L'homme qui a défié l'absurde : Albert Camus

Résumé Bref

Cette vidéo raconte la vie d'Albert Camus, un écrivain français majeur du XXe siècle, dont la mort tragique dans un accident de voiture est une métaphore de l'absurde et du non-sens de la vie. Camus, né en Algérie dans la pauvreté, a surmonté des défis personnels et a écrit des œuvres influentes qui explorent le sens de l'existence.

  • Accident fatidique où Camus perd la vie.
  • Sa carrière littéraire et ses réflexions sur l'absurde.
  • Relation tumultueuse avec l'Algérie et son héritage culturel.

La mort tragique d'Albert Camus

Le 4 janvier 1960, Albert Camus meurt dans un accident de voiture en France. À 46 ans, il vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Le passager avant de la voiture, où il était assis, est tué sur le coup. On trouve dans ses affaires un manuscrit inachevé, des carnets et un billet de train pour Paris qu'il n'a jamais utilisé. La vidéo explore cette tragédie et son sens.

Les débuts d'Albert Camus

Albert Camus naît le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie, dans une famille pauvre. Son père meurt pendant la Première Guerre mondiale, laissant Camus élevé par sa mère analphabète. Sa jeunesse est marquée par la pauvreté et les difficiles conditions de vie en Algérie. Malgré cela, Camus est soutenu par un enseignant, Louis Germain, qui l'encourage à poursuivre des études.

L'ascension littéraire de Camus

Camus devient un élève doué, sportivement actif, et commence à écrire. À 17 ans, il contracte la tuberculose, une maladie qui l’affectera toute sa vie. Plus tard, il reçoit une formation philosophique qui influence grandement son œuvre. Il se marie rapidement mais sa vie personnelle devient compliquée, ce qui le conduit à explorer des thèmes de l'absurde dans ses écrits.

Engagement politique et œuvres

Dans les années 1930, Camus s’engage politiquement au sein du Parti communiste algérien. Cependant, il s'oppose à la ligne du parti et devient un écrivain anticolonialiste. Il fonde une compagnie de théâtre et commence à publier des œuvres significatives, incluant des essais et des romans. Son premier roman majeur, "L'Étranger", reçoit un accueil critique positif.

La guerre et la résistance

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Camus devient rédacteur à Paris soir mais est bientôt licencié. Il s’implique dans la résistance française contre les nazis, écrit pour un journal clandestin et continue de publier ses œuvres. Sa rencontre avec des figures majeures de l’intelligentsia française, comme Jean-Paul Sartre, marque sa carrière.

L'absurde et la révolte

La publication de "La Peste" et "L'Homme révolté" inaugure un nouveau cycle d'écriture pour Camus, centré sur l'absurde et la révolte contre le sens manquant de l'existence. Il défend l'idée de vivre malgré l'absurde, proposant que la révolte est essentielle pour la dignité humaine. Ce point de vue l'oppose parfois à Sartre, entraînant une rupture intellectuelle entre les deux hommes.

Le prix Nobel et la fin de vie

En 1957, Camus reçoit le prix Nobel de littérature. Sa réaction est teintée d'humilité, et il reconnaît l'impact vital de son instituteur dans son parcours. Malheureusement, alors qu'il travaille sur un nouveau roman, sa vie est interrompue par une mort soudaine. Cet événement soulève des questions sur la valeur de son travail et sur l'alliance entre sa vie et son écriture.

L'héritage de Camus

La vidéo conclut en évoquant la persistance de la pensée de Camus dans le monde moderne. Ses réflexions sur l'absurde, l'engagement et la morale continuent d'influencer les débats contemporains sur la condition humaine et la quête de sens. Camus n'a jamais fourni de réponses claires, mais il a laissé un héritage durable de questions sur comment vivre dans un monde souvent dénué de sens.

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0:05 Le 4 janvier 1960, sur une route déserte de Lyon vers 14h, une facelle Vega FV3B quitte la chaussée à plus de 130 km/h et finit sa course contre un platan. Le passager avant est tué sur le coup. Dans sa sacoche, on retrouvera trois choses. 144 pages d'un manuscrit inachevé, quelques carnets et un billet [musique] de train pour Paris qu'il n'a jamais utilisé. L'homme qui aurait dû prendre ce train mais qui a accepté à la dernière minute de monter à bord de cette voiture, c'est Albert Camu. Il a 46 ans. Il vient de recevoir 2 ans plus tôt le prix Nobel de littérature et de devenir l'un des plus jeunes lauréats de l'histoire. Il est incontestablement l'un des écrivains français les plus importants du 20e siècle et il vient 46

0:50 ans [musique] après sa naissance dans une famille qui ne savait pas lire de mourir précisément de la chose qu'il aura passé sa vie à essayer [musique] de comprendre. Un événement sans cause, sans raison, sans sens, un accident absurde. Voilà l'histoire que je vais vous raconter aujourd'hui. Celle d'un orphelin pied noir élevé dans un appartement sans zone ni électricité par une mère presque analphabète et qui aura en 46 ans écrit certains des livres les plus lus de son siècle, dirigea un journal de résistance et finit par traverser le siècle le plus violent de l'histoire en s'efforçant à peu près contre tout le monde de penser sans haïr. Ensemble, on va suivre cet homme de Bell Cour à Lourd Marin du tramoué d'Alger au Platan de Ville Blevin et nous verrons ce qu'il a appris et nous a appris. Mais avant de nous y mettre,

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3:53 colon français en Algérie. C'estàd qu'il a pas de terre, il y a pas de domestique, il y a pas d'argent. En revanche, ils ont bien la citoyenneté française. C'est donc des pieds noirs, c'est-à-dire des Français d'Algérie, contrairement au 9/10è de la population à ce moment-là. C'est presque anecdotique là en 1913, mais ça va devenir l'un des grands problèmes de la vie de Camu. On y reviendra. Moins d'un an plus tard, été 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Le père Camu est mobilisé comme tous les hommes français de son âge. Il traverse la Méditerranée et monte au front. Malheureusement, il n'aura le temps de faire qu'une seule bataille, celle de la Marne à l'est de Paris. Il y est blessé, on l'évacue en Bretagne et il meurt à l'hôpital le 11 octobre 1914 à 28 ans. Albert a 11 mois et n'aura plus de toute sa vie que quelques photographies et une anecdote.

4:40 Pour les photos, voici l'une des dernières, celle-ci, son père en uniforme. Et voilà l'anecdote. Quelques années avant la guerre, un meurtrier va être guillotiné à Alger devant la foule. Lucien Camu décide d'y assister. Il y va et il regarde, il rentre chez lui en titubant. Le visage pâle. Il se met à vomir et refuse d'en reparler. C'est tout. 5 minutes dans l'existence d'un homme qui mourra des années plus tard dans un hôpital à Saint-Brieux. Sa femme racontera cette scène des années plus tard à leur fils et le fils va garder cette anecdote, la retourner dans sa tête pendant des années et publier des décennies plus tard en 1957 un essai qui s'appelle réflexion sur la guillotine et qui s'ouvre précisément sur l'image de ce père dégoûté par une exécution publique. Au passage, si vous êtes habitué à ce format où je raconte la vie

5:26 de philosophe, et ben vous remarquerez qu'encore une fois très tôt dans l'histoire, l'un des parents décède. C'est vraiment un schéma qu'on retrouve très fréquemment. Mais pour le moment, on est encore en 1914. Catherine a fait des valises avant même le départ de son mari au front. Elle quitte Mondovi avec ses deux fils Albert et son frère aîné Lucien pour aller s'installer à Alger dans le quartier populaire de Bellecour. C'est là à 31 ans qu'elle se retrouve veuve. Belcour, c'est un quartier ouvrier de l'est de la ville dans la partie basse près du port. C'est un quartier européen modeste où vivent principalement des familles d'origine espagnole, italienne et maltaise. Des immigrés méditerranéens qui ont fuit leur propre pauvreté pour venir tenter leur chance en Algérie française. Et c'est là dans un trois pièces sans eau courante et sans électricité de la rue de Lyon que va se passer toute l'enfance

6:12 d'Albert Camieu. Alors petit état des lieux de l'appartement. Dans le trois pièces, il y a sa mère Catherine à demi sourde depuis qu'elle est enfant. Elle parle très peu et ne sait à peu près ni lire ni écrire. Elle fait des ménages dans le centre d'Alger. Quand elle rentre le soir, elle s'assoit sur une chaise et elle regarde par la fenêtre sans rien faire d'autre, parfois pendant des heure. Camu parlera de leur relation plus tard dans son roman autobiographique. Il dira "Et ce qu'il désirait le plus au monde qui était que sa mère lu tout ce qui était sa vie et sa chair. Cela était impossible. Son amour, son seul amour serait à jamais muet dans le sens où il a beaucoup écrit mais elle l'a jamais vraiment lu. C'était extrêmement difficile de communiquer avec elle. Voilà. Magnifiquement triste. Dans l'appartement, il y a aussi sa grand-mère, Catherine Marie. C'est la mère de la mère. Et oui, mère et fille

6:58 ont quasiment le même nom. Elle est très autoritaire et élève les enfants à la dure. Lucien, son frère qui a donc le même nom que son père parce que visiblement, il y a une pénurie de prénom dans la famille Camu. Et ben Lucien partageait la même chambre qu'Albert. Il n'était pas seul. Il y a aussi l'oncle Étienne sourmué tonelier qui partage la chambre des garçons. Et enfin, il y aura plus tard à l'adolescence l'oncle Gustave Ao, boucher anarchiste qui hébergera Albert à partir de ses 17 ans dans un appartement plus aisé du même quartier et qui lui ouvrira sa bibliothèque. Il aura un rôle important dans l'éducation du bon Albert qui écrira plus tard que son oncle était le seul homme qui m'est fait imaginer un peu ce que pouvait être un père. Mais dans ce tableau, il y a un truc qui ne marche pas, c'est que Camu aurait dû devenir statistiquement ouvrier comme son père. Il aurait dû quitter l'école à 13 ans, trouver un

7:44 emploi modeste, ne jamais ouvrir un livre de philosophie et mourir oublié dans la même rue où il avait grandi. Voilà ce qui aurait dû arriver et qui ne va pas arriver grâce à un homme. L'homme s'appelle Louis Germain. Il est instituteur à l'école communale de la rue Homera dans le quartier de Bellecour. C'est un fonctionnaire de la 3e République qui croit que l'école doit arracher les enfants à leurs conditions et qui donne sur son temps libre et sans être payé pour ça des leçon supplémentaires avec les meilleurs élèves des familles pauvres pour les préparer au concours des bourses du lycée. C'est un concours qui à 10 ans ouvre les portes de l'enseignement secondaire gratuitement. Un jour de 1923, Louis Germain monte rue de Lyon. Il sonne à la porte de l'appartement de Camu et il essaie de convaincre la grand-mère que ce gamin doit aller au lycée. Elle ne veut rien entendre. Le gamin doit travailler. La famille a

8:30 besoin d'argent. Louis Germain insiste, il argumente, il rassure, il promet et il finit par gagner. En juin 1924, Albert Camu 10 ans passe le concours des bourses et il est reçu. Il entre gratuitement au lycée Bugeot d'Alger, un grand lycée public situé dans le centre-ville à plusieurs kilomètres et à un monde de belle cour. Et oui, en 1924 en fait on rentre au lycée à 10 ans. Voilà, c'est normal parce que c'est comme s'il y avait pas de collège. Et d'ailleurs, la scène de Louis Germain et la grand-mère, Camu l'a immortalisé dans le premier homme, son roman autobiographique inachevé. Au lycée, Camu est bon élève, joyeux et sportif. Il joue au football, plus précisément, il est gardien de but. D'abord dans un club de quartier, puis à partir de 1928 au RUA, le Racing Universitaire d'Alger.

9:16 C'est un club étudiant un peu plus prestigieux. Il dira dans une formule restée célèbre que c'est au sport qu'il aura appris l'essentiel de ce qu'il sait sur la morale et sur les obligations des hommes. Et ce n'est pas une phrase anodine. Parmi les grands philosophes du 20e siècle, Camu est à peu près le seul qui est passé sa jeunesse à se faire taper par des ballons dans la boue. Ça vaut le coup de le préciser. Mais un matin de 1930, sa vie prend un tournant. Il a 17 ans et il crache du sang. Diagnostic tuberculose pulmonaire. À cette époque, avant les antibiotiques, c'est dans la majorité des cas une condamnation à mort à moyen terme. Camu va vivre toute sa vie avec un poumon puis un demi-poumon. Des rechutes régulières qui le clouent au lit pendant des semaines et surtout la conscience que tout à chaque instant peut s'arrêter. C'est pas simplement un

10:02 exercice philosophique, il le sait, il le sent dans son corps et c'est aussi la fin d'un potentiel rêve de joueur pro. L'année suivante, il rentre en classe préparatoire et fait sa deuxième rencontre décisive avec son prof de philosophie Jean Grenier. Un homme silencieux, doux, méditatif et qui devient pour Camu ce que Camu deviendra plus tard pour d'autres un maître. C'est sous sa direction qu'il rédige son mémoire de fin d'étude, l'équivalent à l'époque d'un master de philosophie. Le sujet c'était métaphysique chrétienne et néoplatonisme plotin et saint-Augustin. En fait, il y parle de la ferveur d'une lumière d'un salut mais sans Dieu et sans rien au-dessus de notre monde. Et vous allez comprendre que c'est un mémoire qui annonce toute son œuvre. Pour ce qui est de sa vie amoureuse, en juin 1934, à 20 ans, il épouse une jeune femme du milieu bourgeois d'Alger, une certaine Simone Y. Elle est décrite

10:48 comme belle, intelligente et morphinomane depuis son adolescence. En fait, a priori, elle s'était fait prescrire de la morphine pour des douleurs et n'en est malheureusement jamais sortie. Le mariage va durer 2 ans et à l'été 1936, lors d'un voyage en Europe centrale, Camu tombe dans le courrier de sa femme sur une lettre. C'est une lettre du médecin qui l'a fourni en morphine. Il ne se voyait pas que pour la morphine, visiblement. Voilà, à la rentrée, il se sépare. Camu a 22 ans et il a déjà vu de très près comment une vie peut se défaire. C'est aussi à cette période qu'il s'engage politiquement. En 1935, il va adhérer au parti communiste algérien. Sa mission, c'est de recruter des militants parmi les nationalistes algériens, c'est-à-dire ceux qui rêve d'indépendance. Sauf que 2 ans plus tard, il y a un retournement de situation. Le Parti soviétique change de

11:34 ligne diplomatique et donc le Parti communiste français aussi. Et donc pour ne pas les froisser, le parti communiste algérien va lâcher les indépendantistes. Camu refuse. Il est tout simplement exclu du parti. À côté, il est très productif. Il monte une troupe de théâtre. C'est un art qui est hyper important pour lui et dans lequel il reviendra toute sa vie. Le théâtre est un lieu de vérité. On dit généralement, il est vrai que c'est le lieu de l'illusion, mais n'en croyez rien. C'est la société plutôt qui vivrait d'illusion. Et il commence aussi à publier d'abord l'envers et l'endroit. En 1937, c'est un petit recueil de textes et en 1939, il publie NOS. Voilà, les deux chez Charlot, un éditeur d'Alger. Et toujours à côté, en 1938, il devient journaliste à Alger Républicain. C'est un quotidien anticolonialiste et dont le directeur

12:21 est un certain Pascal Pia. C'est un journaliste français venu de Métropole et qui deviendra un des hommes les plus importants de la vie de Camu. On y reviendra. Un an plus tard, le journal s'arrête et les deux hommes créent ensemble soir républicain. Septembre 1939, c'est cette fois la Seconde Guerre mondiale qui éclate. Camu essaie de s'engager mais il est réformé pour raison de santé. Ses poumons ne suivent pas. Quelques mois plus tard, en janvier 1940, c'est son nouveau journal Soir républicain, qui s'arrête, interdit par les autorités françaises, car jugé trop critique du gouvernement colonial. Il est à ce moment-là journaliste sans journal. Il fait sa valise, prend le bateau et quitte la ville. Il ne le sait pas encore, mais il ne revivra plus à Alger. On est en mars 1940. Albert Kamud

13:07 débarque dans une France qui dans 3 mois va perdre la guerre. Pascal Pia est rentré en métropole un peu avant lui et le fait embaucher à Paris soir. C'est un grand quotidien populaire parisien. Camu y est secrétaire de rédaction, ce qui veut dire qu'il met en page, relie, ferme les colonnes le soir et il regarde par la fenêtre du journal l'Europe en train de basculer. Quelques mois plus tard, l'armée allemande perce les lignes françaises et atteint la capitale. Paris soir, comme tous les grands journaux parisiens, replie ses bureaux dans la zone libre, cette moitié sud de la France que les Allemands n'occupent pas encore. Eux, ils le font à Lyon. C'est là-bas le 3 décembre 1940 en présence de Pascal Pia comme témoin qu'Albert Camu épouse une jeune femme qu'il fréquentait depuis quelques années déjà à Alger. Francine Fort vous avez suivi, ils se sont séparés avec Simon parce que il a

13:54 vu que il l'a trompé et cetera euh et donc il ils étaient restés ensemble mais il divorce juste avant son mariage avec Francinfort. Francinfort, elle est mathématicienne, pianiste et originaire d'Aurent, la deuxième grande ville d'Algérie après Alger. Mise en contexte dans une lettre à Yvon Du Caillar, une femme avec qui il avait une relation épistolaire, amoureuse et peut-être plus, il écrit quelques mois plus tôt je vais probablement gâcher ma vie si on en juge au sens commun. Je veux dire, à moins qu'elle refuse, je vais me marier avec Francine. Je vous le dis comme ça, mais en fait quand on suit la vie de Camu au jour le jour, bah par exemple en avril 40, le 22, il envoie une lettre à Christen Galindo qui est son premier amour. Donc avant Simonier, c'est celle qui était morphinome. Puis

14:40 le 24, il écrit à Yvon Duar, celle dont je viens de vous parler. Et le 30, il écrit à Francine qui est devenu sa femme. Donc je vais pas m'étaler sur toutes les liaisons de Camu dans la vidéo, mais de temps en temps, je vous lâcherai un petit truc, voilà, et je vous ferai pas non plus de jugement moral. Ça c'est un autre format. L'instabilité, elle n'est pas qu'amoureuse chez Camu puisque quelques semaines plus tard, dans le cadre d'une coupe budgétaire, Paris soir le licencie. Camu rentre en Algérie et environ un an plus tard, janvier 1942, à Auran où il vit chez la famille de sa femme, il crache à nouveau le sang. Son second poumon est atteint. Pendant qu'il s'allonge, épuisé dans une chambre, il reçoit une lettre. Elle vient de Paris. Elle est signée Galimar qui est à l'époque comme aujourd'hui le plus prestigieux éditeur littéraire français. Et elle dit qu'un de ces manuscrits qui

15:26 aur envoyé un an plus tôt est accepté pour publication. Le manuscrit paraît à Paris en mai s'appelle l'étranger. Première phrase aujourd'hui maman est morte ou peut-être hier, je ne sais pas. 11 mots et l'un des plus grands incipites de la littérature française du 20e siècle. Je le prononce comme ça. Incipite. Voilà. Vous allez faire quoi ? D'ailleurs, anecdote avec Yvon du Caillar, il s'appelait l'étranger, l'étrangère. Voilà. 5 mois plus tard, le 16 octobre 1942, paraît chez le même éditeur un essai philosophique de 150 pages. Il s'appelle le mythe de Cisif. Et là, ce qui se passe est très clair. En 6 mois, Camu, 28 ans, vient de poser les deux piliers de ce qu'il appellera plus tard

16:11 son cycle de l'absurde. La fiction et l'essai. Mursa dans l'étranger, l'homme qui dit la vérité jusqu'à la peine de mort et Cisif, le héros de la mythologie grecque condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher au sommet d'une montagne d'où il redescend toujours. Alors, je pense que ça peut quand même être bien de faire un rapide rappel sur ce qu'est l'absurde. L'absurde chez Camu, c'est pas le monde qui sera absurde en soi. C'est la rencontre entre deux choses. D'un côté, le désir désespéré de clarté qu'à l'être humain, l'envie de comprendre pourquoi et de l'autre le silence du monde, le fait qu'il ne nous donne pas de sens ou de raison. L'absurde, c'est cette confrontation, c'est cet écart. Et la grande question du mythe decisif posée dès la première phrase de l'essai, c'est de savoir si face à ça, il faut mettre fin à sa propre vie. Et Camu dit non. Il

16:59 dit non au suicide physique. Se tuer pour mettre fin au problème en supprimant celui qui la pose, bah pour Camu, ce serait une capitulation. Il dit non au suicide philosophique qui serait une sorte d'évasion par le haut. En fait, plutôt que d'accepter l'absurde, on invente une transcendance comme Dieu, l'esprit, l'être qui résout la tension entre une volonté de sens et une absence de sens. Puisque du coup avec cette figure supérieure, bah le monde n'est plus sans sens. Donc en fait, ça supprime la contradiction et pour Camu, c'est une autre forme de capitulation. Mais par contre, il dit oui à la révolte. C'est la seule issue pour lui. Accepter l'absurde, ne pas le résoudre et vivre quand même. C'est de là et de là seulement que peut naître quelque chose qui vaille. D'où la dernière phrase de l'essai que vous connaissez peut-être il faut imaginer cisif heureux. Et d'ailleurs, cette

17:46 explication philosophique, vous la retrouvez au dos du merch. Voilà qui qui reprend de manière graphique ce que je viens de vous expliquer. C'est pas trop cool. Voilà, on est très très content de ça. Je vous en reparle à la fin, je trouve exceptionnel. Dans la même période en août 1942, Camu malade monte avec Francine au pannelier. C'est un hameau du massif central dans le centre sud de la France. Il y soigne sa tuberculose par des insufflations à l'hôpital de Saint-Étienne tous les 12 jours. En gros, euh on lui injecte de l'air dans la cage thoracique. Voilà. Novembre 1942, quelques mois plus tard, la guerre évolue et les Allemands envahissent la zone libre. L'Algérie devient inaccessible depuis la métropole. Aucun bateau ne traverse la Méditerranée. Sauf que Francine, ben en fait, elle pouvait pas rester avec Camu dans le pannelier et elle était repartie

18:31 en Algérie un mois plus tôt. La femme de Camu est à Orang, lui dans un hameau du massif central, malade, sans argent, sans journal. Ce jour-là, il ouvre son carnet et il écrit trois mots comme des rats. Pendant les 18 mois qui suivent, Camu écrit comme il n'a jamais écrit. sûrement un lien avec son isolement et ses poumons qui lâchent, mais il écrit la première version de la peste, puis le malentendu, une pièce de théâtre et enfin la première de ses lettres à un ami allemand et surtout il monte de plus en plus souvent à Paris à 6h de train. Sauf que maintenant qu'il a édité ses livres chez Galimar et ben il commence à se faire un nom. Donc il rencontre enfin les écrivains de sa génération. Sartre, Simone de Beauvoir, Jean-Paul, Michel Leris et d'autres que ni vous ni moi ne connaissons. Il s'installe finalement à

19:16 Paris, devient lecteur chez Galimar, c'est-à-dire qu'il lit les manuscrits envoyés par les auteurs et les autrices et donne son avis sur ce qu'il faut publier. Et enfin, il est recruté par Pascal Pia, toujours ce bon Pascal et un autre résistant nommé Claude Bourdet dans le réseau combat qui est l'un des principaux mouvements de la résistance française en zone sud et qui édite un journal clandestin du même nom. Quelques mois plus tard à Paris dans une soirée privée, Camu rencontre jeune actrice espagnole de 21 ans. Il la regarde. Il lui propose sur le moment le rôle principal de sa pièce qui se jouera 3 mois plus tard, le malentendu. Cette femme, c'est Maria Cazzares. Et 3 mois plus tard, dans la nuit du 6 juin 1944, ça vous dit peut-être quelque chose ? la nuit du débarquement allié en Normandie et bien elle deviendra son amante. Je

20:02 vous en parle parce que je pense que c'est son amante la plus connue. C'est la maîtresse la plus officielle dirons-nous. Et ils s'écriront jusqu'à la mort de Camu près de 900 lettres. Voilà, vous pouvez les acheter et les lire d'ailleurs. Ça s'appelle correspondance et c'est des lettres vraiment passionnées. Parfois, ils s'écrivaient plusieurs lettres par jour et tout. Enfin bref, voilà. Il y aussi un moment où ils se sont plus écrits pendant 4 ans, je crois, mais ils se sont recroisés dans la rue et donc ça a relancé le truc. Bref, autre sujet, il y a eu le débarquement, donc on approche de la fin de la guerre et Paris se libère enfin et pour la première fois, combat paraît en kiosque sans clandestinité. Sur la une, un éditorial non signé mais dont le style ne trompe personne. Albert Camu, 30 ans, est le rédacteur en chef d'un des plus importants quotidiens de la libération française. La France libérée, c'est le

20:48 début d'une période particulière qu'on va appeler l'épuration. En gros, c'est les procès des Français qui ont collaboré avec l'occupant allemand. Camu, il a son opinion, il la défend combat. Il faut juger sévèrement et efficacement les collaborateurs. Tout le monde n'est pas de cet avis, notamment l'écrivain François Moriac dans le Figaro, un autre quotidien parisien que vous connaissez sûrement puisqu'il existe toujours et qui plaidait pour la charité chrétienne et la modération. Mais en février 1945, on fusille un écrivain collaborationniste Robert Brazillak. Camu qui avait en plus signé une pétition pour sa grâce par opposition à la peine de mort est bouleversé. et il va reminer ce que Moriac lui avait répondu pendant presque 2 ans puisque fin 1946, il a invité à venir parler devant un public de chrétiens. La conférence s'appelle l'un croyant et les chrétiens. Et là, debout

21:35 devant eux, dans leur maison, Camu reconnaît noir sur blanc, si je puis dire, qu'il s'est trompé. Il le reconnaît puisqu'il dit "Je puis témoigner cependant que malgré quelques excès de langage venus de François Moriac, je n'ai jamais cessé de méditer ce qu'il disait." Au bout de cette réflexion et je vous donne ainsi mon opinion sur l'utilité du dialogue croyant incroyant, j'en suis venu à reconnaître en moi-même et publiquement ici que sur le fond et sur le point précis de notre controverse, monsieur François Moriac avait raison contre moi. Respect à celui qui sait reconnaître ses erreurs. C'est également à ce moment-là, en 1945 qu'il devient papa puisque le couple camu donne naissance à des jumeaux Catherine et Jean. Voilà, j'en sauraai pas beaucoup plus sur le côté Camu père de famille. Le principal témoignage que j'ai pu

22:21 lire, c'est celui de sa fille qui le décrit comme quelqu'un de rassurant, juste, sévère, éthique et tendre. Camu continue les hits. Le 10 juin 1947 paraît la peste. 22000 exemplaires au premier tirage, c'est un chiffre considérable. Et 4 jours plus tard, le livre reçoit le prix des critiques, l'un des grands prix littéraires français. Donc, succès considérable et durable. Et à 33 ans, Albert Kamu est sans doute possible l'un des trois ou quatre plus grands écrivains français vivants. La peste, c'est d'ailleurs un livre important parce que c'est l'entrée officielle dans ce que Camu appellera son 2è cycle, le cycle de la révolte. Si le cycle de l'absurde se demande comment vivre face au silence du monde, le cycle de la révolte se demande comment vivre avec les autres face au mal. Et la grande œuvre théorique de ce cycle, ce sera 4 ans plus tard, l'homme révolté.

23:08 Il est publié le 18 octobre 1951. Toujours chez Galimar, 400 pages dans lesquelles Camu retrace l'histoire des grandes révoltes intellectuelles et politiques. Et la thèse, elle est claire. En gros, la révolte à l'origine, c'est un geste simple et juste. Un homme qui dit non, qui pose une limite à ce qu'on peut lui faire. Mais dès qu'elle devient révolution, dès qu'elle s'empare du pouvoir au nom de l'histoire, elle se met à tuer et justifie le meurtre. La révolution française finit dans la terreur. La révolution russe finit dans les goulagues. Et à la fin de la première partie du livre, Camu formule sa devise "Je me révolte". donc nous sommes parce que pour Camu la révolte n'est jamais une affirmation de soi. C'est la découverte qu'il existe en tout homme une dignité et que cette dignité elle est commune. La révolte en fait elle ouvre à autrui. Sinon c'est pas la révolte, c'est le ressentiment. Le

23:54 problème c'est que en 1951 dire ça à Paris c'est s'attaquer à toute une génération et plus précisément à un homme. Cet homme, c'est Jean-Paul Sartre. Il a 8 ans de plus que Camu et c'est depuis la fin de la guerre la figure intellectuelle dominante en Europe. Vous vous en souvenez peut-être si vous avez vu cette vidéo, mais à ce moment là, il a un statut de superstar et dirige d'ailleurs une revue, les temps modernes qui est en train de devenir le grand magazine de la gauche intellectuelle française. Alors, on l'a vu, les deux hommes se connaissent, ils se sont rencontrés et pendant 8 ans depuis 1943, ils se sont vus, ils ont déjeuné ensemble, ils sont sortis ensemble dans les cafes de Saint-Germain, ils sont pas quoi. les deux noms les plus cités de la décennie et chacun à sa manière, c'est que l'autre est à Paris l'écrivain de sa génération qui compte autant que lui. Le

24:40 truc, c'est qu'à la sortie de l'homme révolté de Camu en mai 52, dans la revue de Sartre, il y a un article de 21 pages qui sort, qui n'est pas signé par Sartre lui-même, mais par un philosophe qui s'appelle Francis Jeanson et qui démonte l'homme révolté ligne par ligne. Il accuse Camu d'idéalisme, d'ignorance philosophique et de pensées bourgeoises. Le ton est singlant, méprisant et il vise clairement à humilier. Alors Camu ne reste pas sans rien dire et il répond dans le numéro doute de la même revue, il écrit une lettre de 17 pages, sauf qu'il l'adresse pas à Janon comme ce à quoi on pourrait s'attendre. Iladresse à Sartre en commençant par monsieur le directeur. Et il fait ça parce que pour Camus, c'est lui le responsable. C'est Sartre, le directeur de la revue. Sartre vexé répond dans la foulée dans le même

25:25 numéro, mon cher Camu. Et là, c'est terminé. La rupture est publique, totale et définitive. À un moment, Sartre écrit cette phrase qui restera : "Notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai." Alors, ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est pas un clash puéril, c'est une opposition fondamentale sur le rapport entre la violence et l'histoire. Sartre, à ce moment-là, il justifie philosophiquement la violence révolutionnaire au nom du sens de l'histoire. C'estàd que en gros, il considère que tuer pour faire advenir une société meilleure peut être moralement légitime. Ça Camille le refuse. Pour lui, la violence peut être nécessaire. Il l'a côtoyé dans la résistance mais elle ne peut jamais être légitime parce que pour lui toute philosophie qui légitime la violence par l'histoire produit tôt ou tard des goulages. Et on peut déjà voir cette opposition 3 ans plus tôt avec deux pièces de théâtre qui dialoguent l'une

26:11 avec l'autre mais sans le dire. Les main sales de Sartre qui pose la question d'un crime politique justifié et les justes de Camu qui répond exactement le contraire. Le souci, c'est que ce désaccord, il va coûter très cher à Camu. Parce que dans la France intellectuelle du début des années 50, refuser de cautionner l'Union soviétique, c'est se condamner à l'isolement et Camu va passer le reste de sa vie en marge de l'intelligencia parisienne. Pour ajouter à ça, les années qui suivent ne sont pas joyeuses. Sa femme francine sombre dans une dépression sévère. Elle est hospitalisée à Paris. Elle fait en 1954 une tentative de suicide en sautant par une fenêtre. Camus se sent coupable. Sa liaison continue avec Maria Cazares n'y a priori pas pour rien. Et d'ailleurs à partir de 54, la famille de Francine a demandé à Camu de quitter l'appartement familial, si j'ai bien compris d'après sa fille Catherine. Mini détail parce qu'on parle

26:57 d'un truc quand même important. Euh en fait Francine saute d'une fenêtre euh de l'hôpital psychiatrique et donc il y a un truc d'interprétation qui est est-ce que c'était pour échapper à l'hôpital psychiatrique ? Est-ce que c'est une tentative de suicide ? Avec les sources que j'ai trouvé, j'ai privilégié la lecture des biographes. Voilà. Donc voilà, période très dure euh pour Francine, pour Camu. Et en 1956, il publie un livre qui fait sûrement écho à tout ça. Un livre étrange, court et amer, dans lequel un avocat parisien se parle à lui-même toute la nuit dans un bar d'Amsterdam. Le livre s'appelle La chute. C'est probablement la plus mélancolique de ses œuvres et c'est un règlement de compte avec lui-même autant qu'avec ses anciens amis. À ce moment-là, il y a un autre gros épisode dans la vie de Camu. Pas Sartre, pas

27:42 Francine, pas sa propre fatigue, mais l'Algérie. Le 1er novembre 1954, en Algérie, un mouvement indépendantiste musulman qu'on appelle le Front de libération nationale, le FLN, déclenche une série d'attentats coordonnés contre les autorités françaises. Personne n'en a encore conscience, mais en fait, c'est le début de la guerre d'Algérie. Et là, il faut revenir à une chose qu'on a évoqué au début de notre histoire. En 1913, à la naissance de Camu, on l'a dit, la famille bénéficie du statut de citoyen français alors que les 9/10è de la population algérienne n'en bénéficient pas. Cette distinction qui ne disait rien à personne en 1913 et ben elle devient 41 ans plus tard l'équation centrale de la vie de Camu. Parce que Camu, à ce moment-là, il occupe une position qui est difficile à tenir. Comme il est français par la citoyenneté. Et ben pour le FLN et pour les intellectuels parisiens qui le soutiennent à Saint-Germain, il est dans

28:28 le camp des colonisateurs. Sauf qu'il est algérien par tout le reste, par son enfance, ses souvenirs, sa mère qui est née et ne l'a jamais quitté. Pour lui, l'Algérie, c'est pas une cause politique qu'on embrasse par solidarité de gauche. C'est l'endroit où sa mère vit encore et qui peut à n'importe quel moment se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment d'une guerre qui ne fait que commencer. Et en plus, il est anticolonialiste depuis longtemps, notamment des articles qu'il écrivait en 1939 à une époque où en métropole à peu près personne ne s'intéresse au sort des Algériens musulmans. Et c'est le paradoxe pour les pieds noirs ultra, défendre les Algériens musulmans, c'est trahir son camp ethnique. Mais de l'autre côté, les intellectuels parisiens le voient comme un colon malgré lui parce qu'il refuse de cautionner le FLN et que peu importe ce qu'il a écrit en 1939, il est né du bon côté. de mondes de rejet, pas de refuge.

29:16 Alors malgré tout, il va s'exprimer sur le sujet jusqu'à un moment assez précis. Le 22 janvier 1956, Camu va à Alger, salle du cercle du progrès, place du gouvernement dans le centre-fil. Il y prononce un texte qu'il appelle appel pour une trêve civile et il demande simplement aux deux camps, l'armée française et le FLN de s'engager à ne plus s'en prendre au moins aux civils. Mais pendant qu'il parle, la salle est cernée par des manifestants ultra pied noirs qui hurlent dans la rue Camu au poteau. L'appel échoue, personne ne l'écoute, ni l'armée française, ni le FLN. À partir de là, Camu choisit le silence public sur l'Algérie. Pas par l'acheter, pas par indifférence, mais parce qu'il considère à tort ou à raison que sa parole publique dans sa position et à ce moment-là ne fera que durcir les positions. Et dans l'avant-propos des

30:02 chroniques algériennes en 1958, il l'écrit clairement. Il dit que les polémiques publiques n'ont eu d'autre effet que de durcir en Algérie intransigences au prises et de diviser un peu plus une France déjà empoisonné par les haines et les sectes. Son rôle désormais sera de travailler dans le sens de l'apaisement pour que la raison retrouve ses chances. Près de 2 ans plus tard, le 16 octobre 1957, Camu est à Paris. Il déjeûne dans un restaurant du quartier Latin lorsqu'un employé vient lui annoncer une nouvelle importante à laquelle personne ne s'attendait. C'est l'Académie Suédoise. Il vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Il a 43 ans. C'est l'un des plus jeunes lauréats de l'histoire du prix. Selon les témoins, sa première réaction est le désarrois. Pour lui, c'est Malheureux qui aurait dû l'avoir.

30:48 Je pense d'ailleurs sincèrement qu'il y a deux ou trois écririvains au moins qui méritaient d'être choisis avant moi. Mais puisqu'ils avaient décidé de nommer un écrivain français, peut-être ont-ils voulu montrer que la France avait un visage parfois plus jeune qu'on ne le pense généralement. Dans les jours qui suivent, il s'assoit à son bureau pour écrire une lettre. Elle est très courte. Elle a adressé à un homme qui à Alger a aujourd'hui plus de 70 ans, qui est à la retraite et qui suit toute cette histoire de prix Nobel de loin à la radio. Camu lui écrit : "Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendu au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé." Le dessinataire, c'est Louis Germain, l'instituteur de Bellecour, celui qui

31:33 était venu sonner à la porte 33 ans plus tôt pour convaincre la grand-mère de laisser son petit-fils passer le concours des bourses. Et le discours que Camu prononcera à Stockholm lors de la cérémonie de remise de prix, il le lui dédiera. En revanche, petite anecdote, dans sa réponse, Louis Germain écrit "À t'étudier, je n'ai jamais soupçonné la vraie situation de ta famille. Je n'en ai eu qu'un aperçu au moment où ta maman est venue me voir au sujet de ton inscription sur la liste des candidats aux bourses. Donc a priori, le récit où Louis Germain est venu voir sa famille, c'est peut-être une romantisation de Camu. Peut-être que ce n'est jamais arrivé ou peut-être que les deux se sont produits. Voilà, c'est difficile de savoir. 2 jours après le discours officiel, il y a une conférence publique à l'université de Stockholm. La salle est pleine. Dans la salle, il y a un étudiant algérien qui se lève, qui prend Camu à partie et qui lui reproche son

32:19 silence sur l'Algérie et qui exige des réponses. Camu calmement, répond ceci. Je me suis tue depuis 1 an et 8 mois, ce qui ne signifie pas que j'ai cessé d'agir. J'ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s'exerce aveuglément dans les rues d'Alger, par exemple, et qui un jour peut mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. Je rentre pas dans ces détails-là mais évidemment tout ça lui a été beaucoup reproché, parfois encore aujourd'hui. Que ce soit son silence ou quand il en parlait. Avec l'argent du Nobel, Camu achète une vieille maison à Lour Marin, un petit village du Lubéron en Provence, à 1 heure de route au nord de Marseille. Il prend l'habitude d'y aller seul. Il marche, il écrit, il travaille à un nouveau livre qu'il appelle dans ses carnets le premier homme. C'est en partie l'histoire de son

33:05 père. C'est en partie la sienne qu'il s'autorise enfin à écrire le plus autobiographique de ses romans. Et après ce livre, il prévoit un troisème cycle dans son œuvre. Après l'absurde et la révolte, ce sera l'amour. Le mythe central, c'est Némésis, la déesse grecque de la juste mesure et du châtiment des excès. Et la pièce, ce sera don Fost. Il ne les écrira jamais. Le 2 janvier 1960, sa femme Francine et les enfants rentrent à Paris en train. Camu, lui avait prévu de rentrer plus tard dans la semaine. Mais ses amis, Michel et Janine Galimar, venu passer le réveillon à Lourmarin avec leur fille Anne, lui propose de remonter avec eux en voiture. Le billet de train qu'il n'utilisera pas reste glissé dans la poche de sa veste.

33:50 Il quittent lourd marin le lendemain, font étape près de Macon. Puis le 4 janvier 1960 vers 14h au lieu le petit villebleevin dans Lyon la facelle Vega de Michel Galimar quitte la route. [musique] Selon les gendarmes, une jante a creusé dans l'asphalt un sillon de plus de 60 m. Vraisemblablement après l'éclatement d'un pneu, avant que la voiture ne percute un premier platan rebondit sur un second et se disloque, l'aiguille du compteur de vitesse après le choc serait resté bloqué à 145 km/h. Michel Galimar meurt quelques jours plus tard à l'hôpital. Janine et Anne survivent et quant à Albert Camu, passager avant, il est tué sur le cou. Dans sa sacoche, on retrouve 144 pages manuscrit du premier homme et glisser

34:36 dans sa poche un billet de train pour Paris. Non utilisé. Albert Camu est enterré le 6 janvier 1960, 2 jours après l'accident dans le petit cimetière du village de Lourin. Sa tombe est simple en pierre grise sans ornement. Sur sa stelle, il y a son nom et deux dates, [musique] rien d'autre. Le lendemain dans France Observateur, l'ancêtre du Nouvels paraît un texte écrit par un [musique] homme avec qui Camu depuis 8 ans n'échangeait plus un mot. Le texte commençait par nous étions brouillés lui et moi. Une brouille [musique] ce n'est rien. Duon ne jamais se revoir. Tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde étroit qui nous est donné. signé Jean-Paul Sintre. Mon avis que c'est facile de réhabiliter publiquement quelqu'un une fois qu'il est mort. Le manuscrit du premier homme

35:21 lui restera dans un tiroir pendant 34 ans. Le temps aussi que les passions retombent notamment autour de l'Algérie. C'est sa fille Catherine Camu [musique] qui avait 14 ans à la mort de son père. qui le publiera en 1994. La question qui nous reste, c'est pourquoi 66 ans après sa mort, vous et moi, on continue de parler d'Abler Kamu ? Je crois qu'il y a une réponse simple. Camu, il a passé sa vie à formuler comment vivre, [musique] comment agir, comment ne pas haï dans un monde dont le sens nous échappe. Et ce problème ne s'est pas vraiment éloigné de nous depuis 1960. Au contraire même. Alors, il n'a pas eu de réponse, il n'a jamais prétendu en avoir, mais il nous a laissé une méthode tenir. Simplement, tenir dans l'écart entre ce qu'on voudrait du monde et ce que le monde est sans haine. Voilà ce qu'on retient de

36:07 Camu. Un vivant, un homme qui se sentait condamné dès ses 17 ans par sa pauvreté et sa maladie. Un homme, pas un saint, un simple homme. Ce qu'il a rendu amoureux de la vie. et tu nous apprends qu'une idée qui ne se vit pas ne sert à rien et qu'une vie qui n'apprend pas à comprendre ses ennemis sans les haï n'en est pas tout à fait une. [raclement de gorge] Il avait 46 ans et si l'on veut être fidèle à ce qu'il nous a appris, alors il faut peut-être malgré tout imaginer [musique] Camu heureux. J'espère que ça vous a plu. Je rajoute quelques précisions. Il y a une quinzaine d'années en 2009, Sarkozi quand il était président voulait le transférer au Panthéon et son fils Jean Camu a refusé. Également de ce que

36:55 j'ai lu jusqu'à la fin. Il y avait beaucoup d'amour entre Francine et lui et encore une fois il y a eu d'autres amendes notamment vers la fin de sa vie. Euh voilà, je je suis pas rentré dans les détails. En revanche, je vais rentrer dans les détails sur un truc, c'est le merch qui est exceptionnel. Donc je vous le montrais tout à l'heure. Alors, il est fait en collaboration avec Trafic. Donc c'est la même qualité que d'habitude. Donc ceux et celles qui connaissent, voilà, vous savez à quel point c'est Kali. On l'a fait en collab aussi avec un graphiste qui s'appelle Tom Bornarel. Et donc voilà, le monde sans logique apparente qui reste silencieux face à nous, les humains. Pourquoi ? Quel est le but ? et la réponse dans cette illusion d'optique, accepter cette absurdité et la vivre pleinement. C'est extrêmement camusien, sans emporter le nom. Je

37:42 trouve ça très cool. C'est inspiré aussi de la sonde, vous savez, qui a été envoyée dans l'espace et on a refait le logo devant donc avec en mettant des why pourquoi pourquoi pourquoi à l'intérieur ? Voilà. Est-ce que je viens traduire why en pourquoi ? Peut-être. Il y a une deuxième couleur, c'est celle que je porte ici. Vous demandez à quoi ça ressemble derrière. Ça ressemble à ça. Donc double couleur, beige et bleu. Enfin, il est il est magnifique aussi. Et là, vous dites "Il fait chaud machin, je vais peut-être mettre un souette mais l'hiver vous seriez bien content parce que on l'a fait en souette aussi. Petit souhait à capuche, c'est dispo donc c'est assez peu de temps. Si jamais vous vous tombez sur cette vidéo bien plus tard et que vous dites "Oh, dommage" machin et cetera on va mettre un mail je pense sur la page produit. Peut-être que si vous êtes assez nombreux, on refera

38:28 une commande, voilà. Mais c'est pas sûr du tout. On sait jamais. Oui, parce que je je vous l'ai peut-être pas dit, mais voilà, c'est un principe de précommande. C'estd que pendant 30 jours, vous précommandez et en fait, au 30e jour, on imprime et on achète que les t-shirts dont on a besoin. Voilà, donc ça évite gaspillage, ça optimise les coûts et c'est pour ça aussi que on arrive à s'y retrouver. Je suis hyper content de ce merch. Ça fait très longtemps que j'avais pas sorti un merch en vrai. Euh et à chaque fois à chaque fois vous êtes au rendez-vous donc c'est trop cool. Donc voilà, j'espère que celui-là aussi vous allez le kiffer. Je vous embrasse très fort. Je vous dis euh à la à dans de semaines peut-être pour une nouvelle vidéo. Ça sera un expert normalement. Voilà. Love. Peace. Ciao. Ah, j'ai j'ai oublié de débrifer aussi sur Camu. C'était c'était vraiment trop cool de travailler sur cette vidéo, de rentrer un peu dans sa vie qui est

39:14 folle. Je sais pas trop comment ça va être reçu là dans les commentaires ses mœurs à lui euh c'est-à-dire ses infidélités et cetera, mais dans tous les cas, ça m'a donné envie de de lire un peu plus euh le personnage parce que je le connais assez peu finalement à part tout ce que je vous ai dit. Voilà qui est quand même pas mal. Je regarde, j'ai peu lu son œuvre. Bref, merci beaucoup. J'espère que ça vous intéressé. C'est une longue vidéo. Là, c'était très long mais en même temps, j'ai pas envie de couper pour couper pour que ce soit court exprès. Je pense que si les gens sont intéressés par Camu, il regardez, il se régale quoi. Voilà, j'ai j'essaie de faire en sorte qu'on se régale. Je vous mets le lien pour Mamouta dans la description et je vous mets le lien pour le merch également. Euh voilà, ça faisait longtemps qu'il y avait pas une vidéo qui était sortie mais voilà, je déménageais et cetera. Vous avez peut-être remarqué, vous avez sûrement remarqué d'ailleurs. Je l'ai dit de toute façon peut-être, je sais pas en

40:00 fait. Peut-être ça sera coupé au montage, on sait rien. Love. Peace. Ciao.

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