu'il y a ? Il peut y avoir des travaux d'étudiants, quelques travaux d'experts, parce que c'est depuis 2000 que l'inventaire du patrimoine du Cameroun a commencé. Moi, je me rappelle, avec le service culturel de l'ambassade de France, Ce travail avait été lancé depuis 2001 et pour le moment, je ne sais pas quel est le bilan, on a reçu quelques documents du ministère des ailes et la culture qui nous présentaient quelques éléments, notamment le plan architectural, quelques sculptures, quelques monuments, même naturels. Mais le travail n'est pas fait. Nous travaillons là-dessus avec des étudiants et chaque année, c'est des thèmes de recherche qui reviennent et on est toujours au commencement. La politique du patrimoine, c'est de pouvoir, dans les différentes régions, dans les différents départements, mettre sur pied des structures qui permettent donc
24:48 de faire ce travail au jour le jour. Le patrimoine, l'inventaire est dynamique. On ne s'arrête pas en 2001 pour pouvoir discuter du même patrimoine en 2021. Beaucoup de choses disparaissent. D'autres entrent en scène. Alors, pour ce qui est de ce volet, je pense qu'il y a une dimension première. Il faut entrer dans le domaine de la formation. Parce que le patrimoine ne peut être connu, inventorié, conservé, valorisé, transmis, que si on a des espèces. Combien d'espères œuvrent au ministère des arts et de culture ? Combien d'espères œuvrent au ministère de l'enseignement supérieur en tant qu'expert du patrimoine ? Combien ? Moi, je ne sais pas. On a beaucoup de professeurs de lycée, de professeurs d'INGS, beaucoup d'autres qui viennent des différentes administrations qui font ce travail. Je ne dis pas qu'on ne peut pas se recycler, mais il y a un fondamental. Il
25:35 faut d'abord comprendre ce que c'est qu'un patrimoine. Cela demande d'abord une formation en histoire, des formations en anthropologie. Il faut avoir un bon cursus. en termes même de protection qui relève même de la chimie, de la botanique, et même, comme nous l'avons évoqué concernant le patrimoine naturel, c'est également la faune, c'est la flore, c'est l'hydrographie. Là-dessus, il faut que les universités et les écoles, les lycées aient des sections en termes de patrimoine, comme j'ai vu le faire déjà pour les langues, comme je l'ai vu pour le tourisme, et le patrimoine nourrit. Et c'est le patrimoine qui nourrit cela, qui nourrit le tourisme. qui nourrit ces langues. Alors il faut donc former. Il y a des universités qui ont des départements de patrimoine, je crois, l'université de Marois, une filière patrimoine qui est greffée sur le méga département d'histoire. Normalement, c'est trop gros. Le patrimoine mérite
26:22 effectivement une sorte d'autonomie. Parce que dans le patrimoine, vous avez la gestion, vous avez la conservation. là ça ne peut pas se faire comme une petite filière greffée sur de gros programmes d'histoire économique sociale politique culturelle il faut de l'économie cela est valable pour tous les universités nous allons refermer cette partie avec une dernière question quand on parle de patrimoine on parle aussi de restauration lorsque celui ci est dégradé des adaptations on voit souvent dans le cinéma et etc est-ce que vous pouvez dire un mot assez bref là dessus pour que nous puissions refermer cette émission dans les temps. La restauration va de pair avec la conservation. La restauration c'est lorsque des bâtiments, lorsque des objets d'art sont menacés. Si vous voulez
27:11 parler le langage simple, il y a la maintenance. Il faut parler comme le grand public. Donc, nous avons des maisons qui s'effondrent, des maisons coloniales. Nous avons des maisons de l'architecture vernaculaire comme on le dit. Et personne n'essaye de restituer cela parce qu'on pense que C'est du passé, il faut laisser tomber. Alors que là, comme on pourra le voir, ce sont des produits touristiques. La restauration en même temps, les objets d'art que j'ai vus enfouis dans les réserves des musées, dans les réserves des cases patrimoniales, il s'agit des chefs-d'oeuvre. Il suffit tout simplement de faire appel maintenant aux chimistes, les rappels aux physiciens, les rappels donc à tous ces techniciens. qui manipulent les matériaux, le bois, la pierre, l'argile, les coris, pour qu'ils fassent leur travail. C'est pour
27:57 cela que le patrimoine est comme un carrefour. Ce n'est pas qu'une affaire de spécialistes des arts ou de spécialistes d'histoire. J'ai vu construire des centres... culturelles des maisons d'art et de la culture, je crois, dans toutes les régions du Cameroun. C'est le lieu privilégié pour restaurer, ça dit, à partir des objets qui ont presque disparu. On a des photos, on a quelques copies, on remet les jeunes artistes à l'oeuvre. Et ça, c'est l'objet, je crois, que les départements des arts que nous avons dans nos universités, Yandé, Marois, Tchans, peuvent donc mettre à l'oeuvre, à contribution, les jeunes étudiants pour restaurer On peut appeler la contrefaçon, mais ce n'est pas une faute. Au lieu de la disparition définitive, il faut même des copies. Les copies ne sont pas mauvaises. Même les œuvres d'art... on fait des copies et pour pouvoir transmettre que l'on
28:44 ait accès au génie créateur et que cela se perpétue dans les générations à venir. Chers amis auditeurs, nous sommes arrivés à la fin de la première partie de cette émission. Comme vous l'avez constaté, les questions de patrimoine sont extrêmement importantes, peut-être plus importantes qu'on ne le voit à première vue, surtout lorsqu'on est en quête de notre identité. Alors cette partie s'achève avec... le concours technique de André Sobfoting. Quant à moi, je suis Ferdinand Paul Enoca, votre voix de l'histoire. Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau numéro.