0:00 de l'union de notre volonté à la volonté de Dieu traitée de Saint-Alphonse de Ligorie. Notre perfection consiste toute entière à aimer notre Dieu tout aimable. La charité est le lien de la perfection. Or, unir notre volonté à la trèsinte volonté de Dieu, voilà toute la perfection de l'amour divin. Le principal effet de l'amour enseigne Saint-Denis l'aréopagite est précisément d'unir les volontés, de ne laisser à ceux qui s'entraîiment qu'un même vouloir. Ainsi donc, plus une âme sera unie à la divine volonté, plus grand sera son amour. Dieu sans doute a pour agréable les
0:45 mortifications, les méditations, les communions, les œuvres de charité envers le prochain. Mais dans quel cas ? Quand elles ont pour règle ma volonté. Si au contraire sa volonté divine en est absente, c'est peut dire qu'il ne les agré. Il les a en abomination et il les punit. Supposons deux serviteurs. L'un est en mouvement toute la journée, sans un moment de répi, mais il n'en veut faire qu'à sa tête. L'autre se donne moins de peine, mais obéit en tout. Lequel des deux plaira au maître ? Le second, assurément, et non le premier. En quoi nos œuvres servent-elles à la gloire de Dieu si elles ne sont pas
1:32 conformes à son bon plaisir ? Ce ne sont pas des sacrifices que Dieu réclame, dit le prophète à Saül, mais l'exécution de ses volontés. Est-ce que le Seigneur se plaît aux holocaustes et aux victimes et non pas plutôt dans l'obéissance à sa voix ? La résistance est comme le crime d'idolâtrie. L'homme qui prétend suivre sa propre volonté sans s'occuper de celle de Dieu commet une sorte d'idolâtrie. Car au lieu d'adorer la volonté divine, c'est la sienne en quelque façon qu'iladore aussi. La plus grande gloire que nous puissions procurer à Dieu, c'est d'accomplir ses saints vouloirs. Notre rédempteur descendu ici-bas pour établir la gloire de son père nous a donné par
2:19 son exemple cet enseignement important entre tous. Voici comment saint- Paul le fait parler à son père éternel. Vous n'avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m'avez formé un corps. Alors j'ai dit, me voici. Je viens au Dieu pour faire votre volonté. Vous avez refusé les victimes que vous offraient les hommes. Vous voulez que je vous immole le corps que vous m'avez donné. Me voici prêt à faire votre volonté. Que notre Seigneur soit venu sur terre pour suivre la seule volonté de son père et non la sienne. Lui-même le déclare mainte fois. Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Quel
3:05 signe voulut-il donner au monde de son amour pour son père ? ton obéissance à la volonté divine qui le destinait au sacrifice de la croix pour le salut des hommes. Il le dit dans le jardin des oliviers lorsqu'il marche à la rencontre de ses ennemis qui viennent se saisir de lui pour le conduire à la mort. Afin que le monde sache que j'aime mon Père et que j'agis selon le commandement que mon père m'a donné. Levez-vous, partons d'ici. Il veut bien reconnaître un frère dans n'importe quel homme à la seule condition qu'il fasse la volonté de Dieu. Quiconque fera la volonté de mon père, celui-là est mon frère. Les saints n'ont jamais eu d'autre but devant les yeux que d'accomplir la
3:52 divine volonté. Il comprenait bien que la perfection d'une âme n'est pas ailleurs. Dieu, disait le bienheureux Henry Suzau, ne nous demande pas de chercher à avoir de grandes lumières. Ce qu'il veut, c'est notre soumission totale à sa volonté. Et sainte Thérèse, l'unique prétention de celui qui s'adonne à l'horizon doit être de travailler avec courage à rendre sa volonté conforme à celle de Dieu. Soyons bien persuadés qu'en cela consiste la perfection la plus haute qu'on puisse atteindre dans le chemin spirituel. Qui excellera davantage dans cet exercice recevra de Dieu de plus grandes faveurs et ira plus avant dans la vie
4:39 intérieure. La bienheureuse Stéphanie de Santino, dominicaine fut un jour en esprit conduite au ciel. Elle y rencontra dans le cœur des séraphins plusieurs personnes qu'elle avait connu et lui fut dit qu'elles avaient mérité cet excès de gloire par la parfaite union de volonté qu'elles avaient eu sur la terre avec la volonté de Dieu. Le bienheureux Henry Suzau, déjà cité, disait de lui-même : "Je préférerais être le plus petit des vermisseaux par la volonté de Dieu plutôt que d'être un séraphin par ma volonté. Ici-bas, pour apprendre à aimer le bon Dieu, nous devons nous mettre à l'école des habitants du ciel. Leur pur et
5:24 parfait amour pour Dieu ne fait qu'un avec leur parfaite union à la volonté de Dieu. Si Dieu donnait à entendre au séraphin qu'il veut les voir employer leur éternité à mettre en tas le sable dérivage de la mer ou à sarcler les jardins, volontiers il le ferait et ils y trouveraient tous leur plaisir. Plus encore que Dieu leur fit signe d'aller brûler dans le feu de l'enfer. immédiatement, il se précipiterait dans cet abîme pour faire la volonté divine. Aussi Jésus-Christ nous a-t-il enseigné à demander dans notre prière la grâce d'accomplir la volonté de Dieu sur la terre comme les saints l'accomplissent au ciel. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
6:12 Le Seigneur appelle David un homme selon son cœur parce qu'il exécutait tous les vouloirs divins. J'ai trouvé David homme selon mon cœur qui accomplira toutes mes volontés. David en effet se tenait toujours à la disposition de la volonté divine et il en fait mainte protestation. Mon cœur est prêt mon Dieu. Mon cœur est prêt. Son unique prière était celle-ci. Seigneur, enseignez-moi à faire votre volonté. Un acte de parfaite soumission et union au divin vouloir suffit à faire un saint. Saul poursuit son chemin de persécuteur de l'église. Jésus-Christ l'éclaire et le convertit. Que fait Saul ? Que dit-il ? Une seule chose, il
7:01 s'offre à faire la volonté de Dieu. Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Et voilà que notre Seigneur le proclame vase d'élection, c'est-à-dire instrument de son choix et apôtre des gentil. Cet homme est un instrument que j'ai choisi pour porter mon nom devant les nations. Oui, parce que celui qui donne à Dieu sa volonté lui donne tout. Que par les homôes on lui donne son bien, par les flagélations son sang, par les jeûes, sa nourriture. On ne fait que lui céder une partie de ce qu'on a. Mais lui donner sa volonté, c'est tout lui donner. On a dès lors le droit de dire à Dieu : "Seigneur, je suis pauvre
7:47 mais je vous donne tout ce que je puis à vous. Je n'ai plus rien à vous offrir." Or, c'est là précisément ce tout que de chacun de nous notre Dieu réclame : "Donne-moi, mon fils, ton cœur, c'est-à-dire ta volonté." Non, non, dit avec raison Saint-Augustin, nous ne pouvons faire à Dieu une offrande plus agréable, plus chère à son cœur que de lui dire : "Possédez-nous, nous vous abandonnons notre volonté. Faites-nous savoir ce que vous attendez de nous et nous l'exécuterons. Si donc nous voulons contenter pleinement le cœur de Dieu, arrivons à nous conformer en tout à la volonté de Dieu. Ou plutôt nous conformer, ce n'est pas assez dire. Il faut unir notre
8:35 volonté à tout ce que Dieu dispose. La conformité implique cette idée que nous mettons d'accord notre volonté avec celle de Dieu. Mais l'union de volonté va plus loin. Elle signifie que de la volonté de Dieu et de la nôtre, nous n'en faisons plus qu'une seule. Tant est si bien que nous ne voulons rien sinon ce que Dieu veut et que le seul vouloir divin devient notre vouloir. C'est là le sommet de la perfection vers lequel nous devons sans cesse nous élancer. C'est là le but auquel doivent tendre toutes nos œuvres, tous nos désirs, nos méditations, nos prières. C'est à cette fin que nous devons implorer l'assistance de nos saints patrons, de nos anges gardiens et
9:22 surtout de la divine mère Marie. Elle-même fut la plus parfaite entre les saints par la raison que toujours et avec une perfection sans égale, elle embrassa la divine volonté. Le difficile, c'est de faire bon accueil à la volonté de Dieu en tous les événements qu'il satisfasse ou contrarie nos désirs instinctifs. Dans les événements heureux, les pêcheurs eux-mêmes savent n'avoir pas d'autre volonté que celle de Dieu. Les saints, eux, y parviennent également dans les choses qui s'opposent et déplaisent à notre amour de nous-même. C'est là que se connaît la perfection de notre amour pour Dieu. Selon le mot du bienheureux Jean d'Avila, un seul Dieu
10:08 soit béni dans les contrariétés a plus de valeur que 1000 actions de grâce aux heures où tout nous réussit. En outre, il faut unir notre volonté au divin vouloir, non seulement dans les adversités qui nous viennent directement de Dieu, comme sont les maladies, les désolations spirituelles, la pauvreté, les deuils de famille et autres choses semblables, mais encore dans les mots qui nous arrivent par le moyen des hommes, tels que les mépris, les diffamations, les injustices, les vols, les mauvais procédés de toutes sortes. Ici, il nous faut bien comprendre que lorsqu'on nous porte préjudice dans notre réputation, notre honneur, nos biens, Dieu ne veut pas le péché de celui qui nous offense. Dieu veut néanmoins notre humiliation,
10:55 notre appauvrissement, notre mortification. Il est certain et même de foi que de tout ce qui arrive dans le monde, rien n'arrive que par la volonté de Dieu. Je suis le Seigneur. Je forme la lumière et je crée les ténèbres. Je fais la paix et je crée les mots. De Dieu viennent tous les biens et tous les mots. Les mots, c'est-à-dire les choses qui nous contrarient et que nous appelons des mots, mais à tort. Car en vérité, ce sont des biens quand nous les acceptons de la main de Dieu. Y aura-t-il quelque mal dans la ville sans que le Seigneur les produit ? Demandait le prophète Amos. Et le sage avait dit avant lui, les biens et les mots, la vie et la mort
11:41 viennent de Dieu. Il est vrai, comme je l'ai déjà dit, que lorsqu'un homme vous offense injustement, Dieu ne veut pas le péché qu'il commet et ne prête pas son concours à la malice de sa volonté. Mais Dieu prête son concours, son concours général, à l'action matérielle de celui qui vous frappe, vous vole ou vous injuri. Si bien que le tort que vous subissez, il le veut certainement et c'est sa main qui vous l'envoie. Aussi le Seigneur déclara-il à David qu'il était lui-même l'auteur des outrages que devait lui infliger Absalone, lequel irait jusqu'à déshonorer son foyer sous ses yeux et cela en punition de ses péchés. Pareillement, Dieu annonce aux Israélites que en châtiment de leurs
12:28 iniquités, il enverra les Assyriens pour les dépouiller et les ruiner. Assure est la verge de ma fureur. Je lui donnerai des ordres afin qu'il fasse du butin et qu'il mette tout au pillage. La cruauté des Assyriens, selon l'explication que donne Saint-Augustin de ce passage, a été la hache entre les mains du Seigneur, l'instrument dont il s'est servi pour châtier Israël. Jésus lui-même dit à Saint-Pierre que sa passion et sa mort étaient moins l'œuvre des hommes que celle de son père. Le calice que mon père m'a donné, ne le boirais-je point ? Lorsqu'un messager qu'on assure avoir le démon lui-même vint annoncer à Job que les Sabéens lui
13:15 avaient enlevé ses troupeaux et que ses fils avaient péri, que répondit le saint homme ? Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté. Il ne dit pas "Le Seigneur m'avait donné des fils et des biens. Les Sabéins m'ont ruiné et un accident imprévu m'a privé de mes enfants. Mais il dit : "Le Seigneur qui m'avait tout donné m'a lui-même tout enlevé." C'est qu'il comprenait que son infortune était voulue par Dieu. Aussi ajoute-t-il, "Comme il a plu au Seigneur ainsi que le nom du Seigneur soit béni." Il ne faut donc pas prendre les mots qui nous affligent pour de purs effets du hasard ou du mauvais vouloir des hommes. N'hésitons pas à y reconnaître une volonté divine. Saint-Augustin nous le
14:02 rappelle. Tout ce qui arrive sur terre contre notre volonté n'arrive, sache-le bien, que par la volonté de Dieu. Épictète et Astion, heureux martyre de Jésus-Christ, appliqué à la torture par le tyran, déchiré avec des ongles de fer et rôti avec des torches ardentes, ne faisaient que répéter : "Seigneur, que votre volonté s'accomplisse en nous !" Et arrivé au lieu du dernier supplice, ils s'écrièrent d'une voix forte : "Soyez bénis, ô Dieu éternel parce que en nous votre volonté s'est entièrement accomplie." César rapporte qu'un certain religieux que rien d'ailleurs ne distinguait en apparence de ses confrères, avait néanmoins atteint un tel degré de
14:48 sainteté que le simple contact de ses vêtements guérissait les malades. Étonné de cette merveille, chez un homme dont la vie n'était pas plus exemplaire que celle du commun de ses moines, le supérieur lui en demanda un jour la raison à lui-même. Le religieux répondit qu'il en était le premier étonné et qu'il en ignorait le pourquoi. "Mais quelle dévotion particulière pratiquez-vous ?" reprit l'abé. "Je ne fais, répondit le bon moine, rien de plus que les autres ou bien peu de choses. J'ai seulement toujours eu grand soin de ne vouloir que ce que Dieu veut. Et le Seigneur m'a fait cette grâce de tenir ma volonté complètement abandonnée à la sienne. Aussi, ni la prospérité ne m'élève, ni l'adversité ne m'abat, car
15:36 je reçois chaque chose de la main de Dieu. Et dans toutes mes prières, je ne recherche rien autre sinon que la volonté de Dieu s'accomplisse parfaitement en moi. Et le tort que ces jours passés nous a causé à un ennemi de nous enlever nos moyens de subsistence en mettant le feu à la ferme où étaient nos récolte et nos troupeaux. Vous n'en avez éprouvé aucun des plaisirs. Non, mon père, tout au contraire. J'en ai rendu grâce à Dieu comme j'ai coutume de faire en semblables accidents. Je sais que Dieu ne fait ou ne permet rien que pour sa gloire et pour notre plus grand avantage. Avec cela, je suis toujours content. Quoi qu'il advienne, attentif au récit d'une telle union à la volonté divine, l'abé ne s'étonna que ce
16:24 religieux opéra tant de miracles. Qui agit de la sorte devient sûrement un saint, mais en plus il jouit ici-bas d'une paix inaltérable. On demandait un jour au roi d'Aragon Alphonse V quel était à son avis l'homme le plus heureux de la terre. C'est répondit ce prince très sage, celui qui s'abandonne à la volonté de Dieu et reçoit tout de la main divine, les mots comme les biens. Toute chose concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Les vrais amis de Dieu sont toujours contents parce que jusque dans les contrariétés, ils rencontrent leur unique plaisir qui est d'accomplir la volonté divine. Les épreuves mêmes deviennent pour eux des
17:10 satisfactions à la pensée que en les acceptant ils réjouissent le cœur de leur seigneur bien-aimé. De tout ce qui lui arrive, rien n'est au juste un sujet de tristesse. En effet, imagine-ton satisfaction plus entière que celle d'un homme qui voit tout lui arriver à souhaet ? Or, c'est là l'heureuse fortune de qui ne veut que ce que Dieu veut, puisque rien n'arrive au monde hormi le péché que par la volonté de Dieu. Les vies des pères nous parlent de certains paysans dont les champs rapportaient toujours plus que ceux des voisins. Comment on lui demandait à quoi tenait cette prospérité ? N'y voyez point merveille, répondit-il. J'ai toujours le temps que je veux. Comment cela ?
17:56 Parce que je ne veux d'autre temps que celui que Dieu envoie. Et comme je ne veux que ce que Dieu veut, il me donne lui les fruits que je souhaite. Aux âmes résignées s'applique cette observation de Salvien. Sont-elles dans l'humiliation ? C'est cela qu'elles veulent. Dans la pauvreté, cette pauvreté fait leur délice. Comment ne pas les proclamer heureuses même des ici-bas ? Viennent le froid, la chaleur, la pluie, le vent. Celui qui est uni à la volonté de Dieu dira : "Je veux qu'il fasse froid, qu'il fasse chaud, qu'il pleuve, qu'il vente parce que Dieu le veut ainsi. Vienne la pauvreté, la persécution, la maladie, viennent même la mort." Et lui de dire encore, "Je
18:42 veux être pauvre, persécuté, malade, je veux mourir parce que Dieu le veut ainsi." C'est là cette splendide liberté dont jouissent les enfants de Dieu et qui les élève au-dessus de n'importe quel Seigneur et roi de la terre. C'est là cette paix profonde que goûtent les saints, laquelle surpasse toute intelligence. Que sont en comparaison les plaisirs sensibles, les fêtes, les banquets, les honneurs en un mode toutes les satisfactions que le monde peut offrir. Satisfaction aussi vain que caduc. Si durant les courts instants où on les goûte, elle flatte notre sensibilité dans les profondeurs de l'âme qui est le siège du vrai contentement, elle ne
19:28 laisse pas l'apaisement après elle mais l'affliction. Aussi Salomon après avoir épuisé les jouissances du monde exhalait son ennui. Tout cela n'est que vanité et affliction de l'esprit. L'insensé, dit l'Esprit Saint est changeant comme la lune, tandis que l'homme juste dans sa sagesse reste égal à lui-même comme le soleil. L'insensé, c'est-à-dire le pêcheur, change comme la lune laquelle, croissante aujourd'hui, demain décroit. Lui, aujourd'hui, vous le voyez rire et demain il pleurera. Aujourd'hui, il n'est que mensuétude et demain ce sera un tigre en fureur. Pourquoi cela ? parce que sa tranquillité dépend des événements qui se succèdent. Tantôt
20:16 agréable et tantôt fâcheux, les incidents de la vie l'entraînent dans leur changement. Le juste, au contraire, ressemble au soleil. Vous le trouvez toujours d'une égale sérénité, quoi qu'il lui arrive. C'est qu'il met son contentement à s'unir à la volonté divine et dès lors, il jouit d'une paix que rien ne peut troubler. Les anges l'ont dit au bergers sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. Or, quels sont ces hommes de bonne volonté sinon ceux qui se tiennent toujours unis à la volonté de Dieu, laquelle est bonne et parfaite souverainement. Oui, la volonté de Dieu est bonne et agréable et parfaite, car rien ne peut être de plus excellente bonté et
21:02 perfection que ce qui est voulu par Dieu. Les saints ont trouvé sur terre, dans leur union à la volonté divine un paradis anticipé. C'était là, au témoignage de sainte Dorothé, le secret des anciens pères pour ne jamais perdre leur douce tranquillité. Il recevait chaque chose de la main de Dieu. Rien qu'à entendre ce mot volonté de Dieu, sainte Marie-Madeleine de Padzi était inondée de consolation au point d'en être ravie hors d'elle-même dans une extase d'amour. Ce n'est pas que les contrariétés rencontreront en nous des êtres insensibles à leur morsure, mais cela se passera dans la partie inférieure de l'âme. Dans la partie supérieure règnera la paix et la
21:47 sérénité. Dès lors que la volonté est unie à celle de Dieu. Nul ne vous ravira votre joie, disait le divin rédempteur à ses apôtres. Et il leur dit aussi : "Votre joie sera parfaite. Celui qui vit dans une continuelle union à la divine volonté possède une joie parfaite et continuelle. Une joie parfaite, car rien ne lui manque de ce qu'il veut." Ainsi que nous l'avons expliqué plus haut, une joie continuelle. personne ne pouvant la lui ravir, car ce que Dieu a décidé arrive et personne ne le peut empêcher. Le père Jean Tullière rapporte ce trait arrivé à lui-même. Depuis des années, il priait le Seigneur de lui envoyer
22:34 quelqu'un qui lui enseigna la vraie vie spirituelle. Un jour, il entendit une voix qui lui disait : "Va-t à telle église et tu trouveras celui que tu cherches." Il obéit et à la porte de l'église, il rencontre un mendiant nu pied et couvert de haillon. "Bonjour, mon ami", lui dit-il en le saluant. "Maître, répond le pauvre, je ne me souviens pas d'avoir jamais connu un jour mauvais." Le père reprend. "Que Dieu vous donne une vie heureuse. Je n'ai jamais été malheureux", dit le mendiant. Et il ajoute : "Écoutez, mon Père, ce n'est pas sans motif que je vous ai dit n'avoir jamais eu de jours mauvais. Car lorsque j'ai faim, je loue le bon Dieu. Quand il neige ou qu'il pleut, je le bénis. Si on me méprise, si on me
23:22 chasse, si j'éprouve quelque manque pas d'en rendre gloire à mon Dieu. Je vous ai dit aussi que je n'ai jamais été malheureux et cela encore est vrai. Car j'ai coutume de vouloir tout ce que Dieu veut sans aucune réserve. Aussi ce qui m'arrive, que ce soit doux ou amer, je le reçois de sa main avec joie comme étant le meilleur pour moi. Et c'est là ce qui fait mon bonheur. Et si jamais qu'à Dieu ne plaise, il voulait que vous fussiez dané, que diriez-vous ? Si Dieu voulait cela, j'ai deux bras avec lesquels je l'enlasserai, l'humilité et l'amour, et je le serrerai si fort que, voulant me précipiter en
24:07 enfer, il serait forcé d'y venir avec moi. Or, il me serait bien plus doux d'être avec lui en enfer que de jouir sans lui de toutes les délices du ciel. Où avez-vous trouvé Dieu ? Je l'ai trouvé là où j'ai laissé toutes les créatures. Mais qui êtes-vous donc ? Je suis roi. Et où est votre royaume ? Dans mon âme où je tiens tout en bon ordre, les passions soumises à la raison et la raison à Dieu. Enfin, Tier demanda au mendiant ce qui l'avait conduit à une si haute perfection. Le silence, répondit-il, le silence avec les hommes pour m'entretenir avec Dieu et l'union avec
24:55 mon bien-aimé Seigneur. En lui, j'ai trouvé la paix et je la trouve à jamais. En somme, c'est grâce à son union avec la volonté divine que cet indigent devint ce qu'il était. et il était assurément plus riche dans son dénuement que les plus opulents monarques et plus heureux dans ses épreuves que ne le sont avec leur jouissance les mondins les plus fortunés. Oh la grande folie que de ne pas se soumettre à la volonté de Dieu. Les épreuves, il faut quand même les subir. Nul n'empêchera l'exécution des décrets de Dieu. Car qui peut s'opposer à sa volonté ? Et par surcroix, on souffre sans mérite. On s'attire même de plus
25:42 redoutables châtiments pour l'autre vie, sans compter en celle-ci le tourment de l'impatience. Qui a résisté à Dieu et est demeuré en paix ? que ce malade dans ses souffrances ne cesse de pousser des cris de révolte, que dans sa misère, cet indigent murmure contre la providence, entre en fureur et multiplie ses blasphèmes. Que gagneront-ils à cela sinon de doubler leur mal ? Pauvre créature humaine, demande Saint-Augustin, pourquoi tu garé dans ta poursuite du bonheur ? et cherche l'unique bien en qui sont tous les biens. Tes recherches sont vaines en dehors de ton Dieu. Trouve
26:28 Dieu, un-toi, attache-toi à sa volonté et tu vivras heureux à jamais en ce monde et en l'autre. En définitive, que veut notre Dieu sinon notre bonheur ? Qui pourrons-nous trouver qui ait pour nous plus d'affection que lui ? de volonté, il n'en a qu'une qu'aucun de nous ne se perde, que tous nous sauvions et devenions des saints. Il ne veut pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence. La volonté de Dieu est que vous soyez des saints. C'est dans notre bonheur que Dieu a mis sa gloire. En effet, Dieu est de par sa nature une
27:13 bonté infinie. Saint-Léon nous le dit, être bon, c'est sa nature même. Or, il est naturel à la bonté de désirer se répandre. Dieu a donc un désir souverain de communiquer aux âmes ses richesses et sa félicité. Sans doute, en cette vie, il nous envoie des tribulations, mais uniquement pour notre utilité. Toute chose concourt au bien. Ces châtiments eux-mêmes n'ont pas pour but notre ruine, mais notre relèvement et notre salut. Avec la sainte héroïne Judith, croyons qu'il nous arrive pour notre amendement et non pour notre perdition.
27:58 Afin nous délivrer des mots éternels, Dieu nous enveloppe de sa bienveillance. Seigneur, vous nous avez entouré de votre amour comme d'un bouclier. Il n'a pas seulement le désir de notre salut, il en a la sollicitude. Le Seigneur prend soin de moi. Que pourrait-il nous refuser ? Dit Saint- Paul, ce Dieu qui nous a fait don de son fils unique. Lui qui n'a pas épargné son propre fils, mais qui l'a livré à la mort pour nous tous. Comment avec lui ne nous donnera-t-il pas toute chose ? C'est avec une telle confiance que nous devons nous abandonner aux divines dispositions qui sont toutes pour notre bien. En tout ce qui nous arrive, ne manquons
28:45 pas de dire "Je dormirai et me reposerai en paix parce que vous, Seigneur, m'avez affermi dans une espérance singulière. N'hésitons pas à nous remettre entièrement entre ses mains, car sa sollicitude ne nous fera certainement pas défaut." Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car c'est lui qui prend soin de vous. Pensons-nous à Dieu, occupons-nous d'accomplir sainte volonté et lui s'occupera de nous et ne négligera pas nos intérêts. C'est ce que notre Seigneur dit un jour à Sainte- Catherine de Sienne : "Ma fille, pense à moi et moi je penserai toujours à toi." Ayons souvent sur les lèvres le mot l'épouse sacrée. Mon
29:33 bien-aimé est à moi et moi je suis à lui. Celui que j'aime songe à ce qu'il me faut. Moi, je ne veux me préoccuper de rien autre que de le contenter et de m'unir en tout à ses saints vouloirs. Le Saintabé Nil observe que nos prières doivent nous servir non pas à solliciter de Dieu les succès que nous souhaiterions, mais à obtenir que s'accomplisse en nous sa volonté. Et quand ce sont les adversités qui nous arrivent, acceptons-les sans exception. de la main divine. Non seulement avec patience, mais avec allégresse, imitons les apôtres qui s'en allaient joyeux de devant le conseil pour avoir été jugé dignes de souffrir des affronts pour le
30:20 nom de Jésus. Et oui, savoir que lorsqu'il nous vient une épreuve, si nous la supportons de bon cœur, nous procurons à Dieu le plus grand plaisir que nous soyons en état de lui procurer, peut-il y avoir pour une âme contentement plus profond ? Les maîtres de la vie spirituelle nous enseignent que Dieu sans doute agrée le désir qu'ont certaines âmes de souffrir pour son bon plaisir, mais qu'il se plaît davantage encore dans l'unité de volonté avec lui. Ne vouloir ni jouir ni souffrir, mais s'abandonner sans réserve à son saint vouloir sans autre désir que d'accomplir ce qu'il veut. Si donc, âme fidèle, tu aspires à plaire à ton Dieu et à connaître ici-bas le
31:08 vrai bonheur, toujours et en tout, un-toi à la divine volonté. Réfléchis à ceci. Les fautes de ta vie passée, ces sous et ses amertumes, n'ont eu d'autres sources que ton désaccord avec la volonté de Dieu. À partir d'aujourd'hui, attache-toi cordialement au divin bon plaisir. Et quoi qu'il t'arrive, dit invariablement, oui mon Père, qu'il soit ainsi fait parce qu'il vous a plu ainsi. Quand tu te sens troublé par quelqu événement, pense qu'il est venu de Dieu. Dis sans tarder, Dieu le veut ainsi et remets ton cœur en paix. Je me tais, je n'ouvre plus la bouche
31:54 parce que c'est vous qui l'avez fait, qui avez conduit cet événement. Je n'y ai pas à redire et je l'accepte. À ce seul but doivent tendre et tes pensées et tes oraisons. C'est à cela que tu dois travailler. C'est cela que tu dois demander incessamment à Dieu dans la méditation, à la communion, dans la visite au Saint Sacrement. Qu'il te fasse accomplir sa volonté. Ne manque pas de renouveler sans cesse l'offrande de toi-même en disant : "Mon Dieu, me voici de moi et de tout ce qui est mien disposé à votre gré." C'était là l'occupation continuelle de Sainte
32:39 Thérèse. Au moins cinqante fois le jour, la sainte s'offrait au Seigneur pour qu'il disposelle comme il lui plairait. Heureux seras-tu, mon cher lecteur, si tu agis toujours ainsi. Ta sainteté est alors assurée. Tu vivras le cœur content et ta mort sera plus douce encore que ta vie. Quand un chrétien s'en va dans l'autre monde, qu'est-ce qui nous inspire l'espoir plus ou moins grand de son salut ? Le plus ou moins de signes qu'il a donné de sa résignation en ces dernières heures ? Mon frère, si après avoir fait bon accueil aux événements divers de la vie comme à des envoyés de Dieu, tu ouvres tes bras à la mort pour accomplir la volonté de Dieu, tu es
33:26 certainement un prédestiné et ta mort sera celle d'un saint. Livrons-nous donc avec un abandon sans réserve au bon plaisir de notre divin Seigneur. Il est infiniment sage. Il sait ce qui est le meilleur pour nous. Il est infiniment aimant. Il a donné sa vie pour nous. Donc aussi, il veut ce qui nous est le meilleur. Soyons une bonne fois persuadé comme nous y invite Saint-Basil. Que Dieu gouverne notre vie pour notre avantage mieux sans comparaison que nous ne pouvons nous-mêmes ou le faire ou le désirer. Venons-en maintenant à la pratique. Voyons un détail ce en quoi nous devons unir notre volonté à la volonté de Dieu.
34:13 Premièrement, nous devons n'avoir qu'une volonté avec Dieu en tout ce qu'amène autour de nous le cours de la nature. chaleur excessive, froid rigoureux, pluie, année de dizette, épidémie et choses semblables. Gardons-nous de ces expressions : "Oh, quelle chaleur insupportable ! Quel froid horrible ! Quel ennui, quel triste sort, quel temps de malheur et autres du même genre qui indique une répugnance à l'égard de la volonté de Dieu. Il nous faut vouloir chaque chose telle qu'elle est, car il n'est rien qui ne soit disposition divine. Saint-François de Borgia, arrivant de nuit à une maison de son ordre tandis
34:59 qu'il neigeait, frappa plusieurs fois à la porte, mais personne ne s'éveilla et on ne lui ouvrit point. Le jour venu, on lui exprima les plus vifs regrets de l'avoir fait attendre ainsi en plein air. Mais le saint répondit qu'il avait goûté durant ses heures une douce consolation à la pensée que c'était Dieu qui se plaisait à lui jeter sur les épaules ses flocons de neige. Deuxièmement, nous devons nous unir à la volonté de Dieu en tout ce qui nous atteint au-dedans de nous-mêmes, comme les souffrances de la faim, de la soif, de la pauvreté, les désolations, les humiliations. Autant d'occasions de répéter : "Seigneur, faites et défaites à votre gré, je suis toujours content. Je veux
35:47 uniquement ce que vous voulez." À ce propos, le père Rodriguez nous suggère comment répondre à certains cas imaginaires que les démons nous présentent parfois à l'esprit pour nous entraîner à quelque faute intérieure ou au moins nous jeter dans le trouble. Si tel ou tel t'adressait telle parole, usait envers toi de tels procédés, que dirais-tu ? Que ferais-tu ? N'ayons qu'une réponse : je dirai ou je ferai ce que Dieu veut. Ainsi n'y aura-t-il pour nous ni faute ni inquiétude ? Troisièmement, avons-nous quelques défauts naturel d'esprit ou de corps, une mémoire ingrate, une intelligence lente, un manque d'habileté, un membre
36:34 estropié, une santé délicate ? Ne nous plaignons pas. Quel droit avions-nous à un esprit plus élevé ou à un corps mieux fait ? Et quelle obligation avait Dieu de nous les donner ? pouvait-il pas nous réduire à l'état des êtres sans raison ou nous laisser dans notre néant ? Une libéralité qui nous est faite, nous n'avons pas à la discuter. Remercions Dieu de ce que nous avons reçu de sa pure bonté et content d'être tel qu'il nous a fait. Qui sait si avec un esprit plus brillant, une santé plus robuste, un extérieur plus avenant, nous ne nous serions pas perdus. Combien à qui leur talents et leurs sciences ont été une occasion de se perdre par leur complaisance en
37:20 eux-mêmes et par le mépris qu'ils ont fait des autres ? Danger auquels sont plus exposés ceux qui sont particulièrement doués en qualité intellectuelle. À combien la beauté ou la force corporelle ont été funestes, si bien qu'ils sont tombés dans 1000 célératesses. Par contre, combien d'autres que la richesse, la santé ou les attraits du visage auraient conduit en enfer et qui grâce à leur pauvreté, à leurs infirmités, à leur trait ingrat, ont atteint la sainteté et sont arrivés au salut. Oui, contentons-nous de ce que Dieu nous a donné car une seule chose est nécessaire. Et cette unique chose nécessaire, ce n'est pas de plaire au regard, ni de se bien porter, ni d'avoir
38:07 une intelligence vive, mais de sauver son âme. Il nous faut spécialement pratiquer la résignation dans les maladies et infirmités corporelles. Il nous faut les accepter volontiers, les accepter tels que Dieu les veut. et pour tout le temps qu'il veut. Sans doute, usons des remèdes ordinaires, car cela encore est volonté de Dieu. Mais si les remèdes ne servent à rien, unissons-nous à la volonté de Dieu, laquelle nous servira beaucoup plus que la santé. Seigneur, dirons-nous alors : "Je ne veux ni guérir ni rester malade. Je veux uniquement ce que vous voulez vous." Assurément ces plus grandes vertus dans les maladies de ne pas se plaindre de
38:53 ces souffrances. Cependant, lorsque ces souffrances sont grandes et accablantes, il n'y a pas imperfection à les faire connaître à des amis, ni à prier le Seigneur de nous en délivrer. Je parle des grandes souffrances, car par contre, c'est un défaut très notable de vouloir, comme certains à la moindre douleur, au plus petit malaise, voir le monde entier nous apporter sa compassion et gémir autour de nous. Au reste, notre Seigneur lui-même, quand il se vit au début de sa très amère passion, s'ouvrit de sa peine à ses disciples. Mon âme est triste jusqu'à la mort. Et il pria le Père éternel d'écarter de lui cette extrême souffrance. Mon Père, s'il est possible que ce calice passe loin de moi. Mais le
39:40 même Jésus nous a enseigné ce que nous avons à faire après semblable prière nous résigner aussitôt à la divine volonté en ajoutant cependant qu'il en soit non pas comme je veux mais comme vous voulez. Il en est qui à vous désirez la santé, mais disent-il, ce n'est pas pour ne pas souffrir, c'est pour mieux servir Dieu. Se portant bien, ils pourront observer la règle, se rendre utile à la communauté, aller à l'église, faire la communion, faire pénitence, se livrer à l'étude, travailler au salut des âmes dans le ministère de la confession et de la prédication. C'est là une lourde erreur. À qui parle ainsi demande, chè âme, dites-moi pourquoi désirez-vous
40:26 faire toutes ces choses ? pour plaire à Dieu. Pourquoi donc chercher encore quand vous savez avec certitude où est pour vous le bon plaisir de Dieu ? Il n'est pas dans ses horaisons, communion, pénitence, étude et prédication, mais bien dans le support patient de la maladie et des douleurs que Dieu vous envoie. Dès lors, unissez vos souffrances à celle de Jésus-Christ. Mais mon ennui, c'est que avec cette maladie, je suis inutile et à charge à la communauté, à ma famille. Allons, résignez-vous pour votre part à la volonté de Dieu et croyez comme vous le devez que vos supérieurs ou vos parents s'y résignent pareillement. Il voit bien que ce n'est point votre paresse, mais
41:13 le vouloir de Dieu qui apporte à la maison ce surcroix de charge. Bref, ses désirs et ses lamentations ne viennent pas de l'amour de Dieu, mais de l'amour propre, lequel est à l'affu de prétexte pour vous écarter de la volonté de Dieu. Voulons-nous plaire à Dieu ? Adressons-lui alors que nous nous voyons confinés dans un lit, cette unique parole. Que votre volonté soit faite. Répétons-le sans fin, 100 fois, mil fois. Par ce seul mot, nous procurerons plus de contentement à Dieu que nous ne pourrions lui en donner pour toutes les mortifications et dévotions possibles. Il n'y a pas de meilleur moyen de servir Dieu que d'embrasser joyeusement sa
41:58 volonté. Le bienheureux Jean d'Avilla écrivait à un prêtre malade : "Mon ami, ne vous fatiguez point à suputer ce que vous feriez si vous étiez bien portant. Contentez-vous d'être malade tant qu'il plaira à Dieu. Si vous cherchez la volonté de Dieu, qu'a plus intéressant pour vous la santé que la maladie ? On ne peut mieux dire "Car Dieu tire sa gloire non de nos œuvres, mais de notre résignation et conformité à son divin vouloir." De là aussi, ce mot de Saint-François de Sale con Dieu davantage et plus saintement en souffrant qu'en agissant. Souvent, les médecins et les remèdes nous manqueront ou bien le médecin
42:44 n'arrivera pas à connaître notre maladie. En cela encore, il faut nous unir à la divine volonté qui en dispose ainsi pour notre bien. On raconte qu'un malade dévau à Saint-Thomas de Cantorberry se rendit au tombeau du sein pour demander sa guérison qu'il obtint. Rentrer chez lui, il se prit à réfléchir. Si peut-être cette maladie était plus utile à mon âme, quel avantage me procure la santé ? Travaillé par cette pensée, il refait son pèlerinage et prit le seint de demander pour lui à Dieu ce qui était le plus expédient pour son salut éternel. Il retomba aussitôt malade et s'en estima fort heureux, bien assuré que Dieu soignait ainsi ses plus chers intérêts.
43:30 Surius rapporte un fait semblable. Un aveugle avait été guéri à l'intercession de saint vaste, mais il n'hésita à solliciter le Saint-Évêque de lui rendre sa céité si son âme devait en retirer profit. Et sa prière faite, il redevint aveugle. Lors donc que nous sommes malades, le mieux est de n'exprimer de préférence ni pour la santé ni pour la maladie et de nous remettre entre les mains de Dieu pour qu'il dispose de nous comme il lui plaît. Si toutefois nous voulons prier pour notre guérison, faisons-le du moins toujours d'un cœur résigné d'avance et sous la condition que la santé du corps ne compromette pas les intérêts éternels de notre âme. Sinon, notre prière sera
44:16 défectueuse et elle n'obtiendra rien. Car Dieu n'exauce pas ces sortes de prières d'où la résignation est absente. Le temps de la maladie, je l'appelle la pierre de touche de la spiritualité, car c'est lui qui découvre de quelle loi est la vertu que possède une âme. dit, "Ell ne s'impatiente pas, ne se plaint pas, ne demande rien, mais obéit au médecin, au supérieur, si elle se tient là tranquille, tout abandonné à la divine volonté, c'est un signe qu'il y a en effet un vrai fond de vertu. Par contre, que pensez d'un malade qui se plaint sans cesse, tantôt de ce qu'on ne s'occupe guère de lui, tantôt de ses souffrances qui sont insupportables,
45:03 tantôt des remèdes qui ne sont bons à rien ? ou du médecin qui est un ignorant, quelquefois même du bon dieu qui frappe trop fort. Sa bonneaventure nous a conservé le trait suivant de la vie de Saint-François. Un jour que le saint souffrait plus cruellement qu'à l'ordinaire de ses habituelles douleurs, un de ses religieux, homme extrêmement simple, lui dit : "Père, priez Dieu qu'il vous traite un peu plus doucement, car il semble bien apesantir par trop sa main sur vous." Entendant cela, le saint poussa un cri et répondit : "Écoutez, frère, si je ne savais que vous n'avez parlé ainsi que par simplicité, je ne pourrais plus supporter de vous voir après que vous avez eu l'audace de trouver à redire au jugement de Dieu sur moi." Et aussitôt
45:50 bien qu'affaibli par la maladie jusqu'à l'épuisement, il se précipita de son lit contre le sol qu'il baisa en disant : "Seigneur, je vous rends grâce pour les douleurs que vous m'envoyez. Je vous supplie de me les accroître au centuple, s'il vous plaît. Ainsi, mon contentement est que vous m'accabliez d'affliction sans m'épargner aucunement. Car l'accomplissement de votre sainte volonté est la plus douce consolation que je puisse goûter en cette vie. Dans les mêmes sentiments que nos propres maladies, nous devons accepter la maladie et la perte des personnes auxquelles nous attachent des liens ou des intérêts soit temporels, soit-même spirituel.
46:35 Souvent, les âmes dévotes manquent grandement sur ce dernier point, faute de se résigner aux dispositions divines. Ce ne sont pas nos pères spirituels qui nous donnent la sainteté, mais Dieu. Sans doute, Dieu veut que nous mettions à profit la direction des guides de notre âme tant qu'il nous les conserve. Mais quand il vient à nous les ôter, il veut que nous nous soumettions et que redoublant à cette occasion de confiance en sa bonté, nous lui disions : "Seigneur, c'est vous qui m'aviez donné cet appui et c'est vous encore qui me le retirez. Que toujours votre volonté soit faite. À vous maintenant de pourvoir à mes besoins et de m'enseigner ce que je dois faire pour vous servir." Telle doit
47:22 être d'ailleurs notre attitude, telle notre acceptation. Chaque fois que Dieu nous met une croix quelconque sur les épaules, vous me direz bien des épreuves ne sont que des châtiment. Soit vous répondrai-je, mais les châtiments que Dieu envoie en cette vie ne sont-ils pas des grâces, des bienfaits ? Si nous l'avons offensé, il nous faut bien satisfaire à sa divine justice en quelque façon ou en cette vie ou en l'autre. Nous avons donc tous à faire nôtre cette prière de Saint-Augustin. Brûlez Seigneur tranchez ne m'épargnez point ici-bas afin de m'épargner dans l'éternité. Et cette parole de Job, que ce soit là ma consolation dans les douleurs dont
48:07 Dieu m'afflige, de n'être point épargné. N'est-ce pas en effet une consolation pour qui a mérité l'enfer de voir que Dieu le châtie en ce monde ? Et ne doit-il pas trouver là un grand encouragement à espérer qu'il veuille nous délivrer du châtiment éternel ? Alors donc que Dieu nous frappe, disons-lui avec le grand prêtre : "Il est le Seigneur. Ce qui est bon à ses yeux qu'il le fasse." C'est aussi dans les désolations spirituelles que nous devons pratiquer la résignation. Quand une âme fait ses premiers pas dans le chemin du divine amour, le Seigneur a coutume de la combler de consolation pour la déprendre de celle de la terre. Mais ensuite,
48:54 quand elle est un peu affermie dans la spiritualité, il se retire pour éprouver son amour. Il veut voir si elle le servira et l'aimera sans être payé dès ce monde en goût sensible. Tant que l'on est en cette vie, dit Sainte Thérèse, le profit spirituel ne consiste pas à jouir de Dieu davantage, mais à faire sa volonté. Et ailleurs, l'amour de Dieu ne consiste pas à jouir de ses tendresses, mais à servir avec force d'âme et humilité. Ailleurs encore, par les arédités et les tentations, le Seigneur met à l'épreuve ses amis. Lors donc que le Seigneur accorde à une
49:39 âme les caresses de ses douceurs sensibles, qu'elle lui en soit reconnaissante, mais qu'elle ne se laisse point gagner par la tristesse et par l'impatience à l'heure où la consolation s'en va. Ce point réclame toute notre attention. Il se rencontr en effet des âmes bornées qui, l'arédité survenant s'imagine être abandonné de Dieu ou encore n'être point faite pour la vie spirituelle. Et les voilà qui renoncent à leur raison et perdent ainsi le fruit de leur travail antérieur. Il n'est pas de meilleur temps que celui de ces sécheresses pour exercer notre résignation à la volonté de Dieu. Je ne demande pas que la perte de la présence sensible de votre Dieu ne vous cause aucune peine. Une peine de cette sorte,
50:26 on ne peut s'empêcher ni de la sentir, ni de s'en plaindre. Alors que notre rédempteur lui-même s'en plaignit sur la croix. Mon Dieu ! Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Mais dans sa peine, l'âme doit se résigner sans réserve à la volonté de son divin Seigneur. Aucun saint qui n'est passé par ses désolations et abandon spirituels. Comme mon cœur s'est desséché et durci, disait Saint-Bernard, je n'ai plus de goût à lire, ni de facilité à méditer, ni de joie à prier. Les arédités furent le partage habituel des saints et non les consolations. Celles-ci, Dieu ne les accorde que rarement et de préférence peut-être aux
51:12 âmes dont la faiblesse requière ce secours pour qu'elles continuent leur route. Les délices qui sont une récompense, il nous les réservent pour le paradis. La terre est un lieu de mérite et de mérite par la souffrance. Le ciel est le lieu de la rémunération et de la jouissance. Aussi sur la terre, ce n'est pas à la ferveur sensible avec ces douceurs qu'aspirent et travaill les saints, mais à la ferveur de volonté, au milieu des souffrances. Mieux vaut mille fois, disait le bienheureux Jean d'Avila, être dans les labeurs des arédités et des tentations par la volonté de Dieu que de goûter de célestes suavités dans la contemplation en dehors de cette divine volonté.
52:00 Vous me direz, si je savais que cette désolation vient de Dieu, je serais dans la paix. Mais ce qui me tient en affliction et inquiétude, c'est la crainte, qu'elle ne soit une suite de mes fautes et un châtiment de ma tièdeur. Que vous corrigiez cette tièdeur et ranimiez votre ail très bien. Mais parce que vous êtes dans l'obscurité, pourquoi vous laisser aller au trouble, mettre de côté l'horizon et doubler ainsi votre mal ? Admettons, comme vous l'assurez, que votre état d'arédité est un châtiment. Ce châtiment, n'est-ce pas Dieu qui vous l'envoie ? Acceptez-le. Donc, reconnaissez qu'il vous est dû et acquié à la volonté divine. Ne protestez-vous pas que vous méritez l'enfer ? Prétendriez-vous en même temps mériter
52:46 que Dieu vous console ? De quoi donc vous plaigniez-vous ? Allons, laissez-vous traiter par le bon Dieu comme il l'entend. Soyez fidèles à leur raison. Poursuivez votre route et n'ayez plus désormais qu'une crainte. que vos doléances ne viennent de votre peu d'humilité et de votre imparfaite résignation à la volonté de Dieu. Quand on se rend à l'horizon, quel est le plus grand profit qu'on en puisse retirer ? De s'unir à la volonté divine. Par conséquent, faites des actes de résignation. Dites "Seigneur, j'accepte cette peine de votre main. Je l'accepte pour aussi longtemps qu'il vous plaira. Si vous voulez me tenir en cette
53:32 affliction durant toute l'éternité, j'en suis heureux. À ce compte, votre raison, quoique pénible, vous fera plus de bien que les plus douces consolations. Il ne faut pas oublier par ailleurs que l'arédité n'est pas toujours un châtiment. Parfois, elle est une disposition de la providence pour nous faire avancer davantage et nous garder dans l'humilité. Dieu ne voulait pas que Saint- Paul tira vanité des dons qu'il avait reçu. À cette fin, il permit qu'il fût tourmenté de tentation d'essens. De peur que l'excellence de ses révélations ne m'en orgoï, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me souffletter. Faireison quand on y trouve ces délices,
54:17 ce n'est pas merveille. Tel est amis assis à la table qui cessera de l'être au jour de la nécessité. Vous tiendrez pour amis véritable non pas celui qui ne vous tient compagnie qu'à votre table, mais bien celui qui se tient près de vous aux heures pénibles et quand il n'y gagne rien. Lorsque Dieu plonge les âmes dans les ténèbres et dans la désolation, c'est alors qu'il connaît quels sont ses vrais amis. Palade ne trouvait qu'ennui dans leur raison. Il s'ouvrit de sa peine à Saint-Mer qui lui dit : "Quand tes pensées te sollicitent de quitter leur raison, réponds-leur : "Pour l'amour de Jésus-Christ, je reste ici volontiers à garder les murs de ma cellule." Voilà votre réponse à vous. Quand vous êtes tenté d'abandonner leur raison
55:04 parce qu'il vous semble y perdre votre temps, dites simplement, "Je reste ici pour faire plaisir à mon Dieu." Quand à l'heureon, vous ne feriez autre chose que de chasser distraction et tentation, votre raison au jugement de Saint-François de Sale est fort bonne. Tout l'air assure même que celui qui persévère dans leur raison, malgré l'arédité sera élevé par Dieu à une perfection plus haute que celle où l'aurait conduit de longues pleines de dévotion sensible. Le Père Rodriguez rapporte qu'un certain serviteur de Dieu, au cours de 40 années d'horizon, n'avait jamais éprouvé aucune consolation, mais les jours où il était fidèle à son auraison, il se sentait
55:51 rempli de force pour l'exercice des vertus. Si au contraire il l'omettait, il se trouvait tout affaibli et incapable de quoi que ce soit de bon. Saint-Bonaventure et Jean- Guerçon estiment que beaucoup d'âmes privées du recueillement qu'elles voudraient avoir n'en servent que mieux le bon Dieu. Car ainsi elles font plus d'efforts et sont plus humbles. S'il en était autrement, elle pourrait se laisser gagner par la vanité ou la tièdeur, pensant avoir atteint le terme de leur désir. Ce qui est dit de l'arédité s'entend aussi des tentations. Nous devons certes prendre les moyens d'éviter les tentations, mais si Dieu veut ou permet que nous soyons tentés, que ce soit contre la foi, la pureté ou toute autre
56:37 vertu, nous ne devons pas nous lamenter, mais en cela encore nous résigner au divin vouloir. À Saint-Paul qui sollicitait la cessation d'une tentation d'essence, notre Seigneur répondit : "Ma grâce te suffit." Ainsi nous, quand en but à des assauts ennuyeux, nous demandons à Dieu notre délivrance et qu'il ne nous exauce pas, disons : "Seigneur, faites et permettez ce qu'il vous plaît. Votre grâce me suffit, mais soutenez-moi pour que je ne la perde jamais." Ce n'est pas la tentation mais le consentement qui nous fait perdre la grâce divine. Les tentations quand nous les repoussons ne font que nous maintenir dans l'humilité, nous acquérir de plus grands mérites, nous inspirer un
57:24 plus fréquent recours à Dieu. Le résultat est qu'elle nous tiennent plus loin de l'offense de Dieu et resserrent notre union d'amour avec lui. Enfin, il faut nous unir à la volonté de Dieu en ce qui regarde l'instant de notre mort, soit pour le temps, soit pour les circonstances qu'il plaira à Dieu de déterminer. Sainte Gertrude, gravissant un jour une colline, glissa et tomba dans un ravin. Ses compagnes lui demandèrent ensuite si elle avait eu peur de mourir sans sacrement. La sainte répondit : "Je désire beaucoup recevoir les sacrements à la mort, mais je tiens davantage encore à la volonté de Dieu, car j'estime que la meilleure disposition pour bien mourir est de se soumettre à ce que Dieu voudra. aussi je souhaite
58:11 tel genre de mort qui aura l'agrément de mon doux seigneur. Saint-Grégoire en ses dialogues rapporte que les lombards ayant condamné à mort un prêtre nommé Sanctulus lui laissèrent le choix de son supplice. Le saint homme se garda bien d'user de cette liberté. "Je suis entre les mains de Dieu", dit-il. "Je recevrai la mort qu'il permettra que vous m'infligiez. Je n'en veux point d'autre que celle-là." Cet acte d'abandon plut tellement au Seigneur que sur la décision prise de trancher la tête au condamnés, il arrêta lui-même le bras du bourreau, si bien que surpris de ce miracle, les barbares laissèrent au saint prêtre la vie sauve. Ainsi, quant au genre de mort, nous devons estimer le meilleur pour nous, celui que Dieu aura fixé.
58:59 Chaque fois donc que nous pensons à la mort, disons : "Seigneur, accordez-moi de mourir en état de salut. À part cela, faites-moi mourir comme il vous plaît. Ayons la même unité de volonté avec Dieu quant à la date de notre mort. Qu'est-ce que cette terre sinon une prison faite pour y souffrir et où le danger de perdre Dieu est de chaque instant ? D'où ce cri de David ? Tirez mon âme de cette prison. De là aussi chez Sainte Thérèse, cet ennui de vivre, ces soupirs ardents vers la mort, cette joie au son de l'horloge qui lui annonçait qu'une heure de sa vie, une heure de péril était passée. Pour ce motif, à cause de la possibilité inhérente à cette vie de perdre la grâce divine, le bienheureux Jean Davila
59:44 pensait que quiconque se trouve en des dispositions suffisantes doit plutôt désirer mourir que vivre. Oh, la chair est désirable chose que la bonne mort, avec la sécurité qu'elle apporte, l'impossibilité où elle nous met d'être jamais plus dépouillé de grâce de notre Dieu. Mais moi, dites-vous, je n'ai rien fait encore, rien acquis pour mon âme. Mais si Dieu a marqué pour maintenant la fin de votre vie, que feriez-vous de bon dans la suite si votre existence se prolongeait contrairement à ses dessins ? Qui sait si plus tard vous n'auriez pas une mort moins heureuse que celle que vous pouvez espérer à cette heure-ci. Qui sait si, changeant de volonté, vous ne tomberiez pas dans de bien autres péchés et si vous ne vous danneriez pas. En tout cas,
1:00:31 si vous continuez à vivre, vous commettriez des péchés, au moins des péchés véniels. Pourquoi s'écrit en conséquence Saint-Bernard, pourquoi tant désirer une vie qui ne se prolonge qu'en multipliant nos fautes ? Or, il est certain qu'un seul péché vaignel déplaît plus à Dieu que ne peuvent lui plaire réunis les œuvres saintes dont nous sommes capable. J'ajoute que désirer peu le paradis, c'est témoigner de peu d'amour pour Dieu. Qui aime soupire après la présence de la personne aimée. Or, nous ne pouvons voir Dieu sans quitter la terre. Aussi tous les saints ont ardemment souhaité mourir pour aller jouir de la vue de leur bien-aimé Seigneur. Entendez les soupir d'un Saint-Augustin. Mon Dieu, que je meure afin de vous voir
1:01:20 et ceux d'un saint Paul, j'ai le désir de partir et d'être avec le Christ. Et ceux de David, quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? Ainsi en est-il de toutes les âmes éprises de Dieu ? Un auteur raconte qu'un gentilhomme s'en allait à la chasse à travers une forêt. Tout à coup, il entend une voix d'homme quiit un douchant. Il s'avance et se trouve devant un pauvre lépreux au corps à demi-consumé déjà. Et ce vous, demanda-t-il, qui chantiez ainsi. Oui, bon chevalier, c'est bien moi. Et comment pouvez-vous chanter et être heureux avec ce mal qui vous torture et semble bien prêt de vous enlever la vie ? Bon chevalier, entre Dieu et moi, il n'y a d'autre séparation
1:02:06 que ce mur de fange qui est mon corps. Cette barrière une fois tombé, j'irai jouir de mon Dieu. Or, je la vois chaque jour s'écrouler morceau par morceau. Je suis dans la joie et je chante. Un dernier point, il n'est pas jusqu'au degré de grâce et de gloire pour lesquels il nous faille n'avoir qu'un seul et même vouloir avec Dieu. Nous devons sans aucun doute faire grand cas de tout ce qui concerne la gloire de Dieu, mais plus encore de sa volonté. Nous devons désirer aimer Dieu avec plus d'ardeur que les séraphins et pourtant ne pas vouloir d'autres degrés d'amour que celui que le Seigneur s'est déterminé à nous donner. Je ne crois pas, disait le bienheureux
1:02:52 Jean d'avila, que parmi les saints, il s'en soit rencontré aucun qui n'ait souhaité être meilleur qu'il n'était. Mais il n'en perdit point la paix de l'âme, car leur désir partait non d'une ambition personnelle, mais de l'amour de Dieu. Il bénissaient Dieu dans la distribution de ses dons et se contentaient de leur part, fut-elle moindre, estimant montrer plus de vrais amour à être satisfait de ce que Dieu leur donnait. qu'a désiré d'avoir beaucoup. Cela revient, comme l'explique le père Rodriguez à ces deux choses. D'un côté, nous devons mettre notre application et tous nos efforts à poursuivre la perfection. Gardons-nous de prendre comme certains notre tièdeur même et notre paresse pour excuse sous couleur
1:03:39 de dire "C'est à Dieu de me donner ceci ou cela. Moi, je ne puis pas davantage. D'autre part, quand il nous arrive quelque défaillance, nous ne devons pas perdre la paix ni la conformité à la volonté de Dieu qui a permis ce manquement, ni décourager. Relevons-nous aussitôt par un repentir tout pénétré d'humilité. Demandons à Dieu un secours plus puissant et remettons-nous en chemin. Pareillement, nous pouvons certes désirer monter dans le ciel jusqu'au cœur des séraphins. Non pas pour en retirer plus de gloire, mais pour rendre plus de gloire à Dieu et pour aimer Dieu davantage. Nous devons néanmoins acquié à son saint vouloir en nous content de la place qu'il daignera nous accorder dans sa
1:04:26 miséricorde. Quand à désirer des dons de raison surnaturel et pour être précis des extases, des visions, des révélations, ce serait là une faute part trop marquante. Les maîtres en spiritualité enseignent même qu'une âme favorisée de ce genre de grâce doit demander à Dieu de les lui retirer afin de marcher dans l'amour par la voix de la foi pure, laquelle offre le plus de sécurité. Beaucoup ont atteint la perfection. sans le secours de ces grâces extraordinaires. Seul les vertus font monter une âme jusqu'à la sainteté. Les vertus est principalement l'union de volonté avec la volonté divine.
1:05:11 Alors même que Dieu ne voudrait pas nous élever à un degré sublime de perfection et de gloire, conformons-nous sans réserve à son saint vouloir en le priant de daigner tout au moins nous sauver par sa miséricorde. Si nous agissons ainsi, elle ne sera pas petite la récompense que dans sa libéralité nous accordera notre tout bon seigneur. car il aime par-dessus toutes les âmes résignées. En résumé, toutes les choses qui nous arrive ou qui nous attendent dans l'avenir, nous devons les regarder comme venant de la main de Dieu. Toutes nos actions, nous devons les diriger vers cet unique but. Faire la volonté de Dieu
1:05:56 et ne les accomplir que parce que Dieu les veut. Pour marcher avec une entière sécurité dans cette voie, il nous faut dépendre de la conduite de nos supérieurs dans notre activité extérieure et de celle de nos pères spirituels pour ceux qui regardent notre intérieur. C'est par eux que Dieu nous fera connaître ce qu'il veut de nous. Ayons grandement foi dans les paroles de Jésus-Christ. Or, il a dit, "Celui qui vous écoute m'écoute." Par-dessus tout, appliquons-nous à servir Dieu où et comme il veut être servi de nous. Je dis cela pour que nous évitions l'illusion de ceux qui perdent leur temps à se repètre de rêve. On se
1:06:41 dit "Ah, si j'étais dans un désert, si j'entrais dans un couvent, si je pouvais quitter cette maison, m'éloigner de ma famille, changer de milieu, quelle pénitence alors je ferais ? Comme je m'abandonnerai alors à raison !" En attendant, on porte de mauvaise grâce la croix que Dieu envoie. On ne sert pas Dieu où et comme il demande à être servi. Conséquence, point de sainteté possible. Et on va même de mal en pis. Dans ces désirs, dès lors qu'il nous détourne de la volonté de Dieu, voyons des tentations du démon. Notre devoir est de les écarter de notre esprit et de nous résoudre à marcher par l'unique chemin que le Seigneur a choisi pour nous. Ainsi, nous servirons Dieu, nous
1:07:30 accomplirons sa volonté et nous deviendrons certainement des saints quel que soit l'état où la main divine nous aura placée. Conclusion. Ayons soin de vouloir toujours et uniquement ce que Dieu veut, moyennant quoi il nous tiendra étroitement serré contre son cœur. À cette fin, rendons-nous familiers certains passages de l'écriture qui nous invitent à nous unir toujours davantage à la volonté de Dieu. Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Faites-moi savoir ce que vous attendez de moi, car je veux l'exécuter sans aucune réserve. Je suis vôtre. Sauvez-moi. Je ne suis plus mien. Je vous appartiens, mon
1:08:17 souverain maître. Faites de moi ce que vous voulez. Particulièrement s'il nous survient une épreuve plus accablante, mort d'un parent, grave revers de fortune ou autre adversité. Ne manquons pas de dire oui Père parce qu'il a été ainsi jugé bon par vous. Oui mon Dieu et mon Père qu'il en soit ainsi puisqu'il vous a plu qu'il en fut ainsi. Par-dessus tout aimez et redites la prière qui nous a été enseignée par Jésus-Christ. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. À sainte- Catherine de Gè, notre Seigneur recommande chaque fois qu'elle récitait le pattern de s'arrêter sur ses
1:09:03 paroles et de prier pour que la volonté divine fût accomplie en elle aussi parfaitement qu'elle est accomplie par les saints du ciel. Faisons cette pratique et sans aucun doute nous arriverons à la sainteté. Aimé et loué soit à jamais la divine volonté ainsi que la bienheureuse Vierge Marie Immaculée. Sainte Alphonse Marie de Ligorie. Amen. Fiat